Top 5 des meilleures séries selon Eugénie & Marcellin

Qu’on se le dise tout de suite, il ne s’agit pas d’établir objectivement le classement des meilleures séries de tous les temps, tout simplement parce que c’est impossible !
Les séries sont plus que jamais devenu un 8ème art en soi, tant par leur format, leur médium et leurs propos. Et comme tout élément de culture, elles sont susceptibles à un moment donné de nous influencer, d’entrer en résonance avec nos goûts, nos pensées, notre vision artistique et par là même, de les refaçonner !
Eugénie et Marcellin ont sélectionné les cinq séries qui ont réussi à marquer nos vies au point de devenir des piliers de notre culture audiovisuelle.

Les n°5 : Malcolm VS Strangers Things

Le choix de Marcellin : Malcom – Cette série n’est pas la plus visuelle, la plus poétique ou encore la plus complexe mais c’est sans aucun doute la plus efficace. Malcolm et sa famille nous aura fait rire aux larmes, nous entraînant dans leur vie trépidante à chaque nouveaux épisodes. Aussi affligeant que touchant, chaque membre de cette tribu a agit sur nous comme une madeleine de Proust, rappelant à chacun d’entre nous des souvenirs d’enfances plus ou moins glorieux ! La parcours atypique et délirant de cette middle class était une réjouissance télévisuelle, où il suffisait de profiter d’une bonne série et de son humour décalé. Dénuée de toute prétention, Malcom est un irrésistible moment à passer ; c’est d’ailleurs une des rares séries que je pourrais visionner ad vitam aeternam ! Chaque personnage est hilarant, créant un ensemble d’une délicieuse impertinence et une bonne dose d’antidépresseurs ! Cette série est juste dans  absolument tous ses aspects, et elle a su viser dans nos cœurs, en plein dans le mille 😉

La sélection d’Eugénie : Strangers Things – Beaucoup d’appelés mais peu d’élus…. Parmi l’excellent cru sériephile de ces dernières années, WestworldHandmaid’s Tale et Black Mirror auraient toutes pu prétendre à la cinquième place bien que pour des raisons différentes, mais c’est finalement Strangers Things qui s’est imposé (malgré une saison 3 très décevante) ! Là où j’attends encore des autres qu’elles passent l’épreuve du temps, la série des frères Duffer a réalisé un véritable hold-up en devenant culte dès sa première saison ! On pourrait chanter les louanges du casting, la qualité de l’image et des effets spéciaux, de la photographie, de la bande originale et du scénario, mais on ne va pas se mentir… si Strangers Things se classe aussi haut, c’est parce qu’elle joue la carte de la nostalgie ! Avec son univers délicieusement vintage, la série nous replonge dans les années 80, celle de E.T. et des Goonies, d’Alien et de The Thing avec une touche de mystère à la Stephen King qui lui donne tout son charme rétro, singulier et angoissant !

Le n°4 : American Horror Story VS Malcolm & Sex and the City

Le choix de Marcellin : American Horror Story – Il fallait bien assouvir mon côté sorcière dans ce classement ! Et je suis ravie de faire un double hommage à Ryan Murphy, que j’estime comme un très grand showrunner. Je dois l’avouer, AHS est une série assez inégale. La première saison fut un véritable coup de cœur, et cette passion a eu tendance à évoluer en dent de scie. Pourtant elle réussit à être constante sur un point : le traitement de la peur. Sorcières, fantômes, freaks, fin du monde… AHS parcourt avec curiosité et dévouement des sources de peur liées au genre humain. Je me dois donc de saluer sincèrement cette volonté de créer une série horrifique digne de ce nom. Pourtant, l’enchaînement des différents chapitres connaît des moments de flottement, de déjà vu, et même d’excès. Certaines saisons, qui pourtant s’avéraient très prometteuses par leur choix de thématiques, furent d’amères déceptions quant aux parti pris scénaristiques.
Malgré cela, AHS est un véritable bijou visuel, et s’intéresse à des sujets très peu exploités dans des séries télévisées (du moins avec brio !). L’ensemble regorge de multiples qualités : personne ne peut rester de marbre face à une telle oeuvre. Nous passons par toutes les émotions possibles : le rejet, la peur, le rire, le désir… AHS est une véritable expérience télévisuelle !
Et elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Car au delà de nous jeter en pâture à une horreur pure et simple, la série s’abreuve d’une dimension politique et sociale. Un engagement qui se distille tout au long des saisons et que je vous laisse découvrir 🙂
Car comme disait Coluche : « l’horreur est humaine« 

La sélection d’Eugénie : Malcolm ex aequo Sex and the City – Bon, je sais que des ex aequo c’est un peu de la triche, mais je suis incapable de choisir entre ces deux séries qui n’ont en commun que l’humour et le fait que je ne m’en lasse toujours pas malgré les rediffusions. Entre histoire de famille déjantée et aventures décomplexées entre copines, toutes les deux ont marqué leur genre et leur époque. La famille de Malcolm venait trancher avec toutes celles des sitcoms bien proprettes par son irrévérence à la limite du parodique, et si Sex and the City a moins bien vieilli, elle reste pionnière dans sa représentation des femmes et de leur sexualité ! Si je ne devais adresser qu’un mot à ces séries, ce serait merci ! Merci pour Hal et Miranda, pour Dewey et Samantha et pour ces innombrables fous rires !

Le n°3 : Skins VS Game of Thrones

Le choix de Marcellin : Skins – « On est pas sérieux quand on a dix-sept ans« . C’est à cet âge plein de revendications que j’ai découvert LA série qui m’a fait réaliser qu’être un ado est un doux fléau. L’adolescence, cette période de transition d’une brutalité qu’on connaîtra qu’une seule fois dans sa vie. Cette époque moyen-âgeuse où l’on oscille entre ombre et lumière. Encore aujourd’hui, Skins reste à mes yeux la seule qui a su retranscrire ce sentiment étrange de vouloir faire comme les autres tout en se sentant seul au monde. La série construit à travers tous ses protagonistes une palette incroyable de personnalités que l’on a tous plus ou moins connus durant notre adolescence. Cette pluralité nous offre l’occasion de voir porter à l’écran des instants, des pensées, des actes qui faisaient de nous des êtres si mystérieux. Skins arrive à combiner fantasme et réalité, celle d’une liberté dont nous rêvions et celle de la condition à laquelle nous appartenions. Des thèmes tabous tels que la drogue, le sexe, le suicide mais aussi plus honorables tels que l’amour, l’amitié et la confiance participent à créer la grandeur de cette série. Ils s’entrechoquent, se lient et se délient pour tout simplement faire réaliser à son spectateur toute la complexité d’un âge que l’on pensait bête et inutile. Et pourtant, c’est de cette ère que nous avons tiré l’adulte que nous sommes.

La sélection d’Eugénie : Game of Thrones – Ne t’en déplaise Marcellin mon poussin, mais Skins aurait plus sa place dans le classement de mes plus grosses déceptions. Après trois saisons hypnotiques, la quatrième a laissé tomber toute volonté de crédibilité et m’a perdue par la même occasion… Nope, ma médaille de bronze va à une série qui a fait couler beaucoup d’encre, à juste titre, ces dernier mois. De fait, Game of Thrones aurait pu être mon numéro 1 sans deux dernières saisons très décevantes (voir catastrophiques). Mais malgré le nivellement de l’écriture, le fait est qu’aucune oeuvre de fiction ne m’a procuré autant d’excitation et d’impatience depuis mes émois adolescents lors de la trilogie du Seigneur des Anneaux ou la sortie des livres Harry Potter ! Je n’ai jamais fait grand mystère de ma passion pour l’heroic fantasy, mais l’adaptation du Trône de fer a satisfait bien plus que mes attentes en tant que lectrice. Elle a donné une nouvelle ampleur à la soif de magie et d’aventure et nourrit les cerveaux reptiliens avides d’intrigues et de complots politiques tout en cultivant l’imprévisibilité et la mise à mal du manichéisme. Dommage seulement que les saisons 7 et 8 n’aient pas su maintenir ce niveau d’exigence…

Le n°2 : Mindhunter VS Kaamelott

Le choix de Marcellin : Mindhunter – Une plongée radicale dans les tourments des êtres humains les plus infâmes, ça vous dit ? Bienvenue dans le délicieux monde de la série Mindhunter. Il s’agit d’une des dernières merveilles produite par le talentueux David Fincher, sur un sujet qu’il affectionne particulièrement : les serial killers !
Le réalisateur nous délivre une série d’une intensité dramatique exceptionnelle, teintée d’un réalisme époustouflant, tant par le contexte de l’époque (le début du profilage), que par l’interprétation des acteurs incarnant les tueurs les plus notables de ces dernières décennies. Avec le créateur Joe Penhall, Fincher s’intéresse ici aux débuts complexes de cette technique visant à pénétrer les esprits tourmentés au sein même des institutions carcérales. Et quelle tâche attend ces inspecteurs ! Tenter de faire comprendre au commun des mortels, comment un être humain peut commettre des actes si abjectes sur ses pairs. La série se transforme ainsi en quête, celle visant à rationaliser l’inconcevable, à comprendre l’inimaginable. Mindhunter nous présente ainsi un duo de flics, sillonnant les routes pour prêcher la bonne parole auprès de collègues locaux, mais également se confronter directement à ces criminels afin (tenter) de comprendre leurs actes. Deux aspects majeurs font de cette oeuvre une série incroyable : ces personnages aux antipodes les uns des autres qui se confrontent sans même se comprendre, mais qui vont chacun, à leur mesure, jouer un rôle majeur. Et surtout, ces criminels, froids, effrayants, fascinants, interprétés avec brio par des acteurs de choix. Mention spéciale à Cameron Britton, jouant un Ed Kemper troublant de justesse.
On reconnaît ici la griffe Fincher : mise en scène au millimètre, des dialogues ciselés, une photographie soignée…
Chaque épisode nous montre le potentiel gigantesque de cette série, et je trépigne d’impatience de découvrir la suite de cette épopée si singulière…

La sélection d’Eugénie : Kaamelott Direct en second place du classement on retrouve non seulement une série humoristique mais aussi à une série française (la seule du classement – COCORICO) ! Et pas n’importe quelle série s’il vous plait, celle de Môssieur Alexandre Astier, notre gourou à tous, digne héritier d’Alain Chabat ! Kaamelott est une pépite d’humour, d’écriture et d’absurde. Avec ses personnages incroyables et ses répliques cultes, la série a même réussi le pari de changer de ton en cours de route et d’évoluer de façon à ne jamais être redondante (contrairement au céleri). Kaamelott est sans conteste LA série que je peux regarder en boucle indéfiniment et qui me fera toujours rire. Allez, qui veut faire un cul de chouette avec moi ?

Le n°1 : Nip/Tuck VS Buffy contre les vampires

Le choix de Marcellin : Nip/Tuck – Rares sont les séries qui sont dotés d’un magnétisme si déroutant. La grandeur de Nip/Tuck réside dans sa capacité à associer les thèmes les plus opposés :  le fantasme et la désillusion, l’amour et la haine, l’attractivité et le rejet… Tout ceci dans une précision quasi chirurgicale.
Enfermé un cocon en papier glacé, au plus haut de leur tour d’ivoire, ces personnages riches, beaux et séduisants arrivent successivement à nous dégoûter comme à nous fasciner. A travers ses protagonistes, NIP/TUCK parle ainsi de quêtes : d’identité, d’immortalité, de plaisir, de gloire… Ryan Murphy les détruit progressivement, en confrontant ces élites à une réalité brutale qu’ils pensaient loin d’eux. On perçoit ainsi tout au long de la série la mince frontière qui sépare la beauté de la laideur la plus abjecte.
Nip/Tuck était à sa sortie un véritable OVNI, abordant à l’écran de façon explicite des sujets tabous tels que le sexe, l’homosexualité, le transexualisme, le sadomasochisme… La série était d’un cynisme magistral, tout en y apportant une dimension tragique bouleversante. Nous nous délections à chaque épisode des frasques du Dr. Troy, de la vie (presque) normale du Dr. Mcnamara et de tous ces patients plus incroyables les uns que les autres. Tout en soignant l’esthétique de sa série, Murphy arrive à nous plonger dans les abîmes de l’être humain ; sa peur, ses désirs, ses hontes. Immersion dans un enfer aux portes dorées, dont on ne revient pas indemne.

La sélection d’Eugénie : Buffy contre les vampires Josh Whedon, je vous aime ! Buffy m’a forgée plus que je ne saurais le dire. Déjà car ce fût une première vision du féminisme à un âge où prédominaient encore les princesses Disney, et aussi car c’est fut la première notion de ce qui peut faire une grande série ! Épique et psychologique, il n’y a rien que Buffy n’est pas réussi ! Des héros tous devenus cultes, des méchants iconiques (big love au couple Spike/Drusila), des antihéros (Faith et re-Spike), des scènes d’action, des envolées épiques, des séquences tragiques (Innocence, Orphelines, L’Apocalypse), de l’humour, des évolutions personnelles et des dynamiques de groupe, de l’amour, des défaites et des victoires… Bref, l’importance de Buffy à l’échelle des séries télévisuelles n’est plus à démonter ! Josh Whedon a littéralement inventé le concept des bad guys récurrents sur toute une saison mais c’est aussi livré à de nombreux exercices de style dont l’héritage se perpétue encore aujourd’hui. On notera entre autre l’épisode muet (Un silence de mort – saison 4), celui des rêves (Cauchemar – saison 4), de la folie (A la dérive – saison 6), en mode comédie musicale (Que le spectacle commence – saison 6), et le plus poignant de tous, The Body (maladroitement renommé Orphelines en VF – saison 5) qui reste la plus brutale interprétation de la mort et du deuil sur le petit écran, parce que la plus réelle !
Mais il n’est pas possible de parler de Buffy sans parler du féministe complètement assumé de la série ! Si les personnages féminins ont tous une place centrale, le thème principal même repose sur la mise à bas du patriarcat et des préjugés sexistes. Loin de les nier, la série préfère les intégrer, les nuancer, les interpréter et finalement, les démentir. Parce que oui, une femme peut être forte et sensible ! Oui une héroïne peut être généreuse et violente ! Oui une femme peut être amoureuse sans être définie par son love interest ! Oui une personne invincible peut être vulnérable !
Avec son lot de réflexion sur le pouvoir, l’héroïsme et la sexualité, la série présente en sus une excellente allégorie de l’adolescence et par la suite, du passage à l’âge adulte. Buffy a dissimulé derrière un pitch putassier et un brin ridicule, une pom pom girl qui démonte du monstre, la série la plus travaillée et symbolique des années 90 !

Chernobyl atomise les séries

« Nuclear » Winter Is Coming

Kezako ?

26 avril 1986, l’histoire vraie de la pire catastrophe causée par l’homme et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour sauver l’Europe du drame. L’explosion d’un réacteur à la centrale nucléaire de Chernobyl, en Ukraine, a de terribles conséquences aussi bien sur le personnel de l’usine, que sur les équipes de secours, la population et l’environnement.

La critique d’Eugénie – 9/10
♥ Coup de 
cœur

La minisérie historique a, en seulement 5 épisodes, pulvérisé tous les records de notes sur les sites spécialisés, dépassant ceux des mastodontes Breaking Bad et Game of Thrones.
Mais point de dealer de drogue ou de dragon dans cette production d’HBO, le network s’attaque ici à un événement encore méconnu de notre histoire contemporaine bien qu’il ait consacré le déclin de l’URSS et la fin d’un monde bipolaire. À cheval entre un devoir de mémoire et l’essor du mouvement écologique, Chernobyl est le coup de poker sériephile de l’été.

Très inspirée des docu-fictions, la série nous emmènent avec un réalisme glaçant sur les traces du printemps 1986 et de l’accident nucléaire de la centrale Lénine de Tchernobyl. Là où d’ordinaire le spectaculaire domine, Chernobyl suscite l’effroi sans artifices (ou peu), par une mise en scène de la réalité à nu, dont l’exactitude a été souligné par le journaliste russe Slava Malamu. Les éléments de fiction eux-mêmes tentent de rester transparents pour ne pas induire le spectateur en erreur. Seul point traduisant l’origine de la production : un propos politique très marqué anticommuniste, même s’il sait aussi se faire sobre en privilégiant une morale plus humaine que libérale. 

La série use peu du grand spectacle mais n’en est que plus percutante quand le propos s’y prête, que ce soit pour récréer l’explosion du réacteur, les moyens colossaux mis en place pour limiter les dégâts ou encore les visages détruits des pompiers irradiés. Le reste du temps, Chernobyl entretient une angoisse sourde et insidieuse, souvent magnifiée par le son et une photographie triste, maladive… disons-le carrément : radioactive !
Dès l’ouverture, nous savons que les personnages qui nous sont présentés sont condamnés à plus ou moins long terme, une réalité que le réalisateur a soulignée en s’attardant souvent sur de simples gestes, des objets du quotidien entrant aux contacts de mains, de paumes, de doigts et qui par ce simple touché, propagent la mort.

Le pilote reste à lui seul d’une efficacité redoutable. Explorant les premières heures consécutives à l’explosion, les limites des hommes sont montrées sans détours, incapables de prendre conscience de l’ampleur du désastre ni même d’en concevoir la possibilité. L’aveuglement se diffuse aussi vite que les radiations, cultivé par l’incompétence, la naïveté et la peur d’un État gangrené par le secret, adepte des fakes news avant l’heure.
Cette foule de mauvaises décisions ne fait que retarder l’inévitable, et quand l’urgence finit par parler d’elle-même, les réactions sont à taille humaine, presque lentes.
Loin des stéréotypes hollywoodiens, la série se drape de pudeur même dans ces moments « d’héroïsme », qu’ils soient collectifs ou individuels, car personne n’a l’ambition de créer un monde meilleur, il s’agit juste de limiter les dégâts causés par l’inconscience. On assiste alors à des scènes surréalistes, de mineurs creusant nus sous de la lave en fusion à une équipe chargée d’éliminer tous les animaux domestiques dans une ville fantôme.

Au-delà de la vulgarisation scientifique, la série se veut presque éducative quand elle dénonce la mémoire un peu courte du temps, ou dans son approche historique, amenant notre époque à contempler les ruines du 20ème siècle sur lesquelles elle s’est pourtant (re)construite. Quant à la morale, elle est plus que jamais d’actualité : l’Homme créé toujours les circonstances de l’inhumanité…


Créé par Craig Mazin
Avec Jared Harris, Stellan Skarsgård, Emily Watson, Jessie Buckley, Adam Nagaitis, Paul Ritter…
U.S.A, Allemagne, Grande-Bretagne – Historique, Drame
Saison 1 (5 épisodes) diffusée le 6 mai 2018
Durée par épisode : 60-72 minutes

Le Trône de Fer – GoT 8×06

Bran the wheel

Clap de fin sur une série qui aura fasciné le monde entier pendant 8 ans. Déjà les critiques s’élèvent et seul le désaccord semble faire consensus. Ce qui est certain c’est que nous n’avons pas fini de parler de ce final.

Les TOP
– C’est la fin !
– La visite d’une ville dévastée par les « vainqueurs », Jon, Tyrion et Davos.
– Le jeu de Peter Dinklage découvrant les corps de son frère et sa soeur est bouleversant. Peut-être l’une des plus belles scènes de la saison.
– La réaction de Drogon devant le corps de sa mère qui, ne pouvant se résigner à tuer le dernier Targaryen, détruit de Trône de Fer.
– Brienne qui remplit le livre de la garde, rendant enfin un juste hommage à Jaime.
– Le montage final avec les trois Stark est très beau.
– Dernière mention pour la musique de Ramin Djawadi, seul élément qui n’aura jamais perdu en qualité au fil des saisons.
– Ah, et Jon a enfin caressé Fantôme !

Les BOF
– L’incohérence des actes de Vers Gris qui massacre des hommes sans défense mais laisse Jon et Tyrion en vie. Pire, qui amène un prisonnier à décider du sort de Westeros #logiqueGoT
– Ok, Edmure Tully est marrant mais la blague est un peu hors sujet et semble sortir d’un film Marvel.
– Un épisode long où il ne se passe en finalité pas grand-chose.
– La discussion Jon/Tyrion qui montre à elle seule tout le potentiel gâché de la psychologie de Daenerys. Puis on a vraiment envie de gifler Jon. RÉVEIL-TOI MEC !

Les FLOP
– Bah, c’est la fin…
– Après la folie éclair de Dany, on expédie aussi sa mort. Le fait est que quand un dragon en CGI transmet plus d’émotion que les acteurs, c’est qu’il y a un problème.
– Bran le Brisé, Roi des Six Couronnes… What The Fuck ?!
– Et tous acceptent un adolescent infirme qui n’a aucune forme de légitimité, ni héréditaire, ni guerrière, ni même méritée ?
– Si Bran le Beugué avait tout anticipé et qu’il n’a rien fait pour éviter tous ces morts, c’est un psychopathe et un très mauvais frère/cousin.
– Ça ne dérange personne qu’un Stark de Winterfell soit Roi d’une union dont le Nord ne fait plus partie ? Historiquement, un étranger à la tête d’un pays qui n’est pas le sien c’est pas ouf – demandez à Manuel Valls comment il s’en sort à Barcelone.
– Donc le Nord impose son indépendance mais pas Yara pour les Îles de Fer (qui l’avait obtenu de Daenerys), ni Dorne, ni aucun autre royaume ?
– Puis ton explication Tyrion tu peux te la mettre où je pense ! La meilleure histoire mon c** ! Si tu veux jouer à ça alors Jon, Arya, Sansa et même Sam ont une meilleure histoire, merde ! Elle n’a servi à rien la fucking Corneille et personne à Westeros ne sait même à quoi elle sert !
– Donc, la première préoccupation de Bran le Blasé est de repérer Drogon ? Cela dit, celle de Robert Baratheon était de chasser le sanglier, on est sur le même niveau d’investissement.
– La parenté de Jon n’aura eu pour seule fonction que d’alimenter la folie de Daenerys, folie qui trouve son seul argument dans son patrimoine génétique.
– Sam ne PEUT PAS être Mestre ET Lord ET père ! Les mestres sont tenus aux mêmes vœux que la Garde de Nuit (et la Garde Royale) et les règles de la Citadelle sont très indépendantes du reste du Royaume. Arrêtez de faire n’importe quoi !
– Ah et au fait, sur Naath il y a un virus (la fièvre des papillons) qui tue tous ceux qui ne sont pas natifs de l’île. Bon voyage Vers Gris !
– Un dernier reproche adressé à D&D, merci de ne pas dire à votre public ce qu’il doit penser ou ressentir avec des dialogues comme « No one is very happy, which means it’s good compromise I suppose » ou encore « Ask me again in 10 years ». Assumez vos choix, trouillards !
– Bon pendant que je suis énervée, je balance deux idées comme ça : Jon, puisque Drogon a emporté le corps de Daenerys, t’aurais pu dire qu’elle était partie faire un tour et te tirer OU encore faire ce que tu voulais après le départ de Vers Gris nan ?

Cette conclusion répercute malheureusement toutes les incohérences stratégiques et scénaristiques des trois dernières saisons. Et si son appréciation est propre à chacun, il n’en reste pas moins qu’un appauvrissement de l’écriture a conduit la série à se mentir à elle-même. Non, la roue n’est pas brisée ! Nous avons découvert Westeros avec un Roi, un conseil et des familles puissantes à sa tête, nous la quittons avec un Roi, un conseil et des familles puissantes à sa tête. La fin de l’hérédité royale n’est pas celle d’un système féodal écrasant les pauvres au profit des riches et des puissants, et puisque l’idée de démocratie de Sam a été balayé dans un éclat de rire, les intrigues pour le pouvoir ont simplement été déplacé dans un système d’élection oligarchique. La roue n’est pas brisée, elle s’est juste offerte de nouveaux rayons, et ça, c’est une conclusion bien plus amère que douce.

par Eugénie

The Bells – GoT 8×05

La reine des cendres

Ce pénultième épisode a su nous livrer du grand spectacle à n’en pas douter, mais vidé de toute substance scénaristique. « The Bells » se veut brulant mais m’a plus que jamais laissée froide et distante face à son action.

Les TOP
Euh… Attendez je vais en trouver… Ah ça y est :
– Le look de Daenerys en début d’épisode dresse un parallèle saisissant avec son père, soutenu par une Emilia Clark qui apporte plus de nuances à son jeu que dans les trois saisons précédentes réunies.
– Varys meurt sans surprise mais avec beaucoup de dignité.
– Les adieux entre Tyrion et Jaime sont magnifiques.

Les BOF
– Le décès précoce de Varys. Espérons qu’il aura eu le temps d’envoyer quelques messages avant de passer sur le grill.
– Le cleganebowl ! Très attendu par les fans, la mise en scène laisse malgré tout à désirer. En terme de chorégraphie de combat, le duel avec Brienne en saison 4 était bien plus interessant.
– Pourquoi Tyrion trahit-il Varys ainsi ? Peut-on avoir un peu de développement siouplait ?
– Le revirement de dernière minute d’Arya me semble très maladroit et ses pérégrinations dans la ville en flamme assez peu engageantes.
– Oui la destruction de Port-Réal est grandiose et poignante dans son propos sur la violence de la guerre, mais sans enjeux ni suspens on finirait presque par s’ennuyer.
– Bel effort d’inversion manichéenne… mais peu respectueuse de l’évolution des personnages. Avoir faire parcourir tout ce chemin à Jaime et Cercei pour cette fin, quel dommage !

Les FLOP
– Où est Gendry ? Quid des Baratheon dans tout cela ? Pourquoi l’avoir légitimé s’il ne sert à rien ?
– Et Yara ? La flotte de Fer ?
– NAN MAIS JON BOUGE TOI ! Sérieusement, peut-on rendre ce personnage encore plus passif ?
– Donc, dans l’épisode dernier les balistes étaient surpuissantes et aujourd’hui elles servent de petits bois pour le barbeuk… #logiqueGOT
– À noter que les forgerons de Port-Réal ont une productivité digne du goulag stalinien.
– En parlant d’inutilité, la Compagnie Dorée entrera certainement dans les annales ! Beaucoup de bruit pour rien.
– Euron Greyjoy ou le personnage le plus massacré par la série après les Sand Snakes. Unidimensionnel et caricatural, il a néanmoins une morte cohérente avec son caractère : lourdingue.
– Mais bien évidement, la plus monumentale lacune scénaristique réside dans le basculement de Daenerys vers la folie. Non pas parce que l’idée était mauvaise ou incohérente, bien au contraire, mais parce que les ficelles pour y arriver sont elliptiques et simplistes. Mais on y reviendra certainement dans un autre article.

Plus les semaines passent et plus il m’est difficile d’apprécier cette saison et pourtant je vous jure que j’y met de la bonne volonté. Je conclue sur une petite pensée pour ce pauvre Drogon qui aura sans doute une extinction de voix demain.

par Eugénie

The Last of the Starks – GoT 8×04

Dracarys…

Épisode de transition, « The lasts of the Starks » inquiète par son côté expéditif et simpliste. S’il remet le Trône de Fer au centre du récit, le choix de diviser la saison en deux axes distincts, expédiant la menace des Marcheurs Blanc en trois épisodes, manque cruellement de subtilité. Allez, passons au récap :

Les TOP
• Ghost est vivant !
• La scène des funérailles est très belle.
• Le banquet ! Parenthèse joviale qui offre de nombreuses interactions entre les personnages : l’adoubement de Gendry, le jeu à boire entre Tyrion, Brienne et Jaime, les retrouvailles de Sansa et Sandor, Jon et les Sauvageons, le tout mettant en exergue la solitude croissante de Daenerys.
• Arya n’est pas une lady ! Vive le retour de son tandem avec le Limier !
• Le duo Tyrion/Varys qui remet les complots politiques au premier plan.
• Les morts de Rhaegal et Missandei, vraiment pas vu venir.

Les BOF
• Pas sûre qu’une relation sexuelle entre Jaime et Brienne était indispensable.
• Si l’échange avec Sandor était important, on regrette le manque de nuance dans le discours de Sansa. Le viol n’est pas un prérequis à l’endurcissement !
• La méfiance des Stark envers Daenerys est assez inexplicable et la réplique d’Arya limite xénophobe et absurde venant de ce personnage.
• Euh… la scène de Bronn. What was the point ?

Les FLOP
• JON, VEUX-TU FAIRE UN CALIN À GHOST ESPÈCE D’INGRAT !
• Encore une ellipse maladroite ! Tyrion raconte la vérité sur Jon à Varys en arrivant à Dragonstone, soit plusieurs semaines après l’avoir apprise !
• L’absence de réaction des sœurs Stark face à la plus grosse révélation de leur histoire.
• La mort de Raegal, très choquante parce qu’inattendue mais complètement absurde ! Genre Daenerys n’a pas vu les bateaux ? T’es dans le ciel meuf, t’as pas d’angle mort ! Depuis quand les scorpions sont devenus aussi puissants ? Dany, tu sais que tu pouvais les attaquer par l’arrière les bateaux ?
• Euh… ils ne sont quand même pas en train de faire vriller Dany en Mad Queen en 2 épisodes quand même ?

Le bilan est plus que mitigé. Il confirme certains choix décevants de scénario (Sam n’aura servi à rien en fin de compte) mais promet de nouvelles intrigues politiques (Go Varys). Cela dit, pas de surprise pour l’épisode suivant, à l’aune des dernières paroles de Missandei, il sera fait de feu et de sang !

par Eugénie

La longue nuit – GoT 8×03

Ça va être tout noir !

Il est enfin là, peut-être l’épisode le plus attendu de toute l’histoire de la télévision ! Alors on ne va pas trépigner davantage et renter tout de suite dans vif du sujet :

Les TOP 
– On a encore vu Ghost !
– Des plans somptueux et un beau travail sur les nuances de rythme et d’ambiance qui permettent de ne jamais s’ennuyer, même avec une heure vingt de bataille !
– Toutes les scènes de combat sont grandioses ! De l‘introduction tout en tension suivie de la charge des dothrakis au réveil des morts à Winterfell en passant par le cache-cache façon Walking Dead d’Arya, l’illumination de la tranchée et les combats de dragons (chapeau les effets spéciaux), on en a pris plein la vue !
– La musique de Ramin Djawadi encore et toujours !
– Les échanges entre Sansa et Tyrion dans les cryptes qui posent les bases des futures intrigues.
– Des morts : Ed la Douleur, Lyanna Mormont, Beric Dondarion, Theon Greyjoy et surtout Jorah (aka Lord Friendzone) ont tous eu droit à une belle sortie digne de leurs personnages. Ah et Vers Gris a survécu, ça je ne l’avais pas vu venir.

Les BOF 
– Un peu plus de lumière n’aurait pas été superflue, comme davantage de plans larges et moins de cut lors des combats… mais bon, je pinaille.
– Pendant que j’y suis, pas sûre que côté stratégie les défenses de Winterfell étaient très logiques.
– OK Mélisandre assure, mais son retour est franchement télescopé.
– Puis faire revenir les morts de la crypte n’était vraiment pas utile, d’une part parce qu’ils étaient probablement trop anciens (sauf Rickon mais on ne l’a pas vu), de l’autre parce qu’ils n’ont eu aucune conséquence sur les personnages principaux.
– En parlant d’eux, c’est miraculeux mais ils ont tous survécu.

Le FLOP : Le scénario
Là on va détailler un peu plus parce que, même si je ne vais pas faire l’unanimité, je revendique le droit d’être franchement déçue par le scénario – comme d’autres l’ont d’en être ravis, il n’y a pas de vérité, que des opinions.
Pourquoi déçue ? Parce que l’épisode a joué avec mes attentes façon ascenseur émotionnel tout du long avant de couper purement et simplement les câbles au dernier étage, et la chute est rude ! Cela peut être un parti pris que de ne pas respecter les théories et les prophéties, mais alors pourquoi les avoir laissées prendre une telle importance depuis la saison 2 ? Pourquoi avoir autant parlé d’Azor Ahai pour refuser de nous le révéler ? Pourquoi avoir insisté sur les symboles des Enfants de la Forêts et des marcheurs et ce depuis le pilote ? Pourquoi avoir choisi d’incarner le Roi de la Nuit qui n’est qu’une légende dans les romans ? Pourquoi avoir raconté son histoire si celle-ci n’a aucune importance ? Pourquoi avoir ressuscité Jon ? À quoi donc ont servi les pouvoirs de Bran-la-fucking-corneille-lymphatique ? Car au final, ni l’un ni l’autre n’ont eu un quelconque impact sur l’issue du combat.
À nouveau on pourrait y voir une volonté de rupture avec le schéma classique de l’heroic fantasy, sauf qu’elle arrive trop tardivement pour avoir du sens. La dénégation n’est pas l’absence de sens, d’autant plus si elle se fait au mépris d’années de développement des personnages… O
r, après les deux précédentes rencontres, il était certes prévisible mais évident et logique que de laisser Jon affronter – et non nécessairement vaincre – le Roi de la Nuit. Le priver de ce duel traduit une forme d’irrespect pour son parcours.
Non, face aux attentes des fans du monde entier, D&D (les showrunners) ont opté pour l’inattendu en balayant d’un revers de la main un
 travail scénaristique de 8 saisons. Finalement, il n’y aura pas de résolution complexe impliquant un compromis ou des sacrifices, les gentils auront triomphé du méchant roi des morts par un simple coup de couteau, octroyé par un personnage avec lequel il n’a jamais eu aucun lien. L’explication donnée par Mélisandre tombe même dans le grand WTF, comme une vulgaire tentative de se raccrocher aux branches contrairement aux constructions en domino auxquelles la série (ou plutôt les livres) nous avait habitués. Soyons honnêtes, si le destin d’Arya était de vaincre les marcheurs blancs, la prédiction aurait été tourné dans ce sens dès la saison 3, sans besoin d’inverser l’ordre des yeux pour jouer les révélations de dernières minutes – D&D, vous nous prenez un peu pour des pigeons là ! Sans parler de la téléportation digne d’un code de triche de RPG qui permet à Super Arya de débouler invisible en vol plané au milieu d’une foule de morts et de marcheurs – même si ceux-ci ont brillé par leur inutilité lors de l’épisode.
La série semble avoir oublié que surprendre pour surprendre n’est pas une fin en soi. Scénaristiquement, cela revient à se cacher derrière une porte pour faire « Bouh » au premier passant. Et si le sort d’Arya se donne le visage de l’audace, il évite surtout de prendre position concernant Azor Ahai pour ne pas décevoir une partie des fans, et ça c’est plus de la trouille qu’autre chose. 

Malgré des indéniables qualités artistiques, l’écriture transpire l’incohérence et la facilité en expédiant toute l’intrigue « magique » dans la première moitié de la série. À moins que la suite ne nous réserve un twist grandiose pour faire la lumière sur cette « longue nuit »… Par les anciens dieux et les nouveaux, je ne peux que l’espérer !

par Eugénie

A Knight of Seven Kingdoms – Game of Thones 8×02

And now my watch begins…

Tin Tin Tintintin Tin… Vais-je un jour me lasser de ce générique ? Rien n’est moins sûr maintenant qu’il est évolutif. De retour à Winterfell pour un épisode complet, centré sur les préparatifs de la bataille. Game of Thrones se drape pour l’occasion d’une aura crépusculaire, reléguant les héros à l’arrière plan pour donner aux nombreux seconds rôles une derrière occasion de briller. La série dresse un très beau parallèle entre les personnages contemplant leurs propres fins et les acteurs constatant celle d’une époque. La série se meurt, elle le sait et en dresse un portait presque poétique. Par ailleurs, on retrouve les grands dialogues jubilatoires qui ont contribué à son succès avec un épisode certes bavard mais redoutable dans sa gestion de la tension. On passe progressivement de l’impatience à la mélancolie qui précède la bataille, une forme d’ennui née de l’attente et qui doucement se mue en angoisse.

Les TOP 
– ON A VU FANTÔME !
– Encore des retrouvailles bien ficelées : Sansa/Theon, Tyrion/Jaime/Brienne, Jon/Tormund/Brienne etc.
– Tous les dialogues de l’épisode sont brillants et nourrissent des relations bien nuancées. La dynamique des frères Lannister par exemple, comme ceux de la Garde de Nuit qui partage une dernière veillée sur un mur ou encore la « réunion de famille » entre Arya, le Limier et Béric.
– Les jeux de pouvoir et de faux-semblants entre Sansa et Daenerys.
– La scène magnifique du dernier repas de la dernière picole devant le feu de cheminée et tout ce qui s’ensuit : discussions et chamailleries dont le point culminant reste l’adoubement de Brienne et le chant de Podrick, « Jenny des Vieilles Pierres » (tiré des livres et magnifiquement interprété par Florence and the Machine en conclusion).
– Tormund ! Juste Tormund !

Les BOF 
– On n’a pas beaucoup vu Fantôme…
– La relation Arya/Gendry qu’à titre personnel je trouve un peu malaisante.
– Si c’était une bonne idée de mettre Jon en retrait pour lui laisser le temps de digérer l’info, l’annonce de sa parenté à Daenerys est un peu légère.

Les FLOP
– ON VEUT PLUS DE FANTÔME – et pas seulement pour le faire claquer siouplait !
– Rien du côté de Cercei… Comme il est peu probable de la voir réapparaître dans l’épisode suivant, espérons que les trois derniers nous donneront encore de quoi aimer la détester.
– Varys, l’araignée invisible !
– Qu’est-ce que les traducteurs ont fumé ? Ils changent carrément le sens des dialogues par moments ! (oui, je regarde l’épisode en VO ET en VF)

La semaine prochaine, fini l’attente, place à la guerre avec son lot de pertes dont certaines ont été teasé plus ou moins subtilement… Je parie sur Vert Gris pour la première victime ! Valar morghulis…

 

par Eugénie

Media Battle : Youtube VS Télé

Le point polémique – Le 11 novembre dernier, Thierry Ardisson recevait dans son émission « Salut les Terriens ! » le youtuber Squeezie (Lucas Hauchard pour les intimes) venu faire la promotion de son livre ludique « Tourne la page » (ou le putaclic littéraire).
Mais loin, très loin d’expliquer son concept, le débat s’est vite transformé en simulacre de procès à l’encontre d’un métier, d’un média et de ses utilisateurs.

Revoir l’interview complète ci-dessous.

Mais pourquoi revenir sur le sujet ? Après tout un youtuber maltraité par la télévision c’est assez anecdotique. Pourtant, devant un nombre de poncifs hors de propos et d’époque alarmant pour une séquence de seulement six minutes, Eugénie pense que, loin de simplement alimenter le bad buzz (les médias s’en chargent très bien), il y a ici matière à réfléchir…
Vous l’aurez compris, le point polémique est un nouveau format d’article, un peu plus poussé que les critiques, qui proposera quelques pistes de réflexion (à débattre) sur ce genre de sujet. Let’s go !

« Y a plus que des vieux qui regardent la télé »

Si la télé se réduisait aux rediffusions de « Derick », peut-être cette phrase serait-elle vraie… Dommage, il semblerait que l’offre télévisuelle soit un peu plus consistante que ça. Mais peut-être nous faudrait-il définir les « vieux » et les « jeunes » pour comprendre le sens de ce discours ?
Si nous reprenons le postulat de ce cher Thierry, les « jeunes » seraient visiblement concentrés sur internet, consommateurs ou utilisateurs des réseaux sociaux (je connais des soixantenaires qui vont être ravis d’apprendre qu’ils sont « jeunes »). Donc dans cette société bipolaire, il semblerait que tout internaute qui se respecte bouderait ostensiblement la télévision et ses programmes. Opinion pour le moins étonnante au vu du nombre de tweets que comptabilisent des émissions live comme « Danse avec les Stars » ou « Top chef », systématiquement en trending topics France sur le réseau. Cyprien lui-même, king du game en nombre d’abonnés, a réalisé une vidéo sur « Top Chef » il y a quelques années. Si les « twittos » sont exclusivement jeunes, forcé de constater que Môssieur Ardisson se trompe quelque part, pour ne pas dire sur toute la ligne !
Vous me pardonnerez cet exemple volontairement sophistique, il ne sert qu’à mettre en relief l’absurdité du propos.
Bien sûr qu’internet et les réseaux sociaux ne sont pas réservés au moins de trente ans tout comme la télé ne l’est pas à la génération d’Ardisson, ayant passé l’âge canonique de soixante ans ! Du reste il est peu probable que les professionnels de ces milieux respectifs vous assurent le contraire…

La télévision n’est pas « vieille » pas plus qu’elle n’est mourante (comparée à la presse c’est même une petite jeunette). Elle subit simplement les changements inhérents à l’apparition d’un petit frère, elle évolue. Alors certes, dire que :
« La télévision linéaire où on dit aux gens d’être à 7h du soir devant le poste pour voir « Salut les Terriens ! » c’est mort » n’est pas tout à fait faux, ni absolument exacte…
Les rendez-vous télévisuels existent encore comme nous l’avons vu plus haut, ils subsisteront d’ailleurs tant qu’il y aura des grands rassemblements, ne serait-ce que pour les compétitions sportives. Peut-être seront-ils un peu plus événementiels et moins réguliers… et encore tout dépend de ce qu’implique la régularité ou plutôt devrais-je dire la ponctualité ! Car aujourd’hui regarder LA télévision n’implique plus de la regarder SUR la télévision ! Contenus et supports ne sont plus indissociables, il y a les audiences de la diffusion et celles des services de replay ! C’est l’une des petites révolutions offertes par ce barbare d’internet, Youtube et télé ont aujourd’hui en commun une liberté inhérente au support digital, celle qui permet à l’utilisateur de n’être plus dépendant d’une heure fixe mais de choisir quand et où il souhaite regarder un programme. C’est ce qu’on appelle dans le milieu la délinéarisation.

L’évolution des modes de consommation ne signe pas la mort d’un média, de telles affirmations ressortent du cliché quasi intemporel. On se demande bien par exemple ce que la radio a pu penser de la télé en son temps, ou la presse de la radio… Le discours volontairement pessimiste de Thierry Ardisson en dit plus sur lui que sur son sujet. Au choix c’est un sombre idiot qui ne connaît pas la réalité du média pour lequel il travaille OU c’est un stratège un brin bourrin qui a très bien compris la mécanique du buzz pour faire de l’audience… J’opte clairement pour cette seconde option !

« La télé s’est nulle et s’est ringard (bon déjà c’est toi qui le dit), mais on a rien trouvé de mieux (pour faire parler les cons ?) pour donner aux gens envie d’acheter un livre. »

Ne nous y trompons pas, m’est avis que rien n’est gratuit ou innocent dans le propos d’Ardisson. En remettant sur la table une prétendue dualité Youtube/TV, le présentateur s’assure une bonne couverture médiatique et un bad buzz viral d’autant plus facile en ciblant Squeezie et ses 9 millions d’abonnés. Mais tout internaute à de quoi s’indigner devant un tel étalage de mauvaise foi, surtout venant de la part d’un journaliste soi-disant sérieux.

En effet, s’il existe effectivement une forme de mépris lattent envers les youtubers, il provient plus des-dits journalistes que des producteurs. Le média télévisuel a compris depuis longtemps comment travailler avec le réseau social pour offrir un contenu complémentaire au sien. Exemple récent en date, la série de Cyprien, Norman et Natoo « Presque Adultes » diffusée en exclusivité sur TF1 l’été dernier et relayée quelques semaines après sur leurs chaines respectives. Mais ces accords dépassent souvent le simple partenariat, ainsi « Golden Moustache » est une production M6 quand Canal + (diffuseur de « Salut les Terriens ! ») collabore très étroitement avec les membres du Studio Bagel, sans compter que beaucoup de leurs anciens (notamment de « Bref », dont l’intégralité des épisodes est disponible sur… bah Youtube !) sont des acteurs de la plateforme. Canal + qui a également produit l’excellente web-série « Le Meufisme » ou encore « What’s up France » de l’humoriste Paul Taylor, diffusé presque simultanément sur les deux médiums. Difficile de croire que Thierry Ardisson ignore tout des activités digitales de son employeur…

Le rapport entre contenu télévisuel et digital mériterait d’être approfondi mais il n’est pas question ici d’analyse de fond sur les stratégies marketing des chaînes, simplement de mettre en relief l’hypocrisie d’un discours qui apparaît (à tort) comme l’écho de la pensée profonde du média. Il n’y a pas de conflit entre TV et Internet, tout du moins pas au sens suggéré par Ardisson. Son discours et son ostensible incompréhension vis-à-vis du contenu de youtube, de ceux qui le produise et de ceux qui le consomme nous ramène à la théorie du (bad)buzz délibéré. Buzz sans propos, sans objectif autre que celui de la « mauvaise » visibilité qui se base sur la mécanique du mépris, grossièrement dissimulé sous le déguisement bon marché de Laurent Baffie, celui de l’humour.

« On a vu des branleurs dans l’émission mais celui-là il est magnifique »

Ce genre de facilité traduit un phénomène plus grave, dommageable et de plus en plus courant, un manque d’éthique professionnelle qui se planque derrière son format, le talk-show. Dénigrer son invité au profit de l’audience c’est aussi dénigrer ses 9 millions de fans et par extension dénigrer les milliards d’internautes aux pratiques similaires ! Autrement dit, prendre le public pour un con… Belle démarche (en même temps, pouvons-nous espérer mieux de la part d’une émission qui ne perçoit pas le malaise quand Baffie relève la jupe de Nolween Leroy) ! Cette posture ouvertement méprisante et répétitive envers les youtubers est pourtant préjudiciable en terme d’image, tant envers le média que ses représentants… Tel le serpent se mordant la queue, ils finissent effectivement par apparaitre « vieux » et dépassés par ce qu’ils ne font pas l’effort de comprendre ou de respecter. D’ailleurs cette interview se résume effectivement au discours du vieux con au jeune pas si con que ça compte tenu de l’humour de ses réponses.

« Est-ce-que manger des pizzas c’est devenu un métier ? »

Cette phrase est à peu près aussi intelligente que que l’indémodable « Pourquoi tu regardes des gens courir après une balle » en parlant du foot… Un exemple en toute mauvaise foi qui se borne à une vision minimaliste d’une pratique qu’on ne souhaite pas vraiment comprendre. Mais revenons à nos pizzas…
On ne peut pas réduire l’offre de Youtube à des gamins se filmant en train de « lire, dormir, baiser »…  Non, comme l’a si bien dit ce « branleur » de Squeezie : « Ça c’est de la téléréalité » ! Prends ça Thierry ! Oui parce que si j’usais de la même mauvaise foi, je pourrais soutenir que le petit écran aujourd’hui se résume « Aux Anges », « Chti », « Marseillais », « Princes de l’Amour » et autres Hanouneries qui pullulent et croissent telles des métastases sur les poumons d’un gros fumeur. Je le pourrais Thierry, sauf que ce serait délibérément fermer les yeux sur tout ce que la télévision peut me proposer d’intéressant, de beau, ou de divertissant.
Youtube c’est exactement la même chose ! Alors pourquoi une partie de l’opinion se ferme-t-elle à tant de richesse en libre-échange ?

En partie à cause de cette plaie qui sclérose les pensées et les sociétés, monstre pédant qui pointe le bout de son nez ridiculement court duquel il ne sait pas voir « plus loin » dès qu’il s’agit de différence ou de changement : le préjugé !
Des aprioris conventionnels qui nous imposent les limites d’un « genre » et de l’approbation sociale, source de discours tel que « les films d’animation sont pour les enfants », « les mangas (ou les BD) ne sont pas de vrais livres », « le rap c’est pas de la musique » ou encore « les youtubers sont tous des glandeurs qui jouent aux jeux vidéo »… Vu sous cet angle le monde doit être vraiment plus simple. Mais la réalité ne l’est jamais.

Premièrement, Youtube ne résume pas aux vidéos gaming ! Les chaines des youtubers regorgent de contenu passionnant parfois supérieur en qualité à celle de la télévision. Que ce soit sous l’angle de l’humour, de l’information ou de la pédagogie, les vlogs ont beaucoup à partager : des sketchs, des critiques, des courts-métrages, de tutos, des émissions en tous genres, de tous formats et sur tous les sujets ! Des programmes qui se suivent avec le même intérêt que ceux de la télé, intérêt qu’il est difficile de voir quand le jugement ne se repose que sur le préjugé et la mauvaise foi.
Et même si le gaming tient effectivement une place de choix sur internet, c’est bien parce qu’un public y trouve un bénéfice qu’il faut donc respecter. Prenons celui du « let’s play » qui semble être le plus critiquable et inexplicable pour les Ardissoniens. Pourquoi une personne perd-elle dix minutes de sa vie pour regarder un tiers jouer à un jeu ? Quel est son intérêt ?
C’est pourtant évident non, la passion ! Tout comme les cinéphiles, les littéraires, les gourmets, les amateurs d’art ou de mode aiment partager leurs goûts, commenter ce qu’ils connaissent ou découvrir des nouveautés, le gamer peut vouloir se faire une opinion sur un jeu ou comparer son expérience avec celle d’un autre, avec en bonus une touche d’humour qui peut représenter une fin en soi du point de vue du divertissement. La démarche est la même que celle du lecteur de critiques (quel que soit le sujet), du membre d’une communauté, groupe ou forum thématique ou du participant à une conférence : la curiosité.

La télévision et Youtube ont en commun le même principe de service, ils mettent à disposition du contenu qui trouvera ou non son public, à ceci près qu’internet a dans son ADN une valeur beaucoup plus actuelle. Plus que l’étalage d’une offre, il créait et entretient l’échange car il a compris que les passions se partagent.
Aujourd’hui mépriser un youtuber au motif que c’est un youtuber, sans analyse de fond sur son sujet ou propos, c’est dénigrer les goûts de chacun. Procédé gratuit et bien plus méprisable que l’objet de sa vindicte et qui, s’il peut permettre d’ouvrir quelques réflexions, ne mérite pas le tapage médiatique qu’il génère. C’est donner trop d’importance au coup de com de Thierry Ardisson qui, si l’on en juge par la réponse adressée au public dans sa dernière émission il n’a effectivement rien compris…

 

par Eugénie