Carnival Row, que vaut la série fantastique d’Amazon ?

Steampunk fairy’s tale

Kezako ?

Dans un monde fantastique à l’époque victorienne, les créatures mythologiques doivent fuir leur pays ravagé par la guerre. Exilés dans la ville de The Burgue, la cohabitation avec les humains s’annonce difficile. Le détective Rycroft Philostrate et une fée réfugiée du nom de Vignette Stonemoss vivent une dangereuse relation alors même que Philo doit résoudre l’enquête la plus importante de sa vie : une série de meurtres à même de mettre en péril la paix déjà précaire.

La critique d’Eugénie – 6,5/10

Amazon Prime Vidéo tente de marcher dans les pas de Netflix et de profiter de la fin (controversée) de Game of Thrones pour lancer sa nouvelle série : Carnival Row !
Aux grands maux les grands remèdes, le géant d’internet annonce en tête d’affiche deux noms célèbres, Orlando Bloom et Cara Delevingne, de quoi susciter l’intérêt du public. Autre petite spécificité, la série n’est pas une adaptation d’un succès littéraire mais bien une création 100% originale.

Dans un univers empreint de l’esthétique steampunk, les humains entrent en guerre contre les créatures mythiques pour prendre possession de leurs terres. Seule la République de « The Burgue » se range un temps du côté des fées et autres satyres, avant de retirer leurs troupes. La ville devenue terre d’accueil pour de nombreux réfugiés surnaturels est désormais gangrenée par la xénophobie et les batailles politiques. L’intrigue est non seulement alléchante mais l’univers aux influences ouvertement lovecraftiennes, en opposition aux codes fantastiques traditionnellement associés aux fées est très prometteur.
La sauce prend sans trop de mal et l’histoire se suit sans déplaisir, sachant jouer de ses atouts, à commencer par une bonne bande originale, des personnages secondaires intéressants et une satire sociale en propos de fond.

Cependant, la série ne tient pas entièrement ses promesses, notamment du côté des personnages principaux. Si les acteurs livrent une prestation tout à fait correcte, l’inégalité de leur rôle est irritante. Violette la fée, n’a que peu d’impact sur l’intrigue tout comme le réseau de résistance qu’elle intègre, quant à Philo, le personnage est encore trop « parfait » pour qu’on s’y attache vraiment. Ajouter à cela quelques intrigues secondaires mal agencées (la secte religieuse des satyres) et l’apparition un brin tardif de quelques personnages-clés et le show dévoile de grosses lacunes.

Carnival Row est l’exemple type de la série qui n’a pas encore transformé l’essai. Pour trouver son public, elle devra se dépasser en saison 2, peut-être en renforçant son axe politique et révéler tout son potentiel.


Créé par René Echevarria, Travis Beacham
Avec Orlando Bloom, Cara Delevingne, Tamzin Merchant, David Gyasi…
USA – Fantastique
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 30 août 2019
Durée par épisode : 50-67 minutes

L’enfant maudit – sequel de malheur !

Écrit par Jack Thorne (script)
Adapté d’une histoire originale de J. K. Rowling, John Tiffany et Jack Thorne
Royaume-Uni – Théâtre/Fantastique
Sortie : 31 Juillet 2016
Nombre de page : 350 pages

Kezaco ?

Une vingtaine d’années se sont écoulées depuis la bataille de Poudlard. Harry Potter est père de 3 enfants : James, Albus Severus et la petite Lily. Mais cette vie de famille en apparence idyllique dissimule des aspects plus noirs. Albus vit une relation complexe avec son père et peine à porter le poids de sa célébrité… et toutes les attentes qui vont avec. Son plus proche ami, Scorpius Malefoy, fait l’objet d’une rumeur tenace. Et pour couronner le tout, les anciens alliés du Seigneur des Ténèbres recommencent à se manifester…

La critique d’Eugénie – 0,5/5
Eugénie n’ayant pas assisté à la pièce, cette critique aborde l’œuvre sous l’angle littéraire uniquement.

Harry Potter est une des sagas les plus riches de notre époque. Son univers dense s’est étayé sur sept livres, trois spin off, huit films (bientôt neuf) et de nombreux textes publiés par l’auteur elle-même sur le site Pottermore. À ce stade, il n’y a quasiment plus de limite à l’extension de ce monde, même si on ne s’attendait pas à le retrouver sur les planches…
En fan de la première heure, je guettais avec avidité toutes informations sur la vie des personnages post tome 7. Il y a neuf ans, je m’étonnais d’ailleurs que J.K. Rowling annonce s’intéresser davantage au jeune Albus Potter qu’aux autres personnages de la nouvelle génération, car sur les quelques lignes de texte de l’adolescent, je retrouvais la copie conforme, physique et psychologique, de son père. Quel intérêt alors d’un bis repetita ?
Surprise à la fois par le thème et le format de cette « suite », je me suis malgré tout précipitée vers ce livre. Après tout, « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse »… Sauf que côté magie, le charme a tourné !

D’un point de vue purement littéraire, un constat saute tout de suite aux yeux : l’écriture est maladroite ! Difficile d’en imputer la faute aux auteurs ou aux traducteurs, mais il n’en demeure pas moins que le texte est pénible à lire, accumulant les dialogues et les situations plates, mièvres voire idiotes. Même avec une bonne imagination, il est très difficile de mettre en situation ces textes récités qui ne viennent que souligner un problème de construction.

Là où les livres ont su agencer un univers crédible, liant la magie à l’intrigue tout en donnant un cadre très défini à son merveilleux, « l’Enfant Maudit » prend le parti pris inverse et se fixe pour mission de faire rentrer le plus de magie possible en un nombre limité de pages. La finalité reste le grand spectacle et ça se sent, le problème étant que l’histoire en devient un gloubi-boulga de fantastique incohérent et indigeste, qui piétine à chaque instant toutes les règles des romans. Concrètement, il est toujours possible de faire rentrer un 40 dans une chaussure taille 38, mais de là à marcher avec, ce ne sera que torture.
La saga Harry Potter n’a jamais fait de la magie un deus ex machina propre à régler d’un claquement de doigt toutes les situations. Les intrigues de l’auteur se sont entremêlées aux lois magiques pour aboutir à une histoire plus complexe qu’il n’y paraît et qui ne s’est surtout jamais autorisé l’excuse du « Ta gueule, c’est magique ! ». C’est pourtant ce qui résume le mieux le scénario de « l’Enfant Maudit », très certainement impressionnant sur scène, mais qui révoltera tous les lecteurs de livres à la vue de leur univers préféré dépecé à coup de griffe d’Hippogriffe.

Car pour ce qui est de l’histoire, « l’Enfant maudit » est à J.K. Rowling ce que la trilogie du Hobbit est à Peter Jackson, du fan service de mauvais goût ! Pire encore… c’est un blasphème affublé d’une intrigue digne d’une fanfiction, qui trahit à la fois ses personnages et son essence. Eugénie a lu beaucoup de ces écrits et je peux vous jurer sur la tête de Marcellin que chaque élément de l’intrigue, chaque péripétie, chaque situation, je les ai lu dans des fanfictions, et pas des meilleures – Attention, à partir d’ici je spoile sans vergogne ! Des retourneurs de temps fonctionnant sur plusieurs décennies, des incohérences spacio-temporelles, des systèmes de sécurité idiots, des personnages inconsistants, des situations improbables (voir dégueulasses), il n’y a pas grand-chose à sauver de cette suite.
Certes le jeune Albus n’a en fin de compte rien à voir avec son père. Il se retrouve à Serpentard avec pour meilleur copain Scorpius Malefoy. Ok, why not, Serpentard étant attiré par la grandeur, l’envie de se montrer à la hauteur d’un père aussi illustre pouvait tenir la route et promettre de belles aventures. Sauf qu’Albus est surtout un enfant pourri gâté, tête à claques et détestable en tout point, là où son ami Scorpius est le meilleur personnage de cette « suite » et aurait gagné à avoir plus d’importance.

On pourrait voir une forme d’excellence dans l’écriture de la tragédie tant la pièce s’acharne sur ses personnages.
Harry lui-même a oublié sagesse et expérience pour devenir un connard bouffi d’orgueil qui attend les 14 ans de son cadet pour confesser qu’être père lui fait peur. Mieux vaut tard que jamais mais quand même. Hermione ressemble davantage à la version Hollywood glamourisé bad ass qu’à celle des romans quand Ron, dont l’humour, les insécurités et la force très particulière apportaient une harmonie au groupe, devient transparent, réduit au rôle du bouffon de service satisfait d’être le paillasson de bobonne.
Mais le massacre s’étend au-delà des personnages principaux. Ginny, l’un des personnages féminins les plus indépendants avec une force de caractère appréciable, est fade à mourir. McGonagall est une fonctionnaire influençable, le portrait d’Albus Dumbledore un gros enfoiré et Severus Fucking Rogue un bisounours qui va verser sa petite larme en apprenant qu’Harry a donné son nom à son fils… mais bien sûr !

ET pire que tout… Voldemort, dont la peur vient du rejet des aspirations humaines au profit de la seule puissance, se découvre soudain un goût pour les femmes et la chair ?! Voldemort, incapable de toute forme d’amour et ayant buté son propre père (et ses grands-parents pour la bonne et due forme) n’aurait rien contre le fait d’être appelé Papa ?! Voldemort, sorcier au plus proche de l’immortalité ne serait pas inquiété du danger potentiel d’un héritier ? Ben voyons ! César et Brutus, Barty Croupton père et fils et Ben et Han Solo sont tous en train de se bidonner si vous voulez mon avis.

Arrêtez de vouloir nous faire prendre des brindilles pour des Botrucs par la barde de Merlin !!! Et shame on you J.K., tu as fini par vendre ton âme par appât du gain ! À quelques semaines de la sortie des « Animaux Fantastiques » mon enthousiasme devient terreur… que vas-tu infliger à ce monde merveilleux où tant d’entre nous ont grandi.

Peut-être que la magie ne prend que sur les planches… mais en ce qui me concerne je préfère me convaincre que cette suite n’a jamais existée,  l’histoire ne m’incitera pas à aller vérifier.