Jérémy Ferrari – Anesthésie Générale

Salle de réveil

Kezako ?

Après les géniaux « Hallelujah Bordel ! » sur la religion et « Vends 2 pièces à Beyrouth » sur le terrorisme qui a attiré plus de 300.000 spectateurs en salles, Jérémy Ferrari a choisi de s’attaquer à la santé pour son nouveau one man show intitulé « Anesthésie Générale ».

La critique d’Eugénie – 8/10
♥ Coup de cœur

« Dans ma famille, le suicide c’est comme le BAC, on l’a tous tenté une fois et on s’est tous loupé ! »
Ces mots qui introduisent le nouveau spectacle de Jérémy Ferrari rassurent immédiatement son public, on est en terrain miné mais bien connu ! Après les religions et la guerre, le prince de l’humour noir est de retour avec un troisième show et s’attaque cette fois-ci au domaine de la santé pour un numéro qu’il revendique comme une « vengeance personnelle » à l’encontre du système. L’ouverture abordant frontalement la tentative de suicide du comédien (datant d’il y a trois ans, alors en pleine tournée de Vends 2 pièces à Beyrouth) est d’ailleurs très révélatrice de l’ambiance, si on reste dans un humour des plus cyniques, ce spectacle est assurément le plus intime des trois.

Pour autant rassurez-vous, avec un tel sujet la vindicte sociale et politique est bien évidemment au rendez-vous. Toujours en phase avec l’actualité (l’homéopathie en prend pour son grade), l’humoriste ne se départit pas de l’approche pédagogique qui a fait le succès de ses précédents spectacles. Après le conflit israélo-palestinien, il se propose de nous résumer l’histoire de la Sécurité Sociale en 6 minutes (plus ou moins), au détour desquelles les laboratoires Servier et Boiron en prennent pour leur grade tout comme bon nombre de responsables politiques, de Mitterrand à Agnès Buzyn en passant (une fois encore) par Nicolas Sarkozy.

Bien qu’essentiellement sous le format du stand-up, Ferrari conserve encore quelques sketchs disséminés dans le show, qui reviennent d’un spectacle sur l’autre comme un running gag hérité de ses débuts à la télé de Ruquier (On ne demande qu’à en rire) pour le plus grand plaisir de son public le plus assidu (Jawad le retour !). Après Dieu et le RH de Daech, c’est au tour d’un directeur d’hôpital en burn out d’évoquer les faits les plus absurdes (et réels) et son quotidien : femme dans le coma tombée enceinte, seniors perdus dans l’hôpital, record d’attente aux urgences en 2019 etc.

L’humour corrosif de Jeremy Ferrari porte un spectacle bien rythmé, qui évite les temps morts ressentis lors des précédents, et allie une composante plus intime à sa critique sociale dans un ensemble plus mature. Et pourtant, avec un pareil thème on ne peut pas s’empêcher de se demander s’il n’y avait pas matière à aller encore plus loin, l’humoriste n’étant jamais aussi drôle que quand il tape sur les doigts des responsables. Cela dit, le spectacle ne fait que commencer sa tournée, à peine sorti du rodage il aura bien le temps de se peaufiner d’ici au DVD !


Texte et mise en scène : Jérémy Ferrari
Collaboration artistique : Mickaël Dion
Durée : 1h30

Après un rodage à la Royale Factory de Versailles, Jérémy Ferrari présente son nouveau spectacle, « Anesthésie Générale » à la Maison de la Mutualité pour 6 représentations archi complètes. Après sa tournée, il sera de retour à Paris, en janvier 2021, aux Folies Bergère. 

 

Jojo Rabbit

Teen SS

Kezako ?

Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

La critique d’Eugénie – 8/10

Après Vampires en toute intimité et Thor : RagnarokTaika Waititi continue d’imposer sa patte burlesque dans le paysage cinématographique. Si l’appréciation de son humour est laissé à la préférence de chacun, le réalisateur néo-zélandais n’en maîtrise pas moins les codes et prouve avec Jojo Rabit qu’il sait les exprimer avec plus de finesse que par des blagues répétitives sur « l’anus de Satan » (n’en déplaise aux fans du « Lord du Tonnerre »).

C’est donc dans la veine des tragicomédies qu’il nous présente son Jojo Rabbit, un long métrage librement adapté du roman Le Ciel en cage de Christine Leunens mais qui emprunte autant au Dictateur de Chaplin. Loin de la farce promut dans les bandes-annonces, le film est tout ce qu’il y a de plus réfléchi dans son humour et ses constructions. Ainsi le détail apporté à certains objets, certains plans, de prime abord superficiel et un brin potache ne fait que poser les bases d’une dimension tragique en suspens. Les mécaniques de la satire y sont employées avec brio, sachant faire rire de l’horreur tout en cachant l’angoisse derrière chaque blague.
De fait, l’histoire du jeune Johannes « Jojo » Betzler tient plus du conte initiatique que du récit classique. Tout en manipulant le nôtre, le réalisateur dévoile une fable sur le regard, sur ce qui l’influence, le nuance et l’éclaire pour mettre à nue la réalité derrière le fantasme qui apparaît alors aussi absurde que tragique.

Supporté par un duo de jeunes acteurs excellents et des seconds rôles savoureux, mention spéciale pour Taika Waititi himself qui cabotine en Hitler, le réalisateur signe un film d’une grande pédagogie, peut-être son meilleur à ce jour et démontre une fois de plus qu’on peut aussi faire rire du fanatisme, pourvu qu’on y mette du coeur de l’esprit.


Réalisé Taika Waititi
Avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi etc.
USA – Comédie-dramatique
Sortie en salle : 29 janvier 2020
Durée : 1h 48 min 

Et tout le monde s’en fout (pas !) – le spectacle

Le meilleur des mondes ?

Kezako ?

Quand un Youtubeur décalé décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ça donne « Et tout le monde s’en fout : le spectacle » !

La critique d’Eugénie – 8/10

Le jeudi 10 octobre – Si vous ne connaissez pas la chaîne Et tout le monde s’en fout, déjà vous passez à côté d’un excellent divertissement made in Youtube. Grinçant, insolent et ironique à souhait, les épisodes abordent tout à tour des sujets de société ou de développement personnel, chiffres à l’appui, avec beaucoup d’humour et de recul. La condescendance assumée du personnage de Lexa (palindrome de celui du comédien qui se dissimule sous cette capuche) en fait un ressort comique délicieux qui permet de faire passer certaines pilules pour le moins amères sans en diminuer le sens. Et tout le monde s’en fout fait assurément rire, et surtout réfléchir ! Les vidéos plantent des graines de réflexion qui l’air de rien, viennent germer dans les esprits avec le temps.

Mais une question me taraudait à l’annonce du spectacle : quelle pourrait bien être la valeur ajoutée d’un live show quand la chaîne en dit déjà tellement ? C’est cette curiosité emprunte de scepticisme m’a poussée à me rendre le 10 octobre pour la première à la Comédie Des Boulevards (ça et le prix très abordable). Et si j’étais sûre de m’y retrouver tant dans l’humour que dans le propos de fond, je ne m’attendais vraiment pas ce niveau d’intelligence scénique et encore moins à rire autant !

Confiné dans l’intimité d’une petite salle, le comédien Axel Lattuada excelle dans l’interaction avec le public, à mille lieues de la présumée misanthropie de son personnage. Le postulat fataliste et critique de départ se révèle progressivement être un témoignage humaniste : notre monde actuel est pourri, alors repartons de zéro et prenons le temps d’un spectacle pour réapprendre les bases ! À commencer par nos relations : avec le monde, avec les autres et en premier lieu avec nous-même.
La représentation a beau se décrire comme un « séminaire », elle traduit les accents de la « thérapie » collective par son approche bienveillante et profondément humaine, à peine voilée par l’acidité de son humour.
Une seule question s’impose à la fin du spectacle : peut-on encore vraiment continuer à s’en foutre ?

Si vous souhaitez vous aussi moins vous en foutre, n’hésitez pas à découvrir la chaîne Youtube ICI ou à prendre vos places pour le spectacle ICI.

par Eugénie


Écrit par : Fabrice de Boni, Marc de Boni et Axel Lattuada
Mise en scène : Fabrice de Boni
Avec : Axel Lattuada
Durée du spectacle : 1h10

Quand L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout » décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ; cela donne un spectacle pédago-déjanté, fun et philosophique.

À force de s’en foutre nous y voici : le fond du gouffre ! Et ça, L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout », ne s’en fout pas ! Parce que même si on ne peut pas empêcher le monde de partir en sucette, on peut au moins s’y préparer et envisager la suite. Et quoi de mieux pour ça, qu’un petit séminaire d’entraînement express ? Quand une civilisation s’effrite, comment apprendre de nos erreurs pour ne pas les répéter ?

Armé de son humour et de sa condescendance légendaire, L3X@ a décidé de VOUS former dès maintenant, histoire de construire autre chose qu’une société qui court très vite, les yeux bandés, dans une forêt !

Grey’s Anatomy, un succès de 15 ans !

Break the silence !

15 ans que les aventures de Meredith Grey occupent le petit écran ! Cette année, Grey’s Anatomy a dépassé en volume sa non moins illustre ainée, Urgences, pour devenir le plus long drama médical de l’histoire de la TV. Les années ont certes usé sa capacité à nous surprendre, le drama tuant le drama. De fait, l’accumulation de catastrophe et de tragédie frappant régulièrement le Grey-Sloan Memorial Hospital a depuis longtemps passé la barre du surnaturel, à croire qu’en plus du mauvais temps, c’est un microclimat de poisse qui règne sur Seattle. Et pourtant, le show de Shonda Rhimes réussit encore à montrer sa pertinence avec quelques éclairs de génie.

Le neo soap opera

Il faut dire que, malgré ses défauts de plus en plus nombreux, la série ne manque pas d’atouts. Car Grey’s Anatomy est avant tout la réinvention d’un genre ! Si le contexte médical n’était pas nouveau, il permettait de donner des enjeux plus concrets que les problèmes des héritiers, ainsi que davantage de crédibilité au drameEn modernisant des codes bien connus du grand public avec une mise en scène plus réaliste, des acteurs nettement meilleurs que la moyenne et des thématiques plus actuelles, elle a créé l’archétype du neo soap opera qui sera repris par toute une flopée de shows des années 2000.
Mais le succès de Grey’s Anatomy sur le long terme s’explique aussi par son timing. Née en 2005, elle était l’un des piliers du renouveau des séries de l’époque, avant que les networks et des services online ne remanient complètement notre consommation du divertissement. Pourtant, loin de tuer le show, les services de replay et de streaming ont permis à une audience plus jeune de rattraper leur retard et à la série d’accueillir un public sans cesse renouvelé.

Public qui ne s’est pas trompée sur la qualité des premières saisons, l’un des points forts de Shonda Rhimes étant sa capacité à créer des personnages imparfaits, attachants et surtout, des dialogues croustillants. La plume de Rhimes est aussi mordante qu’hilarante. Et si certaines de ces qualités se sont étiolées en 15 ans, usées par les tours de passe-passe, les débuts de Meredith and Co restent toujours aussi savoureux, notamment via les nombreuses discussions et quiproquos autour du sexe qui n’étaient pas sans s’inspirer de Sex and the City, y compris dans son approche narrative (la voix off de l’héroïne qui introduit et conclut chaque épisode).

Du cul, de l’amour et du drame, voilà la recette du succès de Grey’s Anatomy. De fait, elle a souvent réussi à nous faire pleurer, parfois même un peu trop. C’est peut-être cet aspect « tire-larme » qui lui a collé une étiquette mélodramatique, et elle l’est, mais elle a aussi su créer de beaux moments de télévision, choquants, émouvants et instamment cultes. Le show a dès lors eu ce côté « doudou », d’une série légère tant dans le rire que la tristesse, car il est parfois bon de pleurer, surtout pour quelque chose d’aussi dérisoire que de la fiction… 

Un engagement sur le long terme

Malgré les nombreux départs de personnages (il n’en reste plus que quatre du casting original), la longévité de Grey’s lui permet désormais de s’assurer une audience toujours convenable. Mais loin de se reposer sur ses acquis, la série cherche régulièrement à se challenger en proposant régulièrement des formats différents (épisode chanté etc.) ou en abordant des sujets sociaux !

Lentement mais surement, le show de Shonda Rhimes a intégré de plus en plus de revendication, en imposant très tôt une ouverture franche sur la représentation de la communauté LGBT et d’autres minorités. Ainsi, plusieurs des épisodes dénoncèrent les manquements de la société américaine, des erreurs policières découlant des préjugés raciaux, de la méconnaissance des maladies mentales (telles que les TOC), de l’ignorance et des stéréotypes sur la crise cardiaque chez les femmes, du harcèlement sexuelle mais aussi, plus récemment, de la politique d’immigration régressive de Donal Trump.
De fait, Grey’s Anatomy, tout comme sa showrunneuse, a toujours été une série profondément féministe. Jamais en quinze ans, les femmes ne furent reléguées au second plan, à tel point qu’aujourd’hui, la majorité des services du Grey-Sloan est géré par elles.

Silent all these Year

Dans la continuité de cette tradition, l’épisode 19 de la saison 15 nous a pourtant pris de cours par son audace, sa brutalité et son réalisme. Le scénario voit l’arrivée à l’hôpital d’une femme, Abby, en état de choc suite à une agression sexuelle. Son histoire faisant écho à celle d’un des personnages principaux, va permettre de lever le voile sur bon nombre des insuffisances du système.
Intitulé Silent all these Years, l’épisode constitue un cas d’école en abordant de façon crue la prise en charge médicale et humaine d’une victime de viol. Rien n’est laissé au hasard, le choc, la douleur, la honte, le terrassant sentiment de culpabilité et la peur qui en découle de ne pas être prise au sérieux car après tout, elle avait bu… elle portait une jupe… elle s’était disputé avec son mari… puis qui garantit réellement la justice à une femme noire dans l’Amérique d’aujourd’hui…
Vient alors le temps du dialogue pour tenter de convaincre la patiente d’accepter un « kit post-viol », ensemble de prélèvements et de photos pour relever les traces d’une agression et apporter des preuves essentielles en cas de procès. Par son discours poignant, Jo, le médecin d’Abby, l’encourage (sans la forcer) et l’aide à reprendre possession de son corps et de sa vie, en se donnant simplement un choix pour l’avenir. Les images sont à vif, choquantes et tout d’un coup incroyablement fortes et belles :
Terrifiée par le regard des hommes sur elle, Abby, qui doit se faire opérer suite à ses blessures, refuse d’être emmenée au bloc. Une haie d’honneur composée des membres exclusivement féminins du corps hospitalier s’agence alors sur son passage dans les couloirs en une flamboyante image de sororité ! Sans une once de pitié, chirurgiennes, infirmières et aides-soignantes se réunissent pour la soutenir moralement et physiquement, pour tenter de soulager la douleur et laver la honte, même quelques minutes.

La série conclut son épisode par une approche pédagogique en proposant un bel échange sur le consentement entre un père et son fils. Si la scène peut paraître anodine au regard des autres, elle résume pourtant le mieux l’essence de l’engagement de Grey’s Anatomy. Elle n’a jamais été une figure de proue des combats sociaux, jamais eu pour ambition de choquer son audience pour la faire réagir mais elle a participé à sa façon. La série a su au fil des ans créer un espace de dialogue et imposer une liberté de discours et d’écoute. Ses combats, elle les aborde avec bienveillance, par un gros travail de vulgarisation et démocratisation qui, n’en déplaise aux cyniques, n’a rien d’opportuniste. Car au final, c’est le long terme qui fait naitre les progrès durables… En quinze, Grey’s Anatomy aura certes perdu beaucoup de ses qualités récréatives, mais sa voix n’aura jamais eu autant de portée.

par Eugénie

L’Hexagone de Fary au Comedia

Le rire stylisé

Kezako ?

Fary est de retour sur scène avec HEXAGONE, son nouveau spectacle. Quel lien entre le pays et l’identité ? Est-ce la culture qui influence l’identité ou est-ce l’inverse ? Il n’a de réponse à aucune de ces questions, mais il se les pose. Vous avez une heure… avec Fary. En vrai, viens, c’est drôle quand même.

La critique d’Eugénie – 4/5

Le mercredi 28 novembre – Artiste révélé par le Jamel Comedy Club, Fary c’est rapidement fait un nom au sein des humoristes montant de la scène française. De la salle du Point Virgule au Festival de Cannes en passant par Netflix, il a su imposer un style, une gueule et un rire. Pourtant, son spectacle « Fary Is The New Black », disponible sur la plateforme, m’avait moins enthousiasmée pour son humour, encore un peu trop superficiel à mon goût, que pour la performance scénique (au centre de public).
Mais les affiches fleurissant dans le métro ont attisé ma curiosité. Une image digne d’un catalogue de mode masculine et un titre intrigant, référence discrète à une chanson de Renaud : « Hexagone ».

Me voilà donc au balcon du Comedia, passant d’une frisquette et humide soirée de novembre à une suffocante atmosphère saturée de sueur. On attend impatiemment le début du spectacle, espérant que le rire nous fasse oublier les vapeurs étouffantes de ce véritable hammam de velours rouge. On gémirait presque en s’entendant annoncer non pas une, mais deux premières parties ! À ce compte-ci, nous serons bouillis quand Fary arrivera sur scène. Et pourtant… Lenny Mbunga et Jason Brokerss se partagent une savoureuse mise en bouche. Fait assez rare pour le souligner, ils sont aussi bons que l’artiste principal lui-même et c’est presque à regret que nous les voyons quitter la scène. Le contrat est rempli, les sourires et les esprits chauffés et on occulte un peu plus facilement celle de la salle.

Enfin le show commence ! Fary entre en scène, toujours aussi looké, aussi flegmatique et à l’aise avec son public, mais avec une assurance nouvelle. L’expérience a payé, l’artiste s’assume davantage et il ose plus ! Moins politiquement correct et plus incisif, Fary partage avec nous son dialogue ouvert avec la France, plus comme un observateur amusé que comme un détracteur. Bien qu’immigration et identité soient au coeur du discours, l’humoriste ne tombe jamais dans le propos politique facile, même quand il tacle allègrement (et pour notre plus grand plaisir) des figures comme Eric Zemmour, Dieudonné ou Alain Sorel. Mais le spectacle s’autorise aussi des digressions plus légères et d’actualités, les meilleures restant sans doute celles autour de Lauryn Hill, à peine une semaine après le fameux concert.

Fary est un artiste patient, aussi généreux avec son public qu’hilarant quand il le recale ! Son charisme naturel et sa gestuelle faussement désinvolte complètent un humour travaillé et réfléchi qui sait prendre de temps de faire vivre ses blagues et les rires.  L’humoriste tient seul la scène dans la pure tradition du stand-up (mise en scène minimaliste) rendant encore plus superflu le décor inspiré du Grand Palais, qui n’apporte, au final, rien ni au fond ni à la forme.

Fary a entamé sa mue, passant d’artiste émergent à une figure plus permanente de la scène humoristique. Il ne lui manque plus qu’un brin de confiance pour transformer l’essai et effacer les derrières traces du doute se traduisant encore dans une petite phrase suivant les blagues trop politiquement incorrectes : « Je plaisante » ! Fary, ton boulot c’est de faire des blagues, alors ne t’en excuse pas…


Textes : Fary, Jason Brokerss, Kader Aoun
Mise en scène : Kader Aoun
Durée du spectacle : 1h20

Fary présente son nouveau spectacle au Comédia d’octobre à décembre, il sera en tournée nationale à partir de janvier et à l’AccorHotels Arena le 1er mars 2019.

Paprika

Épice aigre-douce

 

De Pierre Palmade
Mise en scène de Jeoffrey Bourdenet
Avec Victoria Abril, Jean-Baptiste Maunier, Julien Cafaro, Prisca Demarez et Jules Dousset
France – Pièce de théâtre
En représentation depuis le 17 janvier 2018 au Théâtre de la Madeleine (Paris)
Durée : 1h 40min

Kezako ?

Eva est une femme très indépendante et douée d’un certain sens de la fête. Lorsqu’un matin, Luc, un beau jeune homme qui prétend être son fils, sonne à sa porte, elle n’ose pas lui avouer son identité. Commence alors un enchaînement de mensonges qu’elle va avoir du mal à gérer. C’est certain, ça ne va pas manquer de piquant !

La critique d’Eugénie – 3/5

Victoria Abril signe son grand retour sur les planches parisiennes dans une pièce signée Palmade, et si la muse d’Almodovar est tout simplement délicieuse, « l’Enfoiré » lui ne livre pas sa meilleure création !

Trop simple pour être cynique, trop gras pour être subtil, le scénario manque d’ambition et le texte de plurivocité pour « piquer » les esprits et ce malgré de nombreux bons mots. L’humour est plutôt grossier, bien que garantissant un rire soutenu, et le comique de situation se voit venir de loin, très loin… trop loin ! Certaines incohérences de caractère trahissent une facilité d’écriture irritante a posteriori, comme un plat sans prétention qui s’apprécie en bouche mais se digère difficilement… Quant aux dialogues, plusieurs bouchées laissent un fort goût d’inachevé !

Honnêtement Victoria vaut plus le déplacement que Paprika (et l’applaudimètre m’approuve). Entourée par plusieurs seconds rôles convaincants bien qu’inégaux, la belle espagnole brille au point d’en éclipser complètement son partenaire principal, Jean-Baptiste Maunier, dont même le sur-jeu reste trop fade face à sa pétillante « mama ». Le rejeton des choristes aurait peut-être dû s’en tenir au chant…

Moins que « piquant », Paprika chatouille, titille et taquine sans jamais exploser et ressemble davantage à une ébauche convaincante qu’à une oeuvre aboutie. Cela étant dit, c’est tout de même une bonne occasion d’aller au théâtre (à prix correct) tant que vos attentes sont mesurées.

Deadpool

Réalisé par Tim Miller
Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein…
Sorti le 10 février 2016   –   1h48
Action, Aventure, Comédie   –   Etats-Unis

Kezako ?

Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. À l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

La critique d’Eugénie – 3/5

Le meilleur démarrage ciné de l’année (à date) mérite-t-il vraiment autant de tapage ? Oui… et non !
Oui, car il est surprenant de voir la firme Marvel-Disney se lancer dans l’adaptation du plus trash des antihéros. De ce point de vue, le film va aussi loin qu’il peut se le permettre même s’il édulcore toujours la vraie folie (au sens premier du terme) du personnage…
Cependant n’en attendez pas plus, ce Deadpool restera surement la plus fidèle des adaptations grand écran.

Insolence oblige, ça vanne dès le générique, ça castagne dur, ça baise (dur aussi) et le quatrième mur en prend plein la tronche. En bref, – de 12 ans totalement justifié ! Côté humour, le rire est gras mais régulier, on décèlerait presque une certaine intelligence d’écriture tant les dialogues foisonnent de tacles à l’univers geek/héroïque et de références plus pointues à la pop culture.

Pas de fausse note dans le casting malgré un méchant toujours aussi peu charismatique – les vrais bad guys sont décidément brandés DC (exception faite du très bon Loki de Tom Hiddleston) – Ryan Reynolds s’offre même le luxe d’être réellement convaincant, à défaut d’être convaincu par sa propre histoire. Son héros rebelle assure le spectacle malgré 20 premières minutes poussives et cartoonesques limitant l’immersion dans l’histoire.

Et c’est peut-être là le vrai problème de Deadpool, à cheval entre la pure parodie et le film d’action, il tâtonne sans trouver son identité propre.
L’autocritique du film ne l’empêche pas de tomber dans les clichés du genre qu’il dénonce et la surenchère de vulgarité sans génie ce fait au détriment du scénario qui reste à peine plus élaboré qu’un jambon-coquillettes. Pour peu qu’on y regarde de plus prés, ce Deadpool reste tristement conventionnel même dans son irrévérence, il n’atteint pas le cynisme de l’excellent « Watchmen » (Zack Snyder), ni la noirceur de la trilogie Batman de Nolan (deux références DC).
Alors superficialité assumée ou fausse modestie ? Telle est la question…

À défaut d’être mémorable, Deadpool reste un bon film pop corn qu’on apprécie comme ce dernier : On sait que ce n’est pas « bien », mais on aime quand même.