Et tout le monde s’en fout (pas !) – le spectacle

Le meilleur des mondes ?

Kezako ?

Quand un Youtubeur décalé décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ça donne « Et tout le monde s’en fout : le spectacle » !

La critique d’Eugénie – 8/10

Le jeudi 10 octobre – Si vous ne connaissez pas la chaîne Et tout le monde s’en fout, déjà vous passez à côté d’un excellent divertissement made in Youtube. Grinçant, insolent et ironique à souhait, les épisodes abordent tout à tour des sujets de société ou de développement personnel, chiffres à l’appui, avec beaucoup d’humour et de recul. La condescendance assumée du personnage de Lexa (palindrome de celui du comédien qui se dissimule sous cette capuche) en fait un ressort comique délicieux qui permet de faire passer certaines pilules pour le moins amères sans en diminuer le sens. Et tout le monde s’en fout fait assurément rire, et surtout réfléchir ! Les vidéos plantent des graines de réflexion qui l’air de rien, viennent germer dans les esprits avec le temps.

Mais une question me taraudait à l’annonce du spectacle : quelle pourrait bien être la valeur ajoutée d’un live show quand la chaîne en dit déjà tellement ? C’est cette curiosité emprunte de scepticisme m’a poussée à me rendre le 10 octobre pour la première à la Comédie Des Boulevards (ça et le prix très abordable). Et si j’étais sûre de m’y retrouver tant dans l’humour que dans le propos de fond, je ne m’attendais vraiment pas ce niveau d’intelligence scénique et encore moins à rire autant !

Confiné dans l’intimité d’une petite salle, le comédien Axel Lattuada excelle dans l’interaction avec le public, à mille lieues de la présumée misanthropie de son personnage. Le postulat fataliste et critique de départ se révèle progressivement être un témoignage humaniste : notre monde actuel est pourri, alors repartons de zéro et prenons le temps d’un spectacle pour réapprendre les bases ! À commencer par nos relations : avec le monde, avec les autres et en premier lieu avec nous-même.
La représentation a beau se décrire comme un « séminaire », elle traduit les accents de la « thérapie » collective par son approche bienveillante et profondément humaine, à peine voilée par l’acidité de son humour.
Une seule question s’impose à la fin du spectacle : peut-on encore vraiment continuer à s’en foutre ?

Si vous souhaitez vous aussi moins vous en foutre, n’hésitez pas à découvrir la chaîne Youtube ICI ou à prendre vos places pour le spectacle ICI.

par Eugénie


Écrit par : Fabrice de Boni, Marc de Boni et Axel Lattuada
Mise en scène : Fabrice de Boni
Avec : Axel Lattuada
Durée du spectacle : 1h10

Quand L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout » décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ; cela donne un spectacle pédago-déjanté, fun et philosophique.

À force de s’en foutre nous y voici : le fond du gouffre ! Et ça, L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout », ne s’en fout pas ! Parce que même si on ne peut pas empêcher le monde de partir en sucette, on peut au moins s’y préparer et envisager la suite. Et quoi de mieux pour ça, qu’un petit séminaire d’entraînement express ? Quand une civilisation s’effrite, comment apprendre de nos erreurs pour ne pas les répéter ?

Armé de son humour et de sa condescendance légendaire, L3X@ a décidé de VOUS former dès maintenant, histoire de construire autre chose qu’une société qui court très vite, les yeux bandés, dans une forêt !

« Disney et les 2000 » vu par InThePanda

En brève : Vu sur Youtube

Victor Bonnefoy aka InThePanda fait partie du cercle très fermé des Youtubers cinéma qui comptent. Mais plus que ses critiques (d’ailleurs il a récemment annoncé qu’il n’en ferait plus), c’est surtout pour ses créations originales qu’Eugénie voulait vous parler de lui. Que ce soit avec sa série « Unknown movies » (à recommander aux cinéphiles), ses interviews ou tout autre format sortant du carcan classique du feedback post salle, sa chaine est riche d’un contenu divertissant et varié, qui tente expérimente tant au niveau du fond que de la forme.
Dernière nouveauté en date, les documentaires ! Après un premier essai (réussi) intitulé « Genre c’est du cinéma » revenant sur le cinéma d’horreur en France ou, plus récemment, « Halloween : 40 ans de terreur« , une rétrospective sur la place de la fête dans ledit genre, on change de sujet et on passe au cinéma d’animation !

« Disney et les 2000 » revient sur la longue traversée du désert de la firme aux grandes oreilles, du déclin amorcé par « Dinosaure » à la renaissance du studio grâce à « la Princesse et la Grenouille » en 2009. Bien documenté et soutenu par un format original car emprunt des codes de Youtube, le documentaire se regarde avec plaisir et curiosité, dès qu’on fait abstraction du jeu un peu inégal d’un des acteurs…
Bref… si vous avez du temps à tuer, envie d’en apprendre plus sur les films de votre enfance parce qu’en vrai, toi aussi tu « aimerais vivre dans le monde de Disney » (TMTS ! 😁) ou simplement pour élargir votre culture générale, rendez-vous sur Youtube !

une brève d’Eugénie

Media Battle : Youtube VS Télé

Le point polémique – Le 11 novembre dernier, Thierry Ardisson recevait dans son émission « Salut les Terriens ! » le youtuber Squeezie (Lucas Hauchard pour les intimes) venu faire la promotion de son livre ludique « Tourne la page » (ou le putaclic littéraire).
Mais loin, très loin d’expliquer son concept, le débat s’est vite transformé en simulacre de procès à l’encontre d’un métier, d’un média et de ses utilisateurs.

Revoir l’interview complète ci-dessous.

Mais pourquoi revenir sur le sujet ? Après tout un youtuber maltraité par la télévision c’est assez anecdotique. Pourtant, devant un nombre de poncifs hors de propos et d’époque alarmant pour une séquence de seulement six minutes, Eugénie pense que, loin de simplement alimenter le bad buzz (les médias s’en chargent très bien), il y a ici matière à réfléchir…
Vous l’aurez compris, le point polémique est un nouveau format d’article, un peu plus poussé que les critiques, qui proposera quelques pistes de réflexion (à débattre) sur ce genre de sujet. Let’s go !

« Y a plus que des vieux qui regardent la télé »

Si la télé se réduisait aux rediffusions de « Derick », peut-être cette phrase serait-elle vraie… Dommage, il semblerait que l’offre télévisuelle soit un peu plus consistante que ça. Mais peut-être nous faudrait-il définir les « vieux » et les « jeunes » pour comprendre le sens de ce discours ?
Si nous reprenons le postulat de ce cher Thierry, les « jeunes » seraient visiblement concentrés sur internet, consommateurs ou utilisateurs des réseaux sociaux (je connais des soixantenaires qui vont être ravis d’apprendre qu’ils sont « jeunes »). Donc dans cette société bipolaire, il semblerait que tout internaute qui se respecte bouderait ostensiblement la télévision et ses programmes. Opinion pour le moins étonnante au vu du nombre de tweets que comptabilisent des émissions live comme « Danse avec les Stars » ou « Top chef », systématiquement en trending topics France sur le réseau. Cyprien lui-même, king du game en nombre d’abonnés, a réalisé une vidéo sur « Top Chef » il y a quelques années. Si les « twittos » sont exclusivement jeunes, forcé de constater que Môssieur Ardisson se trompe quelque part, pour ne pas dire sur toute la ligne !
Vous me pardonnerez cet exemple volontairement sophistique, il ne sert qu’à mettre en relief l’absurdité du propos.
Bien sûr qu’internet et les réseaux sociaux ne sont pas réservés au moins de trente ans tout comme la télé ne l’est pas à la génération d’Ardisson, ayant passé l’âge canonique de soixante ans ! Du reste il est peu probable que les professionnels de ces milieux respectifs vous assurent le contraire…

La télévision n’est pas « vieille » pas plus qu’elle n’est mourante (comparée à la presse c’est même une petite jeunette). Elle subit simplement les changements inhérents à l’apparition d’un petit frère, elle évolue. Alors certes, dire que :
« La télévision linéaire où on dit aux gens d’être à 7h du soir devant le poste pour voir « Salut les Terriens ! » c’est mort » n’est pas tout à fait faux, ni absolument exacte…
Les rendez-vous télévisuels existent encore comme nous l’avons vu plus haut, ils subsisteront d’ailleurs tant qu’il y aura des grands rassemblements, ne serait-ce que pour les compétitions sportives. Peut-être seront-ils un peu plus événementiels et moins réguliers… et encore tout dépend de ce qu’implique la régularité ou plutôt devrais-je dire la ponctualité ! Car aujourd’hui regarder LA télévision n’implique plus de la regarder SUR la télévision ! Contenus et supports ne sont plus indissociables, il y a les audiences de la diffusion et celles des services de replay ! C’est l’une des petites révolutions offertes par ce barbare d’internet, Youtube et télé ont aujourd’hui en commun une liberté inhérente au support digital, celle qui permet à l’utilisateur de n’être plus dépendant d’une heure fixe mais de choisir quand et où il souhaite regarder un programme. C’est ce qu’on appelle dans le milieu la délinéarisation.

L’évolution des modes de consommation ne signe pas la mort d’un média, de telles affirmations ressortent du cliché quasi intemporel. On se demande bien par exemple ce que la radio a pu penser de la télé en son temps, ou la presse de la radio… Le discours volontairement pessimiste de Thierry Ardisson en dit plus sur lui que sur son sujet. Au choix c’est un sombre idiot qui ne connaît pas la réalité du média pour lequel il travaille OU c’est un stratège un brin bourrin qui a très bien compris la mécanique du buzz pour faire de l’audience… J’opte clairement pour cette seconde option !

« La télé s’est nulle et s’est ringard (bon déjà c’est toi qui le dit), mais on a rien trouvé de mieux (pour faire parler les cons ?) pour donner aux gens envie d’acheter un livre. »

Ne nous y trompons pas, m’est avis que rien n’est gratuit ou innocent dans le propos d’Ardisson. En remettant sur la table une prétendue dualité Youtube/TV, le présentateur s’assure une bonne couverture médiatique et un bad buzz viral d’autant plus facile en ciblant Squeezie et ses 9 millions d’abonnés. Mais tout internaute à de quoi s’indigner devant un tel étalage de mauvaise foi, surtout venant de la part d’un journaliste soi-disant sérieux.

En effet, s’il existe effectivement une forme de mépris lattent envers les youtubers, il provient plus des-dits journalistes que des producteurs. Le média télévisuel a compris depuis longtemps comment travailler avec le réseau social pour offrir un contenu complémentaire au sien. Exemple récent en date, la série de Cyprien, Norman et Natoo « Presque Adultes » diffusée en exclusivité sur TF1 l’été dernier et relayée quelques semaines après sur leurs chaines respectives. Mais ces accords dépassent souvent le simple partenariat, ainsi « Golden Moustache » est une production M6 quand Canal + (diffuseur de « Salut les Terriens ! ») collabore très étroitement avec les membres du Studio Bagel, sans compter que beaucoup de leurs anciens (notamment de « Bref », dont l’intégralité des épisodes est disponible sur… bah Youtube !) sont des acteurs de la plateforme. Canal + qui a également produit l’excellente web-série « Le Meufisme » ou encore « What’s up France » de l’humoriste Paul Taylor, diffusé presque simultanément sur les deux médiums. Difficile de croire que Thierry Ardisson ignore tout des activités digitales de son employeur…

Le rapport entre contenu télévisuel et digital mériterait d’être approfondi mais il n’est pas question ici d’analyse de fond sur les stratégies marketing des chaînes, simplement de mettre en relief l’hypocrisie d’un discours qui apparaît (à tort) comme l’écho de la pensée profonde du média. Il n’y a pas de conflit entre TV et Internet, tout du moins pas au sens suggéré par Ardisson. Son discours et son ostensible incompréhension vis-à-vis du contenu de youtube, de ceux qui le produise et de ceux qui le consomme nous ramène à la théorie du (bad)buzz délibéré. Buzz sans propos, sans objectif autre que celui de la « mauvaise » visibilité qui se base sur la mécanique du mépris, grossièrement dissimulé sous le déguisement bon marché de Laurent Baffie, celui de l’humour.

« On a vu des branleurs dans l’émission mais celui-là il est magnifique »

Ce genre de facilité traduit un phénomène plus grave, dommageable et de plus en plus courant, un manque d’éthique professionnelle qui se planque derrière son format, le talk-show. Dénigrer son invité au profit de l’audience c’est aussi dénigrer ses 9 millions de fans et par extension dénigrer les milliards d’internautes aux pratiques similaires ! Autrement dit, prendre le public pour un con… Belle démarche (en même temps, pouvons-nous espérer mieux de la part d’une émission qui ne perçoit pas le malaise quand Baffie relève la jupe de Nolween Leroy) ! Cette posture ouvertement méprisante et répétitive envers les youtubers est pourtant préjudiciable en terme d’image, tant envers le média que ses représentants… Tel le serpent se mordant la queue, ils finissent effectivement par apparaitre « vieux » et dépassés par ce qu’ils ne font pas l’effort de comprendre ou de respecter. D’ailleurs cette interview se résume effectivement au discours du vieux con au jeune pas si con que ça compte tenu de l’humour de ses réponses.

« Est-ce-que manger des pizzas c’est devenu un métier ? »

Cette phrase est à peu près aussi intelligente que que l’indémodable « Pourquoi tu regardes des gens courir après une balle » en parlant du foot… Un exemple en toute mauvaise foi qui se borne à une vision minimaliste d’une pratique qu’on ne souhaite pas vraiment comprendre. Mais revenons à nos pizzas…
On ne peut pas réduire l’offre de Youtube à des gamins se filmant en train de « lire, dormir, baiser »…  Non, comme l’a si bien dit ce « branleur » de Squeezie : « Ça c’est de la téléréalité » ! Prends ça Thierry ! Oui parce que si j’usais de la même mauvaise foi, je pourrais soutenir que le petit écran aujourd’hui se résume « Aux Anges », « Chti », « Marseillais », « Princes de l’Amour » et autres Hanouneries qui pullulent et croissent telles des métastases sur les poumons d’un gros fumeur. Je le pourrais Thierry, sauf que ce serait délibérément fermer les yeux sur tout ce que la télévision peut me proposer d’intéressant, de beau, ou de divertissant.
Youtube c’est exactement la même chose ! Alors pourquoi une partie de l’opinion se ferme-t-elle à tant de richesse en libre-échange ?

En partie à cause de cette plaie qui sclérose les pensées et les sociétés, monstre pédant qui pointe le bout de son nez ridiculement court duquel il ne sait pas voir « plus loin » dès qu’il s’agit de différence ou de changement : le préjugé !
Des aprioris conventionnels qui nous imposent les limites d’un « genre » et de l’approbation sociale, source de discours tel que « les films d’animation sont pour les enfants », « les mangas (ou les BD) ne sont pas de vrais livres », « le rap c’est pas de la musique » ou encore « les youtubers sont tous des glandeurs qui jouent aux jeux vidéo »… Vu sous cet angle le monde doit être vraiment plus simple. Mais la réalité ne l’est jamais.

Premièrement, Youtube ne résume pas aux vidéos gaming ! Les chaines des youtubers regorgent de contenu passionnant parfois supérieur en qualité à celle de la télévision. Que ce soit sous l’angle de l’humour, de l’information ou de la pédagogie, les vlogs ont beaucoup à partager : des sketchs, des critiques, des courts-métrages, de tutos, des émissions en tous genres, de tous formats et sur tous les sujets ! Des programmes qui se suivent avec le même intérêt que ceux de la télé, intérêt qu’il est difficile de voir quand le jugement ne se repose que sur le préjugé et la mauvaise foi.
Et même si le gaming tient effectivement une place de choix sur internet, c’est bien parce qu’un public y trouve un bénéfice qu’il faut donc respecter. Prenons celui du « let’s play » qui semble être le plus critiquable et inexplicable pour les Ardissoniens. Pourquoi une personne perd-elle dix minutes de sa vie pour regarder un tiers jouer à un jeu ? Quel est son intérêt ?
C’est pourtant évident non, la passion ! Tout comme les cinéphiles, les littéraires, les gourmets, les amateurs d’art ou de mode aiment partager leurs goûts, commenter ce qu’ils connaissent ou découvrir des nouveautés, le gamer peut vouloir se faire une opinion sur un jeu ou comparer son expérience avec celle d’un autre, avec en bonus une touche d’humour qui peut représenter une fin en soi du point de vue du divertissement. La démarche est la même que celle du lecteur de critiques (quel que soit le sujet), du membre d’une communauté, groupe ou forum thématique ou du participant à une conférence : la curiosité.

La télévision et Youtube ont en commun le même principe de service, ils mettent à disposition du contenu qui trouvera ou non son public, à ceci près qu’internet a dans son ADN une valeur beaucoup plus actuelle. Plus que l’étalage d’une offre, il créait et entretient l’échange car il a compris que les passions se partagent.
Aujourd’hui mépriser un youtuber au motif que c’est un youtuber, sans analyse de fond sur son sujet ou propos, c’est dénigrer les goûts de chacun. Procédé gratuit et bien plus méprisable que l’objet de sa vindicte et qui, s’il peut permettre d’ouvrir quelques réflexions, ne mérite pas le tapage médiatique qu’il génère. C’est donner trop d’importance au coup de com de Thierry Ardisson qui, si l’on en juge par la réponse adressée au public dans sa dernière émission il n’a effectivement rien compris…

 

par Eugénie