The Witcher, un sorceleur sur Netflix

Game one

Kezako ?

Le sorceleur Geralt, un chasseur de monstres mutant, se bat pour trouver sa place dans un monde où les humains se révèlent souvent plus vicieux que les bêtes.

La critique d’Eugénie – 6/10

Netflix tente de s’engouffrer dans la brèche laissée par la fin de Game of Thrones et de couronner un nouveau roi des séries. S’emparant d’un succès de l’heroic fantasy, la saga polonaise du Sorceleur d’Andrzej Sapkowski, mondialement popularisée par la franchise des jeux vidéo The Witcher (dont l’excellent Wild Hunt), la série n’a pas l’envergure de ses modèles… pour l’heure.

De fait, toute comparaison avec le Trône de Fer serait superflue. Geralt de Riv, Sorceleur de son état, évolue certes dans un univers médiéval, remplit d’un bestiaire imaginaire dont des dragons, mais celui-ci est en un sens plus simple qu’à Westeros. Les intrigues politiques y sont moins denses et ne mènent pas le jeu. Dans un style propre à la dark fantasy, le maitre mot de The Witcher est avant tout le « destin », notion que la série retranscrit avec une certaine maladresse.

L’univers rend pourtant assez bien et la musique est plutôt réussie même si son côté anachronique peut perturber au début. Le problème de ce Witcher vient alors peut-être de ses ambitions. D’une part car les moyens ont du mal à suivre. Les FX sont très inégaux, sauf sur la Strige, mais le plus problématique est indéniablement sa construction qui cherche à compliquer les temporalités… N’est pas Westworld qui veut ! La chronologie n’apporte ici rien à la série, elle ne fait pas figure de révélation pour comprendre l’intrigue, au contraire, elle l’embrouille, car on ne voit pas d’évolution même sur les personnages censés vieillir. L’histoire s’articule néanmoins logiquement autour de la trame de Ciri, ce qui pose un gros problème car son axe est de loin le moins intéressant. Immobile, par trop cryptique, certains passages sont même carrément loupés (la forêt de Brokilone). D’autant plus dommage qu’il y avait du potentiel, surtout quand on voit ce que le show a su faire du passé de Yennefer.
Au final, ce qui coute le plus à The Witcher c’est peut être son pilote. L’impact de la relation avec Renfri y est inexistant et la chute de Cintra imposé dès l’ouverture entrave la storyline de Ciri. Dommage que la « vraie » première rencontre entre la jeune princesse et Geralt n’est pas été adapté des livres car elle aurait donné plus de sens à la révélation du « droit de surprise » ainsi qu’à la chute du pays, tout en renforçant la scène finale.

Cette première saison amène pourtant de bons arguments à commencer par son casting, non seulement efficace mais aussi fidèle aux personnages des romans (pas forcément physiquement), tant dans leurs subtilités que leurs traits les plus caricaturaux. Et oui, Henri Cavill fait un bon Geralt ! Grognon, sauvage, sensible, drôle, même ses grognements répétitifs participent à donner vie au caractère du White Wolf bien connu des lecteurs et des joueurs. Si la performance ne se hissera pas au niveau des Golden Globes (loin s’en faut), impossible de ne pas reconnaitre l’investissement de l’acteur dans le rôle, ne serait-ce que dans les scènes de combats, très bien chorégraphiées. Yennefer et Ciri, respectivement interprétées par Anya Chalotra et Freya Allan sont elles aussi tout à fait à la hauteur, tout comme Joey Batey qui joue Jasquier. On a même quelques fulgurances chez des personnages secondaires, notamment la Reine Calante et Tissaia.

Une fois n’est pas coutume, il faudra attendre la saison 2 pour voir si The Witcher a les capacités pour relever les défis à venir, car ce premier jet ressemble au final à une longue introduction. Peut mieux faire !


Créé par Lauren Schmidt Hissrich
Avec
Henry Cavill, Anya Chalotra, Freya Allan, Joey Batey…
USA, Pologne – Dark fantasy
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 20 décembre 2019
Durée par épisode : 47–67 minutes

L’effondrement – série Canal +

Kezako ? 

Huit épisodes décryptent les prémisses de l’effondrement de notre civilisation.  Huit destins de français cherchant à survivre…

La critique de Marcellin – 8/10

« L’effondrement » fait du bien à l’âme. Cette série nous rassure quant à la faculté des frenchies à réaliser des produits redoutables pour le petit écran. Le pitch est simple : l’effondrement très imminent de la France telle que nous la connaissons.

Avec une approche ultra réaliste, la série arrive par sa structure minimaliste à nous libérer un sentiment oppressant. Et pour sûr, cette dystopie se contente simplement d’imaginer quelles seraient nos réactions face à la catastrophe. L’éthique, la solidarité et la morale sont donc mises à mal par la nécessité propre à chacun de survivre au sein du chaos. Les relations humaines reviennent à l’âge de pierre, car tout ce qui construit notre civilisation depuis des siècles, s’évapore en quelques jours. Des dilemmes naissent en même temps que le monde s’effondre et que leurs vies basculent. La force de ces histoires réside dans le fait qu’elles sont liées, même si chacun dessine sa route dans un parcours semé de troubles, les destins se lient et se délient.
Cette palette d’expériences modélise un ensemble d’une tension incroyable, car se contentant de livrer au spectateur un plan séquence maîtrisé d’une vingtaine de minutes. Que s’est-il passé entre ce laps de temps ? Nous l’ignorons, nous ne pouvons que l’imaginer…

Le questionnement adressé au spectateur est très intéressant; quel comportement adopterez vous ? Serez vous l’égoïste, l’opportuniste, le bienveillant, le solidaire ?
Des comportements bestiaux vont se mêler à des bribes d’espoir, nous laissant sceptique après le visionnage de cette captivante série.

Canal+ maintient sa position de créateur original avec cette pépite survivaliste. Au plus proche de notre actualité, entre grèves, revendications, colère et soulèvement, nous nous approchons dangereusement de ces morceaux de vies portés à l’écran.

Quelle sera votre histoire ?

De  Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard, Bastien Ughetto
Avec Gabriel Mirété, Lubna Azabal, Catherine Salviat, Audrey Fleurot
France – Drame
Sortie : Novembre 2019
Durée : 8 épisodes de 20 minutes

Mrs. Maisel, toujours fabuleuse dans sa saison 3

Maiselicious !

Kezako ?

Midge et Susie découvrent les réalités de la vie en tournée avec Shy. Cette vie de stars est aussi glamour que pleine de désillusions et elles vont en apprendre beaucoup sur le monde du show-business lors de cette aventure. Joël lutte pour soutenir Midge tout en poursuivant ses propres rêves. Abe se lance dans une nouvelle mission et Rose se découvre de nouveaux talents.

La critique d’Eugénie – 8/10

Midge Maisel, la plus dégantée des housewives made in fifties, est de retour pour une saison 3 un brin plus artificielle que les précédentes, mais toujours aussi délicieusement rafraîchissante.

Lentement mais surement, la jeune humoriste se fraye un chemin dans le milieu du stand-up. Fini les petits bars miteux du tout New-York, la voilà en tournée à travers les États-Unis pour se faire la main sur de nouveaux publics. Les séquences de Midge sur scène demeurent d’ailleurs les plus drôles de la série, avec une petite évolution notable dans l’humour : un peu moins ancré dans son époque et donc plus accessible.

Quant aux dialogues, point fort du show depuis ses débuts, ils se révèlent toujours aussi décalés et désopilants.
Petit bémol cependant sur le côté burlesque (voire frappadingue) des familles Weissman/Maisel, qui cette année ont placé le curseur de la farce un peu trop haut, perdant de fait en subtilité. Ce qui relevait de légers traits d’absurdité dans les premières saisons devient ici un véritable let motiv et perd de sa saveur à force de répétition, quand il ne frôle pas par instants l’excès caricatural.

Petits déséquilibres également dans les traitements des personnages secondaires. Les parents Abe et Rose se voient ainsi consacrer beaucoup de temps d’écran malgré leur quasi-absence d’intrigue (en dehors du ressort comique) quand d’autres protagonistes, comme le chanteur Shy Baldwin et son manager ou encore Lenny Bruce, en auraient mérité davantage.

Mrs. Maisel est une surprise sériephile que personne n’avait vu venir et qui a transformé l’essai avec succès en saison 2. Il semblerait cependant, à l’aune des derniers épisodes de la troisième, que la série commence à piétiner. Soyons claires, la formule du « un pas en avant pour deux en arrière » ne pourra pas durer éternellement, le show devra commencer à aller vraiment de l’avant s’il ne veut pas se perdre (et nous aussi).

Avec un casting toujours excellent et un univers délicieusement rétro, des costumes aux décors en passant par l’excellente bande originale, The Marvelous Mrs. Maisel est une série doudou qui  se savoure comme une friandise… mais gare à l’excès de sucre quand même !


Créé par Amy Sherman-Palladino
Avec Rachel Brosnahan, Alex Borstein, Michael Zegen, Marin Hinkle, Tony Shalhoub

USA – Comédie
Saison 3 (8 épisodes) diffusée depuis le 6 décembre 2019
Durée par épisode : 48–76 minutes

The Crown, une saison 3 en demie-teinte

« Qu’il est difficiiile d’être le Roi de la France » (ou la Reine d’Angleterre en l’occurrence)

Kezako ?

Grande-Bretagne, de 1964 à 1972. La Reine Elisabeyh II fait face à des événements majeurs de l’histoire britannique comme l’affaire de Princesse Margaret avec Roddy Llewellyn. Elle voit l’ascension politique de Margaret Thatcher et l’introduction de Camilla Parker Bowles dans la vie de son fils, Charles.

La critique d’Eugénie – 7/10

La sérié événement multi primée de Netflix revient pour une saison 3 avec de nouvelles têtes. Plutôt que de dépenser des millions en maquillage et CGI pour faire vieillir ses acteurs, Netflix a opté pour la refonte complète de son casting, ajoutant au passage quelques beaux noms à sa déjà prestigieuse liste. L’actrice oscarisée pour La Favorite, Olivia Colman, a ainsi rejoint l’équipe en reprenant le rôle d’Elizabeth II, précédemment tenu par Claire Foy. Le temps a bien sûr fait perdre sa « fraîcheur » au personnage, mais la direction d’acteur a également endurci le rôle, peut-être un peu trop car la froideur manifeste de la reine diminue grandement l’empathie que l’on ressentait pour elle. Étrangement, la fenêtre ouverte sur la vie de la famille royale d’Angleterre dans les deux premières saisons avait permis d’humaniser ceux que les Anglais appellent « The Firm ». Cette suite vient y ajouter des barreaux ! Elle enferme à nouveau les protagonistes dans une prison dorée, d’apparence et de faux-semblant, et réinstaure le sentiment de rigidité que le public connaissait déjà.

Cette nouvelle saison s’accompagne également d’une écriture plus déliée, et si les épisodes peuvent presque se consulter dans le désordre, il en résulte un manque de suspens sur le long terme (à l’échelle d’une série) qui peut impacter l’envie même de voir la suite.
Un problème également intrinsèque à chaque épisode, puisque tous ne présentent pas le même niveau d’intérêt, notamment le premier qui ne constitue pas une très bonne entrée en matière de par son rythme excessivement lent. Heureusement, quelques-uns se démarquent du lot, notamment ceux accès autour de la Princesse Margaret, incarnée ici par Helena Bonham Carter.

Bien que toujours hautement qualitative tant au niveau des décors et des costumes que du jeu des acteurs, cette saison 3 ne remplit pas toutes ses promesses et il faudra attendre la quatrième, et l’arrivée tant attendue de Diana, pour redonner un peu de peps et, disons-le, de drama à la série.


Créé par Peter Morgan
Avec Olivia Colman, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter, Jason Watkins, 

Erin Doherty, Josh O’Connor…
USA, UK – Drame, Biopic
Saison 3 (10 épisodes) diffusée depuis le 13 novembre 2019
Durée par épisode : 47–59 minutes

Carnival Row, que vaut la série fantastique d’Amazon ?

Steampunk fairy’s tale

Kezako ?

Dans un monde fantastique à l’époque victorienne, les créatures mythologiques doivent fuir leur pays ravagé par la guerre. Exilés dans la ville de The Burgue, la cohabitation avec les humains s’annonce difficile. Le détective Rycroft Philostrate et une fée réfugiée du nom de Vignette Stonemoss vivent une dangereuse relation alors même que Philo doit résoudre l’enquête la plus importante de sa vie : une série de meurtres à même de mettre en péril la paix déjà précaire.

La critique d’Eugénie – 6,5/10

Amazon Prime Vidéo tente de marcher dans les pas de Netflix et de profiter de la fin (controversée) de Game of Thrones pour lancer sa nouvelle série : Carnival Row !
Aux grands maux les grands remèdes, le géant d’internet annonce en tête d’affiche deux noms célèbres, Orlando Bloom et Cara Delevingne, de quoi susciter l’intérêt du public. Autre petite spécificité, la série n’est pas une adaptation d’un succès littéraire mais bien une création 100% originale.

Dans un univers empreint de l’esthétique steampunk, les humains entrent en guerre contre les créatures mythiques pour prendre possession de leurs terres. Seule la République de « The Burgue » se range un temps du côté des fées et autres satyres, avant de retirer leurs troupes. La ville devenue terre d’accueil pour de nombreux réfugiés surnaturels est désormais gangrenée par la xénophobie et les batailles politiques. L’intrigue est non seulement alléchante mais l’univers aux influences ouvertement lovecraftiennes, en opposition aux codes fantastiques traditionnellement associés aux fées est très prometteur.
La sauce prend sans trop de mal et l’histoire se suit sans déplaisir, sachant jouer de ses atouts, à commencer par une bonne bande originale, des personnages secondaires intéressants et une satire sociale en propos de fond.

Cependant, la série ne tient pas entièrement ses promesses, notamment du côté des personnages principaux. Si les acteurs livrent une prestation tout à fait correcte, l’inégalité de leur rôle est irritante. Violette la fée, n’a que peu d’impact sur l’intrigue tout comme le réseau de résistance qu’elle intègre, quant à Philo, le personnage est encore trop « parfait » pour qu’on s’y attache vraiment. Ajouter à cela quelques intrigues secondaires mal agencées (la secte religieuse des satyres) et l’apparition un brin tardif de quelques personnages-clés et le show dévoile de grosses lacunes.

Carnival Row est l’exemple type de la série qui n’a pas encore transformé l’essai. Pour trouver son public, elle devra se dépasser en saison 2, peut-être en renforçant son axe politique et révéler tout son potentiel.


Créé par René Echevarria, Travis Beacham
Avec Orlando Bloom, Cara Delevingne, Tamzin Merchant, David Gyasi…
USA – Fantastique
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 30 août 2019
Durée par épisode : 50-67 minutes

The Handmaid’s Tale – saison 3

This Woman’s Work

Kezako ?

June n’a pas quitté Gilead afin de retrouver sa fillette, Hannah, mais aussi pour combattre le système depuis l’intérieur. Elle se voit mutée auprès de l’ancien maître d’Emily, le commandant Lawrence. Ne perdant pas de vue ses projets, elle ne sait plus sur quel pied danser avec celui-ci. Pendant ce temps, la remise en question de Serena continue…

La critique d’Eugénie – 7,5/10

La série dystopique vient de s’achever sur un épisode fort malgré une saison en demi-teinte.
Après une introduction pleine de promesse et de scènes marquantes (l’arrivée d’Emily au Canada), les épisodes suivants se sont malheureusement enlisés dans la lenteur caractéristique du show, abusant des gros plans au point d’en détourner le sens. Ainsi, l’esthétisme minutieux de la série, valorisant à la fois le jeu des acteurs et le symbolisme, s’est trop souvent réduit à du remplissage. Les longueurs sont d’autant plus pénibles qu’elles soulignent l’immobilisme scénaristique de certains arcs, quand d’autres sont clairement sous-exploités, comme la réinsertion d’Emily dans la société canadienne.

À Gilead les choses ne vont pas en s’améliorant et la série n‘épargne aucune souffrance à son héroïne, June, qui s’endurcit au point d’en devenir cruelle et par instants, inhumaine. Une inhumanité née de ses ultimes désillusions et du désespoir mais qui s’avère nécessaire au développement de l’intrigue. C’est en abandonnant ses rêves personnels que naît une ambition plus universelle : faire sortir le plus d’enfants de Gilead ! Dès lors, les derniers épisodes, tout en gardant leurs rythmes habituels, se chargent d’un suspense de chaque instant. Une fébrilité d’autant plus forte que la série nous permet pour une fois d’espérer !

C’est en cela qu’Handmaid’s Tale sait rester loin du « torture porn » souvent évoqué par ses détracteurs. Même si cette saison 3 a eu tendance à fleureter avec le genre, elle demeure avant tout pédagogique dans son approche de la violence. Brutale et choquante certes, mais plus par prévention que par sadisme. Très politisée, ses piques lancées en direction du gouvernement trumpiste sont acérés et la série se montre toujours aussi incisive quand il s’agit de parler de liberté. Ainsi, alors qu’on ne peut plus imaginer pire, même la parole peut devenir un privilège. 

Intrinsèquement féministe, The Handmaid’s Tale met plus que jamais en avant le concept de sororité face à l’adversité, et ce à différentes échelles : Moira et Emily, servantes et marthas – véritable mafia au sein de la résistance – et même un étrange trio de défis et de compassion entre June, Serena et Eleanor. Mais c’est surtout dans les rapports de force que se créaient les plus gros changements. Au sein du couple Waterford pour commencer, mais surtout entre June et le Commandant Lawrence, personnage énigmatique qui peu à peu se dessine et s’adoucit par l’amour qu’il porte à sa femme souffrant de troubles mentaux (aggravés sans aide médicale). Alors que June, la servante, gagne en force, l’homme fort de Gilead s’effrite sous le poids de la société qu’il a contribué à créer.

Annoncée comme la saison de la « révolte », la troisième est en fait plus celle des décisions et de leurs conséquences. Décisions et conséquences pour les Lawrence qui n’ont plus d’autres choix que d’échapper d’une manière ou d’une autre au régime en place. Décisions et conséquences pour les Waterford qui se trahissent tour à tour – qu’il est jouissif de voir ces deux-là en difficulté. Mais surtout décisions et conséquences pour June qui aura causé plus ou moins directement la mort de cinq personnages : la martha de sa fille Hannah, Ofmatthew, le commandant Winslow, Eleanor (dans une scène bouleversante) et l’Oeil du dernier épisode.
La série s’achève sur un nouveau cliffhanger et une lancée plus franche vers la résistance. Espérons que la saison 4 saura ne conserver que le meilleur de ce cru 2019 et, sans tomber dans l’optimisme, diluer un peu plus d’espoir et de contestation pour rester aussi fascinante que dans son dernier tronçon. En bref, fini les palabres, place aux actions !


Créé par Bruce Miller
Avec Elisabeth Moss, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Samira Wiley, Alexis Bledel…
USA – Drame, Science-fiction
Saison 3 (13 épisodes) diffusée depuis le 5 juin 2019
Durée par épisode : 43–62 minutes

Top 5 des meilleures séries selon Eugénie & Marcellin

Qu’on se le dise tout de suite, il ne s’agit pas d’établir objectivement le classement des meilleures séries de tous les temps, tout simplement parce que c’est impossible !
Les séries sont plus que jamais devenu un 8ème art en soi, tant par leur format, leur médium et leurs propos. Et comme tout élément de culture, elles sont susceptibles à un moment donné de nous influencer, d’entrer en résonance avec nos goûts, nos pensées, notre vision artistique et par là même, de les refaçonner !
Eugénie et Marcellin ont sélectionné les cinq séries qui ont réussi à marquer nos vies au point de devenir des piliers de notre culture audiovisuelle.

Les n°5 : Malcolm VS Strangers Things

Le choix de Marcellin : Malcom – Cette série n’est pas la plus visuelle, la plus poétique ou encore la plus complexe mais c’est sans aucun doute la plus efficace. Malcolm et sa famille nous aura fait rire aux larmes, nous entraînant dans leur vie trépidante à chaque nouveaux épisodes. Aussi affligeant que touchant, chaque membre de cette tribu a agit sur nous comme une madeleine de Proust, rappelant à chacun d’entre nous des souvenirs d’enfances plus ou moins glorieux ! La parcours atypique et délirant de cette middle class était une réjouissance télévisuelle, où il suffisait de profiter d’une bonne série et de son humour décalé. Dénuée de toute prétention, Malcom est un irrésistible moment à passer ; c’est d’ailleurs une des rares séries que je pourrais visionner ad vitam aeternam ! Chaque personnage est hilarant, créant un ensemble d’une délicieuse impertinence et une bonne dose d’antidépresseurs ! Cette série est juste dans  absolument tous ses aspects, et elle a su viser dans nos cœurs, en plein dans le mille 😉

La sélection d’Eugénie : Strangers Things – Beaucoup d’appelés mais peu d’élus…. Parmi l’excellent cru sériephile de ces dernières années, WestworldHandmaid’s Tale et Black Mirror auraient toutes pu prétendre à la cinquième place bien que pour des raisons différentes, mais c’est finalement Strangers Things qui s’est imposé (malgré une saison 3 très décevante) ! Là où j’attends encore des autres qu’elles passent l’épreuve du temps, la série des frères Duffer a réalisé un véritable hold-up en devenant culte dès sa première saison ! On pourrait chanter les louanges du casting, la qualité de l’image et des effets spéciaux, de la photographie, de la bande originale et du scénario, mais on ne va pas se mentir… si Strangers Things se classe aussi haut, c’est parce qu’elle joue la carte de la nostalgie ! Avec son univers délicieusement vintage, la série nous replonge dans les années 80, celle de E.T. et des Goonies, d’Alien et de The Thing avec une touche de mystère à la Stephen King qui lui donne tout son charme rétro, singulier et angoissant !

Le n°4 : American Horror Story VS Malcolm & Sex and the City

Le choix de Marcellin : American Horror Story – Il fallait bien assouvir mon côté sorcière dans ce classement ! Et je suis ravie de faire un double hommage à Ryan Murphy, que j’estime comme un très grand showrunner. Je dois l’avouer, AHS est une série assez inégale. La première saison fut un véritable coup de cœur, et cette passion a eu tendance à évoluer en dent de scie. Pourtant elle réussit à être constante sur un point : le traitement de la peur. Sorcières, fantômes, freaks, fin du monde… AHS parcourt avec curiosité et dévouement des sources de peur liées au genre humain. Je me dois donc de saluer sincèrement cette volonté de créer une série horrifique digne de ce nom. Pourtant, l’enchaînement des différents chapitres connaît des moments de flottement, de déjà vu, et même d’excès. Certaines saisons, qui pourtant s’avéraient très prometteuses par leur choix de thématiques, furent d’amères déceptions quant aux parti pris scénaristiques.
Malgré cela, AHS est un véritable bijou visuel, et s’intéresse à des sujets très peu exploités dans des séries télévisées (du moins avec brio !). L’ensemble regorge de multiples qualités : personne ne peut rester de marbre face à une telle oeuvre. Nous passons par toutes les émotions possibles : le rejet, la peur, le rire, le désir… AHS est une véritable expérience télévisuelle !
Et elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Car au delà de nous jeter en pâture à une horreur pure et simple, la série s’abreuve d’une dimension politique et sociale. Un engagement qui se distille tout au long des saisons et que je vous laisse découvrir 🙂
Car comme disait Coluche : « l’horreur est humaine« 

La sélection d’Eugénie : Malcolm ex aequo Sex and the City – Bon, je sais que des ex aequo c’est un peu de la triche, mais je suis incapable de choisir entre ces deux séries qui n’ont en commun que l’humour et le fait que je ne m’en lasse toujours pas malgré les rediffusions. Entre histoire de famille déjantée et aventures décomplexées entre copines, toutes les deux ont marqué leur genre et leur époque. La famille de Malcolm venait trancher avec toutes celles des sitcoms bien proprettes par son irrévérence à la limite du parodique, et si Sex and the City a moins bien vieilli, elle reste pionnière dans sa représentation des femmes et de leur sexualité ! Si je ne devais adresser qu’un mot à ces séries, ce serait merci ! Merci pour Hal et Miranda, pour Dewey et Samantha et pour ces innombrables fous rires !

Le n°3 : Skins VS Game of Thrones

Le choix de Marcellin : Skins – « On est pas sérieux quand on a dix-sept ans« . C’est à cet âge plein de revendications que j’ai découvert LA série qui m’a fait réaliser qu’être un ado est un doux fléau. L’adolescence, cette période de transition d’une brutalité qu’on connaîtra qu’une seule fois dans sa vie. Cette époque moyen-âgeuse où l’on oscille entre ombre et lumière. Encore aujourd’hui, Skins reste à mes yeux la seule qui a su retranscrire ce sentiment étrange de vouloir faire comme les autres tout en se sentant seul au monde. La série construit à travers tous ses protagonistes une palette incroyable de personnalités que l’on a tous plus ou moins connus durant notre adolescence. Cette pluralité nous offre l’occasion de voir porter à l’écran des instants, des pensées, des actes qui faisaient de nous des êtres si mystérieux. Skins arrive à combiner fantasme et réalité, celle d’une liberté dont nous rêvions et celle de la condition à laquelle nous appartenions. Des thèmes tabous tels que la drogue, le sexe, le suicide mais aussi plus honorables tels que l’amour, l’amitié et la confiance participent à créer la grandeur de cette série. Ils s’entrechoquent, se lient et se délient pour tout simplement faire réaliser à son spectateur toute la complexité d’un âge que l’on pensait bête et inutile. Et pourtant, c’est de cette ère que nous avons tiré l’adulte que nous sommes.

La sélection d’Eugénie : Game of Thrones – Ne t’en déplaise Marcellin mon poussin, mais Skins aurait plus sa place dans le classement de mes plus grosses déceptions. Après trois saisons hypnotiques, la quatrième a laissé tomber toute volonté de crédibilité et m’a perdue par la même occasion… Nope, ma médaille de bronze va à une série qui a fait couler beaucoup d’encre, à juste titre, ces dernier mois. De fait, Game of Thrones aurait pu être mon numéro 1 sans deux dernières saisons très décevantes (voir catastrophiques). Mais malgré le nivellement de l’écriture, le fait est qu’aucune oeuvre de fiction ne m’a procuré autant d’excitation et d’impatience depuis mes émois adolescents lors de la trilogie du Seigneur des Anneaux ou la sortie des livres Harry Potter ! Je n’ai jamais fait grand mystère de ma passion pour l’heroic fantasy, mais l’adaptation du Trône de fer a satisfait bien plus que mes attentes en tant que lectrice. Elle a donné une nouvelle ampleur à la soif de magie et d’aventure et nourrit les cerveaux reptiliens avides d’intrigues et de complots politiques tout en cultivant l’imprévisibilité et la mise à mal du manichéisme. Dommage seulement que les saisons 7 et 8 n’aient pas su maintenir ce niveau d’exigence…

Le n°2 : Mindhunter VS Kaamelott

Le choix de Marcellin : Mindhunter – Une plongée radicale dans les tourments des êtres humains les plus infâmes, ça vous dit ? Bienvenue dans le délicieux monde de la série Mindhunter. Il s’agit d’une des dernières merveilles produite par le talentueux David Fincher, sur un sujet qu’il affectionne particulièrement : les serial killers !
Le réalisateur nous délivre une série d’une intensité dramatique exceptionnelle, teintée d’un réalisme époustouflant, tant par le contexte de l’époque (le début du profilage), que par l’interprétation des acteurs incarnant les tueurs les plus notables de ces dernières décennies. Avec le créateur Joe Penhall, Fincher s’intéresse ici aux débuts complexes de cette technique visant à pénétrer les esprits tourmentés au sein même des institutions carcérales. Et quelle tâche attend ces inspecteurs ! Tenter de faire comprendre au commun des mortels, comment un être humain peut commettre des actes si abjectes sur ses pairs. La série se transforme ainsi en quête, celle visant à rationaliser l’inconcevable, à comprendre l’inimaginable. Mindhunter nous présente ainsi un duo de flics, sillonnant les routes pour prêcher la bonne parole auprès de collègues locaux, mais également se confronter directement à ces criminels afin (tenter) de comprendre leurs actes. Deux aspects majeurs font de cette oeuvre une série incroyable : ces personnages aux antipodes les uns des autres qui se confrontent sans même se comprendre, mais qui vont chacun, à leur mesure, jouer un rôle majeur. Et surtout, ces criminels, froids, effrayants, fascinants, interprétés avec brio par des acteurs de choix. Mention spéciale à Cameron Britton, jouant un Ed Kemper troublant de justesse.
On reconnaît ici la griffe Fincher : mise en scène au millimètre, des dialogues ciselés, une photographie soignée…
Chaque épisode nous montre le potentiel gigantesque de cette série, et je trépigne d’impatience de découvrir la suite de cette épopée si singulière…

La sélection d’Eugénie : Kaamelott Direct en second place du classement on retrouve non seulement une série humoristique mais aussi à une série française (la seule du classement – COCORICO) ! Et pas n’importe quelle série s’il vous plait, celle de Môssieur Alexandre Astier, notre gourou à tous, digne héritier d’Alain Chabat ! Kaamelott est une pépite d’humour, d’écriture et d’absurde. Avec ses personnages incroyables et ses répliques cultes, la série a même réussi le pari de changer de ton en cours de route et d’évoluer de façon à ne jamais être redondante (contrairement au céleri). Kaamelott est sans conteste LA série que je peux regarder en boucle indéfiniment et qui me fera toujours rire. Allez, qui veut faire un cul de chouette avec moi ?

Le n°1 : Nip/Tuck VS Buffy contre les vampires

Le choix de Marcellin : Nip/Tuck – Rares sont les séries qui sont dotés d’un magnétisme si déroutant. La grandeur de Nip/Tuck réside dans sa capacité à associer les thèmes les plus opposés :  le fantasme et la désillusion, l’amour et la haine, l’attractivité et le rejet… Tout ceci dans une précision quasi chirurgicale.
Enfermé un cocon en papier glacé, au plus haut de leur tour d’ivoire, ces personnages riches, beaux et séduisants arrivent successivement à nous dégoûter comme à nous fasciner. A travers ses protagonistes, NIP/TUCK parle ainsi de quêtes : d’identité, d’immortalité, de plaisir, de gloire… Ryan Murphy les détruit progressivement, en confrontant ces élites à une réalité brutale qu’ils pensaient loin d’eux. On perçoit ainsi tout au long de la série la mince frontière qui sépare la beauté de la laideur la plus abjecte.
Nip/Tuck était à sa sortie un véritable OVNI, abordant à l’écran de façon explicite des sujets tabous tels que le sexe, l’homosexualité, le transexualisme, le sadomasochisme… La série était d’un cynisme magistral, tout en y apportant une dimension tragique bouleversante. Nous nous délections à chaque épisode des frasques du Dr. Troy, de la vie (presque) normale du Dr. Mcnamara et de tous ces patients plus incroyables les uns que les autres. Tout en soignant l’esthétique de sa série, Murphy arrive à nous plonger dans les abîmes de l’être humain ; sa peur, ses désirs, ses hontes. Immersion dans un enfer aux portes dorées, dont on ne revient pas indemne.

La sélection d’Eugénie : Buffy contre les vampires Josh Whedon, je vous aime ! Buffy m’a forgée plus que je ne saurais le dire. Déjà car ce fût une première vision du féminisme à un âge où prédominaient encore les princesses Disney, et aussi car c’est fut la première notion de ce qui peut faire une grande série ! Épique et psychologique, il n’y a rien que Buffy n’est pas réussi ! Des héros tous devenus cultes, des méchants iconiques (big love au couple Spike/Drusila), des antihéros (Faith et re-Spike), des scènes d’action, des envolées épiques, des séquences tragiques (Innocence, Orphelines, L’Apocalypse), de l’humour, des évolutions personnelles et des dynamiques de groupe, de l’amour, des défaites et des victoires… Bref, l’importance de Buffy à l’échelle des séries télévisuelles n’est plus à démonter ! Josh Whedon a littéralement inventé le concept des bad guys récurrents sur toute une saison mais c’est aussi livré à de nombreux exercices de style dont l’héritage se perpétue encore aujourd’hui. On notera entre autre l’épisode muet (Un silence de mort – saison 4), celui des rêves (Cauchemar – saison 4), de la folie (A la dérive – saison 6), en mode comédie musicale (Que le spectacle commence – saison 6), et le plus poignant de tous, The Body (maladroitement renommé Orphelines en VF – saison 5) qui reste la plus brutale interprétation de la mort et du deuil sur le petit écran, parce que la plus réelle !
Mais il n’est pas possible de parler de Buffy sans parler du féministe complètement assumé de la série ! Si les personnages féminins ont tous une place centrale, le thème principal même repose sur la mise à bas du patriarcat et des préjugés sexistes. Loin de les nier, la série préfère les intégrer, les nuancer, les interpréter et finalement, les démentir. Parce que oui, une femme peut être forte et sensible ! Oui une héroïne peut être généreuse et violente ! Oui une femme peut être amoureuse sans être définie par son love interest ! Oui une personne invincible peut être vulnérable !
Avec son lot de réflexion sur le pouvoir, l’héroïsme et la sexualité, la série présente en sus une excellente allégorie de l’adolescence et par la suite, du passage à l’âge adulte. Buffy a dissimulé derrière un pitch putassier et un brin ridicule, une pom pom girl qui démonte du monstre, la série la plus travaillée et symbolique des années 90 !

Black « Breached » Mirror, la saison 5 déçoit

Subversif submersible

Kezako ?

Chaque épisode de cette anthologie montre la dépendance des hommes vis-à-vis de tout ce qui a un écran. Tous ont un casting, un décor et une réalité différente, mais ils abordent la façon dont nous vivons maintenant et de la façon dont nous pourrions vivre dans dix minutes si nous commettions une erreur. 

La critique d’Eugénie – 6/10

Après une saison 4 qui n’avait pas fait l’unanimité, la cinquième semble confirmer le déclin de la célèbre série dystopique.
Créée par Charlie Brooker en 2011, Black Mirror a marqué une décennie télévisuelle en s’attaquant à toutes les déviances possibles – et même parfois actuelles – induites par la technologie. Une thématique classique de la SF qui a su trouver un nouveau souffle en plaçant le curseur non pas sur l’opposition entre l’homme et la machine, mais entre l’homme et sa moralité, car dans les mondes de Black Mirror, ce n’est pas la technologie qui est « mauvaise », seulement nos usages. Profondément incisifs, certains épisodes ont eu, de par une réalisation et un scénario brillant, le don de donner le vertige (voir la nausée) à bon nombre de spectateurs, comme 15 Million Merits (saison 2, épisode 2), la Chasse (2×03), l’incroyable White Christmas (2×04), ou encore Chute libre (3×01), pour ne citer que les meilleurs. 

Composée de trois épisodes à l’instar de la première, la saison 5 est pourtant très loin d’égaler le niveau de ses prédécesseurs.
C’est Striking Vipers qui ouvre le bal, en plaçant une référence très cool aux jeux Street Fighter. Et bien qu’une partie de l’épisode se passe dans un jeu vidéo en réalité augmentée, le propos technologique se fait étonnamment faible au profit d’une histoire d’identité sexuelle, de désir et de sentiments. Le problème, c’est que le fond s’avère très classique (difficulté d’un couple embourbé dans la routine) et n’exploite le jeu vidéo que comme décor. S’il fait le choix intelligent de ne pas proposer une quelconque analyse sur l’homosexualité, Striking Vipers entrave néanmoins l’empathie envers ses personnages et conclue d’une façon on ne peut plus convenue, loin des finals qui nous laissaient en PLS.
À sa décharge, l’épisode souffre de la comparaison avec l’excellent San Junipero (3×04), rare fin « heureuse » proposée par la série même si celle-ci soulevait en arrière-plan un discours troublant sur la mort, l’immortalité et le « paradis ».

L’épisode 2, Smithereensest peut-être le plus intéressant bien que son scénario soit très classique. Avec une référence directe à Facebook, c’est le rapport aux réseaux sociaux qui y est dénoncé, non pas la haine qu’on y déverse comme dans Hated in the Nation (3×06), mais la simple dépendance quotidienne. Très actuel dans son propos sur les bavures policières et la protection des données, l’épisode illustre très bien le pouvoir des réseaux sociaux tout en évitant un manichéisme primaire. Cela dit, le twist de fin, notamment le comportement de l’otage, reste assez peu crédible.

En parlant de manichéisme, il est temps de passer à Rachel, Jack et Ashley Too. Sans être vraiment mauvais, l’épisode est à ce jour le plus éloigné de l’essence de la série. Affublé d’une histoire et d’un happy end digne d’un teen movie, son seul intérêt réside dans le parallèle entre Ashley et Miley Cyrus. Difficile en effet de ne pas déceler une critique envers Disney et feu le personnage d’Hannah Montana… Dommage que le discours sur la pérennité des stars n’ait pas été plus creusé.

Black Mirror livre une saison correcte, par rapport au monde des séries, mais bien en deçà de son potentiel. Moins dystopique et plus superficielle, sa mise en avant du compromis se fait le reflet de son manque d’inspiration, ou de sujet. De fait, deux épisodes abordent des technologies existantes. Peut-être la série a-t-elle simplement besoin de faire une pause, le temps que le futur l’inspire, ou l’inquiète, à nouveau.


Créé par Charlie Brooker
Avec Anthony Mackie, Andrew Scott, Topher Grace, Miley Cyrus, Pom Klementieff…
UK – Drame, Science fiction, Thriller
Saison 3 (3 épisodes) diffusée le 5 juin 2019
Durée par épisode : 60–70 minutes 

Chernobyl atomise les séries

« Nuclear » Winter Is Coming

Kezako ?

26 avril 1986, l’histoire vraie de la pire catastrophe causée par l’homme et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour sauver l’Europe du drame. L’explosion d’un réacteur à la centrale nucléaire de Chernobyl, en Ukraine, a de terribles conséquences aussi bien sur le personnel de l’usine, que sur les équipes de secours, la population et l’environnement.

La critique d’Eugénie – 9/10
♥ Coup de 
cœur

La minisérie historique a, en seulement 5 épisodes, pulvérisé tous les records de notes sur les sites spécialisés, dépassant ceux des mastodontes Breaking Bad et Game of Thrones.
Mais point de dealer de drogue ou de dragon dans cette production d’HBO, le network s’attaque ici à un événement encore méconnu de notre histoire contemporaine bien qu’il ait consacré le déclin de l’URSS et la fin d’un monde bipolaire. À cheval entre un devoir de mémoire et l’essor du mouvement écologique, Chernobyl est le coup de poker sériephile de l’été.

Très inspirée des docu-fictions, la série nous emmènent avec un réalisme glaçant sur les traces du printemps 1986 et de l’accident nucléaire de la centrale Lénine de Tchernobyl. Là où d’ordinaire le spectaculaire domine, Chernobyl suscite l’effroi sans artifices (ou peu), par une mise en scène de la réalité à nu, dont l’exactitude a été souligné par le journaliste russe Slava Malamu. Les éléments de fiction eux-mêmes tentent de rester transparents pour ne pas induire le spectateur en erreur. Seul point traduisant l’origine de la production : un propos politique très marqué anticommuniste, même s’il sait aussi se faire sobre en privilégiant une morale plus humaine que libérale. 

La série use peu du grand spectacle mais n’en est que plus percutante quand le propos s’y prête, que ce soit pour récréer l’explosion du réacteur, les moyens colossaux mis en place pour limiter les dégâts ou encore les visages détruits des pompiers irradiés. Le reste du temps, Chernobyl entretient une angoisse sourde et insidieuse, souvent magnifiée par le son et une photographie triste, maladive… disons-le carrément : radioactive !
Dès l’ouverture, nous savons que les personnages qui nous sont présentés sont condamnés à plus ou moins long terme, une réalité que le réalisateur a soulignée en s’attardant souvent sur de simples gestes, des objets du quotidien entrant aux contacts de mains, de paumes, de doigts et qui par ce simple touché, propagent la mort.

Le pilote reste à lui seul d’une efficacité redoutable. Explorant les premières heures consécutives à l’explosion, les limites des hommes sont montrées sans détours, incapables de prendre conscience de l’ampleur du désastre ni même d’en concevoir la possibilité. L’aveuglement se diffuse aussi vite que les radiations, cultivé par l’incompétence, la naïveté et la peur d’un État gangrené par le secret, adepte des fakes news avant l’heure.
Cette foule de mauvaises décisions ne fait que retarder l’inévitable, et quand l’urgence finit par parler d’elle-même, les réactions sont à taille humaine, presque lentes.
Loin des stéréotypes hollywoodiens, la série se drape de pudeur même dans ces moments « d’héroïsme », qu’ils soient collectifs ou individuels, car personne n’a l’ambition de créer un monde meilleur, il s’agit juste de limiter les dégâts causés par l’inconscience. On assiste alors à des scènes surréalistes, de mineurs creusant nus sous de la lave en fusion à une équipe chargée d’éliminer tous les animaux domestiques dans une ville fantôme.

Au-delà de la vulgarisation scientifique, la série se veut presque éducative quand elle dénonce la mémoire un peu courte du temps, ou dans son approche historique, amenant notre époque à contempler les ruines du 20ème siècle sur lesquelles elle s’est pourtant (re)construite. Quant à la morale, elle est plus que jamais d’actualité : l’Homme créé toujours les circonstances de l’inhumanité…


Créé par Craig Mazin
Avec Jared Harris, Stellan Skarsgård, Emily Watson, Jessie Buckley, Adam Nagaitis, Paul Ritter…
U.S.A, Allemagne, Grande-Bretagne – Historique, Drame
Saison 1 (5 épisodes) diffusée le 6 mai 2018
Durée par épisode : 60-72 minutes

Le Trône de Fer – GoT 8×06

Bran the wheel

Clap de fin sur une série qui aura fasciné le monde entier pendant 8 ans. Déjà les critiques s’élèvent et seul le désaccord semble faire consensus. Ce qui est certain c’est que nous n’avons pas fini de parler de ce final.

Les TOP
– C’est la fin !
– La visite d’une ville dévastée par les « vainqueurs », Jon, Tyrion et Davos.
– Le jeu de Peter Dinklage découvrant les corps de son frère et sa soeur est bouleversant. Peut-être l’une des plus belles scènes de la saison.
– La réaction de Drogon devant le corps de sa mère qui, ne pouvant se résigner à tuer le dernier Targaryen, détruit de Trône de Fer.
– Brienne qui remplit le livre de la garde, rendant enfin un juste hommage à Jaime.
– Le montage final avec les trois Stark est très beau.
– Dernière mention pour la musique de Ramin Djawadi, seul élément qui n’aura jamais perdu en qualité au fil des saisons.
– Ah, et Jon a enfin caressé Fantôme !

Les BOF
– L’incohérence des actes de Vers Gris qui massacre des hommes sans défense mais laisse Jon et Tyrion en vie. Pire, qui amène un prisonnier à décider du sort de Westeros #logiqueGoT
– Ok, Edmure Tully est marrant mais la blague est un peu hors sujet et semble sortir d’un film Marvel.
– Un épisode long où il ne se passe en finalité pas grand-chose.
– La discussion Jon/Tyrion qui montre à elle seule tout le potentiel gâché de la psychologie de Daenerys. Puis on a vraiment envie de gifler Jon. RÉVEIL-TOI MEC !

Les FLOP
– Bah, c’est la fin…
– Après la folie éclair de Dany, on expédie aussi sa mort. Le fait est que quand un dragon en CGI transmet plus d’émotion que les acteurs, c’est qu’il y a un problème.
– Bran le Brisé, Roi des Six Couronnes… What The Fuck ?!
– Et tous acceptent un adolescent infirme qui n’a aucune forme de légitimité, ni héréditaire, ni guerrière, ni même méritée ?
– Si Bran le Beugué avait tout anticipé et qu’il n’a rien fait pour éviter tous ces morts, c’est un psychopathe et un très mauvais frère/cousin.
– Ça ne dérange personne qu’un Stark de Winterfell soit Roi d’une union dont le Nord ne fait plus partie ? Historiquement, un étranger à la tête d’un pays qui n’est pas le sien c’est pas ouf – demandez à Manuel Valls comment il s’en sort à Barcelone.
– Donc le Nord impose son indépendance mais pas Yara pour les Îles de Fer (qui l’avait obtenu de Daenerys), ni Dorne, ni aucun autre royaume ?
– Puis ton explication Tyrion tu peux te la mettre où je pense ! La meilleure histoire mon c** ! Si tu veux jouer à ça alors Jon, Arya, Sansa et même Sam ont une meilleure histoire, merde ! Elle n’a servi à rien la fucking Corneille et personne à Westeros ne sait même à quoi elle sert !
– Donc, la première préoccupation de Bran le Blasé est de repérer Drogon ? Cela dit, celle de Robert Baratheon était de chasser le sanglier, on est sur le même niveau d’investissement.
– La parenté de Jon n’aura eu pour seule fonction que d’alimenter la folie de Daenerys, folie qui trouve son seul argument dans son patrimoine génétique.
– Sam ne PEUT PAS être Mestre ET Lord ET père ! Les mestres sont tenus aux mêmes vœux que la Garde de Nuit (et la Garde Royale) et les règles de la Citadelle sont très indépendantes du reste du Royaume. Arrêtez de faire n’importe quoi !
– Ah et au fait, sur Naath il y a un virus (la fièvre des papillons) qui tue tous ceux qui ne sont pas natifs de l’île. Bon voyage Vers Gris !
– Un dernier reproche adressé à D&D, merci de ne pas dire à votre public ce qu’il doit penser ou ressentir avec des dialogues comme « No one is very happy, which means it’s good compromise I suppose » ou encore « Ask me again in 10 years ». Assumez vos choix, trouillards !
– Bon pendant que je suis énervée, je balance deux idées comme ça : Jon, puisque Drogon a emporté le corps de Daenerys, t’aurais pu dire qu’elle était partie faire un tour et te tirer OU encore faire ce que tu voulais après le départ de Vers Gris nan ?

Cette conclusion répercute malheureusement toutes les incohérences stratégiques et scénaristiques des trois dernières saisons. Et si son appréciation est propre à chacun, il n’en reste pas moins qu’un appauvrissement de l’écriture a conduit la série à se mentir à elle-même. Non, la roue n’est pas brisée ! Nous avons découvert Westeros avec un Roi, un conseil et des familles puissantes à sa tête, nous la quittons avec un Roi, un conseil et des familles puissantes à sa tête. La fin de l’hérédité royale n’est pas celle d’un système féodal écrasant les pauvres au profit des riches et des puissants, et puisque l’idée de démocratie de Sam a été balayé dans un éclat de rire, les intrigues pour le pouvoir ont simplement été déplacé dans un système d’élection oligarchique. La roue n’est pas brisée, elle s’est juste offerte de nouveaux rayons, et ça, c’est une conclusion bien plus amère que douce.

par Eugénie