Top 7 des films que Disney « pourrait » rebooter

Raconte-moi une histoire

Après avoir abordé les principes sur lesquels devraient reposer un remake dans la rétrospective des reboots Disney, voici le top 7 des classiques d’animation de Mickey qui pourraient, selon nous, faire l’objet d’une (bonne) nouvelle adaptation. À noter que pour certains, des projets sont déjà annoncés, auxquels cas on s’attardera davantage sur les attentes qu’on pourrait en avoir. Ce classement est bien évidemment purement subjectif, et du reste les règles sont simples : Pour qu’un film soit dans la sélection, il ne doit pas déjà avoir d’équivalent en prises de vues réelles qui aurait marqué le cinéma par son caractère culte ou ses qualités esthétiques. On exclura également ceux ayant une version live action à laquelle nous accordons une valeur sentimentale, dont par exemple les films Peter Pan et Robin des Bois pour Eugénie car, même si leurs univers offrent de nombreuses possibilités, elle a une affection particulière pour le Prince des voleurs (1991) avec Kevin Costner et le Peter Pan de 2003 (avec Jeremy Sumpter).

7. La Petite Sirène – par Eugénie
Si vous avez lu le précédent article, celui-là vous ne l’avez pas vu venir ! Parce que le dessin animé de 1989 est en tout point parfait ! La musique, les personnages, l’animation, rien à redire ! Et même si elle souffre avec le temps d’une mauvaise presse, l’Ariel de la version animée reste superbe et inspirante, n’en déplaise à ses détracteurs contemporains. Elle est de fait la première princesse « officielle » à s’émanciper par ses propres actions. Curieuse et courageuse, c’est un personnage qui, contrairement à ses ainées, ne rêve pas d’amour mais d’aventure et va trouver le premier par hasard en cherchant le second. Alors certes, pour ce qui est du deal avec Ursula, ce n’est pas forcément le meilleur exemple de bon sens, mais il ne faut pas oublier que dans le film, elle a 16 ans. Un âge auquel il convient de faire remarquer que les passions amoureuses sont rarement… pondérées. Puis imagine que ton père ait bousillé toutes les affaires auxquelles tu tenais simplement parce qu’il n’approuve pas ton crush, en vrai toi aussi t’aurais fugué ! La sorcière des mers c’est juste la version « conte de fée » du dealer du square chez qui tu vas acheter du shit pour te rebeller. Enfin je digresse…
Bref, Ariel est l’héroïne qui prend tous les risques par amour, ça n’est certes pas le plus rationnel mais c’est assurément le plus courageux. Et pourtant il manque à la version de Disney une dimension essentielle du conte : la tragédie ! S’il aurait été difficile de vendre aux enfants la fin originelle d’Andersen, un reboot en live-action pourrait lui se permettre de prendre le risque de la fidélité pour donner à sa sirène une profondeur nouvelle. Sans parler des progrès technologiques qui pourraient permettre d’aller chercher un esthétisme très intéressant pour les scènes sous-marines. Malheureusement, le casting du remake annoncé pour 2021 mentionnant déjà les voix de Polochon et d’Eureka, il est peu probable que celui-ci prenne des risques du côté de son scénario – il a déjà eu sa dose après la déplorable polémique faisant suite au choix d’Halle Bailey pour le rôle-titre.

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6. Hercule – par Eugénie
Là aussi le choix peut surprendre car quand on parle d’adaptation de l’histoire du demi-dieux, le film de Disney fait figure et de loin de référence ! Outre un personnage touchant, à la psychologie tout en contraste avec son image de super-héros bodybuildé, l’animation possède d’excellents atouts. Les méchants pour commencer, Hadès étant l’un des meilleurs antagonistes de la firme aux grandes oreilles, mais aussi ses hilarants acolytes Peine et Panique et surtout, Mégara, aka ZE best personnage féminin EVER créé par Mickey ! Du caractère, un design très reconnaissable, une backstory riche et des répliques cultes « je ne prends plus aucun homme je les jette », Megara je t’aime !
Et pourtant, l’histoire d’Hercule – qu’il conviendrait mieux d’appeler Héraclès puisqu’on parle du panthéon grec – est à l’instar de toute la mythologie, une tannée à adapter au cinéma. En témoigne la flopée de versions nanardesques qui mériteraient qu’on les efface par l’arrivée d’un bon film sur le demi dieu. Compte tenu de l’ampleur du matériel initial, le cinéma n’a clairement pas tout exploité et ça tombe bien, la rumeur d’un reboot en préparation commence tout juste à courir.

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5. Pinocchio – par Eugénie & Marcellin
N’ayant pas vu la version de Matteo Garrone, je n’ai pas d’autre choix que de mettre le petit pantin de bois dans cette liste. L’histoire de Pinocchio fait partie de celle qui gagnerait à être dépoussiérée car si le dessin animé reste culte, il peut sembler moins attrayant aux nouvelles générations. Et pourtant, ce n’est pas un potentiel reboot de Disney qui semble le plus prometteur mais bien la version de Guillermo del Toro produite par Netlix annoncé pour 2012. Voir l’univers du réalisateur du Labyrinthe de Pan s’allier au ton très sombre du contre original de Carlo Collodi a de quoi titiller la curiosité des cinéphiles. Car Pinocchio a tous les atouts pour créer un chef d’oeuvre gothique digne de ce nom. L’histoire complexe de la marionnette qui rêvait d’être un petit garçon est riche de vils personnages, de thématiques telles que la quête de soi, l’émancipation, la malhonnêteté, la solitude ou encore le sacrifice. Tous les ingrédients d’un conte qui fera mouche à l’écran !

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4. Les aventures de Bernard et Bianca – par Marcellin
Les péripéties de ces deux petites souris de SOS Société ont fait le bonheur de mon enfance. Mais pourquoi en faire un reboot ? Une bonne raison : Madame Médusa !
Ce personnage extravagant et malfaisant reste pour moi une véritable perle dans l’univers Disney. Affublée de ses deux crocodiles Néron et Brutus, Disney a rarement fait personnage plus cruel et avide, allant jusqu’à noyer une petite fille pour un diamant.
Et vous vous demandez encore pourquoi je veux la voir en action ? C’est mal me connaître 😉
Et quelle réjouissance de pouvoir suivre les aventures de ces minuscules sauveteurs à travers villes et bayou. On pourrait même espérer voir François Hollande le goéland ! Je rêve d’une Cynthia Nixon déchaînée dans la peau de l’incroyable Médusa, un Zach Galifianakis au meilleur de sa forme pour le rôle de Snoops et les traits poupins de la prometteuse Violet Mcgraw pour Penny.

Les Aventures de Bernard et Bianca ou Si Mickey avait des enfants ...

3. Merlin l’enchanteur – par Eugénie
Avec celui-ci on touche à nouveau aux histoires intemporelles, celles des légendes du cycle arthurien moult fois adaptées et qui pourtant, manque de monument marquant au cinéma. Nous autres français pouvons nous vanter d’avoir LA meilleure série tirée de l’univers du Roi Arthur, Kaamelott (déjà citée dans notre top 5 des meilleures séries) mais malgré sa connaissance du sujet, l’angle parodique en fait une oeuvre à part. Clairement, la richesse des légendes mérite qu’on y accorde plus d’importance dans une grande fresque épique et chevaleresque qui pourrait suivre tant l’histoire de l’Enchanteur que celui de l’épée.

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2. Pocahontas, une légende indienne – par Marcellin
C’est un peu un rêve d’enfant que de voir Pocahontas et son air du vent aux milles couleurs prendre vie à travers un écran. Au delà de la beauté des paysages que peut procurer une telle adaptation, il serait intéressant d’y développer la dimension philosophique qu’apporte un peu le dessin animé.  Là où Terrence Malick avait apporté à la légende de la poésie dans son Nouveau Monde, un reboot Disney pourrait donner un regain d’espoir, une réflexion, dans sa manière de traiter l’Histoire. Pocahontas est une véritable mine d’or et un(e) réalisateur(rice) peut y trouver toutes les ressources nécessaires pour faire un grand film. Difficile pour moi d’imaginer l’actrice qui pourrait interpréter la courageuse princesse, voulant à tout prix fuir tout remplacement identitaire, il serait plus que logique qu’une actrice amérindienne tienne le rôle titre. Cependant, j’imagine déjà le beau Charlie Hunnam s’emparer des traits de John Smith ou même Nikolaj Coster-Waldau, le plus célèbre des frères incestueux ! Pour Ratcliffe, on peut penser à David Schwimmer et Adam Beach dans le rôle de Kocoum. Mais j’attends avec impatience vos idées !

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1. Taram et le Chaudron magique – par Eugénie
Et le numéro, celui qui attend désespérément qu’on lui redonne une chance depuis son échec au cinéma en 1985, l’un des grands mal-aimés de l’écurie Disney : Taram ! Jugé trop sombre à l’époque de sa sortie, le film est de fait emprunt d’une atmosphère délicieusement sinistre qui gagnerait à s’affranchir de la cible enfantine pour pleinement s’y épanouir. D’autant plus que le dessin animé est lui-même adapté d’une saga littéraire d’héroic fantasy, Les Chroniques de Prydain de Lloyd Chudley Alexander, dont Disney possède toujours les droits. Entre la matière des livres et les bonnes bases du film, pourquoi ne pas tenter une relecture et en profiter pour donner un petit coup de frais à Taram et Eilonwy, sans parler du Seigneur des Ténèbres qui, sans être un méchant d’anthologie, est de loin le plus esthétiquement flippant de Disney ! À ce compte-là, osons rêver d’audace : mieux qu’un film, Taram, Tirelire, Eilonwy, Ritournelle, Gurki & Cie pourraient parfaitement trouver leur place dans une série sur Disney+. Une seule question demeure, qu’attendent les studios ? Car s’ils poursuivent leur politique de remake actuelle, nous avons malheureusement plus de chances de voir le live action de La Reine de Neiges avant celui de Taram…

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Disney et les reboots : Stop au carnage !

Vers le profit et au-delà !

Il y a eu l’âge d’or du Western et des films noirs, celui du cinéma expressionniste et underground, la Nouvelle Vague et le Nouvel Hollywood… Mais quel sera le genre qui définira les jeunes années des 2000 ?
Car si un courant marketing se distingue clairement depuis une décennie, les mouvements esthétiques se font eux bien plus discrets. Et pour cause, les studios semblent se préoccuper davantage de l’élaboration de leur propre « univers » que de la recherche artistique. Le succès des licences telles que Star Wars, Harry Potter et autres Seigneurs des Anneaux a démocratisé la tendance et le début du millénaire a été marqué par la course aux sagas brandées teenage movie où tous voulaient décrocher le bon filon qui leur assurerait un triomphe régulier au box-office.

Pourtant, c’est probablement au Marvel Cinematic Univers que nous devons le décuplement phénoménal de ce genre de procédé. Le succès de chacun des films a prouvé que le public était prêt à consommer du cinéma autrement, sur une base plus sérielle, en ne suivant plus quelques personnages principaux sur une même trame mais une multitude sur plusieurs segments tous reliés les uns aux autres. C’est pourquoi les studios ne travaillent plus tant à l’obtention des droits d’une saga qu’à l’extension de celles qu’ils possèdent déjà (Mad Max, Les Animaux Fantastiques, Le Hobbit, Star Wars, Terminator etc.), déclinées en autant de spin-off sur le grand que le petit écran, quand ils ne construisent pas simplement une nouvelle franchise (Monster Universe).Franchise cinématographique.pngAutre procédé du même acabit, le reformage des licences déjà exploitées (ou récemment rachetées) très fréquent dans le cinéma d’horreur et fantastique dont par exemple Vendredi 13, Ça, Jumanji, Godzilla, Tom Raider et tant d’autres. Mais si l’intérêt aurait dû être d’enrichir la matière initiale par la création ou d’en présenter une relecture, on retrouve souvent des œuvres exsangues de toute leur magie.
Dans un monde idéal, la naissance d’un reboot, d’une suite, d’un prequel ou de tout univers parallèle ne devrait être dictée que par l’intérêt artistique et non pas marketing… Mais dans notre société de consommation tout sauf idéale, le profit règne et les studios exploitent et dépouillent leurs franchises jusqu’à la moelle, tels des vautours s’acharnant sur les cadavres de leurs gloires passées ! Une mode qui n’épargne (malheureusement) pas les studios Disney !

Disney et les reboots

Après deux décennies (90-2000) à produire des suites très inégales à ses classiques d’animation en direct to DVD (ou VHS pour les plus anciens), Mickey a trouvé un autre moyen pour engranger des sousous sans trop se fatiguer, capitalisant toujours sur l’affection du public pour ses films mais via les reboots en live-action. Une méthode paresseuse (plus du point de vue de la démarche artistique que de l’exécution) et opportuniste qui porte néanmoins ses fruits et abreuve les écrans de remakes qui sont au mieux dispensables, au pire détestables !
Faisons un bref retour sur ces remakes produits par la firme aux grandes oreilles. À noter que « reboot » concerne ici uniquement les live-action des films originaux, j’exclue donc de fait toutes les suites et prequels, notamment les Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton ou encore le dernier Winnie L’Ourson.

Le premier vrai reboot d’un classique de l’animation ne date pas d’hier puisqu’il s’agit des 101 Dalmatiens de 1996, qui n’apportait qu’une unique valeur ajoutée en la présence de Glenn Close, fantastique en Cruella d’Enfer. Oubliable et vite oublié, le film reste pourtant moins iconique que sa version animée.

f0453630b3aa7f287b3246b2b8a36.jpgPourquoi tant de haine ?

Ellipse temporelle. Tim Burton ayant proposé une suite aux aventures d’Alice, il faut attendre Maléfique en 2014 pour avoir un nouveau remake. Le long-métrage avait pourtant sur le papier de bons arguments : la revisite de l’histoire du point de vue de la méchante, avec une partie prequel pour contextualiser et Angelina Jolie dans le rôle-titre. Les bandes-annonces venant accentuer le caractère inquiétant de Maléfique, qui reste l’une des (si ce n’est LA) meilleures antagonistes de tout le panthéon de crevards made in Disney, laissaient elles aussi espérer une revisite plus adulte et sombre. Quant au résultat…
SACRILÈGE ! BANDE DE BARBARES DÉGÉNÉRÉS ! QU’AVEZ-VOUS FAIT À LA MEILLEURE MÉCHANTE DE DISNEY ?! Ce reboot est simplement scandaleux, écœurant de bons sentiments et de mièvreries avec une conclusion terriblement prévisible surtout après le final de la première saison de Once Upon a Time (2011) et la glorification de l’amour fraternel (enfin, sororal) dans La Reine des Neiges (2013). Laissez les méchants être des méchants, bordel ! Le tout sur fond de gros CGI bien moches avec des personnages creux : un roi idiot, des fées qu’on veut dégommer et une princesse bonne à sourire comme une demeurée sans aucune relecture ni subtilité. Au moins celle de l’animation était excusée par son peu de temps d’écran…
Et si Angelina Jolie assure une très belle prestation, l’écriture du personnage a été simplement massacré au profit du marketing ! L’insulte atteignant son paroxysme lors du combat final où ce n’est même plus Maléfique elle-même qui se transforme en dragon (l’un des plus flippants du cinéma) mais son acolyte à plume ! Ou comment détruire une icône ! Pas d’accord Disney, pas d’accord du tout !

414888.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgVa manger tes grands morts !

Vient ensuite le Cendrillon de Kenneth Branagh (2015) avec un style résolument kitsch, qui évitait néanmoins de re-pomper plan par plan le dessin animé. Mais malgré ses bonnes intentions, le long-métrage flirte avec une mièvrerie souvent à la limite du supportable là où l’animé conserve malgré le temps qui passe une forme de poésie plus humble. En dépit de son ambition, le rendu n’a rien de grandiose même s’il se laisse regarder en s’armant d’une bonne dose de second degré, sans plus de qualité qu’un bon téléfilm (ce n’est déjà pas si mal).

269318.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgOk, je sais qu’il faut souffrir pour être belle, mais là entre le poids de la robe,
les talons de 10cm en Plexiglas et ce putain de corset, j’vous jure j’vais mourrir !

L’année 2016 est peut-être la plus intéressante côté reboot avec ceux du Le livre de la Jungle et de Peter et Elliott le dragon.
Ainsi, les nouvelles aventures de Mowgli apportent pour la première fois des éléments nouveaux et enrichissants même si davantage sur la forme que sur le fond. Plus qu’un film en soi, « Le livre de la Jungle 2.0 » est presque un manifeste technologique et esthétique tant le travail sur les décors et les animaux est bluffant. On note également quelques ajouts intéressants du côté des enjeux et des personnages intelligemment retravaillés, notamment le tigre Sher Khan qui dégage à chaque apparition une impression de puissance et de menace. Le long métrage trouve alors un bon équilibre entre l’hommage et la refonte, si ce n’est que les chansons font presque taches dans ce nouvel univers.
Mais c’est avec Peter et Elliott le dragon qu’on tient enfin un exemple de remake utile, le film de 1977 étant l’un des grands mal-aimés de l’écurie de l’ami Walt. À titre personnel, la version « animée » ne m’a jamais inspiré aucune affection de part son ton très enfantin, ses personnages extrêmement caricaturaux et ses chansons stupides et inutilement longues. Et contre toute attente, le remake est un bon film, qui réussit là où l’original échoue lamentablement : transmettre une émotion ! Alors oui, on rejoue une version de l’Enfant Loup croisée avec l’histoire même de Mowgli, mais le long métrage nous investit dès les premières minutes par de réels enjeux et allient la douceur et la magie d’un classique Disney à celles des films de Spielberg. Les décors sont magnifiques, la musique est sympa et ce nouveau Elliott cent fois plus attachant que le lourdaud de l’animation. Un film tendre, véritablement meilleur que sa première version et qui fait à date autant figure de bon exemple que d’exception qui confirme la règle dans le catalogue de reboots de la firme aux grandes oreilles.

405508.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgManger ?

Mais revenons à des expériences moins plaisantes. Le rythme s’accentue dès 2017 avec la sortie de La Belle et la Bête qui souffre, selon moi, d’un très gros problème de casting pour les deux personnages principaux. N’étant pas de base une de ses grandes fans, le jeu d’Emma Watson n’a pas su me convaincre. Fade, impersonnelle et dénuée de subtilité, cette Belle manque de chien et sa Bête de charisme, autant dans son rôle de monstre que d’homme. Seul Gaston trouve sa route en caricature assumée et Le Fou fait l’objet d’une relecture intéressante, même si terriblement clichée et timide (on passera côté révolution des mœurs). Pour le reste, le film se voit affublé d’ajouts inutiles les rares fois où il s’échappe d’un copier-coller plan par plan limite obséquieux. En fin de compte, rien ne fonctionne dans cette version car il lui manque l’essentiel : le charme. Une carence d’autant plus flagrante lors de la chanson « C’est la fête » où les effets spéciaux n’arrivent pas à capter le dixième de la magie de la scène d’animation. Beurk !

Puis vient le trio de 2019 qui nous a fait frôler l’overdose avec Dumbo, très décevant, Aladdin, complètement inutile et le Roi Lion, beau mais sans âme et perdant l’atout de la surprise esthétique puisque sorti après Le livre de la Jungle.

On finit avec le live-action de La Belle et le Clochard réalisé pour la plateforme Disney +, permettant à Mickey de gommer les références un brin raciste de l’orignal et… bah c’est tout. Peut-être est-ce une question de budget, le film n’ayant pas vocation à finir en salle, mais le rendu est on ne peut plus cheap, voir carrément gênant quand il s’agit de faire parler ces braves toutous. À ce compte là, autant se remater L’incroyable Voyage, c’est de la voix off (casting 5 étoiles) et pourtant ça n’a pas pris une ride en presque trente ans.

2698614.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg– Ah ouais, dur le relooking !
– C’est le confinement pôv truffe ! Toilettage maison…

Ouf, on a enfin finit avec les remakes et si on en juge par leur accueil critique très tiède, on ne devrait pas en revoir avant un petit moment non ? Ah, douce naïveté. Bien sûr que non, parce que la stratégie commerciale elle, fonctionne à plein régime, illustrée par le succès retentissant du Roi Lion 2.0 et ses 1 656 311 308 $ de recettes dans le monde (merci Wikipédia). Selon le calendrier de Disney, c’est presque la totalité de son catalogue qui va passer à la moulinette du live-action dans les prochaines années.

En panne d’inspiration ?

Entre les films d’animation se concentrant de plus en plus sur des suites et la pléthore de reboots, n’y aurait-il pas une crise d’inspiration dans la firme aux grandes oreilles, et par extension, dans le cinéma ? L’industrie du 7ème art semble avoir de plus en plus de mal à se renouveler si on n’en juge par ses efforts précipités pour renouer avec de plus ou moins anciens succès. Cette frénésie aurait presque quelque chose de désespéré, comme si le grand écran craignait à moyen terme de ne plus être capable de concurrencer Netflix et Cie et ne trouvait de solution qu’en capitalisant sur le communautarisme cinéphile, et donc clairement, le fan service pour remplir ses salles.

Cela dit, cela fait un moment que l’humanité recycle les mêmes thèmes. La plupart des monuments de notre temps sont des rééditions d’histoires millénaires à la différence qu’elles ont fait le fruit d’une adaptation. Par exemple en changeant de forme et de support, passant du conte de tradition orale au livre, au spectacle vivant puis aux écrans, ou parce qu’elles ont fait l’objet d’une relecture en adéquation avec les moeurs d’une nouvelle époque.
Ainsi une chanson du 13ème issue des mythologies allemande et scandinave a pu inspirer à Wagner son célèbre opéra, L’Anneau du Nibelung, qui lui même a servi de source aux Seigneur des Anneaux de Tolkien que beaucoup ont découvert dans la version cinéma de Peter Jackson. Un sacré parcours pour un chant du Moyen-Âge !
Lavoisier le disait pour la science, mais c’est un fait qui dépasse cet unique domaine  : rien ne se perd, rien ne créer, tout se transforme ! À vrai dire, plus que des histoires se sont surtout des motifs récurrents qui se renouvellent à l’infini, donnant lieu à une multitude d’itérations et d’interprétations. Le héros, le roi caché, le sauveur, le sage, les amants maudits sont autant de figures aux multiples visages. Ainsi, Pyrame et Thisbé, Roméo et Juliette et Jack et Rose (Titanic) sont dans leurs essences tous les mêmes, variantes d’un seul modèle. Quant à la figure messianique, elle se décline dans une foule de héros contemporain : Superman, Néo (Matrix), Paul Atreides (Dune) sont tous des versions « modernes » de Jésus.

Alors partant de ce principe pourquoi ne pas effectivement continuer de rebooter les oeuvres de notre enfance ? Justement parce que pour qu’une histoire continue à vivre dans le temps, sa renaissance doit avoir un sens !

L’intérêt du reboot

La portée du message
Comme mentionné précédemment, on peut par exemple proposer une nouvelle adaptation qui coïnciderait avec les attentes et les évolutions de la société. Les princesses Disney marquent bien cette évolution depuis leur début. Sorties toutes du même moule, leur archétype est toujours celui de la femme/fille cherchant à se faire une place dans le monde et devant pour ce faire s’appuyer sur les forces de la nature et/ou de ses représentants, mais leurs évolutions propres retracent l’histoire contemporaine de l’idéal féminin et il serait impensable aujourd’hui d’avoir une héroïne passive comme l’était Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore en leur temps. On peut également jouer la carte du premier degré et transposer purement une histoire dans une autre époque pour voir ce qu’elle y donnerait.

Changement de support et innovation technologique
Autre option, le changement de médium, faisant comme évoquer ci-dessus, passer une oeuvre d’un livre à un opéra, une pièce de théâtre à un film, un jeux vidéo à une série etc. Mais au sein d’un même art, le progrès technologique sert aussi le remake quand il permet la recherche d’un nouvel esthétisme. Ainsi les révolutions du cinéma, passant du film muet à la parole ou du noir et blanc à la couleur ont justifié un nombre incalculable de réadaptations, mais est-ce que le perfectionnement des CGI 
ou la présence d’acteurs en chair et en os légitime de dupliquer presque identiquement une oeuvre ? Le débat est ouvert. 

Le cycle du Phoenix, laisser l’oeuvre mourrir pour mieux renaitre
Il est en effet plus difficile de proposer une nouvelle version d’une histoire quand celle-ci possède déjà son chef d’œuvre au sein d’un même art. Prenons le cas de la Belle et la Bête qui possède non pas une, mais deux versions portées aux nues, le monumental film de Cocteau et la magique adaptation animée de Disney qui reprenait déjà certains éléments du premier. Que peut donc bien apporter la présence d’Emma Watson a un long-métrage qui était déjà parfait et intemporel, hormis l’adhésion des fans inconditionnels d’Hermione ? Et la vilaine version en CGI de la Bête veillera telle mieux que le maquillage de Jean Marrais de 1946 ?
Le fait est que des longs-métrages de Disney sont aujourd’hui presque plus cultes que les histoires dont ils sont l’adaptation (et de toutes les autres versions, films, téléfilms, séries et animations confondues). Alors pourquoi donc se focaliser sur les chefs-d’oeuvre quand une pléthore de films mal-aimés attendent qu’on leur donne une deuxième chance, tout comme certains longs métrages plus anciens (antérieurs à l’âge d’or des années 90) qui ont de fait moins bien vieilli et mériteraient une relecture plus moderne ? Il faut laisser à certaines histoires le temps de vieillir et leur caractère sacré s’évanouir pour mieux les voir renaitre et se réinventer.

Si on se fit à ses règles, il est tout à fait possible de produire de bons remakes, comme ce fut le cas pour Peter et Elliott. D’ailleurs faisons ça ! Voici notre TOP 7 des films que Disney pourrait rebooter où des projets en cours qui semblent prometteurs !

par Eugénie

En avant

En surplace

Kezako ?

Ian et Barley ont perdu leur père très tôt. Ils habitent une ville de banlieue peuplée de créatures fantastiques mais dont la magie ancestrale a peu à peu disparu. Les deux jeunes frères partent à sa recherche dans l’espoir de passer un dernier jour avec leur père

La critique d’Eugénie – 7,5/10

Nouveau né de la lampe Luxo, En avant fait bien peu de bruit pour un film Pixar. Certes, l’épidémie de coronavirus semble faire son chemin en France et doucement mais surement vider les salles de cinéma, mais au-delà du contexte, il semble que le scénario en lui-même soit moins séduisant.

De fait, si Disney réinvente des classiques avec brio, la renommée de Pixar s’est davantage faite sur sa capacité à proposer des histoires originales, repoussant les frontières de l’imaginaire pour proposer des films qui, comme Toy Story, Monstres et cie, Wall-E ou encore Vice-Versa, ne ressemblent à aucun autre. Mais dès les bandes-annonces, le long métrage réalisé de Dan Scanlon souffre d’un air de déjà-vu décevant : l’histoire du voyage initiatique de deux frères (La Reine des Neiges), dans un monde fantaisiste un brin parodique (Shrek), cherchant à retrouver un parent absent (disparu ou ensorcelé) (Coco, Le Monde de Nemo/Dory, Rebelle etc.). Ajouter à cela un style graphique qui, bien que superbement exécuté, ne propose rien de vraiment nouveau, et la hype habituelle accompagnant la sortie d’un Pixar devient une vague curiosité tiédasse.

Dommage car En avant est un bon film ! Et s’il ne s’érige effectivement pas au niveau créatif de certains de ses illustres ainés, il n’en conserve pas moins de beaux arguments.
Ainsi, malgré une construction de scénario on ne peut plus classique, son exécution fourmille d’idées ingénieuses, souvent désopilantes quand il ne touche pas au génie par certaines fulgurances, la plupart concernant la présence et l’animation du « père ». Un élément vital à l’intrigue qui n’a pas été dévoilé dans la promotion et qui pourtant se révèle l’atout majeur du film, tant par sa capacité à créer des enjeux que par son concept complètement barge.

Du reste, En avant remplit plutôt bien le cahier des charges Pixar : quelques moments d’émotion, une bonne d’ose d’humour (#Guenièvre), de très bons personnages secondaires et surtout une excellente caractérisation des deux principaux. Les frères Ian et Barley sont en cela une vraie réussite qu’ils sont touchants de réalisme, aussi justes dans leur dynamique fraternelle que leurs individualités et bien plus complexe, par exemple, que les frangines Anna et Elsa qui recyclent des personnalités made in Disney bien éculées. Une fois n’est pas coutume quand elle s’agit d’animation, je conseillerais même de voir le long métrage en version originale car la création de personnages à partir des voix de Tom Holland et Chris Pratt est stupéfiante, comme si les réalisateurs avaient su retranscrire l’essence et les personnalités des acteurs.

Malheureusement, le film se plante dans sa gestion du rythme, notamment avec un début un laborieux et une conclusion expéditive, et se révèle maladroit avec dans ses niveaux de lecture, le message sur la famille sentant le réchauffé et celui sur la paresse induite par la technologie, le déjà-vu.
En avant ne se s’affranchit ainsi jamais vraiment de la comparaison avec les autres Pixar alors que par certains aspects il ressemblerait plus à un Disney classique, plus proche du sympathique Les Mondes de Ralph, que du bouleversant Là-haut !. Cela étant dit, il s’inscrit dans une moyenne tout ce qu’il y a d’honorable et mérite le déplacement en salle, on attendre simplement la sortie de Soul en novembre prochain pour voir si Pixar sait encore toucher au sublime.


Réalisé par Dan Scanlon
VO : Tom Holland, Chris Pratt, Julia Louis-Dreyfus, Octavia Spencer…
VF : Thomas Solivérès, Pio Marmaï, Juliette Degenne, Maïk Darah…

USA – Animation
Sortie en salle : 4 mars 2020
Durée : 1h 42min

La Reine des neiges II

Some things never change…

Kezako ?

Pourquoi Elsa est-elle née avec des pouvoirs magiques ? La jeune fille rêve de l’apprendre, mais la réponse met son royaume en danger. Avec l’aide d’Anna, Kristoff, Olaf et Sven, Elsa entreprend un voyage aussi périlleux qu’extraordinaire. 

La critique d’Eugénie – 7/10

Dans le monde des euphémismes, on aurait pu dire que la suite du carton planétaire La Reine des Neiges était simplement attendue…
Évidemment, le succès du nouveau poulain de l’écurie de Mickey ne fait aucun doute, tout comme celui des psychologues qui voient leurs agendas se remplirent de parents au bord de la dépression à l’idée de revivre le même cauchemar musical qu’en 2013. Spoiler alert, si aucune chanson n’a le potentiel (prise de tête) de « Libérée, Délivrée », ne vous faites pas d’illusion : vous allez quand même en bouffer, des vocalises !

Mais qu’attendre de l’histoire ? Historiquement, les suites des classiques d’animation Disney n’ont jamais atteint la cheville de leurs modèles, reléguées au direct to DVD (ou VHS pour les plus anciens) un peu foireux qu’on préférait parfois carrément oublier. Si la firme s’est récemment confrontée à l’exercice avec Les Mondes de Ralph 2.0, seuls Pixar, et Dreamworks chez la concurrence, ont jamais réussi à fournir des suites de qualité égale, voire parfois même supérieure à celle de l’oeuvre originale (Toy Story 3, Shrek 2 etc.).
N’ayant jamais caché mon désamour pour le premier volet, je partais avec l’avantage de ne rien attendre de ce deuxième opus.
Il faut reconnaitre que le coup de génie de Frozen 2 est (marketing) d’avoir joué la carte du mystère sur son intrigue, portée notamment par un incroyable trailer d’Elsa bravant les vagues. Seul bémol de cette communication, les extraits ont dévoilé d’emblée la piètre traduction des dialogues, qui ont adapté « permafrost » – pour expliquer la nouvelle condition du bonhomme de neige Olaf (exit le nuage) – en « nappe givrée » ! Faut croire que le public français est trop con ignare pour certains termes… 

Malheureusement, l’effet de surprise s’efface assez vite à mesure que l’on entre dans une valse répétition. Les scènes musicales notamment, s’enchainent avec un franc air de déjà-vu, tant du côté des mélodies que sur les thématiques et les fonctions : la chanson d’introduction sur fond d’ellipse temporelle, celle de l’état des lieux physique et émotionnel des personnages, le thème rigolo d’Olaf, le chant de la « Libération » etc.
Cela dit, l’ensemble est plutôt plus harmonieux que pour le premier Reine des Neiges, (même si une fois encore complètement calibré pour une adaptation live à Broadway), avec quelques pépites qui mériteraient d’être davantage mise en avant, notamment « Show Yourself » et la très belle berceuse d’ouverture.

S’il est dommage qu’à peine dévoilée, l’intrigue en devienne si évidement prévisible, le voyage reste sympathique, notamment grâce au bonhomme de neige Olaf, bien plus drôle et moins énervant que dans le dernier film.
On déplore cependant un traitement assez inégal des personnages, dont une flopée de petits nouveaux complément dispensables (sauf la salamandre) mais également Kristoff qui disparaît un bon moment et souffre d’une blague trop longue avec une chanson parodique qui, même si elle fait sourire les adultes quelques secondes, nous sort un peu du film.
En parlant de rupture, certaines transitions un brin bâclées participent à donner au long métrage un air d’inachevé, en dépit de sa très haute qualité esthétique : les décors sont splendides et la scène en Mer du Nord juste dingue (joli clin d’oeil à Superman et à la forteresse de solitude au passage) ! Malheureusement pour moi, la virtuosité des animateurs n’arrive pas à me faire oublier la direction artistique des personnages qui me posait déjà un gros problème il y a six ans… Elsa et Anna, en dépit de leur maturité nouvelle, ont toujours un look de poupée Bratz limite vulgaire, contrastant avec la subtilité de leurs expressions ! D’ailleurs, il semblerait qu’à l’instar d’un téléfilm Barbie, Elsa gagne désormais une nouvelle robe magique en récompense pour chaque niveau passé… Cet esthétisme très exagéré contraste d’autant plus avec le réalisme apporté aux autres personnages, notamment masculins, auprès desquels les deux soeurs et leurs yeux surdimensionnés prennent un aspect grossier, presque caricatural.

Divertissant, le film aurait cependant eu plus sa place sur la plateforme Disney + car pour un classique de l’animation, il est à l’instar de Ralph 2.0 assez pauvre sur le plan de « l’iconique ». Disney joue et rejoue la carte du déja-vu sans n’avoir rien proposé d’original depuis Vaina et cela commence à être lassant… C’est beau de chanter que « some things never change », mais là, il nous faut du changement !


Réalisé par Jennifer Lee, Chris Buck
VO : Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff, Josh Gad…
VF : Emmylou Homs, Charlotte Hervieux, Donald Reignoux, Dany Boon…
USA – Animation
Sortie en salle : 20 novembre 2019
Durée : 1h 44min

Toy Story 4

Once more with (less) feeling

Kezako ?

Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. 

La critique d’Eugénie   –   7/10

Si Disney a écrit l’histoire de l’animation, Toy Story en occupe plusieurs chapitres. En 1995, le premier volet inaugurait une nouvelle ère pour la 3D tout en fixant la recette magique de Pixar et se concluait magnifiquement en 2010 avec un troisième volet qui reste le meilleur de la franchise. L’annonce d’un quatrième épisode s’est donc faite dans la suspicion générale face à ce que beaucoup voyaient comme « celui de trop ». Bien qu’optimiste face aux talents des animateurs, j’ai découvert ce Toy Story 4 avec une certaine appréhension qui, malgré les applaudissements fournis pendant le générique, s’est confirmé.

Comme toujours chez Pixar, le film est beau, magnifiquement beau, tellement qu’on ne fait presque plus attention au niveau de détails. Mais si le long métrage gagne en esthétisme, il s’égare dans l’écriture. À l’aune de sa saga et de sa mythologie, cette suite demeure superflue malgré ses bonnes intentions.
L
es films Pixar ont tous (à différents niveaux) présenté les émotions, dont l’amour, comme une source d’énergie. Celle-là même qui donne vie aux jouets. L’idée donc que n’importe quel objet puisse devenir « vivant » pour peu qu’il reçoive l’amour d’un enfant offrait une infinité de possibilités créatives, doublé d’un discours sur le « home-made/recyclé » très actuel. Pourtant, le message se fond vite dans une trame des plus prévisibles sans en explorer la mythologie. Au contraire, le propos devient plus autocentré, attaché à l’éveil de la conscience individuelle – qui n’est pas sans rappeler Westworld – mais trop nébuleux pour être compris d’un jeune public (voire des adultes) d’autant plus quand la conclusion brouille le message.

Une confusion qui transparaît aussi dans la gestion des personnages. Les jouets sont trop nombreux et éparpillés, laissant peu de place aux développement émotionnels des relations et affaiblissant l’impact du final. Le récit s’articule presque exclusivement autour de Woody et de la Bergère (Bo-Peep), reléguant nombre de protagonistes au second plan, dont Buzz lui-même. Quant aux éternels seconds rôles (Jessie, Zig-Zag, Bayonne, Rex et Monsieur Patate), eux aussi sont remplacés par des nouveaux venus : le duo Lapin et Poussin, hilarant et délirant, mais manquant de caractérisation et d’influence sur l’histoire sorti de leur fonction de comic relief. Cependant, certains personnages réussissent à créer la surprise, notamment Fourchette (Forky en VO) qui aurait mérité plus de temps d’écran, et le superbe, le magnifique, le déjà culte Duke Caboom !
La poupée Gabby Gabby et sa bande de pantin tout droit sortis d’un roman de Stephen King font aussi partie des points forts du film. On regrette seulement un star talent un peu en dessous des autres, car si la voix d’Angèle s’adapte à merveille à la poupée, le jeu de la chanteuse reste lui trop monocorde pour interpréter toutes les subtilités d’un personnage aussi complexe que beau.

Malgré ses nombreuses et indéniables qualités (c’est beau, drôle, touchant et inventif), Toy Story 4 n’égale jamais le précédent opus et peine à se réinventer. La conclusion de 2010 dressait en filigrane un parallèle sublime, celle qu’à l’instar des jouets et d’Andy, la saga avait aidé toute une génération à grandir et qu’il était temps de passer le flambeau, non sans émotion et nostalgie mais avec surtout un souffle d’espoir et de poésie qui en avait laissé plus d’un en larmes. Les thèmes de la transmission, de la mémoire et du passage à l’âge adulte ont toujours fait partie de l’ADN des Pixar, encore mis à l’honneur dans les films Coco ou Vice-Versa (avec le très beau personnage de Big Bong). Mais hormis deux scènes, dont celle de la première journée d’école de la petite (et adorable) Bonnie où la fonction « d’ange gardien » des jouets est explorée, cette suite apparaît presque plus égoïste et donc moins universelle.

Toy Story 4 reste un excellent moment à passer mais pour un Pixar, j’attends plus qu’une belle exécution. Car si les Classiques d’Animation de Disney sont par essence la nourriture du rêve et du merveilleux, les Pixar sont ceux de l’âme… et Toy Story 4 m’a laissé sur ma faim.

La critique de Marcellin – 7/10

Eugénie et moi-même accordons nos violons pour délivrer à ce dernier rassemblement de jouets la même note.

Qui n’a jamais rêvé enfant, de voir ses compagnons de jeux prendre vie ?
Toy Story offrait dès son premier opus un imaginaire drôle et vivifiant dans lequel se réfugier, séduisant les petits comme les plus grands. Chaque retrouvaille avec Buzz, Woody et leurs amis étaient un véritable plaisir, nous embarquant dans leurs aventures farfelues. Le troisième opus était un vrai régal, la joyeuse bande faisant ainsi face à une rude compétition avec les jouets du monde extérieur.
Toy Story 4 sonne cette fois ci comme un voyage initiatique, celui de la quête de sens. Andy a grandi, ses jouets doivent désormais se faire une place au creux des bras de Bonnie, sa légataire. Petit chouchou habitué à être le centre d’intérêt, Woody se retrouve ici relégué au second plan au profit d’autres jouets, et de jouets créés de toute pièce ! Il conserve tout de même son rôle essentiel d’ange gardien, autant auprès de Bonnie que de ses comparses. Au contact de Forky, adorable personnage qui rassure la soucieuse petite fille, il fera face à une certaine mélancolie, qui lui ouvrira les portes d’un univers qui lui était étranger : sa propre existence en tant qu’individu. L’évolution de son personnage tout au long de cette aventure est la véritable force du film. Tout comme avec son ami Buzz dans ses premiers instants, Woody doit faire face à une réalité : celle où il n’est plus le préféré et se doit de trouver un nouveau sens à sa vie. Tout en aidant Forky a s’assumer en tant que jouet, le cowboy déprime, est pris d’un élan de nostalgie, et oscille entre action et réflexion. Ce sont ses retrouvailles avec Bo, l’intrépide bergère qui a rejoint le clan des jouets perdus qui l’aideront à trouver un chemin à emprunter.
La dimension psychologique ici bien développée se perd dans un enchaînement d’aventures, et peine à trouver une place affirmée. A tel point que le film se confond vers la fin dans des actions dénuées de sens et visant seulement à créer un bon divertissement.
C’est bien dommage, car le film était une vraie promesse de renouveau, pour finalement clore un nouveau chapitre de ces intrépides et fantasques jouets que nous avons fini par adorer.


Réalisé par Josh Cooley
VO : Tom Hanks, Tim Allen, Tony Hale, Annie Potts, Christina Hendricks…
VF : Jean-Philippe Puymartin, Richard Darbois, Pierre Niney, Audrey Fleurot, Angèle…
USA – Animation
Sortie en salle : 26 Juin 2019
Durée : 1h 40min

Ralph 2.0

Ready Player One

Kezaco ?

Ralph et son amie Vanellope von Schweetz vont prendre tous les risques en s’aventurant dans l’étrange univers d’Internet à la recherche d’une pièce de rechange pour réparer la borne de Sugar Rush, le jeu vidéo dans lequel vit Vanellope. Rapidement dépassés par le monde qui les entoure, ils vont devoir demander de l’aide afin de trouver leur chemin, et notamment à Yesss, l’algorithme principal, le cœur et l’âme du site créateur de tendances BuzzzTube…

La critique d’Eugénie – 5/10

Les Mondes de Ralph premier du nom s’était révélé une bonne surprise sur le tard. Équilibre savant de références culturelles, de différents niveaux de lecture et de messages universels, le film venait confirmer, après Raiponce, le renouveau des studios Disney. Mais après une presque une décennie de succès, Mickey a décidé de reléguer les projets originaux au placard au profit du développement de ses franchises… Le géant de l’arcade est le premier à tenter l’expérience, comme crash-test inavoué avant la sortie de la très attendue suite de la Reine des Neiges.

Le film s’inscrit d’emblée dans la continuité pour remplacer immédiatement tous les personnages dans l’esprit du spectateur. Avec une introduction rapide et efficace, Ralph 2.0 ne lambine pas et nous plonge rapidement au coeur de son nouveau terrain de jeu : internet. Bienvenue dans la mégalopole du virtuel, de ses buildings flamboyants portant les noms des GAFA – et autres big boss bling-bling du buzz – aux sombres quartiers du « dark net ». Mais passé l’émerveillement et les trouvailles visuelles allégoriques, le manque de propos de fond se fait vite sentir. Le film défile tandis qu’une histoire très linéaire se délie. Ralph second du nom tombe malheureusement dans tous les travers que l’on pouvait craindre, accumulant les blagues méta superficielles au détriment d’un point de vue à différents niveaux de lecture. Sans profondeur ni sens, l’aventure se révèle également pauvre en substance émotionnelle, réussissant presque à rendre ses personnages antipathiques.

Pire encore, la meilleure scène du film a été spoilé à 90% par les bandes-annonces, nous privant par là même de ce qui aurait dû être une belle surprise. La scène reste assez jouissive dans son discours (d’ailleurs on l’attend avec impatience) même si l’esthétisme des princesses « classiques » de la 2D agresse carrément la rétine. Ah moins qu’il ne s’agisse d’un message de sensibilisation contre les excès de la chirurgie esthétique, mais c’est peu probable…

Peut-être mes attentes sont-elles plus importantes quand il s’agit de Disney… La firme aux grandes oreilles a su marquer l’imaginaire collectif à travers de nombreuses productions désormais cultes, même avec ses plus récents essais (Vaiana). Plus qu’un bon film, le public attend une histoire qui le transcende par le rêve et l’émotion… Pourtant, Ralph 2.0 me fait plus l’effet d’un bon direct to DVD que d’un « classique de l’animation », hormis peut-être dans son envergure esthétique. Mais bon, les catalogues IKEA sont beaux eux aussi, ça ne suffit pas à me donner envie de les relire…


Réalisé par Rich Moore, Phil Johnston
Avec (VF) François-Xaxier Demaison,  Dorothée Pousséo, Jonathan Cohen…
USA – Animation
Sortie en salle : 13 février 2019
Durée : 1h 53 min 

Dragons 3 : le Monde caché

Dernière envolée

Kezako ?

Harold est maintenant le chef de Berk au côté d’Astrid et Krokmou, en tant que dragon, est devenu le leader de son espèce. Ils réalisent enfin leurs rêves de vivre en paix entre vikings et dragons. Mais lorsque l’apparition soudaine d’une Furie Eclair coïncide avec la plus grande menace que le village n’ait jamais connue, Harold et Krokmou sont forcés de quitter leur village pour un voyage dans un monde caché dont ils n’auraient jamais soupçonnés l’existence.

La critique d’Eugénie – 3,5/5

Les studios Dreamworks ont su, en seulement 20 ans, non seulement imposer leur style mais redéfinir par là même les limites de l’animation. Pas de contes de fées classiques chez l’homme de la lune, il leur préfère des histoires plus profondes, juste équilibre d’humour, d’aventure et d’émotion, servies par des personnages hauts en couleur, des outsiders, des héros imparfaits et pour certains, déjà cultes. Avec un Shrek aujourd’hui aussi célèbre que Blanche-Neige, les Croods, les Cinq Légendes, le mésestimé Sinbad et le puissant Prince d’Égypte, les studios n’ont pas à rougir de leur écurie. Pourtant il est une force, apanage de Disney (et de certains Miyazaki), qu’ils n’ont jamais totalement maîtrisé : ce sens du merveilleux à l’épreuve du temps, de l’onirisme qui transcende l’image pour aller chercher l’enfant en chaque spectateur. C’était sans compter sur l’improbable duo qui a pris son envol en 2010…
Et dire qu’à l’époque je m’y étais rendue sans grand enthousiasme, peu inspirée par le design « grotesque » des dragons sur les bandes annonces … Quelle idiote ! En une heure et demi, « Dragons » était devenu (avec le Prince d’Egypte) mon Dreamworks préféré !

Huit ans plus tard, il est temps de clôturer cette belle épopée avec un troisième volet qui livre à la fois son meilleur et son plus attendu.
Adapté d’une saga littéraire, peut-être le film ne pouvait-il pas s’autoriser plus de liberté dans son scénario qui apparaît vite comme assez prévisible. Et si le gros travail de miroir avec le premier opus est très appréciable, rejouant même certaines de ses scènes les plus cultes, tant pour jouer avec les sentiments du public que pour mettre en valeur l’évolution symbiotique d’Harold et Krokmou, on regrette le manque originalité et d’audace dans la trame principale.
Un sentiment illustré par le nouvel antagoniste du film, certes bien plus intéressant que le Drago Poinsanklant du précédant film, mais qui manque encore de place et de relief pour exister. Et de fait, le film s’attache surtout à nous présenter l’évolution des personnages et de leurs relations, mais certains axes auraient pu être totalement amputés pour laisser plus d’espace à l’intrigue.

« Dragon 3  » joue avec nos attentes pendant une première moitié un brin poussive et terriblement frustrante. Il faut attendre les 45 dernières minutes pour qu’enfin toute réserve s’envole en un feu grandiose et émouvant. Misant tout sur le capital sympathie de ses héros (voir le fan service), le long métrage achève son périple initiatique en une belle apothéose émotionnelle (tout en se fendant d’un clin d’œil écologique) pour le public qui a grandi en même temps que les personnages.

La technique elle aussi a évolué. C’est désormais un prérequis à chaque nouveau dessin animé d’en prendre plein la vue et « Dragons » n’échappe pas à la règle ! L’image nous scotche la rétine dès les premières minutes et embrasse le sublime par instants, d’un fabuleux rendez-vous dans un orage à la découverte du monde caché (frangine du Pandora d’Avatar) en passant par le catalogue d’expression des dragons (et surtout de Krokmou) pour des séquences humoristiques toujours aussi délicieuses.
La virtuosité de l’animation n’a d’égale que celle de John Powell à la composition, signant à nouveau une superbe partition, et le talent du casting français au doublage !

« Dragons 3 : le Monde caché » est un épilogue honorable et stratégiquement très adroit dans son approche du spectateur, mais à qui il manque la fougue et l’audace du film qui n’a rien à perdre (et tout à prouver) pour atteindre son zénith artistique.


Réalisé par Dean DeBlois
Avec Donald Reignoux, Florine Orphelin, Féodor Atkine
USA – Animation, Aventure
Sortie en salle : 5 décembre 2018
Durée : 1h 44 min 

 

Astérix et le Secret de la potion magique

Drolatix

Kezako ?

À la suite d’une chute lors de la cueillette du gui, le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion Magique…

La critique d’Eugénie – 3,5/5

Alexandre Astier signe son second (et dernier) Astérix, avec en prime une histoire originale de son cru.
Après un « Domaine des Dieux » assez jubilatoire, « le Secret de la potion magique » se fait un poil plus timide. Même s’il reste de bonne qualité, le scénario est moins prenant, s’éparpillant sans réussir à nous transmettre son sentiment d’urgence.

Pourtant, il est une chose qu’Astier parvient à nous communiquer, c’est son amour pour les personnages de Goscinny. Tous les personnages, même les plus petits rôles secondaires. Ce sont d’ailleurs ses seconds couteaux qui se payent ici la part belle du sanglier. Astérix et Obélix s’effacent pour laisser la scène à l’indispensable compagnon de toujours, Panoramix. Le druide ne se contente plus de rester en arrière, il est l’élément principal autour duquel toute l’intrigue se construit jusque dans sa résolution finale. Et si l’idée de mettre l’ancêtre au centre du récit est excellente, il est dommage qu’elle rende quasiment inutile la présence de nos deux Gaulois préférés, qui n’ont au final plus aucun rôle à jouer dans leur propre film.

À se demander si ce n’est pas un peu fait exprès…
« Le Secret de la potion magique » est en effet le tout premier Astérix en animation où le guerrier n’est plus doublé par le grand Roger Carel ! Et on ne va pas se mentir… c’est bizarre ! Genre vraiment bizarre ! Pour le remplacer, l’équipe est allée chercher un autre interprète du gaulois mais en chair et en os, Christian Clavier. Si l’acteur a su livrer une version live du héros franchouillard et sympathique (VS un Clovis Cornillac casse-pied et un Édouard Baer trop snob), difficile de s’habituer à sa voix sur le personnage en 3D. Ça ne colle tout simplement pas ! Dommage quand on sait à quel point le film se veut travaillé de ce côté là.

Le fait est, les Astérix d’Astier ne suivent pas les traditionnelles (en France) étapes du dessin puis du doublage, mais la méthode plus américaine de « création de personnages ». Le casting est pensé en amont et enregistre son texte avant la phase d’animation, ce qui donne lieu à des bijoux de cohérence notamment dans les seconds rôles !
Le problème, c’est que cette élégante composition n’est utilisée que pour la blague… Quand on a une Bonnemine calquée sur le parler de Florence Foresti, c’est presque criminel de ne pas s’en servir autrement.
C’est en somme ce que je reproche au film, un certain manque de substance, peu commun dans l’écriture d’Alexandre Astier…

Mais ces défauts se compensent largement ! Déjà par la qualité visuelle du long métrage, dont sa très belle utilisation de la lumière, et son humour kaamelottesque disséminé au détour de chaque réplique et bourré de référence. Du reste, l’intrigue est bien rythmée (même si prévisible), soutenue jusqu’à un final assez grandiose, à mi-chemin entre les films Marvel et la pop japonaise (#Bioman !).
Un dessin animé drôle qui n’en oublie pas d’être intelligent via des messages plus ou moins évidents même s’ils se font assez discrets pour ne pas empiéter sur l’intrigue principale. On aurait pourtant aimé qu’un thème en particulier soit un peu plus mis en avant, avec tout l’absurde dont Alexandre Astier est capable (#féminisme).

Pas vraiment de secret pour cette potion-ci mais plutôt une recette équilibrée entre humour et action, beauté et intelligence… peut-être bien le film idoine pour cette fin d’année. Ouais, c’est pas faux !


Réalisé par Louis Clichy, Alexandre Astier
Avec Bernard Alane, Christian Clavier, Guillaume Briat, Daniel Mesguich, Lévanah Solomon…
France – Animation
Sortie en salle : 5 décembre 2018
Durée : 1h 25 min