Jérémy Ferrari – Anesthésie Générale

Salle de réveil

Kezako ?

Après les géniaux « Hallelujah Bordel ! » sur la religion et « Vends 2 pièces à Beyrouth » sur le terrorisme qui a attiré plus de 300.000 spectateurs en salles, Jérémy Ferrari a choisi de s’attaquer à la santé pour son nouveau one man show intitulé « Anesthésie Générale ».

La critique d’Eugénie – 8/10
♥ Coup de cœur

« Dans ma famille, le suicide c’est comme le BAC, on l’a tous tenté une fois et on s’est tous loupé ! »
Ces mots qui introduisent le nouveau spectacle de Jérémy Ferrari rassurent immédiatement son public, on est en terrain miné mais bien connu ! Après les religions et la guerre, le prince de l’humour noir est de retour avec un troisième show et s’attaque cette fois-ci au domaine de la santé pour un numéro qu’il revendique comme une « vengeance personnelle » à l’encontre du système. L’ouverture abordant frontalement la tentative de suicide du comédien (datant d’il y a trois ans, alors en pleine tournée de Vends 2 pièces à Beyrouth) est d’ailleurs très révélatrice de l’ambiance, si on reste dans un humour des plus cyniques, ce spectacle est assurément le plus intime des trois.

Pour autant rassurez-vous, avec un tel sujet la vindicte sociale et politique est bien évidemment au rendez-vous. Toujours en phase avec l’actualité (l’homéopathie en prend pour son grade), l’humoriste ne se départit pas de l’approche pédagogique qui a fait le succès de ses précédents spectacles. Après le conflit israélo-palestinien, il se propose de nous résumer l’histoire de la Sécurité Sociale en 6 minutes (plus ou moins), au détour desquelles les laboratoires Servier et Boiron en prennent pour leur grade tout comme bon nombre de responsables politiques, de Mitterrand à Agnès Buzyn en passant (une fois encore) par Nicolas Sarkozy.

Bien qu’essentiellement sous le format du stand-up, Ferrari conserve encore quelques sketchs disséminés dans le show, qui reviennent d’un spectacle sur l’autre comme un running gag hérité de ses débuts à la télé de Ruquier (On ne demande qu’à en rire) pour le plus grand plaisir de son public le plus assidu (Jawad le retour !). Après Dieu et le RH de Daech, c’est au tour d’un directeur d’hôpital en burn out d’évoquer les faits les plus absurdes (et réels) et son quotidien : femme dans le coma tombée enceinte, seniors perdus dans l’hôpital, record d’attente aux urgences en 2019 etc.

L’humour corrosif de Jeremy Ferrari porte un spectacle bien rythmé, qui évite les temps morts ressentis lors des précédents, et allie une composante plus intime à sa critique sociale dans un ensemble plus mature. Et pourtant, avec un pareil thème on ne peut pas s’empêcher de se demander s’il n’y avait pas matière à aller encore plus loin, l’humoriste n’étant jamais aussi drôle que quand il tape sur les doigts des responsables. Cela dit, le spectacle ne fait que commencer sa tournée, à peine sorti du rodage il aura bien le temps de se peaufiner d’ici au DVD !


Texte et mise en scène : Jérémy Ferrari
Collaboration artistique : Mickaël Dion
Durée : 1h30

Après un rodage à la Royale Factory de Versailles, Jérémy Ferrari présente son nouveau spectacle, « Anesthésie Générale » à la Maison de la Mutualité pour 6 représentations archi complètes. Après sa tournée, il sera de retour à Paris, en janvier 2021, aux Folies Bergère. 

 

Et tout le monde s’en fout (pas !) – le spectacle

Le meilleur des mondes ?

Kezako ?

Quand un Youtubeur décalé décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ça donne « Et tout le monde s’en fout : le spectacle » !

La critique d’Eugénie – 8/10

Le jeudi 10 octobre – Si vous ne connaissez pas la chaîne Et tout le monde s’en fout, déjà vous passez à côté d’un excellent divertissement made in Youtube. Grinçant, insolent et ironique à souhait, les épisodes abordent tout à tour des sujets de société ou de développement personnel, chiffres à l’appui, avec beaucoup d’humour et de recul. La condescendance assumée du personnage de Lexa (palindrome de celui du comédien qui se dissimule sous cette capuche) en fait un ressort comique délicieux qui permet de faire passer certaines pilules pour le moins amères sans en diminuer le sens. Et tout le monde s’en fout fait assurément rire, et surtout réfléchir ! Les vidéos plantent des graines de réflexion qui l’air de rien, viennent germer dans les esprits avec le temps.

Mais une question me taraudait à l’annonce du spectacle : quelle pourrait bien être la valeur ajoutée d’un live show quand la chaîne en dit déjà tellement ? C’est cette curiosité emprunte de scepticisme m’a poussée à me rendre le 10 octobre pour la première à la Comédie Des Boulevards (ça et le prix très abordable). Et si j’étais sûre de m’y retrouver tant dans l’humour que dans le propos de fond, je ne m’attendais vraiment pas ce niveau d’intelligence scénique et encore moins à rire autant !

Confiné dans l’intimité d’une petite salle, le comédien Axel Lattuada excelle dans l’interaction avec le public, à mille lieues de la présumée misanthropie de son personnage. Le postulat fataliste et critique de départ se révèle progressivement être un témoignage humaniste : notre monde actuel est pourri, alors repartons de zéro et prenons le temps d’un spectacle pour réapprendre les bases ! À commencer par nos relations : avec le monde, avec les autres et en premier lieu avec nous-même.
La représentation a beau se décrire comme un « séminaire », elle traduit les accents de la « thérapie » collective par son approche bienveillante et profondément humaine, à peine voilée par l’acidité de son humour.
Une seule question s’impose à la fin du spectacle : peut-on encore vraiment continuer à s’en foutre ?

Si vous souhaitez vous aussi moins vous en foutre, n’hésitez pas à découvrir la chaîne Youtube ICI ou à prendre vos places pour le spectacle ICI.

par Eugénie


Écrit par : Fabrice de Boni, Marc de Boni et Axel Lattuada
Mise en scène : Fabrice de Boni
Avec : Axel Lattuada
Durée du spectacle : 1h10

Quand L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout » décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ; cela donne un spectacle pédago-déjanté, fun et philosophique.

À force de s’en foutre nous y voici : le fond du gouffre ! Et ça, L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout », ne s’en fout pas ! Parce que même si on ne peut pas empêcher le monde de partir en sucette, on peut au moins s’y préparer et envisager la suite. Et quoi de mieux pour ça, qu’un petit séminaire d’entraînement express ? Quand une civilisation s’effrite, comment apprendre de nos erreurs pour ne pas les répéter ?

Armé de son humour et de sa condescendance légendaire, L3X@ a décidé de VOUS former dès maintenant, histoire de construire autre chose qu’une société qui court très vite, les yeux bandés, dans une forêt !

L’Hexagone de Fary au Comedia

Le rire stylisé

Kezako ?

Fary est de retour sur scène avec HEXAGONE, son nouveau spectacle. Quel lien entre le pays et l’identité ? Est-ce la culture qui influence l’identité ou est-ce l’inverse ? Il n’a de réponse à aucune de ces questions, mais il se les pose. Vous avez une heure… avec Fary. En vrai, viens, c’est drôle quand même.

La critique d’Eugénie – 4/5

Le mercredi 28 novembre – Artiste révélé par le Jamel Comedy Club, Fary c’est rapidement fait un nom au sein des humoristes montant de la scène française. De la salle du Point Virgule au Festival de Cannes en passant par Netflix, il a su imposer un style, une gueule et un rire. Pourtant, son spectacle « Fary Is The New Black », disponible sur la plateforme, m’avait moins enthousiasmée pour son humour, encore un peu trop superficiel à mon goût, que pour la performance scénique (au centre de public).
Mais les affiches fleurissant dans le métro ont attisé ma curiosité. Une image digne d’un catalogue de mode masculine et un titre intrigant, référence discrète à une chanson de Renaud : « Hexagone ».

Me voilà donc au balcon du Comedia, passant d’une frisquette et humide soirée de novembre à une suffocante atmosphère saturée de sueur. On attend impatiemment le début du spectacle, espérant que le rire nous fasse oublier les vapeurs étouffantes de ce véritable hammam de velours rouge. On gémirait presque en s’entendant annoncer non pas une, mais deux premières parties ! À ce compte-ci, nous serons bouillis quand Fary arrivera sur scène. Et pourtant… Lenny Mbunga et Jason Brokerss se partagent une savoureuse mise en bouche. Fait assez rare pour le souligner, ils sont aussi bons que l’artiste principal lui-même et c’est presque à regret que nous les voyons quitter la scène. Le contrat est rempli, les sourires et les esprits chauffés et on occulte un peu plus facilement celle de la salle.

Enfin le show commence ! Fary entre en scène, toujours aussi looké, aussi flegmatique et à l’aise avec son public, mais avec une assurance nouvelle. L’expérience a payé, l’artiste s’assume davantage et il ose plus ! Moins politiquement correct et plus incisif, Fary partage avec nous son dialogue ouvert avec la France, plus comme un observateur amusé que comme un détracteur. Bien qu’immigration et identité soient au coeur du discours, l’humoriste ne tombe jamais dans le propos politique facile, même quand il tacle allègrement (et pour notre plus grand plaisir) des figures comme Eric Zemmour, Dieudonné ou Alain Sorel. Mais le spectacle s’autorise aussi des digressions plus légères et d’actualités, les meilleures restant sans doute celles autour de Lauryn Hill, à peine une semaine après le fameux concert.

Fary est un artiste patient, aussi généreux avec son public qu’hilarant quand il le recale ! Son charisme naturel et sa gestuelle faussement désinvolte complètent un humour travaillé et réfléchi qui sait prendre de temps de faire vivre ses blagues et les rires.  L’humoriste tient seul la scène dans la pure tradition du stand-up (mise en scène minimaliste) rendant encore plus superflu le décor inspiré du Grand Palais, qui n’apporte, au final, rien ni au fond ni à la forme.

Fary a entamé sa mue, passant d’artiste émergent à une figure plus permanente de la scène humoristique. Il ne lui manque plus qu’un brin de confiance pour transformer l’essai et effacer les derrières traces du doute se traduisant encore dans une petite phrase suivant les blagues trop politiquement incorrectes : « Je plaisante » ! Fary, ton boulot c’est de faire des blagues, alors ne t’en excuse pas…


Textes : Fary, Jason Brokerss, Kader Aoun
Mise en scène : Kader Aoun
Durée du spectacle : 1h20

Fary présente son nouveau spectacle au Comédia d’octobre à décembre, il sera en tournée nationale à partir de janvier et à l’AccorHotels Arena le 1er mars 2019.