The Witcher, un sorceleur sur Netflix

Game one

Kezako ?

Le sorceleur Geralt, un chasseur de monstres mutant, se bat pour trouver sa place dans un monde où les humains se révèlent souvent plus vicieux que les bêtes.

La critique d’Eugénie – 6/10

Netflix tente de s’engouffrer dans la brèche laissée par la fin de Game of Thrones et de couronner un nouveau roi des séries. S’emparant d’un succès de l’heroic fantasy, la saga polonaise du Sorceleur d’Andrzej Sapkowski, mondialement popularisée par la franchise des jeux vidéo The Witcher (dont l’excellent Wild Hunt), la série n’a pas l’envergure de ses modèles… pour l’heure.

De fait, toute comparaison avec le Trône de Fer serait superflue. Geralt de Riv, Sorceleur de son état, évolue certes dans un univers médiéval, remplit d’un bestiaire imaginaire dont des dragons, mais celui-ci est en un sens plus simple qu’à Westeros. Les intrigues politiques y sont moins denses et ne mènent pas le jeu. Dans un style propre à la dark fantasy, le maitre mot de The Witcher est avant tout le « destin », notion que la série retranscrit avec une certaine maladresse.

L’univers rend pourtant assez bien et la musique est plutôt réussie même si son côté anachronique peut perturber au début. Le problème de ce Witcher vient alors peut-être de ses ambitions. D’une part car les moyens ont du mal à suivre. Les FX sont très inégaux, sauf sur la Strige, mais le plus problématique est indéniablement sa construction qui cherche à compliquer les temporalités… N’est pas Westworld qui veut ! La chronologie n’apporte ici rien à la série, elle ne fait pas figure de révélation pour comprendre l’intrigue, au contraire, elle l’embrouille, car on ne voit pas d’évolution même sur les personnages censés vieillir. L’histoire s’articule néanmoins logiquement autour de la trame de Ciri, ce qui pose un gros problème car son axe est de loin le moins intéressant. Immobile, par trop cryptique, certains passages sont même carrément loupés (la forêt de Brokilone). D’autant plus dommage qu’il y avait du potentiel, surtout quand on voit ce que le show a su faire du passé de Yennefer.
Au final, ce qui coute le plus à The Witcher c’est peut être son pilote. L’impact de la relation avec Renfri y est inexistant et la chute de Cintra imposé dès l’ouverture entrave la storyline de Ciri. Dommage que la « vraie » première rencontre entre la jeune princesse et Geralt n’est pas été adapté des livres car elle aurait donné plus de sens à la révélation du « droit de surprise » ainsi qu’à la chute du pays, tout en renforçant la scène finale.

Cette première saison amène pourtant de bons arguments à commencer par son casting, non seulement efficace mais aussi fidèle aux personnages des romans (pas forcément physiquement), tant dans leurs subtilités que leurs traits les plus caricaturaux. Et oui, Henri Cavill fait un bon Geralt ! Grognon, sauvage, sensible, drôle, même ses grognements répétitifs participent à donner vie au caractère du White Wolf bien connu des lecteurs et des joueurs. Si la performance ne se hissera pas au niveau des Golden Globes (loin s’en faut), impossible de ne pas reconnaitre l’investissement de l’acteur dans le rôle, ne serait-ce que dans les scènes de combats, très bien chorégraphiées. Yennefer et Ciri, respectivement interprétées par Anya Chalotra et Freya Allan sont elles aussi tout à fait à la hauteur, tout comme Joey Batey qui joue Jasquier. On a même quelques fulgurances chez des personnages secondaires, notamment la Reine Calante et Tissaia.

Une fois n’est pas coutume, il faudra attendre la saison 2 pour voir si The Witcher a les capacités pour relever les défis à venir, car ce premier jet ressemble au final à une longue introduction. Peut mieux faire !


Créé par Lauren Schmidt Hissrich
Avec
Henry Cavill, Anya Chalotra, Freya Allan, Joey Batey…
USA, Pologne – Dark fantasy
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 20 décembre 2019
Durée par épisode : 47–67 minutes

The Crown, une saison 3 en demie-teinte

« Qu’il est difficiiile d’être le Roi de la France » (ou la Reine d’Angleterre en l’occurrence)

Kezako ?

Grande-Bretagne, de 1964 à 1972. La Reine Elisabeyh II fait face à des événements majeurs de l’histoire britannique comme l’affaire de Princesse Margaret avec Roddy Llewellyn. Elle voit l’ascension politique de Margaret Thatcher et l’introduction de Camilla Parker Bowles dans la vie de son fils, Charles.

La critique d’Eugénie – 7/10

La sérié événement multi primée de Netflix revient pour une saison 3 avec de nouvelles têtes. Plutôt que de dépenser des millions en maquillage et CGI pour faire vieillir ses acteurs, Netflix a opté pour la refonte complète de son casting, ajoutant au passage quelques beaux noms à sa déjà prestigieuse liste. L’actrice oscarisée pour La Favorite, Olivia Colman, a ainsi rejoint l’équipe en reprenant le rôle d’Elizabeth II, précédemment tenu par Claire Foy. Le temps a bien sûr fait perdre sa « fraîcheur » au personnage, mais la direction d’acteur a également endurci le rôle, peut-être un peu trop car la froideur manifeste de la reine diminue grandement l’empathie que l’on ressentait pour elle. Étrangement, la fenêtre ouverte sur la vie de la famille royale d’Angleterre dans les deux premières saisons avait permis d’humaniser ceux que les Anglais appellent « The Firm ». Cette suite vient y ajouter des barreaux ! Elle enferme à nouveau les protagonistes dans une prison dorée, d’apparence et de faux-semblant, et réinstaure le sentiment de rigidité que le public connaissait déjà.

Cette nouvelle saison s’accompagne également d’une écriture plus déliée, et si les épisodes peuvent presque se consulter dans le désordre, il en résulte un manque de suspens sur le long terme (à l’échelle d’une série) qui peut impacter l’envie même de voir la suite.
Un problème également intrinsèque à chaque épisode, puisque tous ne présentent pas le même niveau d’intérêt, notamment le premier qui ne constitue pas une très bonne entrée en matière de par son rythme excessivement lent. Heureusement, quelques-uns se démarquent du lot, notamment ceux accès autour de la Princesse Margaret, incarnée ici par Helena Bonham Carter.

Bien que toujours hautement qualitative tant au niveau des décors et des costumes que du jeu des acteurs, cette saison 3 ne remplit pas toutes ses promesses et il faudra attendre la quatrième, et l’arrivée tant attendue de Diana, pour redonner un peu de peps et, disons-le, de drama à la série.


Créé par Peter Morgan
Avec Olivia Colman, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter, Jason Watkins, 

Erin Doherty, Josh O’Connor…
USA, UK – Drame, Biopic
Saison 3 (10 épisodes) diffusée depuis le 13 novembre 2019
Durée par épisode : 47–59 minutes

Black « Breached » Mirror, la saison 5 déçoit

Subversif submersible

Kezako ?

Chaque épisode de cette anthologie montre la dépendance des hommes vis-à-vis de tout ce qui a un écran. Tous ont un casting, un décor et une réalité différente, mais ils abordent la façon dont nous vivons maintenant et de la façon dont nous pourrions vivre dans dix minutes si nous commettions une erreur. 

La critique d’Eugénie – 6/10

Après une saison 4 qui n’avait pas fait l’unanimité, la cinquième semble confirmer le déclin de la célèbre série dystopique.
Créée par Charlie Brooker en 2011, Black Mirror a marqué une décennie télévisuelle en s’attaquant à toutes les déviances possibles – et même parfois actuelles – induites par la technologie. Une thématique classique de la SF qui a su trouver un nouveau souffle en plaçant le curseur non pas sur l’opposition entre l’homme et la machine, mais entre l’homme et sa moralité, car dans les mondes de Black Mirror, ce n’est pas la technologie qui est « mauvaise », seulement nos usages. Profondément incisifs, certains épisodes ont eu, de par une réalisation et un scénario brillant, le don de donner le vertige (voir la nausée) à bon nombre de spectateurs, comme 15 Million Merits (saison 2, épisode 2), la Chasse (2×03), l’incroyable White Christmas (2×04), ou encore Chute libre (3×01), pour ne citer que les meilleurs. 

Composée de trois épisodes à l’instar de la première, la saison 5 est pourtant très loin d’égaler le niveau de ses prédécesseurs.
C’est Striking Vipers qui ouvre le bal, en plaçant une référence très cool aux jeux Street Fighter. Et bien qu’une partie de l’épisode se passe dans un jeu vidéo en réalité augmentée, le propos technologique se fait étonnamment faible au profit d’une histoire d’identité sexuelle, de désir et de sentiments. Le problème, c’est que le fond s’avère très classique (difficulté d’un couple embourbé dans la routine) et n’exploite le jeu vidéo que comme décor. S’il fait le choix intelligent de ne pas proposer une quelconque analyse sur l’homosexualité, Striking Vipers entrave néanmoins l’empathie envers ses personnages et conclue d’une façon on ne peut plus convenue, loin des finals qui nous laissaient en PLS.
À sa décharge, l’épisode souffre de la comparaison avec l’excellent San Junipero (3×04), rare fin « heureuse » proposée par la série même si celle-ci soulevait en arrière-plan un discours troublant sur la mort, l’immortalité et le « paradis ».

L’épisode 2, Smithereensest peut-être le plus intéressant bien que son scénario soit très classique. Avec une référence directe à Facebook, c’est le rapport aux réseaux sociaux qui y est dénoncé, non pas la haine qu’on y déverse comme dans Hated in the Nation (3×06), mais la simple dépendance quotidienne. Très actuel dans son propos sur les bavures policières et la protection des données, l’épisode illustre très bien le pouvoir des réseaux sociaux tout en évitant un manichéisme primaire. Cela dit, le twist de fin, notamment le comportement de l’otage, reste assez peu crédible.

En parlant de manichéisme, il est temps de passer à Rachel, Jack et Ashley Too. Sans être vraiment mauvais, l’épisode est à ce jour le plus éloigné de l’essence de la série. Affublé d’une histoire et d’un happy end digne d’un teen movie, son seul intérêt réside dans le parallèle entre Ashley et Miley Cyrus. Difficile en effet de ne pas déceler une critique envers Disney et feu le personnage d’Hannah Montana… Dommage que le discours sur la pérennité des stars n’ait pas été plus creusé.

Black Mirror livre une saison correcte, par rapport au monde des séries, mais bien en deçà de son potentiel. Moins dystopique et plus superficielle, sa mise en avant du compromis se fait le reflet de son manque d’inspiration, ou de sujet. De fait, deux épisodes abordent des technologies existantes. Peut-être la série a-t-elle simplement besoin de faire une pause, le temps que le futur l’inspire, ou l’inquiète, à nouveau.


Créé par Charlie Brooker
Avec Anthony Mackie, Andrew Scott, Topher Grace, Miley Cyrus, Pom Klementieff…
UK – Drame, Science fiction, Thriller
Saison 3 (3 épisodes) diffusée le 5 juin 2019
Durée par épisode : 60–70 minutes 

Sabrina ensorcelle Netflix

Sortilège raté

Créé par Roberto Aguirre-Sacasa
Avec Kiernan Shipka, Ross Lynch, Hilda Spellman, Miranda Otto, Chance Perdomo, Michelle Gomez…
USA – Fantastique, Horreur
Saison 1 (10 épisodes) diffusée le 26 octobre 2018
Durée par épisode : 49–61 minutes 

Kezako ?

Les nouvelles aventures de Sabrina imagine l’origine de l’apprentie sorcière comme une sombre histoire axée sur le passage à l’âge adulte à travers l’horreur, les sciences occultes et bien sûr la sorcellerie. Sabrina lutte pour concilier sa double nature – mi-sorcière, mi-mortelle – tout en s’opposant aux forces du mal qui la menacent elle, sa famille et le monde des mortels.

La critique d’Eugénie – 2,5/5

Reboot de la sitcom des années 90, ces « Nouvelles Aventures de Sabrina » – en plus d’avoir un titre français tout pourri – tiennent davantage du babillage abracadabrantesque que du véritable envoutement.
Si la série ose une vraie réadaptation, son univers est encore loin de convaincre et même l’attachement sentimental (et infantile) à l’originale ne suffit pas pour se prendre d’intérêt pour cette petite soeur.

En voulant se donner un ton plus dark, Sabrina tombe vite dans le cliché du trip satanique d’adolescent. Se prenant trop au sérieux pour être dérisoire et trop mièvre pour l’obscurité, de « nouvelles » ces aventures sont plus déjà-vu. Le secret de cette potion pas franchement magique ? Un mélange de True Blood et de Charmed, un soupçon d’American Horror Story sur fond de Riverdale (même réalisateur et potentiellement même univers) le tout mixé à la sauce teen-drama d’un Vampire Diaries.

Bref, sans être foncièrement mauvaise, la recette n’a rien d’innovant.
Outre des épisodes clairement pompés sur ceux de Buffy ou de Charmed (hello Freddy Krueger), le rythme est trop souvent lent et les intrigues prévisibles. On ne peut même plus compter sur les sarcasmes de Salem pour dynamiser le tout, le célèbre chat noir étant devenu muet par souci de « crédibilité ».

Mais le plus irritant est sans doute que cette nouvelle Sabrina est assez (et involontairement) antipathique, tant dans l’écriture du personnage que par le jeu de l’actrice Kiernan Shipka.
On s’attache davantage aux tantes frappadingues, réécriture intéressante des premières Hilda et Zelda, au cousin Ambroise tout droit débarqué de la BD, aux trois soeurs sadiques, aux amis du collège ou même à l’éternel petit copain Harvey, beaucoup moins idiot que dans la série originale.

Après un premier tour de piste décevant, cette Sabrina a encore tout à prouver ! Il est vrai qu’il est difficile d’évaluer à sa juste valeur le potentiel d’une nouvelle-née, même apprentie sorcière. Espérons juste que la saison 2, déjà commandée, sera plus ensorcelante.

13 Reasons Why – Saison 2

« Why ? »

Créé par Brian Yorkey
Avec Dany Minnette, Katherine Langford, Alisha Boe, Brandon Flynn, Justin Prentice, Kate Walsh…
USA – Drame
Saison 2 (13 épisodes) diffusée le 18 mai 2018
Durée par épisode : 49–71 minutes

Kezako ?

Clay Jensen découvre sous son porche au retour du lycée une mystérieuse boîte à son nom. À l’intérieur, des cassettes enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est tragiquement suicidée deux semaines auparavant. Les enregistrements révèlent les treize raisons qui ont poussé la jeune fille mettre fin à ses jours.
Cinq mois après la mort d’Hannah, le procès contre le lycée s’ouvre et Clay trouve une photo troublante dans son casier…

La critique d’Eugénie – 3/5

Depuis le début des années 2010, les séries télévisuelles ont amorcé une vraie évolution. Sorte d’upgrade qualitatif, les producteurs semblent avoir enfin compris qu’il vaut mieux savoir s’arrêter à temps plutôt que d’user un concept sur une infinité de saison (ce qu’à l’inverse le cinéma tend à généraliser, Star Wars c’est de toi que je parle !).
Succès 2017 de Netflix, adapté du roman de Jay Asher, « 13 Reasons Why » n’existait qu’à travers une structure narrative définie et une histoire finie qui faisaient tout son charme. Personne ne s’attendait donc, même compte tenu de sa popularité, à y voir allouer une seconde saison.

Celle-ci reprend cinq mois plus tard avec le procès contre l’école en fil rouge et les voix des témoins en off. Si l’idée est bonne, elle sert trop souvent d’excuse à du remplissage scénaristique via des scènes de flachbacks incohérentes (pour la plupart). On s’attarde sur les mêmes personnages, la même histoire même si les points de vue diffèrent, les mêmes thématiques avec en définitive la sensation de faire du sur-place, renforcée par une mauvaise gestion du rythme. Fini le suspens des 13 raisons, il faut attendre la mi-saison pour enfin s’investir dans les 13 témoignages.
Par ailleurs, malgré quelques mises en place télescopées, beaucoup de personnages n’ont pas évolué d’un iota. À commencer par Clay, qui semble encore plus perdu que l’année dernière avec en prime un traitement du deuil usant d’un ressort visuel idiot (spoiler) : la présence et les dialogues avec le fantôme d’Hannah. M’est avis que ca ressemble plus à de la schizophrénie mon grand, va consulter ! L’intérêt est évidemment de donner du temps d’écran à Katherine Langford, mais apparaît vite comme une erreur artistique. Peut-être aurait-il mieux valu ne plus faire apparaitre l’actrice pour renforcer le paradoxe de son omniprésence dans la vie des vivants…

D’autant que d’autres axes sont plus intéressants, le processus de cicatrisation de Jessica par exemple, retraçant toutes les étapes de la guérison après un viol. Le deuil d’Olivia, magnifiquement interprétée par Kate Walsh et l’implication plus présentes des parents, tous impuissants face au quotidien de leurs enfants. La guérison d’Alex, l’isolement de Tyler, la colère de Tony, l’addiction et les remords de Justin… bref il y a quand même de la matière dans cette seconde saison bien que moins bien amenée.
Là où la première mesurait habilement le tragique et le factuel pour créer un équilibre émotionnel, celle-ci dose mal son « pathos » est tombe trop souvent dans le (teen) drama excessif. À l’inverse du final qui se solde sur cliffhanger peu crédible en plus d’être décevant (#eugenieestunepsychopathe) et tease à gros sabot une saison 3.

L’année dernière la plupart des intrigues trouvaient une conclusion juste, alliant tragédie et espérance pour la reconstruction des personnages et les quelques questions en suspens liées à Bryce et Alex étaient confiées à l’imagination de chacun. Alors pourquoi cette suite qui sans être mauvaise est, du point de vue de la fiction, inutile (qui a envie d’un plateau de sushi après un cinq-étoiles) ?
Peut-être parce que « 13 Reasons Why » ne se voit pas comme un simple objet de divertissement. Brutale et incisive quand elle abode des sujets de sensibilisation, (dépendance, dépression, agression, harcèlement etc.) elle porte avant tout un appel au dialogue.

La critique de Marcellin – 3/5

Ah les séries pour ados, ma hantise ! Véritable phénomène indécrottable depuis que le petit écran existe, les teenagers ont tous les ans de quoi étancher leur soif. Je n’ai pas souvent été leur meilleur public, mais il arrive parfois que certaines créations sortent vraiment du lot. C’est le cas de « 13 Reasons Why ». Car cette série, au delà des minauderies, traite de sujets tabous mais terriblement actuels : le harcèlement, le suicide, le viol…
La dernière (mais peut être la seule vraiment intéressante ?) grande création à illustrer les méandres de la jeunesse s’appelait Skins…
Loin de talonner sa cousine britannique, 13 Reasons Why a le mérite de nous balancer en pleine figure une réalité bien difficile à accepter. La première saison était d’une efficacité redoutable : addictive, déroutante, surprenante, elle avait réussi à nous captiver. Mais alors pourquoi s’attaquer à une saison 2 ?

Les cassettes ayant fait leurs procès intimes, le testament d’Hannah apparaît dans cette deuxième saison sur la place publique. Le message est plutôt pertinent : le système, l’effet de groupe peut isoler n’importe qui d’entre nous. C’est ce qui arrive ici à certains personnages qui tiraient leurs épingles du jeu dans la saison précédente. Mais la série s’engouffre malheureusement dans des détails grossiers, notamment dans les relations qu’entretenaient Hannah avec ceux qui l’ont poussé au suicide.
La première saison laissait planer un doute subtil, où chaque petit geste ou parole peut prendre des proportions catastrophiques. Celle-ci tente de justifier encore plus son geste mais pour parfois tomber dans du mielleux assez grotesque (renforcé encore plus par Hannah-Casper qui se décide à hanter Clay le timbré-qui-parle-tout-seul-dans-un-café).

Pourtant, cette nouvelle saison arrive à proposer un militantisme sincère, porté par ses acteurs investis physiquement autant qu’émotionnellement. Plus les épisodes avancent, plus nous voyons se dessiner une véritable réflexion sur les nombreux visages que peut prendre le bullying. À travers certains personnages se brasse une tension palpable, jusqu’à certaines scènes qui prennent quelque peu à la gorge. Cette saison est donc celle d’un procès commun, celui de la détresse, de la haine, de l’abandon, et bien sûr s’est glissée parmi cela une ombre envahissante de l’affaire Weinstein.

La suite de 13 Reasons Why a réussit à convaincre, principalement grâce à un message porteur de sens, à quelques épisodes et à des personnages clés. Mais se pose encore la question de la logique d’une continuité…

The End of the F***ing World

Créée par JONATHAN ENTWISTLE

Avec ALEX LAWTHER, JESSICA BARDEN

Comédie / Drame

Kezako ?

Un adolescent persuadé d’être un psychopathe rêve de tuer sa première victime humaine. Il jette son dévolu sur Alyssa, une jeune fille rebelle qui l’embarque dans un road trip initiatique qui deviendra pour tous les deux une remise en question…

La critique de Marcellin – 4/5

Netflix nous délivre décidément de véritables petits bijoux audiovisuels, après la bombe Stranger Things, le fascinant 13 Reasons Why, la firme nous dévoile sa version ado de Bonnie & Clyde. Traiter de la personnalité et de la vie déroutante de ces jeunes gens est un sujet qui tient à coeur au leader mondial du streaming, mais il décide ici de transformer un scénario déprimant en épopée cynique et décalée. Inspirée du roman graphique éponyme de Charles Forsman, la série avait déjà été diffusée en octobre dernier outre Manche sur Channel 4 et fut un véritable succès.

Nos amis britanniques nous délivrent donc un fois de plus une série qui a du corps, de la personnalité, toujours avec cette touche de légèreté qui leur est propre. En huit épisodes de moins de vingt minutes, The End of the F***ing World parcourt une Angleterre qui nous est méconnue, verdoyante, lumineuse mais aussi parfois sombre et déprimante. La série aborde le sujet du corps, du rejet, de l’amour, de la rébellion, des revendications… un condensé magistral sur ce qu’est être un ado hors norme (ou un ado tout court ?).

En réalité la force de cette série réside dans son tout, le jeu des acteurs, l’irrésistible accent de Jessica Barden, le personnage de Frodon (oui oui vous verrez), la sublissime mise en scène, la pétillante sountrack pop rock, les dialogues imbibés d’humour noir…

Vous l’aurez compris, cette série est irrésistible, croustillante jusqu’à la dernière miette, un bijou à regarder avant la fin de ce f***ing world.