Joker

What doesn’t kill the Phoenix…

Kezako ?

Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société. 

La critique d’Eugénie – 9,5/10
♥ Coup de cœur

Il y a des films attendus. Des succès commerciaux assurés, parfois même des films déjà rentables avant leurs sorties en salles (préventes et merchandising). Mais rares sont les films encensés avant leur projection. Ce fut le cas du Joker de Todd Phillips qui a déchaîné les passions des cinéphiles et des fans des comics dès son annonce. Comme si après les désastreux Suicide Squad, Dawn of Justice et Justice League, la lumière perçait enfin dans l’univers dégoulinant de CGI de la Warner Bros. La raison ? La présence de Joaquin Phoenix dans le rôle-titre ! Assurément, ça ne pouvait faire qu’un bon film… et même peut être, un GRAND film !

Pari gagné sur tous les fronts ! Joker est le film tant attendu et plus encore, la pièce maîtresse qui consacre un univers encore trop souvent réduit à celui de l’enfance ! Car si les films, dit de « super-héros » pour le grand public, et de « comics » pour les puristes, connaissent un succès majeur au grand écran depuis deux décennies, sa nature est lui encore trop souvent caricaturé et snobé par une partie des élites culturelles. Sam Raimi a su démocratiser le genre avec la trilogie Spider-Man au début des années 2000, et si Nolan l’a fait passer dans la cour des grands avec celle de Batman, Todd Phillips vient de lui offrir sa lettre de noblesse. Joker est le parfait exemple de ce que le cinéma peut sublimer quand le matériel de base est riche et respecté ! À commencer par un esthétisme.

Un brin punk, dissonante, dérangeante, la laideur qui s’impose partout à Gotham est magnifiée à l’image. La ville ne s’exprime que par la violence, qu’elle impose sans cesse au personnage d’Arthur Fleck, clown psychologiquement fragile vivant dans la pauvreté avec sa mère (superbe Frances Conroy). Quand la caméra ne tremble pas, fébrile face à l’immobilisme, elle vient isoler son personnage poussant constamment la rupture. Ruptures entre Arthur et les autres, mais aussi ruptures entre le propos, le son et l’image qui soulignent l’absurdité lattante de chaque scène. Ainsi, les rares moments de grâce d’Arthur sont des scènes de danse surréalistes, quand après avoir commis ses crimes, il s’éveille, il se trouve, il vit et surtout il se sent vivre. Une bande originale démentielle leur apporte un contrepoint maladif et gênant quand d’autres séquences sont plombées par un thème délicieusement pesant.

C’est sur ces entrechats que se dessine le plus clairement le caractère nihiliste du Joker, une déshumanisation bien plus marquée que dans les démonstrations de violence. Un être déshumanisé qui prend corps (maigrissime) sous les traits et le rire de Joaquin Phoenix, au sommet de son art ! L’acteur offre une interprétation différente de celle (pareillement mémorable) d’Heath Ledger, ce qui lui permet d’éviter toute comparaison. De fait, ces Joker ne sont pas les mêmes, mais bien deux itérations différentes. Et si certains craignent de voir donner une « origin story » à un personnage qui, mis à part le comics The Killing Joke de 1988, n’a jamais été défini par son passé, qu’ils se rassurent : Le film n’impose rien, il ne fait que proposer, avec un profond respect pour le matériel de base. On en regretterait presque la présence un peu trop appuyée de Bruce Wayne d’ailleurs.  
La descente aux enfers d’Arthur Fleck se repose ainsi autant sur l’acquis que sur l’instant, un équilibre subtil qui ne laisse néanmoins aucune ambiguïté sur le personnage : il n’est PAS un anti-héros !

Certaines scènes inspirent certes de l’empathie pour le personnage, mais à aucun moment elles ne justifient ses actes, balayant d’un revers de la main toutes les pseudo-critiques sur la responsabilité du film. Joker est un long-métrage pour adultes et qui considère son public comme tel, donc apte à se forger sa propre opinion. Joker ne juge pas, il ne prend pas parti, il ne tombe pas dans le misérabilisme, l’apitoiement ou la provocation, pas plus qu’il ne se fait l’étendard d’un propos politique, à l’instar de son protagoniste. Non, il raconte simplement une histoire et sa réalité. Ainsi, même si le contexte délétère entérine la métamorphose d’Arthur en Joker, même si la critique sociale s’entend en arrière-plan (atteignant son apogée lors de la rencontre avec un Thomas Wayne déconnecté, incapable de reconnaître la souffrance), même si les traumatismes de l’enfance ont fertilisé le terreau, jamais le récit ne dédouane le Joker de ses actes. Car, tout comme les orphelins ne deviennent pas tous Batman, les exclus de la société ne deviennent pas tous le Joker. D’ailleurs, celui-ci ne revendique pas de combat « social », il ne fait que le subir, le constater et jouir de la violence qui en découle.

Psychologique, intelligent, fort, violent, le film sait aussi prendre son temps pour travailler en profondeur son récit. Joker est suffisamment conscient de lui-même pour prendre des risques tout en maintenant toujours une forme de distance avec son propos. Avis d’ailleurs aux spectateurs un peu trop « premier degré » qui commentaient le film à la sortie de la séance. Il s’agit d’une adaptation de l’histoire d’un super vilain de comics… pas besoin de critiquer le réalisme des scènes d’émeutes ou encore de les comparer aux gilets-jaunes (même si ça m’a bien fait marrer). Car le Joker est avant tout une incarnation du chaos. Quant au film, il ne fait que rappeler que chaque homme a en lui un potentiel de violence et en explore les possibilités les plus extrêmes, car le désespoir fait partie de notre patrimoine culturel comme la folie de notre héritage génétique. Du reste, Oscar Wilde le disait déjà en 1891 : « Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer ».

La critique de Marcellin – 9,5/10
♥ Coup de cœur

Le Joker signe son grand retour. Après sa catastrophique participation au film Suicide Squad, porté à l’écran par Jared Leto, je ne pouvais qu’exalter à l’idée de mettre en scène le brillant Joaquin Phoenix dans un film exclusivement dédié à l’histoire de ce personnage si complexe.

Et quelle réjouissance ! Dès la première scène je me sens frissonner de bonheur lorsque nous assistons à cette mise en bouche, ce sourire, ce regard désespéré et glaçant du Joker face à son reflet.
En supprimant toute allusion à un potentiel univers fantastique possédé par les super héros, le réalisme brut de ce Gotham des années 70 nous étouffe. Une ambiance poisseuse se dessine, la tension permanente qui prend cette ville au tripes vont participer à l’émergence d’un symbole : on assiste à la naissance du Gotham que nous connaissons. Cette atmosphère nauséeuse est renforcée par un constat : Gotham City est construite dans l’idée qu’elle est à l’image de n’importe quelle grande métropole mondiale. Un sentiment familier commence alors à nous envahir, et c’est dans son pouvoir d’identification que ce film tire toute sa force.  Car Todd Philipps critique ouvertement notre société, la politique mondiale et en particulier celle de son pays. En plein ère Trump, Joker est une attaque violente contre l’abus des riches et l’abandon des classes inférieures.
Tout le long du film est distillé un signal d’alarme : cette « folie dehors », celle qui gangrène Gotham, Arthur en deviendra le symbole, celui de cette population laissée pour compte. Il fera de cette folie son destin, pour se transformer en fer de lance du chaos. Ce système qui l’a abandonné a ainsi crée son propre monstre. Joker devient alors ce qu’il a toujours été à mes yeux : l’antéchrist. Nous verrons dans le film que Batman n’existe pas encore mais leurs destins sont déjà liés : la naissance du justicier et de son adversaire ont une même racine.
Un imaginaire biblique se dessine durant le film, surprenant mais subtil à la fois. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » se répète dans notre tête. Par ailleurs, plus le film avance, plus nous commençons à nous interroger : est-ce une descente aux enfers ou une montée vers la lumière ? Je vous laisse vous en faire votre propre idée.
Ces nombreuses réflexions autour du récit sont d’une richesse incroyable pour le spectateur, car il ne peut que s’approprier, vivre, ressentir ce chef d’œuvre qui lui est proposé. Ceci est possible grâce à la maîtrise du réalisateur. Nous sommes obnubilés par l’ascension du Joker, qui a pris place suite à la douce et lente mort de Arthur ; car aucun second rôle ne vient interférer dans cette obsession.
Mais je dois surtout rendre à César ce qui est à César : merci Joaquin Phoenix. Merci d’avoir apporté tant de dimension à ce personnage incroyable en nous livrant un jeu d’une précision absolue, pour nous marquer à jamais d’un personnage profond. Phoenix a littéralement donné corps au Joker, au propos du film, à son univers, à sa première comme à sa dernière scène. La symbolique du corps est un aspect qui m’a réellement marqué. Ce corps décharné, aliéné, résolu d’Arthur se mue lorsqu’il devient Joker. Il se dresse face à son destin, aux autres et imprègne chaque lieu et chaque instant d’un charisme magnétique.
Un instant de l’œuvre illustre cela : celui d’une transe macabre, une frénésie tragique, une danse glaçante et poignante de beauté, qui nous délivre un moment d’une noirceur infinie. Le pouvoir du corps dans une scène muette.

Vous l’avez constaté, il est difficile pour moi de trouver des critiques négatives à émettre contre ce film qui m’a bouleversé. Cependant , je dois l’avouer, la première heure du film m’a fait quelque peu douter. Des histoires connexes viennent légèrement parasiter le propos, notamment celle qui la lie avec Wayne. Cette dernière traîne en longueur, j’ai eu la sensation amère d’un besoin de justifier à tout prix par cette relation le désespoir d’Arthur, de combler des blancs. Inutile pour un Joker qui n’a nullement besoin de justification ! Des histoires d’amour viennent également se greffer, que je n’estime pas essentielles pour en venir au propos qui se suffit à lui-même. Mais pire, un raccourci freudien plus que facile vient me sauter aux yeux en plein milieu du film !

Cependant, tout ce que j’avais tiré dans le doute de cette première heure s’efface au profit d’un conclusion finale bouleversante. Je passe les dernières minutes du film frémissante, le sourire accroché aux lèvres, comblée par un tel chef d’œuvre.
Joker a définitivement rempli son contrat : « let’s put a smile on that face »


Réalisé par Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro, Zazie Beetz, Frances Conroy etc.
USA, Canada – Drame
Sortie en salle : 09 octobre 2019
Durée : 2h 12 min 

Harry Potter Tour in London

Once more with magic – « London calling to the faraway towns… » et Eugénie et Marcellin répondent à cet appel !

Si la qualité des films Harry Potter est pour le moins inégale, il n’est reste pas moins que la visite des studios Warner de Leavesden est ce qui s’apparente le plus à un pèlerinage pour tous fans de la saga. Et bien qu’ayant une affection mille fois supérieure pour les romans, Eugénie est de ceux-là (GO Serdaigle !).
Revenir sur les qualités et les défauts de la franchise mériterait d’ailleurs un article complet, mais pour les besoins de cette chronique, je vais faire bref : grosse affection pour les numéros 1, 2, 7 et 8, coup de cœur pour le 3 (Le Prisonnier d’Azkaban), et amère déception (voir dégoût) pour les 4, 5 et 6.

20180331_132209.jpgIl n’empêche, la visite des décors reste un moment fort et féerique qui replonge dans la magie de l’univers de J. K. Rowling et d’un mastodonte du cinéma.
C’est au détour d’un séjour à Londres, entre Camden et Piccadilly, qu’Eugénie & Marcellin sont allés s’immerger dans le Potterverse.
Accessible directement en bus depuis le centre de la capitale, l’immersion est immédiate ! À noter que l’audioguide est IN-DI-SPEN-SA-BLE si vous êtes un fan de la saga. Des détails connus aux anecdotes de tournage en passant par les secrets de fabrication, le guide apporte son lot de compléments à la visite qui témoignent de l’envergure de la franchise.

20180331_141348.jpgTrès développée du point de vue du storytelling, la visite ne rentre définitivement pas dans la case des attrapes touristes ! La découverte des bâtiments, des décors, de leurs dimensions donne une excellente vision des espaces lors des tournages, sans compter les innombrables accessoires, costumes et autres objets cultes qui participent au réalisme de l’univers. Au détour des salles, on prend plaisir à se perdre dans la forêt Interdite, on s’émerveille devant les dimensions du Ministère de la Magie et on rêve d’évasion devant la rutilante locomotive du Poudlard Express. Les décors laissent peu à peu la place aux secrets de fabrication qui mettent en lumière le travail monstre des petites mains derrière l’illusion : maquillage, costumes, effets spéciaux et autres concept art. Dernière étape du tour, la monumentale maquette de Poudlard qui représente à elle seule une visite en soi. Difficile d’en dire plus sans spolier complètement l’exposition. Les studios de la Warner font vraiment partie des expériences qui se vivent plus qu’elles ne se racontent et qui séduiront autant les fans que les néophytes, les enfants comme les adultes.

La visite s’achève par un passage obligatoire dans la boutique, véritable Caverne aux Merveilles de Goodies et lieu de torture pour les petits budgets car tout y est alléchant. En ce qui me concerne, j’en suis quitte pour quelques souvenirs aux couleurs de ma maison (Serdaigle) mais aussi pour mes amis Poufsouffle et Serpentard (dont Marcellin – mon filou de petit serpent).

20180331_151741.jpgpar Eugénie

Carnival Row, que vaut la série fantastique d’Amazon ?

Steampunk fairy’s tale

Kezako ?

Dans un monde fantastique à l’époque victorienne, les créatures mythologiques doivent fuir leur pays ravagé par la guerre. Exilés dans la ville de The Burgue, la cohabitation avec les humains s’annonce difficile. Le détective Rycroft Philostrate et une fée réfugiée du nom de Vignette Stonemoss vivent une dangereuse relation alors même que Philo doit résoudre l’enquête la plus importante de sa vie : une série de meurtres à même de mettre en péril la paix déjà précaire.

La critique d’Eugénie – 6,5/10

Amazon Prime Vidéo tente de marcher dans les pas de Netflix et de profiter de la fin (controversée) de Game of Thrones pour lancer sa nouvelle série : Carnival Row !
Aux grands maux les grands remèdes, le géant d’internet annonce en tête d’affiche deux noms célèbres, Orlando Bloom et Cara Delevingne, de quoi susciter l’intérêt du public. Autre petite spécificité, la série n’est pas une adaptation d’un succès littéraire mais bien une création 100% originale.

Dans un univers empreint de l’esthétique steampunk, les humains entrent en guerre contre les créatures mythiques pour prendre possession de leurs terres. Seule la République de « The Burgue » se range un temps du côté des fées et autres satyres, avant de retirer leurs troupes. La ville devenue terre d’accueil pour de nombreux réfugiés surnaturels est désormais gangrenée par la xénophobie et les batailles politiques. L’intrigue est non seulement alléchante mais l’univers aux influences ouvertement lovecraftiennes, en opposition aux codes fantastiques traditionnellement associés aux fées est très prometteur.
La sauce prend sans trop de mal et l’histoire se suit sans déplaisir, sachant jouer de ses atouts, à commencer par une bonne bande originale, des personnages secondaires intéressants et une satire sociale en propos de fond.

Cependant, la série ne tient pas entièrement ses promesses, notamment du côté des personnages principaux. Si les acteurs livrent une prestation tout à fait correcte, l’inégalité de leur rôle est irritante. Violette la fée, n’a que peu d’impact sur l’intrigue tout comme le réseau de résistance qu’elle intègre, quant à Philo, le personnage est encore trop « parfait » pour qu’on s’y attache vraiment. Ajouter à cela quelques intrigues secondaires mal agencées (la secte religieuse des satyres) et l’apparition un brin tardif de quelques personnages-clés et le show dévoile de grosses lacunes.

Carnival Row est l’exemple type de la série qui n’a pas encore transformé l’essai. Pour trouver son public, elle devra se dépasser en saison 2, peut-être en renforçant son axe politique et révéler tout son potentiel.


Créé par René Echevarria, Travis Beacham
Avec Orlando Bloom, Cara Delevingne, Tamzin Merchant, David Gyasi…
USA – Fantastique
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 30 août 2019
Durée par épisode : 50-67 minutes

The Handmaid’s Tale – saison 3

This Woman’s Work

Kezako ?

June n’a pas quitté Gilead afin de retrouver sa fillette, Hannah, mais aussi pour combattre le système depuis l’intérieur. Elle se voit mutée auprès de l’ancien maître d’Emily, le commandant Lawrence. Ne perdant pas de vue ses projets, elle ne sait plus sur quel pied danser avec celui-ci. Pendant ce temps, la remise en question de Serena continue…

La critique d’Eugénie – 7,5/10

La série dystopique vient de s’achever sur un épisode fort malgré une saison en demi-teinte.
Après une introduction pleine de promesse et de scènes marquantes (l’arrivée d’Emily au Canada), les épisodes suivants se sont malheureusement enlisés dans la lenteur caractéristique du show, abusant des gros plans au point d’en détourner le sens. Ainsi, l’esthétisme minutieux de la série, valorisant à la fois le jeu des acteurs et le symbolisme, s’est trop souvent réduit à du remplissage. Les longueurs sont d’autant plus pénibles qu’elles soulignent l’immobilisme scénaristique de certains arcs, quand d’autres sont clairement sous-exploités, comme la réinsertion d’Emily dans la société canadienne.

À Gilead les choses ne vont pas en s’améliorant et la série n‘épargne aucune souffrance à son héroïne, June, qui s’endurcit au point d’en devenir cruelle et par instants, inhumaine. Une inhumanité née de ses ultimes désillusions et du désespoir mais qui s’avère nécessaire au développement de l’intrigue. C’est en abandonnant ses rêves personnels que naît une ambition plus universelle : faire sortir le plus d’enfants de Gilead ! Dès lors, les derniers épisodes, tout en gardant leurs rythmes habituels, se chargent d’un suspense de chaque instant. Une fébrilité d’autant plus forte que la série nous permet pour une fois d’espérer !

C’est en cela qu’Handmaid’s Tale sait rester loin du « torture porn » souvent évoqué par ses détracteurs. Même si cette saison 3 a eu tendance à fleureter avec le genre, elle demeure avant tout pédagogique dans son approche de la violence. Brutale et choquante certes, mais plus par prévention que par sadisme. Très politisée, ses piques lancées en direction du gouvernement trumpiste sont acérés et la série se montre toujours aussi incisive quand il s’agit de parler de liberté. Ainsi, alors qu’on ne peut plus imaginer pire, même la parole peut devenir un privilège. 

Intrinsèquement féministe, The Handmaid’s Tale met plus que jamais en avant le concept de sororité face à l’adversité, et ce à différentes échelles : Moira et Emily, servantes et marthas – véritable mafia au sein de la résistance – et même un étrange trio de défis et de compassion entre June, Serena et Eleanor. Mais c’est surtout dans les rapports de force que se créaient les plus gros changements. Au sein du couple Waterford pour commencer, mais surtout entre June et le Commandant Lawrence, personnage énigmatique qui peu à peu se dessine et s’adoucit par l’amour qu’il porte à sa femme souffrant de troubles mentaux (aggravés sans aide médicale). Alors que June, la servante, gagne en force, l’homme fort de Gilead s’effrite sous le poids de la société qu’il a contribué à créer.

Annoncée comme la saison de la « révolte », la troisième est en fait plus celle des décisions et de leurs conséquences. Décisions et conséquences pour les Lawrence qui n’ont plus d’autres choix que d’échapper d’une manière ou d’une autre au régime en place. Décisions et conséquences pour les Waterford qui se trahissent tour à tour – qu’il est jouissif de voir ces deux-là en difficulté. Mais surtout décisions et conséquences pour June qui aura causé plus ou moins directement la mort de cinq personnages : la martha de sa fille Hannah, Ofmatthew, le commandant Winslow, Eleanor (dans une scène bouleversante) et l’Oeil du dernier épisode.
La série s’achève sur un nouveau cliffhanger et une lancée plus franche vers la résistance. Espérons que la saison 4 saura ne conserver que le meilleur de ce cru 2019 et, sans tomber dans l’optimisme, diluer un peu plus d’espoir et de contestation pour rester aussi fascinante que dans son dernier tronçon. En bref, fini les palabres, place aux actions !


Créé par Bruce Miller
Avec Elisabeth Moss, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Samira Wiley, Alexis Bledel…
USA – Drame, Science-fiction
Saison 3 (13 épisodes) diffusée depuis le 5 juin 2019
Durée par épisode : 43–62 minutes

Top 5 des meilleures séries selon Eugénie & Marcellin

Qu’on se le dise tout de suite, il ne s’agit pas d’établir objectivement le classement des meilleures séries de tous les temps, tout simplement parce que c’est impossible !
Les séries sont plus que jamais devenu un 8ème art en soi, tant par leur format, leur médium et leurs propos. Et comme tout élément de culture, elles sont susceptibles à un moment donné de nous influencer, d’entrer en résonance avec nos goûts, nos pensées, notre vision artistique et par là même, de les refaçonner !
Eugénie et Marcellin ont sélectionné les cinq séries qui ont réussi à marquer nos vies au point de devenir des piliers de notre culture audiovisuelle.

Les n°5 : Malcolm VS Strangers Things

Le choix de Marcellin : Malcom – Cette série n’est pas la plus visuelle, la plus poétique ou encore la plus complexe mais c’est sans aucun doute la plus efficace. Malcolm et sa famille nous aura fait rire aux larmes, nous entraînant dans leur vie trépidante à chaque nouveaux épisodes. Aussi affligeant que touchant, chaque membre de cette tribu a agit sur nous comme une madeleine de Proust, rappelant à chacun d’entre nous des souvenirs d’enfances plus ou moins glorieux ! La parcours atypique et délirant de cette middle class était une réjouissance télévisuelle, où il suffisait de profiter d’une bonne série et de son humour décalé. Dénuée de toute prétention, Malcom est un irrésistible moment à passer ; c’est d’ailleurs une des rares séries que je pourrais visionner ad vitam aeternam ! Chaque personnage est hilarant, créant un ensemble d’une délicieuse impertinence et une bonne dose d’antidépresseurs ! Cette série est juste dans  absolument tous ses aspects, et elle a su viser dans nos cœurs, en plein dans le mille 😉

La sélection d’Eugénie : Strangers Things – Beaucoup d’appelés mais peu d’élus…. Parmi l’excellent cru sériephile de ces dernières années, WestworldHandmaid’s Tale et Black Mirror auraient toutes pu prétendre à la cinquième place bien que pour des raisons différentes, mais c’est finalement Strangers Things qui s’est imposé (malgré une saison 3 très décevante) ! Là où j’attends encore des autres qu’elles passent l’épreuve du temps, la série des frères Duffer a réalisé un véritable hold-up en devenant culte dès sa première saison ! On pourrait chanter les louanges du casting, la qualité de l’image et des effets spéciaux, de la photographie, de la bande originale et du scénario, mais on ne va pas se mentir… si Strangers Things se classe aussi haut, c’est parce qu’elle joue la carte de la nostalgie ! Avec son univers délicieusement vintage, la série nous replonge dans les années 80, celle de E.T. et des Goonies, d’Alien et de The Thing avec une touche de mystère à la Stephen King qui lui donne tout son charme rétro, singulier et angoissant !

Le n°4 : American Horror Story VS Malcolm & Sex and the City

Le choix de Marcellin : American Horror Story – Il fallait bien assouvir mon côté sorcière dans ce classement ! Et je suis ravie de faire un double hommage à Ryan Murphy, que j’estime comme un très grand showrunner. Je dois l’avouer, AHS est une série assez inégale. La première saison fut un véritable coup de cœur, et cette passion a eu tendance à évoluer en dent de scie. Pourtant elle réussit à être constante sur un point : le traitement de la peur. Sorcières, fantômes, freaks, fin du monde… AHS parcourt avec curiosité et dévouement des sources de peur liées au genre humain. Je me dois donc de saluer sincèrement cette volonté de créer une série horrifique digne de ce nom. Pourtant, l’enchaînement des différents chapitres connaît des moments de flottement, de déjà vu, et même d’excès. Certaines saisons, qui pourtant s’avéraient très prometteuses par leur choix de thématiques, furent d’amères déceptions quant aux parti pris scénaristiques.
Malgré cela, AHS est un véritable bijou visuel, et s’intéresse à des sujets très peu exploités dans des séries télévisées (du moins avec brio !). L’ensemble regorge de multiples qualités : personne ne peut rester de marbre face à une telle oeuvre. Nous passons par toutes les émotions possibles : le rejet, la peur, le rire, le désir… AHS est une véritable expérience télévisuelle !
Et elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Car au delà de nous jeter en pâture à une horreur pure et simple, la série s’abreuve d’une dimension politique et sociale. Un engagement qui se distille tout au long des saisons et que je vous laisse découvrir 🙂
Car comme disait Coluche : « l’horreur est humaine« 

La sélection d’Eugénie : Malcolm ex aequo Sex and the City – Bon, je sais que des ex aequo c’est un peu de la triche, mais je suis incapable de choisir entre ces deux séries qui n’ont en commun que l’humour et le fait que je ne m’en lasse toujours pas malgré les rediffusions. Entre histoire de famille déjantée et aventures décomplexées entre copines, toutes les deux ont marqué leur genre et leur époque. La famille de Malcolm venait trancher avec toutes celles des sitcoms bien proprettes par son irrévérence à la limite du parodique, et si Sex and the City a moins bien vieilli, elle reste pionnière dans sa représentation des femmes et de leur sexualité ! Si je ne devais adresser qu’un mot à ces séries, ce serait merci ! Merci pour Hal et Miranda, pour Dewey et Samantha et pour ces innombrables fous rires !

Le n°3 : Skins VS Game of Thrones

Le choix de Marcellin : Skins – « On est pas sérieux quand on a dix-sept ans« . C’est à cet âge plein de revendications que j’ai découvert LA série qui m’a fait réaliser qu’être un ado est un doux fléau. L’adolescence, cette période de transition d’une brutalité qu’on connaîtra qu’une seule fois dans sa vie. Cette époque moyen-âgeuse où l’on oscille entre ombre et lumière. Encore aujourd’hui, Skins reste à mes yeux la seule qui a su retranscrire ce sentiment étrange de vouloir faire comme les autres tout en se sentant seul au monde. La série construit à travers tous ses protagonistes une palette incroyable de personnalités que l’on a tous plus ou moins connus durant notre adolescence. Cette pluralité nous offre l’occasion de voir porter à l’écran des instants, des pensées, des actes qui faisaient de nous des êtres si mystérieux. Skins arrive à combiner fantasme et réalité, celle d’une liberté dont nous rêvions et celle de la condition à laquelle nous appartenions. Des thèmes tabous tels que la drogue, le sexe, le suicide mais aussi plus honorables tels que l’amour, l’amitié et la confiance participent à créer la grandeur de cette série. Ils s’entrechoquent, se lient et se délient pour tout simplement faire réaliser à son spectateur toute la complexité d’un âge que l’on pensait bête et inutile. Et pourtant, c’est de cette ère que nous avons tiré l’adulte que nous sommes.

La sélection d’Eugénie : Game of Thrones – Ne t’en déplaise Marcellin mon poussin, mais Skins aurait plus sa place dans le classement de mes plus grosses déceptions. Après trois saisons hypnotiques, la quatrième a laissé tomber toute volonté de crédibilité et m’a perdue par la même occasion… Nope, ma médaille de bronze va à une série qui a fait couler beaucoup d’encre, à juste titre, ces dernier mois. De fait, Game of Thrones aurait pu être mon numéro 1 sans deux dernières saisons très décevantes (voir catastrophiques). Mais malgré le nivellement de l’écriture, le fait est qu’aucune oeuvre de fiction ne m’a procuré autant d’excitation et d’impatience depuis mes émois adolescents lors de la trilogie du Seigneur des Anneaux ou la sortie des livres Harry Potter ! Je n’ai jamais fait grand mystère de ma passion pour l’heroic fantasy, mais l’adaptation du Trône de fer a satisfait bien plus que mes attentes en tant que lectrice. Elle a donné une nouvelle ampleur à la soif de magie et d’aventure et nourrit les cerveaux reptiliens avides d’intrigues et de complots politiques tout en cultivant l’imprévisibilité et la mise à mal du manichéisme. Dommage seulement que les saisons 7 et 8 n’aient pas su maintenir ce niveau d’exigence…

Le n°2 : Mindhunter VS Kaamelott

Le choix de Marcellin : Mindhunter – Une plongée radicale dans les tourments des êtres humains les plus infâmes, ça vous dit ? Bienvenue dans le délicieux monde de la série Mindhunter. Il s’agit d’une des dernières merveilles produite par le talentueux David Fincher, sur un sujet qu’il affectionne particulièrement : les serial killers !
Le réalisateur nous délivre une série d’une intensité dramatique exceptionnelle, teintée d’un réalisme époustouflant, tant par le contexte de l’époque (le début du profilage), que par l’interprétation des acteurs incarnant les tueurs les plus notables de ces dernières décennies. Avec le créateur Joe Penhall, Fincher s’intéresse ici aux débuts complexes de cette technique visant à pénétrer les esprits tourmentés au sein même des institutions carcérales. Et quelle tâche attend ces inspecteurs ! Tenter de faire comprendre au commun des mortels, comment un être humain peut commettre des actes si abjectes sur ses pairs. La série se transforme ainsi en quête, celle visant à rationaliser l’inconcevable, à comprendre l’inimaginable. Mindhunter nous présente ainsi un duo de flics, sillonnant les routes pour prêcher la bonne parole auprès de collègues locaux, mais également se confronter directement à ces criminels afin (tenter) de comprendre leurs actes. Deux aspects majeurs font de cette oeuvre une série incroyable : ces personnages aux antipodes les uns des autres qui se confrontent sans même se comprendre, mais qui vont chacun, à leur mesure, jouer un rôle majeur. Et surtout, ces criminels, froids, effrayants, fascinants, interprétés avec brio par des acteurs de choix. Mention spéciale à Cameron Britton, jouant un Ed Kemper troublant de justesse.
On reconnaît ici la griffe Fincher : mise en scène au millimètre, des dialogues ciselés, une photographie soignée…
Chaque épisode nous montre le potentiel gigantesque de cette série, et je trépigne d’impatience de découvrir la suite de cette épopée si singulière…

La sélection d’Eugénie : Kaamelott Direct en second place du classement on retrouve non seulement une série humoristique mais aussi à une série française (la seule du classement – COCORICO) ! Et pas n’importe quelle série s’il vous plait, celle de Môssieur Alexandre Astier, notre gourou à tous, digne héritier d’Alain Chabat ! Kaamelott est une pépite d’humour, d’écriture et d’absurde. Avec ses personnages incroyables et ses répliques cultes, la série a même réussi le pari de changer de ton en cours de route et d’évoluer de façon à ne jamais être redondante (contrairement au céleri). Kaamelott est sans conteste LA série que je peux regarder en boucle indéfiniment et qui me fera toujours rire. Allez, qui veut faire un cul de chouette avec moi ?

Le n°1 : Nip/Tuck VS Buffy contre les vampires

Le choix de Marcellin : Nip/Tuck – Rares sont les séries qui sont dotés d’un magnétisme si déroutant. La grandeur de Nip/Tuck réside dans sa capacité à associer les thèmes les plus opposés :  le fantasme et la désillusion, l’amour et la haine, l’attractivité et le rejet… Tout ceci dans une précision quasi chirurgicale.
Enfermé un cocon en papier glacé, au plus haut de leur tour d’ivoire, ces personnages riches, beaux et séduisants arrivent successivement à nous dégoûter comme à nous fasciner. A travers ses protagonistes, NIP/TUCK parle ainsi de quêtes : d’identité, d’immortalité, de plaisir, de gloire… Ryan Murphy les détruit progressivement, en confrontant ces élites à une réalité brutale qu’ils pensaient loin d’eux. On perçoit ainsi tout au long de la série la mince frontière qui sépare la beauté de la laideur la plus abjecte.
Nip/Tuck était à sa sortie un véritable OVNI, abordant à l’écran de façon explicite des sujets tabous tels que le sexe, l’homosexualité, le transexualisme, le sadomasochisme… La série était d’un cynisme magistral, tout en y apportant une dimension tragique bouleversante. Nous nous délections à chaque épisode des frasques du Dr. Troy, de la vie (presque) normale du Dr. Mcnamara et de tous ces patients plus incroyables les uns que les autres. Tout en soignant l’esthétique de sa série, Murphy arrive à nous plonger dans les abîmes de l’être humain ; sa peur, ses désirs, ses hontes. Immersion dans un enfer aux portes dorées, dont on ne revient pas indemne.

La sélection d’Eugénie : Buffy contre les vampires Josh Whedon, je vous aime ! Buffy m’a forgée plus que je ne saurais le dire. Déjà car ce fût une première vision du féminisme à un âge où prédominaient encore les princesses Disney, et aussi car c’est fut la première notion de ce qui peut faire une grande série ! Épique et psychologique, il n’y a rien que Buffy n’est pas réussi ! Des héros tous devenus cultes, des méchants iconiques (big love au couple Spike/Drusila), des antihéros (Faith et re-Spike), des scènes d’action, des envolées épiques, des séquences tragiques (Innocence, Orphelines, L’Apocalypse), de l’humour, des évolutions personnelles et des dynamiques de groupe, de l’amour, des défaites et des victoires… Bref, l’importance de Buffy à l’échelle des séries télévisuelles n’est plus à démonter ! Josh Whedon a littéralement inventé le concept des bad guys récurrents sur toute une saison mais c’est aussi livré à de nombreux exercices de style dont l’héritage se perpétue encore aujourd’hui. On notera entre autre l’épisode muet (Un silence de mort – saison 4), celui des rêves (Cauchemar – saison 4), de la folie (A la dérive – saison 6), en mode comédie musicale (Que le spectacle commence – saison 6), et le plus poignant de tous, The Body (maladroitement renommé Orphelines en VF – saison 5) qui reste la plus brutale interprétation de la mort et du deuil sur le petit écran, parce que la plus réelle !
Mais il n’est pas possible de parler de Buffy sans parler du féministe complètement assumé de la série ! Si les personnages féminins ont tous une place centrale, le thème principal même repose sur la mise à bas du patriarcat et des préjugés sexistes. Loin de les nier, la série préfère les intégrer, les nuancer, les interpréter et finalement, les démentir. Parce que oui, une femme peut être forte et sensible ! Oui une héroïne peut être généreuse et violente ! Oui une femme peut être amoureuse sans être définie par son love interest ! Oui une personne invincible peut être vulnérable !
Avec son lot de réflexion sur le pouvoir, l’héroïsme et la sexualité, la série présente en sus une excellente allégorie de l’adolescence et par la suite, du passage à l’âge adulte. Buffy a dissimulé derrière un pitch putassier et un brin ridicule, une pom pom girl qui démonte du monstre, la série la plus travaillée et symbolique des années 90 !

Toutânkhamon s’expose à la Villette

Présentée par le Ministère des Antiquités égyptiennes à la Grande Halle de la Villette, l’exposition Toutânkhamon, le Trésor du Pharaon dévoile plus de 150 pièces maîtresses, dont 50 voyagent pour la première fois hors d’Égypte – jusqu’au 22 septembre.

 

Le dimanche 21 juillet – Le Trésor du phare à On (les vrais savent)

En novembre 1922, l’archéologue Howard Carter a fait rentrer deux noms dans l’Histoire, le sien et celui de Toutânkhamon, pharaon de la XVIIIe dynastie égyptienne, au 14ème siècle avant JC. 

L’exposition qui se tient à la La Villette depuis le 23 mars célèbre le centenaire de la découverte du tombeau royal.  Prêtée par le musée du Louvre, la statue du dieu Amon a fait le déplacement pour veiller sur le trésor qui accompagna Toutânkhamon dans l’au-delà. Une collection spectaculaire tant par la beauté des objets exposés que par leur incroyable état de conservation, venant défier notre conception même du temps. On ne peut qu’être impressionné par les vestiges millénaires d’une civilisation aussi fascinante que mystique… et se demander ce qu’il restera dans la nôtre dans 3000 ans…

L’exposition est riche et bénéficie en outre d’une scénographie soignée, bien qu’assez classique, où les dieux de l’Égypte Antique guident les visiteurs dans le royaume des morts. Côté storytelling et pédagogie, la démarche aurait pu être plus poussée pour que l’immersion soit complète mais la collection se suffit en elle-même pour peu qu’on ait déjà quelques connaissances historiques. D’ailleurs, l’audioguide à 6€ n’est pas indispensable.

Bien sûr, l’exposition à elle aussi un coût, 24€, qui reste vraiment élevé surtout que son intérêt diminue si vous avez fait le Louvre, le British Museum ou le musée du Caire récemment. Fortes de leur succès, les séances sont bondées ce qui rend l’expérience moins agréable à cause de la foule, alors n’hésitez pas à profiter du relatif calme estival pour vous y rendre.

L’escale parisienne fait partie d’une ultime tournée avant que l’exposition ne s’installe définitivement au Grand Musée égyptien du Caire (actuellement en construction) sur le plateau de Gizeh, l’occasion est donc unique de découvrir le trésor d’un Pharaon qui, après avoir eu si peu d’impact de son vivant, aura trouvé le chemin de l’immortalité dans la tombe.

 

 

par Eugénie

Le Roi Lion

It’s the circle of cash

Kezako ?

Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l’ancien héritier du trône, a ses propres plans. 

La critique d’Eugénie   –   5/10

Le Disney phare des années 90 fait son retour sur grand écran avec un lifting numérique qui ne convainc pas tout le monde.

Si la première partie donne dans le mimétisme pour mieux valoriser la prouesse technologique, elle relève aussi d’un fan service complètement assumé et ne s’affranchit donc jamais de la comparaison avec l’original.
Cela dit, force est de constater que l’image est impressionnante, davantage par dextérité technique que par parti pris artistique mais tout de même, vraiment impressionnante ! Cependant, le photoréalisme montre lui aussi ses limites dans la transcription des émotions, les adorables bouilles des lionceaux ayant bien du mal à illustrer la peur et la tristesse. Une limite qui se ressent d’autant plus dans la célèbre scène de la mort de Mufasa, traumatique pour toute une génération, qui ici ne reste que vaguement émouvante grâce à la musique d’Hans Zimmer et à l’écho du dessin animé.

Le live action essaye de compenser ce manque de nuance en prenant plus de temps sur les transitions (parfois trop) et les dialogues ; une démarche qui, sans recréer la poésie de l’animation, s’articule autour d’une respiration profonde, presque contemplative ce qui sied plutôt bien à l’ambition technique du film. Réalisme oblige, les éclipses narratives sont plus difficiles à avaler que dans un dessin animé et c’est par ce rythme plus lent que Le Roi Lion évite élégamment les incohérences et maintient l’illusion de « crédibilité »… pour un temps seulement !
Les retrouvailles entre Simba et Nala adultes sont ainsi complètement télescopées et enchaînent sur une séquence romantique dénuée de toute subtilité qui devient presque parodique. Un problème accentué par le doublage de Beyoncé dont la voix sonne trop mûre et sûre d’elle pour la jeune Nala.
La célèbre chanteuse est cependant le seul bémol d’un casting anglophone prestigieux et excellent. Pour ce qui est de la déclinaison française, on ne peut que déplorer un star talent disons douteux : d’un côté Donald Glover, Queen B et Seth Rogen et du notre Rayane Bensetti et Jamel Debbouze (on a les idoles qu’on mérite)… Au moins Jean Reno rempile dans le rôle de Musfasa là où le regretté Jean Piat ne pourra pas re-prêter sa voix au personnage de Scar (RIP Jeannot, tu nous manques).

En parlant du lion, l’oncle maléfique de Simba fait parti des personnages profitant – ou souffrant, là c’est purement subjectif – d’une légère réadaptation, moins sournois que dans le film de 1994 et plus ouvertement malveillant, dégageant la même agressivité sourde que le Shere Khan du Livre de la jungle de 2016, lui aussi réalisé par Jon Favreau (et l’un des bons reboots de Disney).
D’autres personnages bénéficient également d’un coup de fouet moderne, comme Zazou, doublé par l’excellent John Oliver, et le duo Timon et Pumba, encore plus hilarant que dans le dessin animé. À contrario, le singe Rafiki perd tout intérêt et les quelques rajouts visant à donner de la profondeur à Nala et Sarabi sont bien minces. Le réalisateur loupe dès lors la chance de réinventer son propos et de donner une valeur ajoutée scénaristique à cette version en modernisant ses thématiques et analogies politiques qui faisaient déjà débat à la sortie du film en 1994.

Bilan mitigé pour un énième reboot qui peine à justifier son existence autrement que par l’appât du gain. Si le but était une démonstration technologique capitalisant sur l’affect du public pour l’Histoire de la Vie, on aurait très bien pu se contenter de quelques scènes cultes retournées pour l’anniversaire du film.


Réalisé par Jon Favreau
VO : Donald Glover, Beyoncé, James Earl Jones, Billy Eichner, Seth Rogen…
VF : Rayane Bensetti, Anne Sila, Jean Reno, Jamel Debbouze, Alban Ivanov…
USA – Famille, Aventure
Sortie en salle : 17 juillet 2019
Durée : 1h 58min 

OSS 117 se fait la toile des Champs !

Le dimanche 07 juillet – « Comment est votre blanquette ? »

Co-organisé par la ville de Paris et le Comité Champs-Élysées, l’événement Un Dimanche au Cinéma rempile pour une deuxième année consécutive.
Le concept est simple et pourtant terriblement réjouissant : le temps d’une soirée, les Champs-Elysées se transforment en cinéma de plein-air à grand renfort de transats et de glaces Häagen-Dazs, partenaire de l’événement (merci les gars).

Depuis juin, trois films étaient en compétition sur internet pour la projection, doublé d’un tirage au sort parmi les votants pour gagner les quelque 1700 places de la séance.
Après les Visiteurs en 2018, c’est OSS 117 de Michel Hazanavicius qui a été choisi par le public, contre Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1967) et L’Homme de Rio, de Philippe de Broca (1964). D’aucuns pourraient s’offusquer que le film le plus « populaire » l’ait emporté, en oubliant qu’OSS 117 n’est pas seulement l’une des meilleures comédies françaises, mais aussi un très bel objet de cinéma dans tous les aspects de sa réalisation, de la photographie à la bande originale.

Pour l’occasion, Jean Dujardin et Aure Atika ont même fait le déplacement et se sont volontiers prêtés aux jeux des selfies, quand Bérénice Bejo et Michel Hazanavicius ont envoyé une petite dédicace vidéo au public, le réalisateur saisissant l’occasion de rappeler que, même s’il se moque beaucoup des nazis dans son film, il ne s’agit que d’humour et n’a bien entendu rien de personnel contre les nazis.

Plus convivial qu’une séance classique, Un Dimanche au Cinéma fait partie de ces initiatives qu’on aimerait voir plus souvent renouveler à Paris. Au vu du succès de cette édition, il est plus que probable que l’événement soit reconduit l’année prochaine. Pour ceux qui auront la chance d’y assister, un petit conseil d’anticipation, pensez à la casquette (le temps que le soleil passe derrière l’Arc de Triomphe) et au sweat pour se protéger du petit vent frais.

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par Eugénie

 

Spider-Man: Far From Home

Les surdoués en vacances

Kezako ?

L’araignée sympa du quartier décide de rejoindre ses meilleurs amis Ned, MJ, et le reste de la bande pour des vacances en Europe. Cependant, le projet de Peter de laisser son costume de super-héros derrière lui pendant quelques semaines est rapidement compromis quand il accepte à contre coeur d’aider Nick Fury à découvrir le mystère de plusieurs attaques de créatures, qui ravagent le continent !

La critique d’Eugénie – 8/10

Conclusion de la phase 3, ce Spider-Man pourrait être le plus clivant de la franchise, en séduisant les fans des comics mais délaissant un public plus large en abordant les aspects les plus complexes de l’univers super-héroïque #multiverse.

Commençons sans spoiler : Far From Home reste dans la veine du « teenage movie », version film de vacances, et embarque la classe de Peter Parker pour un voyage à travers une Europe fantasmée, mais passons…. Après deux derniers Avengers très lourd émotionnellement, ce souffle de fraîcheur est plus que bienvenu. Toujours très respectueux de l’esprit des premiers comics, le film aborde avec intelligence l’évolution de son héros, partagé entre les affres de l’adolescence et les responsabilités que lui imposent ses pouvoirs, venant inévitablement perturber sa vie et ses relations. Tom Holland s’impose une fois encore comme la meilleure interprétation de l’équation Peter Parker = Spider-Man (RIP Tobey Maguire). Bon j’avoue je suis un peu de parti pris, j’adore cet acteur surtout depuis sa performance au Lip Sync Battle… Mais il n’empêche que l’humour, la maladresse et le côté « galérien » du personnage sont parfaitement retranscrits. L’alchimie avec Zendaya (MJ) fonctionne elle aussi à merveille et montre qu’il est possible de réécrire intelligemment des personnages connus de tous.

Si le long métrage est bien évidemment plus léger que les précédents opus du MCU, les conséquences d’Endgame se font encore cruellement sentir. La mémoire de Tony Stark/Iron Man plane sur le destin de Peter, articulant le scénario autour des notions de transmission et de confiance dans un très beau parallèle avec l’histoire de l’oncle Ben. Dommage néanmoins que les répercussions du claquement de doigt (le blip) n’aient pas été un peu plus étoffées, malgré une très bonne (et drôle) introduction.
Autre point négatif, on dénote plusieurs vannes qui tombent à plat et des scènes d’action présentes dans les bandes-annonces coupées du montage final…

Mais il est temps d’aborder le fond du sujet (et des spoliers) : Mysterio !
Pas de grande surprise sur l’identité du méchant pour les fans des comics et des séries animés, ceux-ci auront d’ailleurs sans doute eu un petit orgasme lors de la scène de manipulation de la réalité, blindée d’easter egg et rendant enfin le mérite dû au super-vilain au bocal ! Cette version de Mysterio est à l’image du Vautour du premier volet, on garde l’essence et les motivations du personnage pour les transposer simplement dans une autre réalité. Alors on lui pardonne le sempiternel monologue de l’antagoniste qui explique son plan machiavélique, après tout, Mysterio n’est un méchant qui donne dans la subtilité.

Spider-Man: Far From Home s’achève sur deux excellentes scènes post générique, qui révèlent à la fois deux très bons twists et un énorme clin d’œil aux fans de la saga de Sam Raimi : le retour de J.K. Simmons en J. Jonah Jameson.

 


Réalisé par Jon Watts
Avec Tom Holland, Zendaya, Jack Gyllenhaal, Samuel L. Jackson…
USA – Action, Aventure
Sortie en salle : 3 juillet 2019
Durée : 2h 10min 

Toy Story 4

Once more with (less) feeling

Kezako ?

Woody a toujours privilégié la joie et le bien-être de ses jeunes propriétaires – Andy puis Bonnie – et de ses compagnons, n’hésitant pas à prendre tous les risques pour eux, aussi inconsidérés soient-ils. L’arrivée de Forky un nouveau jouet qui ne veut pas en être un dans la chambre de Bonnie met toute la petite bande en émoi. 

La critique d’Eugénie   –   7/10

Si Disney a écrit l’histoire de l’animation, Toy Story en occupe plusieurs chapitres. En 1995, le premier volet inaugurait une nouvelle ère pour la 3D tout en fixant la recette magique de Pixar et se concluait magnifiquement en 2010 avec un troisième volet qui reste le meilleur de la franchise. L’annonce d’un quatrième épisode s’est donc faite dans la suspicion générale face à ce que beaucoup voyaient comme « celui de trop ». Bien qu’optimiste face aux talents des animateurs, j’ai découvert ce Toy Story 4 avec une certaine appréhension qui, malgré les applaudissements fournis pendant le générique, s’est confirmé.

Comme toujours chez Pixar, le film est beau, magnifiquement beau, tellement qu’on ne fait presque plus attention au niveau de détails. Mais si le long métrage gagne en esthétisme, il s’égare dans l’écriture. À l’aune de sa saga et de sa mythologie, cette suite demeure superflue malgré ses bonnes intentions.
L
es films Pixar ont tous (à différents niveaux) présenté les émotions, dont l’amour, comme une source d’énergie. Celle-là même qui donne vie aux jouets. L’idée donc que n’importe quel objet puisse devenir « vivant » pour peu qu’il reçoive l’amour d’un enfant offrait une infinité de possibilités créatives, doublé d’un discours sur le « home-made/recyclé » très actuel. Pourtant, le message se fond vite dans une trame des plus prévisibles sans en explorer la mythologie. Au contraire, le propos devient plus autocentré, attaché à l’éveil de la conscience individuelle – qui n’est pas sans rappeler Westworld – mais trop nébuleux pour être compris d’un jeune public (voire des adultes) d’autant plus quand la conclusion brouille le message.

Une confusion qui transparaît aussi dans la gestion des personnages. Les jouets sont trop nombreux et éparpillés, laissant peu de place aux développement émotionnels des relations et affaiblissant l’impact du final. Le récit s’articule presque exclusivement autour de Woody et de la Bergère (Bo-Peep), reléguant nombre de protagonistes au second plan, dont Buzz lui-même. Quant aux éternels seconds rôles (Jessie, Zig-Zag, Bayonne, Rex et Monsieur Patate), eux aussi sont remplacés par des nouveaux venus : le duo Lapin et Poussin, hilarant et délirant, mais manquant de caractérisation et d’influence sur l’histoire sorti de leur fonction de comic relief. Cependant, certains personnages réussissent à créer la surprise, notamment Fourchette (Forky en VO) qui aurait mérité plus de temps d’écran, et le superbe, le magnifique, le déjà culte Duke Caboom !
La poupée Gabby Gabby et sa bande de pantin tout droit sortis d’un roman de Stephen King font aussi partie des points forts du film. On regrette seulement un star talent un peu en dessous des autres, car si la voix d’Angèle s’adapte à merveille à la poupée, le jeu de la chanteuse reste lui trop monocorde pour interpréter toutes les subtilités d’un personnage aussi complexe que beau.

Malgré ses nombreuses et indéniables qualités (c’est beau, drôle, touchant et inventif), Toy Story 4 n’égale jamais le précédent opus et peine à se réinventer. La conclusion de 2010 dressait en filigrane un parallèle sublime, celle qu’à l’instar des jouets et d’Andy, la saga avait aidé toute une génération à grandir et qu’il était temps de passer le flambeau, non sans émotion et nostalgie mais avec surtout un souffle d’espoir et de poésie qui en avait laissé plus d’un en larmes. Les thèmes de la transmission, de la mémoire et du passage à l’âge adulte ont toujours fait partie de l’ADN des Pixar, encore mis à l’honneur dans les films Coco ou Vice-Versa (avec le très beau personnage de Big Bong). Mais hormis deux scènes, dont celle de la première journée d’école de la petite (et adorable) Bonnie où la fonction « d’ange gardien » des jouets est explorée, cette suite apparaît presque plus égoïste et donc moins universelle.

Toy Story 4 reste un excellent moment à passer mais pour un Pixar, j’attends plus qu’une belle exécution. Car si les Classiques d’Animation de Disney sont par essence la nourriture du rêve et du merveilleux, les Pixar sont ceux de l’âme… et Toy Story 4 m’a laissé sur ma faim.

La critique de Marcellin – 7/10

Eugénie et moi-même accordons nos violons pour délivrer à ce dernier rassemblement de jouets la même note.

Qui n’a jamais rêvé enfant, de voir ses compagnons de jeux prendre vie ?
Toy Story offrait dès son premier opus un imaginaire drôle et vivifiant dans lequel se réfugier, séduisant les petits comme les plus grands. Chaque retrouvaille avec Buzz, Woody et leurs amis étaient un véritable plaisir, nous embarquant dans leurs aventures farfelues. Le troisième opus était un vrai régal, la joyeuse bande faisant ainsi face à une rude compétition avec les jouets du monde extérieur.
Toy Story 4 sonne cette fois ci comme un voyage initiatique, celui de la quête de sens. Andy a grandi, ses jouets doivent désormais se faire une place au creux des bras de Bonnie, sa légataire. Petit chouchou habitué à être le centre d’intérêt, Woody se retrouve ici relégué au second plan au profit d’autres jouets, et de jouets créés de toute pièce ! Il conserve tout de même son rôle essentiel d’ange gardien, autant auprès de Bonnie que de ses comparses. Au contact de Forky, adorable personnage qui rassure la soucieuse petite fille, il fera face à une certaine mélancolie, qui lui ouvrira les portes d’un univers qui lui était étranger : sa propre existence en tant qu’individu. L’évolution de son personnage tout au long de cette aventure est la véritable force du film. Tout comme avec son ami Buzz dans ses premiers instants, Woody doit faire face à une réalité : celle où il n’est plus le préféré et se doit de trouver un nouveau sens à sa vie. Tout en aidant Forky a s’assumer en tant que jouet, le cowboy déprime, est pris d’un élan de nostalgie, et oscille entre action et réflexion. Ce sont ses retrouvailles avec Bo, l’intrépide bergère qui a rejoint le clan des jouets perdus qui l’aideront à trouver un chemin à emprunter.
La dimension psychologique ici bien développée se perd dans un enchaînement d’aventures, et peine à trouver une place affirmée. A tel point que le film se confond vers la fin dans des actions dénuées de sens et visant seulement à créer un bon divertissement.
C’est bien dommage, car le film était une vraie promesse de renouveau, pour finalement clore un nouveau chapitre de ces intrépides et fantasques jouets que nous avons fini par adorer.


Réalisé par Josh Cooley
VO : Tom Hanks, Tim Allen, Tony Hale, Annie Potts, Christina Hendricks…
VF : Jean-Philippe Puymartin, Richard Darbois, Pierre Niney, Audrey Fleurot, Angèle…
USA – Animation
Sortie en salle : 26 Juin 2019
Durée : 1h 40min