Top 7 des films que Disney « pourrait » rebooter

Raconte-moi une histoire

Après avoir abordé les principes sur lesquels devraient reposer un remake dans la rétrospective des reboots Disney, voici le top 7 des classiques d’animation de Mickey qui pourraient, selon nous, faire l’objet d’une (bonne) nouvelle adaptation. À noter que pour certains, des projets sont déjà annoncés, auxquels cas on s’attardera davantage sur les attentes qu’on pourrait en avoir. Ce classement est bien évidemment purement subjectif, et du reste les règles sont simples : Pour qu’un film soit dans la sélection, il ne doit pas déjà avoir d’équivalent en prises de vues réelles qui aurait marqué le cinéma par son caractère culte ou ses qualités esthétiques. On exclura également ceux ayant une version live action à laquelle nous accordons une valeur sentimentale, dont par exemple les films Peter Pan et Robin des Bois pour Eugénie car, même si leurs univers offrent de nombreuses possibilités, elle a une affection particulière pour le Prince des voleurs (1991) avec Kevin Costner et le Peter Pan de 2003 (avec Jeremy Sumpter).

7. La Petite Sirène – par Eugénie
Si vous avez lu le précédent article, celui-là vous ne l’avez pas vu venir ! Parce que le dessin animé de 1989 est en tout point parfait ! La musique, les personnages, l’animation, rien à redire ! Et même si elle souffre avec le temps d’une mauvaise presse, l’Ariel de la version animée reste superbe et inspirante, n’en déplaise à ses détracteurs contemporains. Elle est de fait la première princesse « officielle » à s’émanciper par ses propres actions. Curieuse et courageuse, c’est un personnage qui, contrairement à ses ainées, ne rêve pas d’amour mais d’aventure et va trouver le premier par hasard en cherchant le second. Alors certes, pour ce qui est du deal avec Ursula, ce n’est pas forcément le meilleur exemple de bon sens, mais il ne faut pas oublier que dans le film, elle a 16 ans. Un âge auquel il convient de faire remarquer que les passions amoureuses sont rarement… pondérées. Puis imagine que ton père ait bousillé toutes les affaires auxquelles tu tenais simplement parce qu’il n’approuve pas ton crush, en vrai toi aussi t’aurais fugué ! La sorcière des mers c’est juste la version « conte de fée » du dealer du square chez qui tu vas acheter du shit pour te rebeller. Enfin je digresse…
Bref, Ariel est l’héroïne qui prend tous les risques par amour, ça n’est certes pas le plus rationnel mais c’est assurément le plus courageux. Et pourtant il manque à la version de Disney une dimension essentielle du conte : la tragédie ! S’il aurait été difficile de vendre aux enfants la fin originelle d’Andersen, un reboot en live-action pourrait lui se permettre de prendre le risque de la fidélité pour donner à sa sirène une profondeur nouvelle. Sans parler des progrès technologiques qui pourraient permettre d’aller chercher un esthétisme très intéressant pour les scènes sous-marines. Malheureusement, le casting du remake annoncé pour 2021 mentionnant déjà les voix de Polochon et d’Eureka, il est peu probable que celui-ci prenne des risques du côté de son scénario – il a déjà eu sa dose après la déplorable polémique faisant suite au choix d’Halle Bailey pour le rôle-titre.

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6. Hercule – par Eugénie
Là aussi le choix peut surprendre car quand on parle d’adaptation de l’histoire du demi-dieux, le film de Disney fait figure et de loin de référence ! Outre un personnage touchant, à la psychologie tout en contraste avec son image de super-héros bodybuildé, l’animation possède d’excellents atouts. Les méchants pour commencer, Hadès étant l’un des meilleurs antagonistes de la firme aux grandes oreilles, mais aussi ses hilarants acolytes Peine et Panique et surtout, Mégara, aka ZE best personnage féminin EVER créé par Mickey ! Du caractère, un design très reconnaissable, une backstory riche et des répliques cultes « je ne prends plus aucun homme je les jette », Megara je t’aime !
Et pourtant, l’histoire d’Hercule – qu’il conviendrait mieux d’appeler Héraclès puisqu’on parle du panthéon grec – est à l’instar de toute la mythologie, une tannée à adapter au cinéma. En témoigne la flopée de versions nanardesques qui mériteraient qu’on les efface par l’arrivée d’un bon film sur le demi dieu. Compte tenu de l’ampleur du matériel initial, le cinéma n’a clairement pas tout exploité et ça tombe bien, la rumeur d’un reboot en préparation commence tout juste à courir.

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5. Pinocchio – par Eugénie & Marcellin
N’ayant pas vu la version de Matteo Garrone, je n’ai pas d’autre choix que de mettre le petit pantin de bois dans cette liste. L’histoire de Pinocchio fait partie de celle qui gagnerait à être dépoussiérée car si le dessin animé reste culte, il peut sembler moins attrayant aux nouvelles générations. Et pourtant, ce n’est pas un potentiel reboot de Disney qui semble le plus prometteur mais bien la version de Guillermo del Toro produite par Netlix annoncé pour 2012. Voir l’univers du réalisateur du Labyrinthe de Pan s’allier au ton très sombre du contre original de Carlo Collodi a de quoi titiller la curiosité des cinéphiles. Car Pinocchio a tous les atouts pour créer un chef d’oeuvre gothique digne de ce nom. L’histoire complexe de la marionnette qui rêvait d’être un petit garçon est riche de vils personnages, de thématiques telles que la quête de soi, l’émancipation, la malhonnêteté, la solitude ou encore le sacrifice. Tous les ingrédients d’un conte qui fera mouche à l’écran !

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4. Les aventures de Bernard et Bianca – par Marcellin
Les péripéties de ces deux petites souris de SOS Société ont fait le bonheur de mon enfance. Mais pourquoi en faire un reboot ? Une bonne raison : Madame Médusa !
Ce personnage extravagant et malfaisant reste pour moi une véritable perle dans l’univers Disney. Affublée de ses deux crocodiles Néron et Brutus, Disney a rarement fait personnage plus cruel et avide, allant jusqu’à noyer une petite fille pour un diamant.
Et vous vous demandez encore pourquoi je veux la voir en action ? C’est mal me connaître 😉
Et quelle réjouissance de pouvoir suivre les aventures de ces minuscules sauveteurs à travers villes et bayou. On pourrait même espérer voir François Hollande le goéland ! Je rêve d’une Cynthia Nixon déchaînée dans la peau de l’incroyable Médusa, un Zach Galifianakis au meilleur de sa forme pour le rôle de Snoops et les traits poupins de la prometteuse Violet Mcgraw pour Penny.

Les Aventures de Bernard et Bianca ou Si Mickey avait des enfants ...

3. Merlin l’enchanteur – par Eugénie
Avec celui-ci on touche à nouveau aux histoires intemporelles, celles des légendes du cycle arthurien moult fois adaptées et qui pourtant, manque de monument marquant au cinéma. Nous autres français pouvons nous vanter d’avoir LA meilleure série tirée de l’univers du Roi Arthur, Kaamelott (déjà citée dans notre top 5 des meilleures séries) mais malgré sa connaissance du sujet, l’angle parodique en fait une oeuvre à part. Clairement, la richesse des légendes mérite qu’on y accorde plus d’importance dans une grande fresque épique et chevaleresque qui pourrait suivre tant l’histoire de l’Enchanteur que celui de l’épée.

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2. Pocahontas, une légende indienne – par Marcellin
C’est un peu un rêve d’enfant que de voir Pocahontas et son air du vent aux milles couleurs prendre vie à travers un écran. Au delà de la beauté des paysages que peut procurer une telle adaptation, il serait intéressant d’y développer la dimension philosophique qu’apporte un peu le dessin animé.  Là où Terrence Malick avait apporté à la légende de la poésie dans son Nouveau Monde, un reboot Disney pourrait donner un regain d’espoir, une réflexion, dans sa manière de traiter l’Histoire. Pocahontas est une véritable mine d’or et un(e) réalisateur(rice) peut y trouver toutes les ressources nécessaires pour faire un grand film. Difficile pour moi d’imaginer l’actrice qui pourrait interpréter la courageuse princesse, voulant à tout prix fuir tout remplacement identitaire, il serait plus que logique qu’une actrice amérindienne tienne le rôle titre. Cependant, j’imagine déjà le beau Charlie Hunnam s’emparer des traits de John Smith ou même Nikolaj Coster-Waldau, le plus célèbre des frères incestueux ! Pour Ratcliffe, on peut penser à David Schwimmer et Adam Beach dans le rôle de Kocoum. Mais j’attends avec impatience vos idées !

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1. Taram et le Chaudron magique – par Eugénie
Et le numéro, celui qui attend désespérément qu’on lui redonne une chance depuis son échec au cinéma en 1985, l’un des grands mal-aimés de l’écurie Disney : Taram ! Jugé trop sombre à l’époque de sa sortie, le film est de fait emprunt d’une atmosphère délicieusement sinistre qui gagnerait à s’affranchir de la cible enfantine pour pleinement s’y épanouir. D’autant plus que le dessin animé est lui-même adapté d’une saga littéraire d’héroic fantasy, Les Chroniques de Prydain de Lloyd Chudley Alexander, dont Disney possède toujours les droits. Entre la matière des livres et les bonnes bases du film, pourquoi ne pas tenter une relecture et en profiter pour donner un petit coup de frais à Taram et Eilonwy, sans parler du Seigneur des Ténèbres qui, sans être un méchant d’anthologie, est de loin le plus esthétiquement flippant de Disney ! À ce compte-là, osons rêver d’audace : mieux qu’un film, Taram, Tirelire, Eilonwy, Ritournelle, Gurki & Cie pourraient parfaitement trouver leur place dans une série sur Disney+. Une seule question demeure, qu’attendent les studios ? Car s’ils poursuivent leur politique de remake actuelle, nous avons malheureusement plus de chances de voir le live action de La Reine de Neiges avant celui de Taram…

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Jojo Rabbit

Teen SS

Kezako ?

Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

La critique d’Eugénie – 8/10

Après Vampires en toute intimité et Thor : RagnarokTaika Waititi continue d’imposer sa patte burlesque dans le paysage cinématographique. Si l’appréciation de son humour est laissé à la préférence de chacun, le réalisateur néo-zélandais n’en maîtrise pas moins les codes et prouve avec Jojo Rabit qu’il sait les exprimer avec plus de finesse que par des blagues répétitives sur « l’anus de Satan » (n’en déplaise aux fans du « Lord du Tonnerre »).

C’est donc dans la veine des tragicomédies qu’il nous présente son Jojo Rabbit, un long métrage librement adapté du roman Le Ciel en cage de Christine Leunens mais qui emprunte autant au Dictateur de Chaplin. Loin de la farce promut dans les bandes-annonces, le film est tout ce qu’il y a de plus réfléchi dans son humour et ses constructions. Ainsi le détail apporté à certains objets, certains plans, de prime abord superficiel et un brin potache ne fait que poser les bases d’une dimension tragique en suspens. Les mécaniques de la satire y sont employées avec brio, sachant faire rire de l’horreur tout en cachant l’angoisse derrière chaque blague.
De fait, l’histoire du jeune Johannes « Jojo » Betzler tient plus du conte initiatique que du récit classique. Tout en manipulant le nôtre, le réalisateur dévoile une fable sur le regard, sur ce qui l’influence, le nuance et l’éclaire pour mettre à nue la réalité derrière le fantasme qui apparaît alors aussi absurde que tragique.

Supporté par un duo de jeunes acteurs excellents et des seconds rôles savoureux, mention spéciale pour Taika Waititi himself qui cabotine en Hitler, le réalisateur signe un film d’une grande pédagogie, peut-être son meilleur à ce jour et démontre une fois de plus qu’on peut aussi faire rire du fanatisme, pourvu qu’on y mette du coeur de l’esprit.


Réalisé Taika Waititi
Avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi etc.
USA – Comédie-dramatique
Sortie en salle : 29 janvier 2020
Durée : 1h 48 min 

Les Filles du Docteur March

Une pour toutes…

Kezako ?

Dans la Nouvelle-Angleterre des années 1860, un père part comme aumônier pour la Guerre de Sécession, laissant ses quatre filles et sa femme derrière lui. Elles vont faire la connaissance du jeune Laurie.

La critique d’Eugénie – 4,4/10

Le roman culte de Louisa May Alcott, maintes fois transposé sur le grand et le petit écran, s’offre un lifting que d’aucuns pourraient trouver un brin opportuniste compte tenu de la mouvance féministe, ou au contraire, tout à fait à propos. Du point de vue de l’adaptation, il n’y a de fait pas grand-chose à redire, les ajouts pour moderniser le discours restant suffisamment juste et respectueux de l’oeuvre originale (bien qu’anachronique) pour ne pas la trahir. Malheureusement, si le long métrage est une bonne « adaptation », cela ne suffit pas à en faire un bon « film »… Il est au mieux tristement passable. Une opinion toutefois très contestée et contestable en fonction de l’historique de chacun.

Ayant été profondément marquée par l’adaptation de 1994 au casting monstre (avec entre autres Winona Ryder, Susan Sarandon, Claire Danes, Gabriel Byrne, Christian Bale et une toute jeune Kirsten Dunst), je n’ai pas su m’en détacher, malgré ma bonne volonté, et me suis retrouvée condamnée à comparer les deux versions tout le long de la séance. Pour une histoire dont l’atout majeur est la puissance émotionnelle, Les Filles du Docteur March (2020) n’atteignent pas le dixième de celle des Quatre Filles du docteur March (1994), souffrant entre autres, d’une structure narrative compliquée. La réalisatrice Greta Gerwig a fait le choix d’une chronologie non linéaire mais son exécution terriblement maladroite vient nuire à la lecture de l’histoire, évoquant davantage un effet volontaire un brin prétentieux qu’une véritable démarche artistique logique. Le film se dote cependant d’une assez belle photographie malgré un travail de la lumière peut-être un peu trop moderne pour retranscrire l’ambiance de l’époque (guerre de Sécession) et d’une bande originale composée par Alexandre Desplat, surprenamment oubliable.

Dommage car il semble évident que Greta Gerwig a mis du coeur à son ouvrage, parfois perceptible dans certaines scènes aux échos hautement symboliques. Sans grande envergure du côté de la réalisation, l’intention reste néanmoins lipide quand il s’agit de rendre vivante, au sens premier du terme, la dynamique entre les soeurs, tout en respectant leurs individualités. En résulte parfois des échanges cacophoniques presque pénibles, mais criants de cette volonté de montrer la vie, l’énergie, la personnalité qui bouillonnent et s’échappent sans retenue (ou si peu) de ces quatre filles. En résulte malheureusement une forme de frénésie fatigante, qui vient desservir certains personnages par manque de souffle, un comble quand à mi-parcours Les Filles du Docteur March s’enlise dans une lenteur interminable.

Il est cependant certaines qualités indiscutables, à commencer par le jeu de Saoirse Ronan qui crève l’écran (à nouveau) dans le rôle de la fougueuse Jo, bénéficiant d’une (ré)écriture du personnage semblable à une déclaration d’amour. Elle est également fidèlement secondée par un très bon Timothée Chalamet et une Meryl Streep en Tante March plus drôle que jamais, avec un je-ne-sais-quoi de Lady Violet Crawley (Maggie Smith dans Downton Abbey). Malheureusement, certains protagonistes peinent à trouver leur place, le plus gros point noir étant le jeu de Florence Pugh, très juste quand elle incarne une Amy adulte mais catastrophique dans sa version plus jeune. Les caprices de la benjamine des March s’expliquent notamment par son âge, ce qui participe à la rendre attachante et excusable car son évolution est bien plus visible que chez ses ainées. Mais toutes les tresses du monde ne suffiront pas à faire passer une actrice de 23 ans pour une enfant de 12 ans et celle-ci est tout simplement insupportable en caricature de préadolescente !

Les Filles du Docteur March n’en reste pas moins une jolie fable mais ne marquera pas le cinéma de son empreinte, son affiche accrocheuse ne suffisant pas à lui donner l’essentiel du roman : une âme.


Réalisé par Greta Gerwig
Avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Laura Dern, Timothée Chalamet, Meryl Streep etc.
USA – Drame
Sortie en salle : 1 janvier 2020
Durée : 2h 14 min 

Les Misérables

« L’âme ne se rend pas au désespoir sans avoir épuisé toutes les illusions »

Kezako ?

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

La critique d’Eugénie – 9/10
♥ Coup de cœur

Pour beaucoup, la fiction est la voie du merveilleux. Une échappatoire du réel aussi miraculeusement superficiel que substantiellement vital à l’esprit, à sa construction, sa forme, sa santé, son évolution. Et parfois, une oeuvre de « fiction » va aller chercher le réalisme, sans concessions ni enrobage, non pas pour inspirer mais pour réveiller… quitte à être brutale. C’est ainsi que Ladj Ly délivre plus qu’un grand film, mais une véritable bombe dans le cinéma français ; personne ne s’y attendait et peu pourront l’éviter.

Les Misérables est par ailleurs un film tout ce qu’il y a de plus recherché dans ses références. Si Victor Hugo est tragiquement présent, car toujours d’actualité, à chaque plan – on y voit certes Gavroche mais tout autant la Cour des Miracles – le point de vue de Stéphane, policier de Cherbourg qui débarque stupéfiait dans le quotidien de la BAC à Montfermeil, fait appel lui autant à Candide qu’à l’Ingénu. Et pourtant, le film de Ladj Ly n’a en un sens rien de « fictionnel », car même s’il prend la structure d’un récit, il est dépourvu de certains des éléments de lecture classique. À commencer par une forme de manichéisme primaire, pas nécessairement néfaste, mais qui permet souvent de donner une direction à l’histoire, soit pour en orienter la « morale », soit par simple empathie avec les personnages mais qui nous incite presque toujours à choisir un « camp ». Le réalisateur fait le choix conscient de se départir de toute binarité et le résultat n’en est que plus terrifiant. Car sans notion, même minime, du bien et du mal, quand tous les points de vues sont compréhensibles sans forcément être légitimes et que ni la loi ni la justice ne font plus sens, il n’y a simplement pas d’issu. Ces personnages tous imparfaits, tous isolés, tous insatisfaits sont dans l’impasse, et face au mur l’espoir meurt, ne survit que la rage… et le désespoir !
Peut être est-ce là que réside le thème du long métrage… Plus que des « Misérables », le film parle davantage des « Désespérés » et désespère par la réalité qu’il présente, d’autant plus qu’il ne juge pas, il ne fait que constater.

Ladj Ly signe une oeuvre qui soigne autant la forme que le fond. Suffisamment subtile pour induire le propos sans pédagogie obséquieuse et abêtissante, il accorde du temps à ses personnages pour en dresser un portrait complet, traduisant son attachement au sujet. Le dernier tiers s’emballe crescendo dans un déferlement de violence qui laisse le spectateur épuisé, autant physiquement qu’émotionnellement et qui offre un contrepoint dramatique à sa scène d’ouverture. Plus qu’un film puissant, un film important !


Réalisé par Ladj Ly
Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga etc.
France – Policier, Drame
Sortie en salle : 20 novembre 2019
Durée : 1h 42 min 

La Reine des neiges II

Some things never change…

Kezako ?

Pourquoi Elsa est-elle née avec des pouvoirs magiques ? La jeune fille rêve de l’apprendre, mais la réponse met son royaume en danger. Avec l’aide d’Anna, Kristoff, Olaf et Sven, Elsa entreprend un voyage aussi périlleux qu’extraordinaire. 

La critique d’Eugénie – 7/10

Dans le monde des euphémismes, on aurait pu dire que la suite du carton planétaire La Reine des Neiges était simplement attendue…
Évidemment, le succès du nouveau poulain de l’écurie de Mickey ne fait aucun doute, tout comme celui des psychologues qui voient leurs agendas se remplirent de parents au bord de la dépression à l’idée de revivre le même cauchemar musical qu’en 2013. Spoiler alert, si aucune chanson n’a le potentiel (prise de tête) de « Libérée, Délivrée », ne vous faites pas d’illusion : vous allez quand même en bouffer, des vocalises !

Mais qu’attendre de l’histoire ? Historiquement, les suites des classiques d’animation Disney n’ont jamais atteint la cheville de leurs modèles, reléguées au direct to DVD (ou VHS pour les plus anciens) un peu foireux qu’on préférait parfois carrément oublier. Si la firme s’est récemment confrontée à l’exercice avec Les Mondes de Ralph 2.0, seuls Pixar, et Dreamworks chez la concurrence, ont jamais réussi à fournir des suites de qualité égale, voire parfois même supérieure à celle de l’oeuvre originale (Toy Story 3, Shrek 2 etc.).
N’ayant jamais caché mon désamour pour le premier volet, je partais avec l’avantage de ne rien attendre de ce deuxième opus.
Il faut reconnaitre que le coup de génie de Frozen 2 est (marketing) d’avoir joué la carte du mystère sur son intrigue, portée notamment par un incroyable trailer d’Elsa bravant les vagues. Seul bémol de cette communication, les extraits ont dévoilé d’emblée la piètre traduction des dialogues, qui ont adapté « permafrost » – pour expliquer la nouvelle condition du bonhomme de neige Olaf (exit le nuage) – en « nappe givrée » ! Faut croire que le public français est trop con ignare pour certains termes… 

Malheureusement, l’effet de surprise s’efface assez vite à mesure que l’on entre dans une valse répétition. Les scènes musicales notamment, s’enchainent avec un franc air de déjà-vu, tant du côté des mélodies que sur les thématiques et les fonctions : la chanson d’introduction sur fond d’ellipse temporelle, celle de l’état des lieux physique et émotionnel des personnages, le thème rigolo d’Olaf, le chant de la « Libération » etc.
Cela dit, l’ensemble est plutôt plus harmonieux que pour le premier Reine des Neiges, (même si une fois encore complètement calibré pour une adaptation live à Broadway), avec quelques pépites qui mériteraient d’être davantage mise en avant, notamment « Show Yourself » et la très belle berceuse d’ouverture.

S’il est dommage qu’à peine dévoilée, l’intrigue en devienne si évidement prévisible, le voyage reste sympathique, notamment grâce au bonhomme de neige Olaf, bien plus drôle et moins énervant que dans le dernier film.
On déplore cependant un traitement assez inégal des personnages, dont une flopée de petits nouveaux complément dispensables (sauf la salamandre) mais également Kristoff qui disparaît un bon moment et souffre d’une blague trop longue avec une chanson parodique qui, même si elle fait sourire les adultes quelques secondes, nous sort un peu du film.
En parlant de rupture, certaines transitions un brin bâclées participent à donner au long métrage un air d’inachevé, en dépit de sa très haute qualité esthétique : les décors sont splendides et la scène en Mer du Nord juste dingue (joli clin d’oeil à Superman et à la forteresse de solitude au passage) ! Malheureusement pour moi, la virtuosité des animateurs n’arrive pas à me faire oublier la direction artistique des personnages qui me posait déjà un gros problème il y a six ans… Elsa et Anna, en dépit de leur maturité nouvelle, ont toujours un look de poupée Bratz limite vulgaire, contrastant avec la subtilité de leurs expressions ! D’ailleurs, il semblerait qu’à l’instar d’un téléfilm Barbie, Elsa gagne désormais une nouvelle robe magique en récompense pour chaque niveau passé… Cet esthétisme très exagéré contraste d’autant plus avec le réalisme apporté aux autres personnages, notamment masculins, auprès desquels les deux soeurs et leurs yeux surdimensionnés prennent un aspect grossier, presque caricatural.

Divertissant, le film aurait cependant eu plus sa place sur la plateforme Disney + car pour un classique de l’animation, il est à l’instar de Ralph 2.0 assez pauvre sur le plan de « l’iconique ». Disney joue et rejoue la carte du déja-vu sans n’avoir rien proposé d’original depuis Vaina et cela commence à être lassant… C’est beau de chanter que « some things never change », mais là, il nous faut du changement !


Réalisé par Jennifer Lee, Chris Buck
VO : Kristen Bell, Idina Menzel, Jonathan Groff, Josh Gad…
VF : Emmylou Homs, Charlotte Hervieux, Donald Reignoux, Dany Boon…
USA – Animation
Sortie en salle : 20 novembre 2019
Durée : 1h 44min

Trois idées de films pour Halloween

Alors prêts à frissonner ?
La nuit d’Halloween se profile de manière très diverse. Certains préfèrent s’enivrer jusqu’à l’aube, célébrant la vie autant que la mort. D’autres, plus petits (mais aussi les plus grands), se donneront une bonne occasion d’aller augmenter un peu leur taux de sucre en frappant aux portes. Mais quoi de plus délectable qu’une occasion de voir (ou revoir) des films cultes en se goinfrant de pop corn et de bonbons volés aux petits enfants?

Voici trois idées sorties du chapeau de Marcellin :

A Nightmare on Elm Street

États-Unis, 1984
De Wes Craven
Avec : Ronee Blaklay, Johnny Depp, Robert Englund

Le slasher movie est désormais une épreuve de passage pour toutes les nuits sombres d’Halloween. Véritables icônes, ces tueurs sont les symboles intemporels du frisson jouissif que l’on adore s’imposer au cinéma. Freddy est sans doute celui qui m’a le plus marqué. Pour une bonne raison : un tueur pervers qui s’immisce dans nos rêves, comment y échapper ?
Pour tous ceux qui ont connu la paralysie du sommeil, c’est un véritable enfer que de se trouver dépourvu de toute capacité d’évasion. La force de ce film est dans sa manière subtile d’amener l’angoisse au spectateur. Il y a « peu » de meurtres et pas d’abus de tripes et bouts humains en tout genre. Certes le sang coule à flot, mais c’est bien plus dans sa manière de nous questionner que Craven parvient à nous angoisser. Peut-on survivre à son propre rêve ? Je vous laisse le découvrir…

Don’t breathe

Etats-Unis, 2017
Réalisé par Fede Alvarez
Avec Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette

Allez, je triche me direz vous, j’ai déjà critiqué le film d’Alvarez. Certes, mais je ne peux pas m’empêcher de mettre ce chef d’oeuvre dans cette liste.
Le réalisateur tient le pari d’un bon film pour Halloween : celui d’un huis clos infernal, baignant dans le noir et le silence. La terreur qui nous envahit à chaque tentative de survie des protagonistes nous monte au nez, nous surprend même dans le malaise qu’elle instaure. Tandis que nous trépignons sur nos chaises, les trois protagonistes feront face à leur propre sort !
Le film est surtout doté d’une esthétique incroyable, nous faisant évoluer dans une ville décharnée qui est malheureusement très contemporaine. Et si finalement la menace la plus intense ne résidait pas dans les rues, mais entre quatre murs d’une prison qu’ils ont choisi de pénétrer ?

Halloween, la nuit des masques

Etats-Unis, 1978
De John Carpenter
Avec : Jamie Lee Curtis

Culte vous avez dit culte? Halloween, la nuit des masques est LE film à voir pour faire honneur à ce terme le soir du 31.
Une histoire simple, mais outrageusement efficace, d’un tueur qui se balade pour exterminer des ados. Mais attention, Michael Myers est un inconnu tout le long de l’histoire, et c’est là où le film diffuse tout son aura. Celle d’un long métrage mesurée, calibré au millimètre. Suivre le périple d’un psychopathe impossible à tuer, les essoufflements de ses victimes, la présence fantomatique de Myers, tout est réuni pour passer un moment d’angoisse absolument délicieux.

Joyeux Halloween les petits monstres !

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Joker

What doesn’t kill the Phoenix…

Kezako ?

Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société. 

La critique d’Eugénie – 9,5/10
♥ Coup de cœur

Il y a des films attendus. Des succès commerciaux assurés, parfois même des films déjà rentables avant leurs sorties en salles (préventes et merchandising). Mais rares sont les films encensés avant leur projection. Ce fut le cas du Joker de Todd Phillips qui a déchaîné les passions des cinéphiles et des fans des comics dès son annonce. Comme si après les désastreux Suicide Squad, Dawn of Justice et Justice League, la lumière perçait enfin dans l’univers dégoulinant de CGI de la Warner Bros. La raison ? La présence de Joaquin Phoenix dans le rôle-titre ! Assurément, ça ne pouvait faire qu’un bon film… et même peut être, un GRAND film !

Pari gagné sur tous les fronts ! Joker est le film tant attendu et plus encore, la pièce maîtresse qui consacre un univers encore trop souvent réduit à celui de l’enfance ! Car si les films, dit de « super-héros » pour le grand public, et de « comics » pour les puristes, connaissent un succès majeur au grand écran depuis deux décennies, sa nature est lui encore trop souvent caricaturé et snobé par une partie des élites culturelles. Sam Raimi a su démocratiser le genre avec la trilogie Spider-Man au début des années 2000, et si Nolan l’a fait passer dans la cour des grands avec celle de Batman, Todd Phillips vient de lui offrir sa lettre de noblesse. Joker est le parfait exemple de ce que le cinéma peut sublimer quand le matériel de base est riche et respecté ! À commencer par un esthétisme.

Un brin punk, dissonante, dérangeante, la laideur qui s’impose partout à Gotham est magnifiée à l’image. La ville ne s’exprime que par la violence, qu’elle impose sans cesse au personnage d’Arthur Fleck, clown psychologiquement fragile vivant dans la pauvreté avec sa mère (superbe Frances Conroy). Quand la caméra ne tremble pas, fébrile face à l’immobilisme, elle vient isoler son personnage poussant constamment la rupture. Ruptures entre Arthur et les autres, mais aussi ruptures entre le propos, le son et l’image qui soulignent l’absurdité lattante de chaque scène. Ainsi, les rares moments de grâce d’Arthur sont des scènes de danse surréalistes, quand après avoir commis ses crimes, il s’éveille, il se trouve, il vit et surtout il se sent vivre. Une bande originale démentielle leur apporte un contrepoint maladif et gênant quand d’autres séquences sont plombées par un thème délicieusement pesant.

C’est sur ces entrechats que se dessine le plus clairement le caractère nihiliste du Joker, une déshumanisation bien plus marquée que dans les démonstrations de violence. Un être déshumanisé qui prend corps (maigrissime) sous les traits et le rire de Joaquin Phoenix, au sommet de son art ! L’acteur offre une interprétation différente de celle (pareillement mémorable) d’Heath Ledger, ce qui lui permet d’éviter toute comparaison. De fait, ces Joker ne sont pas les mêmes, mais bien deux itérations différentes. Et si certains craignent de voir donner une « origin story » à un personnage qui, mis à part le comics The Killing Joke de 1988, n’a jamais été défini par son passé, qu’ils se rassurent : Le film n’impose rien, il ne fait que proposer, avec un profond respect pour le matériel de base. On en regretterait presque la présence un peu trop appuyée de Bruce Wayne d’ailleurs.  
La descente aux enfers d’Arthur Fleck se repose ainsi autant sur l’acquis que sur l’instant, un équilibre subtil qui ne laisse néanmoins aucune ambiguïté sur le personnage : il n’est PAS un anti-héros !

Certaines scènes inspirent certes de l’empathie pour le personnage, mais à aucun moment elles ne justifient ses actes, balayant d’un revers de la main toutes les pseudo-critiques sur la responsabilité du film. Joker est un long-métrage pour adultes et qui considère son public comme tel, donc apte à se forger sa propre opinion. Joker ne juge pas, il ne prend pas parti, il ne tombe pas dans le misérabilisme, l’apitoiement ou la provocation, pas plus qu’il ne se fait l’étendard d’un propos politique, à l’instar de son protagoniste. Non, il raconte simplement une histoire et sa réalité. Ainsi, même si le contexte délétère entérine la métamorphose d’Arthur en Joker, même si la critique sociale s’entend en arrière-plan (atteignant son apogée lors de la rencontre avec un Thomas Wayne déconnecté, incapable de reconnaître la souffrance), même si les traumatismes de l’enfance ont fertilisé le terreau, jamais le récit ne dédouane le Joker de ses actes. Car, tout comme les orphelins ne deviennent pas tous Batman, les exclus de la société ne deviennent pas tous le Joker. D’ailleurs, celui-ci ne revendique pas de combat « social », il ne fait que le subir, le constater et jouir de la violence qui en découle.

Psychologique, intelligent, fort, violent, le film sait aussi prendre son temps pour travailler en profondeur son récit. Joker est suffisamment conscient de lui-même pour prendre des risques tout en maintenant toujours une forme de distance avec son propos. Avis d’ailleurs aux spectateurs un peu trop « premier degré » qui commentaient le film à la sortie de la séance. Il s’agit d’une adaptation de l’histoire d’un super vilain de comics… pas besoin de critiquer le réalisme des scènes d’émeutes ou encore de les comparer aux gilets-jaunes (même si ça m’a bien fait marrer). Car le Joker est avant tout une incarnation du chaos. Quant au film, il ne fait que rappeler que chaque homme a en lui un potentiel de violence et en explore les possibilités les plus extrêmes, car le désespoir fait partie de notre patrimoine culturel comme la folie de notre héritage génétique. Du reste, Oscar Wilde le disait déjà en 1891 : « Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer ».

La critique de Marcellin – 9,5/10
♥ Coup de cœur

Le Joker signe son grand retour. Après sa catastrophique participation au film Suicide Squad, porté à l’écran par Jared Leto, je ne pouvais qu’exalter à l’idée de mettre en scène le brillant Joaquin Phoenix dans un film exclusivement dédié à l’histoire de ce personnage si complexe.

Et quelle réjouissance ! Dès la première scène je me sens frissonner de bonheur lorsque nous assistons à cette mise en bouche, ce sourire, ce regard désespéré et glaçant du Joker face à son reflet.
En supprimant toute allusion à un potentiel univers fantastique possédé par les super héros, le réalisme brut de ce Gotham des années 70 nous étouffe. Une ambiance poisseuse se dessine, la tension permanente qui prend cette ville au tripes vont participer à l’émergence d’un symbole : on assiste à la naissance du Gotham que nous connaissons. Cette atmosphère nauséeuse est renforcée par un constat : Gotham City est construite dans l’idée qu’elle est à l’image de n’importe quelle grande métropole mondiale. Un sentiment familier commence alors à nous envahir, et c’est dans son pouvoir d’identification que ce film tire toute sa force.  Car Todd Philipps critique ouvertement notre société, la politique mondiale et en particulier celle de son pays. En plein ère Trump, Joker est une attaque violente contre l’abus des riches et l’abandon des classes inférieures.
Tout le long du film est distillé un signal d’alarme : cette « folie dehors », celle qui gangrène Gotham, Arthur en deviendra le symbole, celui de cette population laissée pour compte. Il fera de cette folie son destin, pour se transformer en fer de lance du chaos. Ce système qui l’a abandonné a ainsi crée son propre monstre. Joker devient alors ce qu’il a toujours été à mes yeux : l’antéchrist. Nous verrons dans le film que Batman n’existe pas encore mais leurs destins sont déjà liés : la naissance du justicier et de son adversaire ont une même racine.
Un imaginaire biblique se dessine durant le film, surprenant mais subtil à la fois. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » se répète dans notre tête. Par ailleurs, plus le film avance, plus nous commençons à nous interroger : est-ce une descente aux enfers ou une montée vers la lumière ? Je vous laisse vous en faire votre propre idée.
Ces nombreuses réflexions autour du récit sont d’une richesse incroyable pour le spectateur, car il ne peut que s’approprier, vivre, ressentir ce chef d’œuvre qui lui est proposé. Ceci est possible grâce à la maîtrise du réalisateur. Nous sommes obnubilés par l’ascension du Joker, qui a pris place suite à la douce et lente mort de Arthur ; car aucun second rôle ne vient interférer dans cette obsession.
Mais je dois surtout rendre à César ce qui est à César : merci Joaquin Phoenix. Merci d’avoir apporté tant de dimension à ce personnage incroyable en nous livrant un jeu d’une précision absolue, pour nous marquer à jamais d’un personnage profond. Phoenix a littéralement donné corps au Joker, au propos du film, à son univers, à sa première comme à sa dernière scène. La symbolique du corps est un aspect qui m’a réellement marqué. Ce corps décharné, aliéné, résolu d’Arthur se mue lorsqu’il devient Joker. Il se dresse face à son destin, aux autres et imprègne chaque lieu et chaque instant d’un charisme magnétique.
Un instant de l’œuvre illustre cela : celui d’une transe macabre, une frénésie tragique, une danse glaçante et poignante de beauté, qui nous délivre un moment d’une noirceur infinie. Le pouvoir du corps dans une scène muette.

Vous l’avez constaté, il est difficile pour moi de trouver des critiques négatives à émettre contre ce film qui m’a bouleversé. Cependant , je dois l’avouer, la première heure du film m’a fait quelque peu douter. Des histoires connexes viennent légèrement parasiter le propos, notamment celle qui la lie avec Wayne. Cette dernière traîne en longueur, j’ai eu la sensation amère d’un besoin de justifier à tout prix par cette relation le désespoir d’Arthur, de combler des blancs. Inutile pour un Joker qui n’a nullement besoin de justification ! Des histoires d’amour viennent également se greffer, que je n’estime pas essentielles pour en venir au propos qui se suffit à lui-même. Mais pire, un raccourci freudien plus que facile vient me sauter aux yeux en plein milieu du film !

Cependant, tout ce que j’avais tiré dans le doute de cette première heure s’efface au profit d’un conclusion finale bouleversante. Je passe les dernières minutes du film frémissante, le sourire accroché aux lèvres, comblée par un tel chef d’œuvre.
Joker a définitivement rempli son contrat : « let’s put a smile on that face »


Réalisé par Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy etc.
USA, Canada – Drame
Sortie en salle : 09 octobre 2019
Durée : 2h 12 min 

Le Roi Lion

It’s the circle of cash

Kezako ?

Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l’ancien héritier du trône, a ses propres plans. 

La critique d’Eugénie   –   5/10

Le Disney phare des années 90 fait son retour sur grand écran avec un lifting numérique qui ne convainc pas tout le monde.

Si la première partie donne dans le mimétisme pour mieux valoriser la prouesse technologique, elle relève aussi d’un fan service complètement assumé et ne s’affranchit donc jamais de la comparaison avec l’original.
Cela dit, force est de constater que l’image est impressionnante, davantage par dextérité technique que par parti pris artistique mais tout de même, vraiment impressionnante ! Cependant, le photoréalisme montre lui aussi ses limites dans la transcription des émotions, les adorables bouilles des lionceaux ayant bien du mal à illustrer la peur et la tristesse. Une limite qui se ressent d’autant plus dans la célèbre scène de la mort de Mufasa, traumatique pour toute une génération, qui ici ne reste que vaguement émouvante grâce à la musique d’Hans Zimmer et à l’écho du dessin animé.

Le live action essaye de compenser ce manque de nuance en prenant plus de temps sur les transitions (parfois trop) et les dialogues ; une démarche qui, sans recréer la poésie de l’animation, s’articule autour d’une respiration profonde, presque contemplative ce qui sied plutôt bien à l’ambition technique du film. Réalisme oblige, les éclipses narratives sont plus difficiles à avaler que dans un dessin animé et c’est par ce rythme plus lent que Le Roi Lion évite élégamment les incohérences et maintient l’illusion de « crédibilité »… pour un temps seulement !
Les retrouvailles entre Simba et Nala adultes sont ainsi complètement télescopées et enchaînent sur une séquence romantique dénuée de toute subtilité qui devient presque parodique. Un problème accentué par le doublage de Beyoncé dont la voix sonne trop mûre et sûre d’elle pour la jeune Nala.
La célèbre chanteuse est cependant le seul bémol d’un casting anglophone prestigieux et excellent. Pour ce qui est de la déclinaison française, on ne peut que déplorer un star talent disons douteux : d’un côté Donald Glover, Queen B et Seth Rogen et du notre Rayane Bensetti et Jamel Debbouze (on a les idoles qu’on mérite)… Au moins Jean Reno rempile dans le rôle de Musfasa là où le regretté Jean Piat ne pourra pas re-prêter sa voix au personnage de Scar (RIP Jeannot, tu nous manques).

En parlant du lion, l’oncle maléfique de Simba fait parti des personnages profitant – ou souffrant, là c’est purement subjectif – d’une légère réadaptation, moins sournois que dans le film de 1994 et plus ouvertement malveillant, dégageant la même agressivité sourde que le Shere Khan du Livre de la jungle de 2016, lui aussi réalisé par Jon Favreau (et l’un des bons reboots de Disney).
D’autres personnages bénéficient également d’un coup de fouet moderne, comme Zazou, doublé par l’excellent John Oliver, et le duo Timon et Pumba, encore plus hilarant que dans le dessin animé. À contrario, le singe Rafiki perd tout intérêt et les quelques rajouts visant à donner de la profondeur à Nala et Sarabi sont bien minces. Le réalisateur loupe dès lors la chance de réinventer son propos et de donner une valeur ajoutée scénaristique à cette version en modernisant ses thématiques et analogies politiques qui faisaient déjà débat à la sortie du film en 1994.

Bilan mitigé pour un énième reboot qui peine à justifier son existence autrement que par l’appât du gain. Si le but était une démonstration technologique capitalisant sur l’affect du public pour l’Histoire de la Vie, on aurait très bien pu se contenter de quelques scènes cultes retournées pour l’anniversaire du film.


Réalisé par Jon Favreau
VO : Donald Glover, Beyoncé, James Earl Jones, Billy Eichner, Seth Rogen…
VF : Rayane Bensetti, Anne Sila, Jean Reno, Jamel Debbouze, Alban Ivanov…
USA – Famille, Aventure
Sortie en salle : 17 juillet 2019
Durée : 1h 58min 

OSS 117 se fait la toile des Champs !

Le dimanche 07 juillet – « Comment est votre blanquette ? »

Co-organisé par la ville de Paris et le Comité Champs-Élysées, l’événement Un Dimanche au Cinéma rempile pour une deuxième année consécutive.
Le concept est simple et pourtant terriblement réjouissant : le temps d’une soirée, les Champs-Elysées se transforment en cinéma de plein-air à grand renfort de transats et de glaces Häagen-Dazs, partenaire de l’événement (merci les gars).

Depuis juin, trois films étaient en compétition sur internet pour la projection, doublé d’un tirage au sort parmi les votants pour gagner les quelque 1700 places de la séance.
Après les Visiteurs en 2018, c’est OSS 117 de Michel Hazanavicius qui a été choisi par le public, contre Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1967) et L’Homme de Rio, de Philippe de Broca (1964). D’aucuns pourraient s’offusquer que le film le plus « populaire » l’ait emporté, en oubliant qu’OSS 117 n’est pas seulement l’une des meilleures comédies françaises, mais aussi un très bel objet de cinéma dans tous les aspects de sa réalisation, de la photographie à la bande originale.

Pour l’occasion, Jean Dujardin et Aure Atika ont même fait le déplacement et se sont volontiers prêtés aux jeux des selfies, quand Bérénice Bejo et Michel Hazanavicius ont envoyé une petite dédicace vidéo au public, le réalisateur saisissant l’occasion de rappeler que, même s’il se moque beaucoup des nazis dans son film, il ne s’agit que d’humour et n’a bien entendu rien de personnel contre les nazis.

Plus convivial qu’une séance classique, Un Dimanche au Cinéma fait partie de ces initiatives qu’on aimerait voir plus souvent renouveler à Paris. Au vu du succès de cette édition, il est plus que probable que l’événement soit reconduit l’année prochaine. Pour ceux qui auront la chance d’y assister, un petit conseil d’anticipation, pensez à la casquette (le temps que le soleil passe derrière l’Arc de Triomphe) et au sweat pour se protéger du petit vent frais.

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par Eugénie

 

Spider-Man: Far From Home

Les surdoués en vacances

Kezako ?

L’araignée sympa du quartier décide de rejoindre ses meilleurs amis Ned, MJ, et le reste de la bande pour des vacances en Europe. Cependant, le projet de Peter de laisser son costume de super-héros derrière lui pendant quelques semaines est rapidement compromis quand il accepte à contre coeur d’aider Nick Fury à découvrir le mystère de plusieurs attaques de créatures, qui ravagent le continent !

La critique d’Eugénie – 8/10

Conclusion de la phase 3, ce Spider-Man pourrait être le plus clivant de la franchise, en séduisant les fans des comics mais délaissant un public plus large en abordant les aspects les plus complexes de l’univers super-héroïque #multiverse.

Commençons sans spoiler : Far From Home reste dans la veine du « teenage movie », version film de vacances, et embarque la classe de Peter Parker pour un voyage à travers une Europe fantasmée, mais passons…. Après deux derniers Avengers très lourd émotionnellement, ce souffle de fraîcheur est plus que bienvenu. Toujours très respectueux de l’esprit des premiers comics, le film aborde avec intelligence l’évolution de son héros, partagé entre les affres de l’adolescence et les responsabilités que lui imposent ses pouvoirs, venant inévitablement perturber sa vie et ses relations. Tom Holland s’impose une fois encore comme la meilleure interprétation de l’équation Peter Parker = Spider-Man (RIP Tobey Maguire). Bon j’avoue je suis un peu de parti pris, j’adore cet acteur surtout depuis sa performance au Lip Sync Battle… Mais il n’empêche que l’humour, la maladresse et le côté « galérien » du personnage sont parfaitement retranscrits. L’alchimie avec Zendaya (MJ) fonctionne elle aussi à merveille et montre qu’il est possible de réécrire intelligemment des personnages connus de tous.

Si le long métrage est bien évidemment plus léger que les précédents opus du MCU, les conséquences d’Endgame se font encore cruellement sentir. La mémoire de Tony Stark/Iron Man plane sur le destin de Peter, articulant le scénario autour des notions de transmission et de confiance dans un très beau parallèle avec l’histoire de l’oncle Ben. Dommage néanmoins que les répercussions du claquement de doigt (le blip) n’aient pas été un peu plus étoffées, malgré une très bonne (et drôle) introduction.
Autre point négatif, on dénote plusieurs vannes qui tombent à plat et des scènes d’action présentes dans les bandes-annonces coupées du montage final…

Mais il est temps d’aborder le fond du sujet (et des spoliers) : Mysterio !
Pas de grande surprise sur l’identité du méchant pour les fans des comics et des séries animés, ceux-ci auront d’ailleurs sans doute eu un petit orgasme lors de la scène de manipulation de la réalité, blindée d’easter egg et rendant enfin le mérite dû au super-vilain au bocal ! Cette version de Mysterio est à l’image du Vautour du premier volet, on garde l’essence et les motivations du personnage pour les transposer simplement dans une autre réalité. Alors on lui pardonne le sempiternel monologue de l’antagoniste qui explique son plan machiavélique, après tout, Mysterio n’est un méchant qui donne dans la subtilité.

Spider-Man: Far From Home s’achève sur deux excellentes scènes post générique, qui révèlent à la fois deux très bons twists et un énorme clin d’œil aux fans de la saga de Sam Raimi : le retour de J.K. Simmons en J. Jonah Jameson.

 


Réalisé par Jon Watts
Avec Tom Holland, Zendaya, Jack Gyllenhaal, Samuel L. Jackson…
USA – Action, Aventure
Sortie en salle : 3 juillet 2019
Durée : 2h 10min