Les Filles du Docteur March

Une pour toutes…

Kezako ?

Dans la Nouvelle-Angleterre des années 1860, un père part comme aumônier pour la Guerre de Sécession, laissant ses quatre filles et sa femme derrière lui. Elles vont faire la connaissance du jeune Laurie.

La critique d’Eugénie – 4,4/10

Le roman culte de Louisa May Alcott, maintes fois transposé sur le grand et le petit écran, s’offre un lifting que d’aucuns pourraient trouver un brin opportuniste compte tenu de la mouvance féministe, ou au contraire, tout à fait à propos. Du point de vue de l’adaptation, il n’y a de fait pas grand-chose à redire, les ajouts pour moderniser le discours restant suffisamment juste et respectueux de l’oeuvre originale (bien qu’anachronique) pour ne pas la trahir. Malheureusement, si le long métrage est une bonne « adaptation », cela ne suffit pas à en faire un bon « film »… Il est au mieux tristement passable. Une opinion toutefois très contestée et contestable en fonction de l’historique de chacun.

Ayant été profondément marquée par l’adaptation de 1994 au casting monstre (avec entre autres Winona Ryder, Susan Sarandon, Claire Danes, Gabriel Byrne, Christian Bale et une toute jeune Kirsten Dunst), je n’ai pas su m’en détacher, malgré ma bonne volonté, et me suis retrouvée condamnée à comparer les deux versions tout le long de la séance. Pour une histoire dont l’atout majeur est la puissance émotionnelle, Les Filles du Docteur March (2020) n’atteignent pas le dixième de celle des Quatre Filles du docteur March (1994), souffrant entre autres, d’une structure narrative compliquée. La réalisatrice Greta Gerwig a fait le choix d’une chronologie non linéaire mais son exécution terriblement maladroite vient nuire à la lecture de l’histoire, évoquant davantage un effet volontaire un brin prétentieux qu’une véritable démarche artistique logique. Le film se dote cependant d’une assez belle photographie malgré un travail de la lumière peut-être un peu trop moderne pour retranscrire l’ambiance de l’époque (guerre de Sécession) et d’une bande originale composée par Alexandre Desplat, surprenamment oubliable.

Dommage car il semble évident que Greta Gerwig a mis du coeur à son ouvrage, parfois perceptible dans certaines scènes aux échos hautement symboliques. Sans grande envergure du côté de la réalisation, l’intention reste néanmoins lipide quand il s’agit de rendre vivante, au sens premier du terme, la dynamique entre les soeurs, tout en respectant leurs individualités. En résulte parfois des échanges cacophoniques presque pénibles, mais criants de cette volonté de montrer la vie, l’énergie, la personnalité qui bouillonnent et s’échappent sans retenue (ou si peu) de ces quatre filles. En résulte malheureusement une forme de frénésie fatigante, qui vient desservir certains personnages par manque de souffle, un comble quand à mi-parcours Les Filles du Docteur March s’enlise dans une lenteur interminable.

Il est cependant certaines qualités indiscutables, à commencer par le jeu de Saoirse Ronan qui crève l’écran (à nouveau) dans le rôle de la fougueuse Jo, bénéficiant d’une (ré)écriture du personnage semblable à une déclaration d’amour. Elle est également fidèlement secondée par un très bon Timothée Chalamet et une Meryl Streep en Tante March plus drôle que jamais, avec un je-ne-sais-quoi de Lady Violet Crawley (Maggie Smith dans Downton Abbey). Malheureusement, certains protagonistes peinent à trouver leur place, le plus gros point noir étant le jeu de Florence Pugh, très juste quand elle incarne une Amy adulte mais catastrophique dans sa version plus jeune. Les caprices de la benjamine des March s’expliquent notamment par son âge, ce qui participe à la rendre attachante et excusable car son évolution est bien plus visible que chez ses ainées. Mais toutes les tresses du monde ne suffiront pas à faire passer une actrice de 23 ans pour une enfant de 12 ans et celle-ci est tout simplement insupportable en caricature de préadolescente !

Les Filles du Docteur March n’en reste pas moins une jolie fable mais ne marquera pas le cinéma de son empreinte, son affiche accrocheuse ne suffisant pas à lui donner l’essentiel du roman : une âme.


Réalisé par Greta Gerwig
Avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Laura Dern, Timothée Chalamet, Meryl Streep etc.
USA – Drame
Sortie en salle : 1 janvier 2020
Durée : 2h 14 min 

Mrs. Maisel, toujours fabuleuse dans sa saison 3

Maiselicious !

Kezako ?

Midge et Susie découvrent les réalités de la vie en tournée avec Shy. Cette vie de stars est aussi glamour que pleine de désillusions et elles vont en apprendre beaucoup sur le monde du show-business lors de cette aventure. Joël lutte pour soutenir Midge tout en poursuivant ses propres rêves. Abe se lance dans une nouvelle mission et Rose se découvre de nouveaux talents.

La critique d’Eugénie – 8/10

Midge Maisel, la plus dégantée des housewives made in fifties, est de retour pour une saison 3 un brin plus artificielle que les précédentes, mais toujours aussi délicieusement rafraîchissante.

Lentement mais surement, la jeune humoriste se fraye un chemin dans le milieu du stand-up. Fini les petits bars miteux du tout New-York, la voilà en tournée à travers les États-Unis pour se faire la main sur de nouveaux publics. Les séquences de Midge sur scène demeurent d’ailleurs les plus drôles de la série, avec une petite évolution notable dans l’humour : un peu moins ancré dans son époque et donc plus accessible.

Quant aux dialogues, point fort du show depuis ses débuts, ils se révèlent toujours aussi décalés et désopilants.
Petit bémol cependant sur le côté burlesque (voire frappadingue) des familles Weissman/Maisel, qui cette année ont placé le curseur de la farce un peu trop haut, perdant de fait en subtilité. Ce qui relevait de légers traits d’absurdité dans les premières saisons devient ici un véritable let motiv et perd de sa saveur à force de répétition, quand il ne frôle pas par instants l’excès caricatural.

Petits déséquilibres également dans les traitements des personnages secondaires. Les parents Abe et Rose se voient ainsi consacrer beaucoup de temps d’écran malgré leur quasi-absence d’intrigue (en dehors du ressort comique) quand d’autres protagonistes, comme le chanteur Shy Baldwin et son manager ou encore Lenny Bruce, en auraient mérité davantage.

Mrs. Maisel est une surprise sériephile que personne n’avait vu venir et qui a transformé l’essai avec succès en saison 2. Il semblerait cependant, à l’aune des derniers épisodes de la troisième, que la série commence à piétiner. Soyons claires, la formule du « un pas en avant pour deux en arrière » ne pourra pas durer éternellement, le show devra commencer à aller vraiment de l’avant s’il ne veut pas se perdre (et nous aussi).

Avec un casting toujours excellent et un univers délicieusement rétro, des costumes aux décors en passant par l’excellente bande originale, The Marvelous Mrs. Maisel est une série doudou qui  se savoure comme une friandise… mais gare à l’excès de sucre quand même !


Créé par Amy Sherman-Palladino
Avec Rachel Brosnahan, Alex Borstein, Michael Zegen, Marin Hinkle, Tony Shalhoub

USA – Comédie
Saison 3 (8 épisodes) diffusée depuis le 6 décembre 2019
Durée par épisode : 48–76 minutes

The Crown, une saison 3 en demie-teinte

« Qu’il est difficiiile d’être le Roi de la France » (ou la Reine d’Angleterre en l’occurrence)

Kezako ?

Grande-Bretagne, de 1964 à 1972. La Reine Elisabeyh II fait face à des événements majeurs de l’histoire britannique comme l’affaire de Princesse Margaret avec Roddy Llewellyn. Elle voit l’ascension politique de Margaret Thatcher et l’introduction de Camilla Parker Bowles dans la vie de son fils, Charles.

La critique d’Eugénie – 7/10

La sérié événement multi primée de Netflix revient pour une saison 3 avec de nouvelles têtes. Plutôt que de dépenser des millions en maquillage et CGI pour faire vieillir ses acteurs, Netflix a opté pour la refonte complète de son casting, ajoutant au passage quelques beaux noms à sa déjà prestigieuse liste. L’actrice oscarisée pour La Favorite, Olivia Colman, a ainsi rejoint l’équipe en reprenant le rôle d’Elizabeth II, précédemment tenu par Claire Foy. Le temps a bien sûr fait perdre sa « fraîcheur » au personnage, mais la direction d’acteur a également endurci le rôle, peut-être un peu trop car la froideur manifeste de la reine diminue grandement l’empathie que l’on ressentait pour elle. Étrangement, la fenêtre ouverte sur la vie de la famille royale d’Angleterre dans les deux premières saisons avait permis d’humaniser ceux que les Anglais appellent « The Firm ». Cette suite vient y ajouter des barreaux ! Elle enferme à nouveau les protagonistes dans une prison dorée, d’apparence et de faux-semblant, et réinstaure le sentiment de rigidité que le public connaissait déjà.

Cette nouvelle saison s’accompagne également d’une écriture plus déliée, et si les épisodes peuvent presque se consulter dans le désordre, il en résulte un manque de suspens sur le long terme (à l’échelle d’une série) qui peut impacter l’envie même de voir la suite.
Un problème également intrinsèque à chaque épisode, puisque tous ne présentent pas le même niveau d’intérêt, notamment le premier qui ne constitue pas une très bonne entrée en matière de par son rythme excessivement lent. Heureusement, quelques-uns se démarquent du lot, notamment ceux accès autour de la Princesse Margaret, incarnée ici par Helena Bonham Carter.

Bien que toujours hautement qualitative tant au niveau des décors et des costumes que du jeu des acteurs, cette saison 3 ne remplit pas toutes ses promesses et il faudra attendre la quatrième, et l’arrivée tant attendue de Diana, pour redonner un peu de peps et, disons-le, de drama à la série.


Créé par Peter Morgan
Avec Olivia Colman, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter, Jason Watkins, 

Erin Doherty, Josh O’Connor…
USA, UK – Drame, Biopic
Saison 3 (10 épisodes) diffusée depuis le 13 novembre 2019
Durée par épisode : 47–59 minutes

Les Misérables

« L’âme ne se rend pas au désespoir sans avoir épuisé toutes les illusions »

Kezako ?

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

La critique d’Eugénie – 9/10
♥ Coup de cœur

Pour beaucoup, la fiction est la voie du merveilleux. Une échappatoire du réel aussi miraculeusement superficiel que substantiellement vital à l’esprit, à sa construction, sa forme, sa santé, son évolution. Et parfois, une oeuvre de « fiction » va aller chercher le réalisme, sans concessions ni enrobage, non pas pour inspirer mais pour réveiller… quitte à être brutale. C’est ainsi que Ladj Ly délivre plus qu’un grand film, mais une véritable bombe dans le cinéma français ; personne ne s’y attendait et peu pourront l’éviter.

Les Misérables est par ailleurs un film tout ce qu’il y a de plus recherché dans ses références. Si Victor Hugo est tragiquement présent, car toujours d’actualité, à chaque plan – on y voit certes Gavroche mais tout autant la Cour des Miracles – le point de vue de Stéphane, policier de Cherbourg qui débarque stupéfiait dans le quotidien de la BAC à Montfermeil, fait appel lui autant à Candide qu’à l’Ingénu. Et pourtant, le film de Ladj Ly n’a en un sens rien de « fictionnel », car même s’il prend la structure d’un récit, il est dépourvu de certains des éléments de lecture classique. À commencer par une forme de manichéisme primaire, pas nécessairement néfaste, mais qui permet souvent de donner une direction à l’histoire, soit pour en orienter la « morale », soit par simple empathie avec les personnages mais qui nous incite presque toujours à choisir un « camp ». Le réalisateur fait le choix conscient de se départir de toute binarité et le résultat n’en est que plus terrifiant. Car sans notion, même minime, du bien et du mal, quand tous les points de vues sont compréhensibles sans forcément être légitimes et que ni la loi ni la justice ne font plus sens, il n’y a simplement pas d’issu. Ces personnages tous imparfaits, tous isolés, tous insatisfaits sont dans l’impasse, et face au mur l’espoir meurt, ne survit que la rage… et le désespoir !
Peut être est-ce là que réside le thème du long métrage… Plus que des « Misérables », le film parle davantage des « Désespérés » et désespère par la réalité qu’il présente, d’autant plus qu’il ne juge pas, il ne fait que constater.

Ladj Ly signe une oeuvre qui soigne autant la forme que le fond. Suffisamment subtile pour induire le propos sans pédagogie obséquieuse et abêtissante, il accorde du temps à ses personnages pour en dresser un portrait complet, traduisant son attachement au sujet. Le dernier tiers s’emballe crescendo dans un déferlement de violence qui laisse le spectateur épuisé, autant physiquement qu’émotionnellement et qui offre un contrepoint dramatique à sa scène d’ouverture. Plus qu’un film puissant, un film important !


Réalisé par Ladj Ly
Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga etc.
France – Policier, Drame
Sortie en salle : 20 novembre 2019
Durée : 1h 42 min 

Le Roi Lion

It’s the circle of cash

Kezako ?

Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l’ancien héritier du trône, a ses propres plans. 

La critique d’Eugénie   –   5/10

Le Disney phare des années 90 fait son retour sur grand écran avec un lifting numérique qui ne convainc pas tout le monde.

Si la première partie donne dans le mimétisme pour mieux valoriser la prouesse technologique, elle relève aussi d’un fan service complètement assumé et ne s’affranchit donc jamais de la comparaison avec l’original.
Cela dit, force est de constater que l’image est impressionnante, davantage par dextérité technique que par parti pris artistique mais tout de même, vraiment impressionnante ! Cependant, le photoréalisme montre lui aussi ses limites dans la transcription des émotions, les adorables bouilles des lionceaux ayant bien du mal à illustrer la peur et la tristesse. Une limite qui se ressent d’autant plus dans la célèbre scène de la mort de Mufasa, traumatique pour toute une génération, qui ici ne reste que vaguement émouvante grâce à la musique d’Hans Zimmer et à l’écho du dessin animé.

Le live action essaye de compenser ce manque de nuance en prenant plus de temps sur les transitions (parfois trop) et les dialogues ; une démarche qui, sans recréer la poésie de l’animation, s’articule autour d’une respiration profonde, presque contemplative ce qui sied plutôt bien à l’ambition technique du film. Réalisme oblige, les éclipses narratives sont plus difficiles à avaler que dans un dessin animé et c’est par ce rythme plus lent que Le Roi Lion évite élégamment les incohérences et maintient l’illusion de « crédibilité »… pour un temps seulement !
Les retrouvailles entre Simba et Nala adultes sont ainsi complètement télescopées et enchaînent sur une séquence romantique dénuée de toute subtilité qui devient presque parodique. Un problème accentué par le doublage de Beyoncé dont la voix sonne trop mûre et sûre d’elle pour la jeune Nala.
La célèbre chanteuse est cependant le seul bémol d’un casting anglophone prestigieux et excellent. Pour ce qui est de la déclinaison française, on ne peut que déplorer un star talent disons douteux : d’un côté Donald Glover, Queen B et Seth Rogen et du notre Rayane Bensetti et Jamel Debbouze (on a les idoles qu’on mérite)… Au moins Jean Reno rempile dans le rôle de Musfasa là où le regretté Jean Piat ne pourra pas re-prêter sa voix au personnage de Scar (RIP Jeannot, tu nous manques).

En parlant du lion, l’oncle maléfique de Simba fait parti des personnages profitant – ou souffrant, là c’est purement subjectif – d’une légère réadaptation, moins sournois que dans le film de 1994 et plus ouvertement malveillant, dégageant la même agressivité sourde que le Shere Khan du Livre de la jungle de 2016, lui aussi réalisé par Jon Favreau (et l’un des bons reboots de Disney).
D’autres personnages bénéficient également d’un coup de fouet moderne, comme Zazou, doublé par l’excellent John Oliver, et le duo Timon et Pumba, encore plus hilarant que dans le dessin animé. À contrario, le singe Rafiki perd tout intérêt et les quelques rajouts visant à donner de la profondeur à Nala et Sarabi sont bien minces. Le réalisateur loupe dès lors la chance de réinventer son propos et de donner une valeur ajoutée scénaristique à cette version en modernisant ses thématiques et analogies politiques qui faisaient déjà débat à la sortie du film en 1994.

Bilan mitigé pour un énième reboot qui peine à justifier son existence autrement que par l’appât du gain. Si le but était une démonstration technologique capitalisant sur l’affect du public pour l’Histoire de la Vie, on aurait très bien pu se contenter de quelques scènes cultes retournées pour l’anniversaire du film.


Réalisé par Jon Favreau
VO : Donald Glover, Beyoncé, James Earl Jones, Billy Eichner, Seth Rogen…
VF : Rayane Bensetti, Anne Sila, Jean Reno, Jamel Debbouze, Alban Ivanov…
USA – Famille, Aventure
Sortie en salle : 17 juillet 2019
Durée : 1h 58min 

Black « Breached » Mirror, la saison 5 déçoit

Subversif submersible

Kezako ?

Chaque épisode de cette anthologie montre la dépendance des hommes vis-à-vis de tout ce qui a un écran. Tous ont un casting, un décor et une réalité différente, mais ils abordent la façon dont nous vivons maintenant et de la façon dont nous pourrions vivre dans dix minutes si nous commettions une erreur. 

La critique d’Eugénie – 6/10

Après une saison 4 qui n’avait pas fait l’unanimité, la cinquième semble confirmer le déclin de la célèbre série dystopique.
Créée par Charlie Brooker en 2011, Black Mirror a marqué une décennie télévisuelle en s’attaquant à toutes les déviances possibles – et même parfois actuelles – induites par la technologie. Une thématique classique de la SF qui a su trouver un nouveau souffle en plaçant le curseur non pas sur l’opposition entre l’homme et la machine, mais entre l’homme et sa moralité, car dans les mondes de Black Mirror, ce n’est pas la technologie qui est « mauvaise », seulement nos usages. Profondément incisifs, certains épisodes ont eu, de par une réalisation et un scénario brillant, le don de donner le vertige (voir la nausée) à bon nombre de spectateurs, comme 15 Million Merits (saison 2, épisode 2), la Chasse (2×03), l’incroyable White Christmas (2×04), ou encore Chute libre (3×01), pour ne citer que les meilleurs. 

Composée de trois épisodes à l’instar de la première, la saison 5 est pourtant très loin d’égaler le niveau de ses prédécesseurs.
C’est Striking Vipers qui ouvre le bal, en plaçant une référence très cool aux jeux Street Fighter. Et bien qu’une partie de l’épisode se passe dans un jeu vidéo en réalité augmentée, le propos technologique se fait étonnamment faible au profit d’une histoire d’identité sexuelle, de désir et de sentiments. Le problème, c’est que le fond s’avère très classique (difficulté d’un couple embourbé dans la routine) et n’exploite le jeu vidéo que comme décor. S’il fait le choix intelligent de ne pas proposer une quelconque analyse sur l’homosexualité, Striking Vipers entrave néanmoins l’empathie envers ses personnages et conclue d’une façon on ne peut plus convenue, loin des finals qui nous laissaient en PLS.
À sa décharge, l’épisode souffre de la comparaison avec l’excellent San Junipero (3×04), rare fin « heureuse » proposée par la série même si celle-ci soulevait en arrière-plan un discours troublant sur la mort, l’immortalité et le « paradis ».

L’épisode 2, Smithereensest peut-être le plus intéressant bien que son scénario soit très classique. Avec une référence directe à Facebook, c’est le rapport aux réseaux sociaux qui y est dénoncé, non pas la haine qu’on y déverse comme dans Hated in the Nation (3×06), mais la simple dépendance quotidienne. Très actuel dans son propos sur les bavures policières et la protection des données, l’épisode illustre très bien le pouvoir des réseaux sociaux tout en évitant un manichéisme primaire. Cela dit, le twist de fin, notamment le comportement de l’otage, reste assez peu crédible.

En parlant de manichéisme, il est temps de passer à Rachel, Jack et Ashley Too. Sans être vraiment mauvais, l’épisode est à ce jour le plus éloigné de l’essence de la série. Affublé d’une histoire et d’un happy end digne d’un teen movie, son seul intérêt réside dans le parallèle entre Ashley et Miley Cyrus. Difficile en effet de ne pas déceler une critique envers Disney et feu le personnage d’Hannah Montana… Dommage que le discours sur la pérennité des stars n’ait pas été plus creusé.

Black Mirror livre une saison correcte, par rapport au monde des séries, mais bien en deçà de son potentiel. Moins dystopique et plus superficielle, sa mise en avant du compromis se fait le reflet de son manque d’inspiration, ou de sujet. De fait, deux épisodes abordent des technologies existantes. Peut-être la série a-t-elle simplement besoin de faire une pause, le temps que le futur l’inspire, ou l’inquiète, à nouveau.


Créé par Charlie Brooker
Avec Anthony Mackie, Andrew Scott, Topher Grace, Miley Cyrus, Pom Klementieff…
UK – Drame, Science fiction, Thriller
Saison 3 (3 épisodes) diffusée le 5 juin 2019
Durée par épisode : 60–70 minutes 

Chernobyl atomise les séries

« Nuclear » Winter Is Coming

Kezako ?

26 avril 1986, l’histoire vraie de la pire catastrophe causée par l’homme et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour sauver l’Europe du drame. L’explosion d’un réacteur à la centrale nucléaire de Chernobyl, en Ukraine, a de terribles conséquences aussi bien sur le personnel de l’usine, que sur les équipes de secours, la population et l’environnement.

La critique d’Eugénie – 9/10
♥ Coup de 
cœur

La minisérie historique a, en seulement 5 épisodes, pulvérisé tous les records de notes sur les sites spécialisés, dépassant ceux des mastodontes Breaking Bad et Game of Thrones.
Mais point de dealer de drogue ou de dragon dans cette production d’HBO, le network s’attaque ici à un événement encore méconnu de notre histoire contemporaine bien qu’il ait consacré le déclin de l’URSS et la fin d’un monde bipolaire. À cheval entre un devoir de mémoire et l’essor du mouvement écologique, Chernobyl est le coup de poker sériephile de l’été.

Très inspirée des docu-fictions, la série nous emmènent avec un réalisme glaçant sur les traces du printemps 1986 et de l’accident nucléaire de la centrale Lénine de Tchernobyl. Là où d’ordinaire le spectaculaire domine, Chernobyl suscite l’effroi sans artifices (ou peu), par une mise en scène de la réalité à nu, dont l’exactitude a été souligné par le journaliste russe Slava Malamu. Les éléments de fiction eux-mêmes tentent de rester transparents pour ne pas induire le spectateur en erreur. Seul point traduisant l’origine de la production : un propos politique très marqué anticommuniste, même s’il sait aussi se faire sobre en privilégiant une morale plus humaine que libérale. 

La série use peu du grand spectacle mais n’en est que plus percutante quand le propos s’y prête, que ce soit pour récréer l’explosion du réacteur, les moyens colossaux mis en place pour limiter les dégâts ou encore les visages détruits des pompiers irradiés. Le reste du temps, Chernobyl entretient une angoisse sourde et insidieuse, souvent magnifiée par le son et une photographie triste, maladive… disons-le carrément : radioactive !
Dès l’ouverture, nous savons que les personnages qui nous sont présentés sont condamnés à plus ou moins long terme, une réalité que le réalisateur a soulignée en s’attardant souvent sur de simples gestes, des objets du quotidien entrant aux contacts de mains, de paumes, de doigts et qui par ce simple touché, propagent la mort.

Le pilote reste à lui seul d’une efficacité redoutable. Explorant les premières heures consécutives à l’explosion, les limites des hommes sont montrées sans détours, incapables de prendre conscience de l’ampleur du désastre ni même d’en concevoir la possibilité. L’aveuglement se diffuse aussi vite que les radiations, cultivé par l’incompétence, la naïveté et la peur d’un État gangrené par le secret, adepte des fakes news avant l’heure.
Cette foule de mauvaises décisions ne fait que retarder l’inévitable, et quand l’urgence finit par parler d’elle-même, les réactions sont à taille humaine, presque lentes.
Loin des stéréotypes hollywoodiens, la série se drape de pudeur même dans ces moments « d’héroïsme », qu’ils soient collectifs ou individuels, car personne n’a l’ambition de créer un monde meilleur, il s’agit juste de limiter les dégâts causés par l’inconscience. On assiste alors à des scènes surréalistes, de mineurs creusant nus sous de la lave en fusion à une équipe chargée d’éliminer tous les animaux domestiques dans une ville fantôme.

Au-delà de la vulgarisation scientifique, la série se veut presque éducative quand elle dénonce la mémoire un peu courte du temps, ou dans son approche historique, amenant notre époque à contempler les ruines du 20ème siècle sur lesquelles elle s’est pourtant (re)construite. Quant à la morale, elle est plus que jamais d’actualité : l’Homme créé toujours les circonstances de l’inhumanité…


Créé par Craig Mazin
Avec Jared Harris, Stellan Skarsgård, Emily Watson, Jessie Buckley, Adam Nagaitis, Paul Ritter…
U.S.A, Allemagne, Grande-Bretagne – Historique, Drame
Saison 1 (5 épisodes) diffusée le 6 mai 2018
Durée par épisode : 60-72 minutes

La longue nuit – GoT 8×03

Ça va être tout noir !

Il est enfin là, peut-être l’épisode le plus attendu de toute l’histoire de la télévision ! Alors on ne va pas trépigner davantage et renter tout de suite dans vif du sujet :

Les TOP 
– On a encore vu Ghost !
– Des plans somptueux et un beau travail sur les nuances de rythme et d’ambiance qui permettent de ne jamais s’ennuyer, même avec une heure vingt de bataille !
– Toutes les scènes de combat sont grandioses ! De l‘introduction tout en tension suivie de la charge des dothrakis au réveil des morts à Winterfell en passant par le cache-cache façon Walking Dead d’Arya, l’illumination de la tranchée et les combats de dragons (chapeau les effets spéciaux), on en a pris plein la vue !
– La musique de Ramin Djawadi encore et toujours !
– Les échanges entre Sansa et Tyrion dans les cryptes qui posent les bases des futures intrigues.
– Des morts : Ed la Douleur, Lyanna Mormont, Beric Dondarion, Theon Greyjoy et surtout Jorah (aka Lord Friendzone) ont tous eu droit à une belle sortie digne de leurs personnages. Ah et Vers Gris a survécu, ça je ne l’avais pas vu venir.

Les BOF 
– Un peu plus de lumière n’aurait pas été superflue, comme davantage de plans larges et moins de cut lors des combats… mais bon, je pinaille.
– Pendant que j’y suis, pas sûre que côté stratégie les défenses de Winterfell étaient très logiques.
– OK Mélisandre assure, mais son retour est franchement télescopé.
– Puis faire revenir les morts de la crypte n’était vraiment pas utile, d’une part parce qu’ils étaient probablement trop anciens (sauf Rickon mais on ne l’a pas vu), de l’autre parce qu’ils n’ont eu aucune conséquence sur les personnages principaux.
– En parlant d’eux, c’est miraculeux mais ils ont tous survécu.

Le FLOP : Le scénario
Là on va détailler un peu plus parce que, même si je ne vais pas faire l’unanimité, je revendique le droit d’être franchement déçue par le scénario – comme d’autres l’ont d’en être ravis, il n’y a pas de vérité, que des opinions.
Pourquoi déçue ? Parce que l’épisode a joué avec mes attentes façon ascenseur émotionnel tout du long avant de couper purement et simplement les câbles au dernier étage, et la chute est rude ! Cela peut être un parti pris que de ne pas respecter les théories et les prophéties, mais alors pourquoi les avoir laissées prendre une telle importance depuis la saison 2 ? Pourquoi avoir autant parlé d’Azor Ahai pour refuser de nous le révéler ? Pourquoi avoir insisté sur les symboles des Enfants de la Forêts et des marcheurs et ce depuis le pilote ? Pourquoi avoir choisi d’incarner le Roi de la Nuit qui n’est qu’une légende dans les romans ? Pourquoi avoir raconté son histoire si celle-ci n’a aucune importance ? Pourquoi avoir ressuscité Jon ? À quoi donc ont servi les pouvoirs de Bran-la-fucking-corneille-lymphatique ? Car au final, ni l’un ni l’autre n’ont eu un quelconque impact sur l’issue du combat.
À nouveau on pourrait y voir une volonté de rupture avec le schéma classique de l’heroic fantasy, sauf qu’elle arrive trop tardivement pour avoir du sens. La dénégation n’est pas l’absence de sens, d’autant plus si elle se fait au mépris d’années de développement des personnages… O
r, après les deux précédentes rencontres, il était certes prévisible mais évident et logique que de laisser Jon affronter – et non nécessairement vaincre – le Roi de la Nuit. Le priver de ce duel traduit une forme d’irrespect pour son parcours.
Non, face aux attentes des fans du monde entier, D&D (les showrunners) ont opté pour l’inattendu en balayant d’un revers de la main un
 travail scénaristique de 8 saisons. Finalement, il n’y aura pas de résolution complexe impliquant un compromis ou des sacrifices, les gentils auront triomphé du méchant roi des morts par un simple coup de couteau, octroyé par un personnage avec lequel il n’a jamais eu aucun lien. L’explication donnée par Mélisandre tombe même dans le grand WTF, comme une vulgaire tentative de se raccrocher aux branches contrairement aux constructions en domino auxquelles la série (ou plutôt les livres) nous avait habitués. Soyons honnêtes, si le destin d’Arya était de vaincre les marcheurs blancs, la prédiction aurait été tourné dans ce sens dès la saison 3, sans besoin d’inverser l’ordre des yeux pour jouer les révélations de dernières minutes – D&D, vous nous prenez un peu pour des pigeons là ! Sans parler de la téléportation digne d’un code de triche de RPG qui permet à Super Arya de débouler invisible en vol plané au milieu d’une foule de morts et de marcheurs – même si ceux-ci ont brillé par leur inutilité lors de l’épisode.
La série semble avoir oublié que surprendre pour surprendre n’est pas une fin en soi. Scénaristiquement, cela revient à se cacher derrière une porte pour faire « Bouh » au premier passant. Et si le sort d’Arya se donne le visage de l’audace, il évite surtout de prendre position concernant Azor Ahai pour ne pas décevoir une partie des fans, et ça c’est plus de la trouille qu’autre chose. 

Malgré des indéniables qualités artistiques, l’écriture transpire l’incohérence et la facilité en expédiant toute l’intrigue « magique » dans la première moitié de la série. À moins que la suite ne nous réserve un twist grandiose pour faire la lumière sur cette « longue nuit »… Par les anciens dieux et les nouveaux, je ne peux que l’espérer !

par Eugénie

Avengers : Endgame – débrief avec spoiler

I love/hate you 3000

Attention : compte tenu des nombreux spoilers de cet article, assurez-vous d’avoir vu Avengers : Endgame avant de poursuivre votre lecture. Sinon, n’hésitez pas à lire la critique sans spoiler de Marcellin.

La critique d’Eugénie – 7/10

Après un Infinity War qui, sans avoir réalisé un sans-faute, a réussi à dépasser les espérances, l’attente pour Endgame a atteint un niveau inédit dans l’histoire du cinéma (même en prenant en compte les Harry Potter et Star Wars). Doucement mais sûrement, le MCU s’est ancré dans la culture populaire, le septième art et le cœur de ses fans. Construit non pas comme des films indépendants mais sur une logique sérielle, l’attachement émotionnel aux personnages en a été décuplé, et voilà que s’achève 10 ans de vie commune ! C’est ce qui a rendu la projection d’Endgame beaucoup plus compliquée que prévu, partagée entre l’affection, les attentes, l’espoir, la déception et la tristesse. En fin de séance, c’est le choc qui prédomine ! Une page se tourne et un étrange goût d’absence qui se fait l’écho du deuil nous envahit, empêchant de faire le point sur le film en lui-même. Mais avec le recul, la confusion des sentiments laisse place à un œil plus critique : Endgame n’est pas si bon que ça !
Ses défauts sont aussi frustrants que ses qualités sont remarquables. Émotionnellement puissant, le scénario et le traitement des personnages sont beaucoup trop inégaux, l’humour occasionnellement poussif et les raccourcis irritants. D’ailleurs, commençons par là.

Le cas Captain Marvel
Quand on parle d’ellipse… Captain Marvel est l’un des dommages collatéraux du film ! C’était prévisible, sa puissance est trop démesurée pour s’ancrer dans un arc narratif crédible. Alors plutôt que de faire des erreurs, les scénaristes ont préféré l’expédier hors champs les ¾ du film. Le choix n’est pas mauvais, mais l’application laisse à désirer. Pourquoi n’est-elle plus joignable tout le temps du « casse temporelle » ? Pourquoi ne pas l’avoir prévenue et impliquée ? Et si elle était effectivement injoignable, comment fait-elle pour revenir pile au bon moment pour la bataille finale ? Quelques courtes scènes intermédiaires auraient suffi à donner une réponse plausible à défaut d’être vraiment satisfaisante. Dans le même registre, comment a-t-elle fait pour retrouver Tony et Nebula ? Ici, une simple séquence de Pepper réceptionnant le message aurait pu faire l’affaire…
Plus problématiques encore, les apparitions de la Captain se résument à une démonstration de force et à une coupe de cheveux au détriment du caractère de Carol qui lui est totalement inexistant.
Après, compte tenu du défi technique d’un scénario impliquant autant de personnages, peut-être son sacrifice était-il nécessaire pour mener à bien le plan du film.

avengers-cap-marvel.n35chg.image.gjm.jpg

Le casse temporel
Quand on parle du loup… Beaucoup l’avaient vu venir, Endgame a effectivement joué la carte du voyage temporel, l’un des pitchs préférés de la science-fiction bien que souvent complètement incohérents. L’écueil du genre est qu’il se prend souvent les pieds dans ses propres explications pseudo-scientifiques… et les Avengers ne font pas exception à la règle. Mais, bien que prévisible, le film a eu l’intelligence de surprendre le spectateur en rendant le voyage temporel inévitable. La destruction des pierres en introduction est non seulement très cohérente dans le plan de Thanos, mais elle vient, avec l’exécution expéditive de celui-ci, annihiler tout espoir de retour en arrière chez nos héros – puis on n’avait vraiment pas vu venir la décapitation du Titan fou.
La suite est d’autant plus efficace qu’elle traite des conséquences directes de l’échec et évoque à travers ses personnages les différentes étapes du deuil : choc, déni, colère, marchandage, dépression et même acceptation pour certain. C’est à ce moment qu’intervient le Deus Ex Machina le plus what the fuck de l’histoire du cinéma ! Peu importe le degré d’affection pour le MCU, personne ne pourra jamais oublier que la moitié des êtres vivants de l’univers doivent leur survie à… un rat ! Cela dit après Ratatouille, c’est probablement la meilleure opération de réhabilitation pour ces sympathiques rongeurs…
Bref, l’arrivée de Scott Lang remet les héros sur une piste et lance la trame du bien nommé « casse temporel ». Mais ici, le voyage dans le temps sert de prétexte à une démonstration meta de fan service et d’opportunisme marketing (teasing criard pour les futures séries de la plateforme Disney Plus). S’il est amusant de voir les héros réexplorer les précédents films Marvel, les séquences sont trop inégales et ressemblent par bien des aspects à un épisode de série télé. Déjà par le choix des périodes à visiter et par un nombre presque indécent de référence et de caméo, par toujours pertinents. Certains sont plutôt plaisants et logiques dans le développement des personnages, comme Howard Stark, Peggy Carter ou encore l’Ancien (Tilda Swinton), d’autres, comme Alexander Pierce (Robert Redford), sont trop capillotractés ou décevants compte tenu de l’arc narratif qui les exploite (Frigga la mère de Thor).
Mais là où l’impact du saut dans le temps se fait le plus violemment ressentir, c’est au niveau des enjeux qui en sont en quelque sorte diminués car la menace n’est plus celle du présent…

Scott-Lang-endgame-1200x676.jpg

Thanos, Gamora et Nebula
Et là on aborde un gros point négatif du film. Thanos, meilleur méchant de la franchise qui a rejoint en un film ceux du cinéma, Thanos le Titan fou génocidaire alliant violence physique et calme absolu, Thanos seul antagoniste à avoir battu les Avengers, Thanos perd beaucoup de son charisme ! Le scénario lui laisse certes peu de place contrairement à Infinity War qui en faisant le protagoniste principal, mais intervient aussi le problème de la temporalité. Pourquoi le Thanos du passé voudrait-il empêcher le plan des Avengers dans un temps qui n’est pas le sien ? Son voyage n’a pas vraiment de logique quand sa nouvelle connaissance du futur aurait pu lui donner un net avantage pour adapter son plan dans sa propre ligne temporelle – désolée pour la migraine. Par ailleurs, la version plus jeune n’ayant pas le même passif avec les personnages, les échanges en sont de fait moins lourd de sens.
Se pose aussi le problème de Nebula qui souffre d’une grosse incohérence : Pourquoi n’est-elle pas retournée dans son époque quand son vaisseau a été capturé ?
Seul aspect véritablement pratique du scénario, il permet de réintégrer Gamora à l’équipe des Gardiens sans (vraiment) la ressusciter.

thanos-in-avengers-endgame.jpg

Avengers Assemble !
Alors certes, les enjeux d’Endgame sont moins prenants que pour Infinity War… mais la conclusion n’en est pas moins dantesque ! La bataille finale balaye tout sur son passage pour livrer l’une des séquences les plus démentielles de l’histoire du cinéma, ne serait-ce que par le nombre de super-stars au mètre carré. L’une des bonnes surprises consiste à avoir ramené des héros inattendus comme les Asgardiens et Valkyrie, mais aussi la présence de Rescue. On goutte les retrouvailles des personnages tout autant que leurs combats, leurs défaites et leurs dépassements. Bon, si on était d’humeur à pinailler – et c’est le cas – on pourrait se plaindre de l’inconsistance de l’armée de Thanos car les gros monstres en CGI sont souvent moins intéressants que les personnages réels. Cela dit, il est difficile, voire impossible, de rester sceptique devant la spectaculaire scène des portails qui vient pulvériser tous les baromètres d’epicness et de coolitude avec la phrase oh combien attendue : « Avengers Assemble  » ! Et que vienne désormais l’épectase pour d’innombrables geeks !
Ce final spectaculaire s’octroie même un petit passage politique, bien que terriblement maladroit. Comme pour toutes les revendications médiatiques, l’ode à la force féminine passe bien souvent pour de l’opportunisme, malgré les meilleures intentions. Mais figurez-vous un instant une charge épique lors d’une bataille, que ce soit dans un film ou une série, vous trouverez sans peine des scènes avec des hommes (Troie, Braveheart…) voire mixtes (Seigneur des Anneaux, Vikings, GOT…), mais dans un monde égalitaire, il devrait y en avoir tout autant avec des femmes… C’est pourquoi cette scène mérite sa place dans un film comme Endgame car, malgré sa bêtise scénaristique, elle a surtout pour objectif de donner enfin une scène de référence aux générations futures. Celles-ci n’y verront pas l’opportunisme contextuelle, simplement un exemple de woman power/badassitude pure… et ça c’est plutôt une bonne chose ! D’autant plus qu’un autre arc impliquant un des principaux personnages féminins a été fort mal mené…

maxresdefault.jpg

Hulk, Black Widow & Hawkeye
En effet, s’il est une scène qui loupe le train de l’émotion, c’est bien celle du sacrifice de Black Widow qui sent le bis repetita après celle de Gamora dans le film précédent. La relation entre Natasha et Hawkeye a beau être très émouvante, elle ne semble pas remplir les conditions pour récupérer la pierre de l’âme et le poids de sa mort est vite (trop ?) oublié. Et là, il y a une belle occasion manquée d’utiliser l’un des plus gros plot hole du MCU : la romance avec Hulk !
Quand on parle du géant vert, je n’aurais qu’une question : POURQUOI ? Où est le Bruce Banner des deux premiers Avengers ? Comment le génie terrifié par sa propre puissance a pu se transformer en Bisounours vert ? Le fait d’introduire le Professeur dès le début est peut-être surprenant mais a surtout pour conséquence de priver le personnage de tout enjeu et de tout développement personnel. Quelle a été l’évolution Banner dans ce film ? Rien ! Nada ! Il est le même au début qu’à la fin : Hulk, le bouffon de service dans la ligne que lui a imposée ce maudit Thor: Ragnarok (film je te hais) ! Le Professeur aurait dû être la finalité d’une évolution et pas un prérequis ! Finalité qui aurait à nouveau pu être amenée via sa relation amoureuse avec Black Widow.
Expédiée sans ménagement à la fin de l’Ère d’Ultron, Infinity War laissait peu de place pour la réintroduire mais elle aurait pu grandement bénéficier à l’intrigue d’EndgameAinsi, imaginer les Avengers survivants guidés par Bruce et Natasha en tant que couple aurait pu créer une belle dynamique et conclure de façon plus satisfaisante les axes des deux personnages. Sous les conseils de Black Window, on aurait pu retrouver un Bruce Banner cherchant à faire la paix avec Hulk, travaillant sur son alter-ego afin d’atteindre le stade du Professeur. Cependant sa relation de couple aurait constitué l’un des principaux freins à s’abandonner à cette nouvelle forme, que seule la mort de Natasha aurait pu débloquer. Si le duo Black Widow/Banner avait été envoyé sur Vormir, le sacrifice de celle-ci aurait été beaucoup plus fort. Comprenant que la chute n’aurait probablement pas tué Hulk, elle aurait insisté sur le fait que seul le géant vert pouvait manipuler le Gant de l’Infini et y survivre. Quelques conversations avec la pierre de l’âme auraient enfin pu amener Banner et Hulk à devenir le Professeur, rendant le snap de celui-ci bien plus symbolique.
Quant à Hawkeye, son parcours à beau être l’un des plus intéressants du film, sa présence sur Vormir n’était pas indispensable à sa rédemption. Une rencontre avec l’Ancien pendant la bataille de New-York aurait par contre pu être très intéressante en le confrontant à ses crimes et violences récentes.

big_startfilmru1419390.jpg

Thor
Bref, le traitement des personnages et pour le moins inégale, et si certain ont droit à la formule grand luxe, comme Captain America, Hawkeye, et bien entendu, Iron Man, d’autres sont à nouveau sacrifiés sur l’autel de la blague, malgré leurs potentiels…
Prenons Thor par exemple ! Il faut bien le dire, le fils d’Odin en a bavé en quelques films : après avoir perdu sa sœur, ses amis, son marteau, sa copine, Heimdal, son frère (encore une fois), ses deux parents et sa planète, il échoue à sauver l’univers ! Et alors qu’Endgame fait le choix courageux d’illustrer la dépression, il ne s’en sert que comme ressort comique. Il est vrai que l’apparition d’un Dieu du Tonnerre chevelu et boudiné, en total rupture avec tout ce que nous avions vu de lui, est hilarante, mais elle devint vite irrespectueuse pour le personnage qui se retrouve cantonné au comic relief et aux blagues sur les gros !  Pire, le caractère de ce Thor semble très éloigné de celui des débuts, témoignage supplémentaire que le virement du personnage vient aussi des velléités de l’acteur Chris Hemsworth pour la gaudriole. Dommage car le Thor d’Infinity War était assurément plus badass.
L’arc du héros s’illustre elle aussi par un nouvel acte manqué : celui d’exploiter Valkyrie ! La guerrière était en excellente posture pour filer un bon coup de pied au cul divin et l’aider à se reprendre en main. Avec Rocket, elle aurait pu aider le Dieu du Tonnerre à sortir de la dépression et l’une de ses victoires se serait manifesté par la récupération de Mjonir (et donc d’en être digne). De fait, le côté lourdingue, parodique et apathique du désormais nommé « Fat Thor » diminue l’impact de sa trame dont la rencontre avec sa mère. Au milieu de cette pléthore de caméos, on regrette que les scénaristes n’aient pas plutôt fait revenir Odin ou Heimdall (oui, je suis amoureuse d’Idris Elba, et alors ?!).

fatthor2gu5j.jpg

Captain America
En parlant de caméo, le meilleur vient de Captain America avec le reboot de la scène de l’ascenseur et son d’ores et déjà célèbre « Hail Hydra ! ». Cette scène s’intègre d’ailleurs parfaitement dans le développement de Steve Rogers, confirmant son évolution personnelle vers un Captain moins manichéen, plus subtil voir roublard. Le combat contre sa version plus jeune met en exergue cette maturité emprunte d’un brin de cynisme (inspiré par son ami Tony) quand il répond « I know » à son propre leitmotiv : « I can do this all day ». Même la blague à propos du « cul de l’Amérique » n’est pas déplacée car elle souligne l’autodérision nouvelle du personnage (comme sa capacité de jurer). Le voir soulever Mjonir en fin de film est donc non seulement satisfaisant, mais parfaitement cohérent. Bon, petit bémol de crédibilité : Thor étant le dieu du tonnerre, le Captain ne peut sans doute pas faire appel à la foudre sans griller, même avec le marteau…
Assurément, Endgame rend hommage au parcours de Steve Rogers, et lui donner une fin heureuse alors que tous le voyaient déjà se sacrifier est d’autant plus beau… MAIS POURQUOI avoir gâché cet arc avec une scène aussi stupide que le Rogers âgé ! COMMENT peut-on passer 2h45 de film à expliquer que les changements dans le passé n’auront aucune influence sur le présent (et donc rétroactivement le futur) et balancer une scène pareille en conclusion ?! Si on s’en tient la théorie exposée par Brune Banner (et Nebula, et l’Ancien etc.), le retour de Steve dans le temps a donc créé une nouvelle ligne temporelle, il ne peut donc PAS se repointer avec son laïus et son bouclier dans celle que nous suivions !
Pour être tout à fait honnête, il existe une possibilité où l’apparition de Old Steve est crédible. Il faudrait que toute la trame du MCU se soit déroulée dans la réalité alternée créée par ce voyage, auquel cas il y aurait eu deux Steve dans cette temporalité depuis le premier Avengers (mais disons que Captain Papi se tenait à l’écart pour une raison quelconque). Problème : cette théorie ne tient pas la route si on se fit au scénario de Captain America 2 et 3 (Winter Soldier et Civil War) et de la série Agent Carter. Les échanges (et la mort) avec la vieille Peggy ne laissent aucun doute quant à la « non-présence » du Captain dans sa vie passée, et personne ne nous fera croire que celui-ci aurait raté l’enterrement de sa femme simplement pour ne pas risquer de croiser son double plus jeune. Puis allez expliquer que la nièce de Peggy n’ait pas reconnu son oncle ou qu’elle ne l’ait jamais connu… Bref ! Le changement du passé a donc bel et bien modifié le présent (désolée pour la migraine) en bousillant toutes les explications du film avec un fan service qui tient de l’A-MA-TEU-RISME ! D’autant plus dommage que l
a scène de danse se suffisait en elle-même, mais il faut croire qu’avoir un film qui respecte ses règles du voyage dans le temps sans se chier dessus à un moment ou un autre c’était trop beau pour être vrai ! Alors je vous entends déjà dire « Oui mais Eugénie, quelle solution avaient les scénaristes pour faire comprendre aux autres Avengers que Steve avait choisi de rester dans son époque ? ». Oh mais j’en sais rien ! À ce stade, il pouvait bien refiler la montre et le bouclier à un rat avec une lettre par exemple, on était plus à un Rongeur Ex Machina près. 

maxresdefault.jpg

I Am Tony Stark
Bon, revenons à des aspects plus positifs. En fait, revenons aux origines du film et même du MCU ! Comment parler d’Endgame sans parler de la Saine Trinité : Tony Stark, Iron Man et Robert Downey Junior ! Quand le personnage jouit du meilleur arc narratif, l’acteur livre une performance implacable, déliant sous nos yeux toutes les nuances du héros étayées en 10 ans d’interprétation. De l’introduction montrant un Tony affaiblit, amaigri et brisé (chapeau les effets spéciaux) au sacrifice final en passant par toutes les scènes de sa vie de famille qui débordent littéralement de tendresse, les fans d’Iron Man en ont pris plein le cœur. Je dois l’admettre, avant Endgame, je ne voulais pas que Tony meurt, car mon affection pour le personnage était telle que je lui souhaitais une vie heureuse, en dépit de toute dramaturgie. Mais je me rends à l’évidence, offrir cette sortie au personnage était le meilleur choix, le plus bouleversant, le plus courageux et le plus juste. L’arc narratif exploite jusqu’au bout le thème de la filiation et de l’héritage tant pour Iron Man que pour Tony, par le rapport qu’il entretient avec Peter Parker, par sa relation (magnifique) avec sa fille et par l’échange avec son propre père. Cette scène dans le passé permet au personnage d’achever son parcours en comprenant enfin l’homme par lequel il s’est si souvent défini, autant dans les ressemblances que les oppositions et annonce discrètement le sacrifice final.
Et quelle meilleure façon de conclure que par la phrase qui a tout commencé : « I am Iron Man » ! 
La boucle est bouclée et ces mots résonnent désormais au-delà de toutes portées : ils étaient devenus instantanément culte dans le premier Iron Man, ils viennent de passer à la légende ! Aussi universels et inoubliables que la phrase de l’oncle Ben « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ».

avengers-endgame-iron-man.jpg

We love you 3000!
Moins abouti qu’Infinity War car souffrant de défauts bien plus prononcés Avengers : Endgame reste un film qui marquera son temps et toute la génération qui, à l’instar de celles de Star Wars ou Harry Potter, aura grandi avec lui. Et ses détracteurs ne pourront jamais lui ôter sa force : il aura donné une émotion inégalée dans l’univers super-héroïque et une nouvelle définition de mot « épique » !
« It’s ok Marvel, you can rest now ! »


Réalisé par Joe Russo, Anthony Russo
Avec Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo
USA –  Action, Fantastique, Aventure
Sortie en salle : 24 Avril 2019
Durée : 03h01

A Knight of Seven Kingdoms – Game of Thones 8×02

And now my watch begins…

Tin Tin Tintintin Tin… Vais-je un jour me lasser de ce générique ? Rien n’est moins sûr maintenant qu’il est évolutif. De retour à Winterfell pour un épisode complet, centré sur les préparatifs de la bataille. Game of Thrones se drape pour l’occasion d’une aura crépusculaire, reléguant les héros à l’arrière plan pour donner aux nombreux seconds rôles une derrière occasion de briller. La série dresse un très beau parallèle entre les personnages contemplant leurs propres fins et les acteurs constatant celle d’une époque. La série se meurt, elle le sait et en dresse un portait presque poétique. Par ailleurs, on retrouve les grands dialogues jubilatoires qui ont contribué à son succès avec un épisode certes bavard mais redoutable dans sa gestion de la tension. On passe progressivement de l’impatience à la mélancolie qui précède la bataille, une forme d’ennui née de l’attente et qui doucement se mue en angoisse.

Les TOP 
– ON A VU FANTÔME !
– Encore des retrouvailles bien ficelées : Sansa/Theon, Tyrion/Jaime/Brienne, Jon/Tormund/Brienne etc.
– Tous les dialogues de l’épisode sont brillants et nourrissent des relations bien nuancées. La dynamique des frères Lannister par exemple, comme ceux de la Garde de Nuit qui partage une dernière veillée sur un mur ou encore la « réunion de famille » entre Arya, le Limier et Béric.
– Les jeux de pouvoir et de faux-semblants entre Sansa et Daenerys.
– La scène magnifique du dernier repas de la dernière picole devant le feu de cheminée et tout ce qui s’ensuit : discussions et chamailleries dont le point culminant reste l’adoubement de Brienne et le chant de Podrick, « Jenny des Vieilles Pierres » (tiré des livres et magnifiquement interprété par Florence and the Machine en conclusion).
– Tormund ! Juste Tormund !

Les BOF 
– On n’a pas beaucoup vu Fantôme…
– La relation Arya/Gendry qu’à titre personnel je trouve un peu malaisante.
– Si c’était une bonne idée de mettre Jon en retrait pour lui laisser le temps de digérer l’info, l’annonce de sa parenté à Daenerys est un peu légère.

Les FLOP
– ON VEUT PLUS DE FANTÔME – et pas seulement pour le faire claquer siouplait !
– Rien du côté de Cercei… Comme il est peu probable de la voir réapparaître dans l’épisode suivant, espérons que les trois derniers nous donneront encore de quoi aimer la détester.
– Varys, l’araignée invisible !
– Qu’est-ce que les traducteurs ont fumé ? Ils changent carrément le sens des dialogues par moments ! (oui, je regarde l’épisode en VO ET en VF)

La semaine prochaine, fini l’attente, place à la guerre avec son lot de pertes dont certaines ont été teasé plus ou moins subtilement… Je parie sur Vert Gris pour la première victime ! Valar morghulis…

 

par Eugénie