What about Disney+ ?

En faut-il peu pour être heureux ?

Lancé en fanfare le 7 avril dernier en France, malgré un report lié au coronavirus, la plateforme de streaming made in Disney tombe à point nommé en cette période de confinement, surtout pour les parents débordés, mais pas que !

Seulement il y a un os, d’aucuns déplorent déjà un catalogue trop petit, à l’univers enfantin, de films que pour la plupart le public connaît déjà par coeur. Une offre qui manquerait de variété et de poids pour concurrencer les autres networks. De fait, côté budget ça commence à chiffrer ! Si l’abonnement en lui-même n’est pas cher (6,99€/mois), il vient s’ajouter à celui de Netflix, Prime Vidéo, OCS et pour certains, My Canal (ou simplement Canal +) ou le streaming musical, que vous soyez team Deezer ou Spotify, sans parler des éventuels abonnements de cloud gaming. L’air du streaming et de la dématérialisation ne faisant que commencer, plus l’offre se diversifiera et plus il faudra faire des choix dans les sites à prioriser, au-delà même des déjà existants partages de comptes entre les potes et les familles.
Pour ce qui est des plateformes de streaming vidéo, on reviendra sous peu pour vous proposer un petit comparatif des grands networks, avec quelques pépites annexes, mais pour l’instant, parlons de Disney+ et de ce que Mickey a à nous offrir ici !

Des limites fonctionnelles

Petit aparté technique pour commencer. On oublie souvent que sur une plateforme, l’ergonomie et l’expérience d’utilisation sont elles aussi importantes. Disney fait le choix du minimalisme, les couleurs et l’agencement étant plutôt agréables, bien que sa structure soit calquée sur celle de Netflix (comme beaucoup d’autres). Mais la fonctionnalité elle, ne suit pas ! Le site manque de finition à tous les égards : ajouter un film ou une série à sa liste de lecture est pénible puisque pas directement possible depuis le menu, la recherche par mots-clés est mauvaise, on n’en propose pas par décennies (permettant de dégoter plus facilement de vieux trésors) et les suggestions personnalisées sont bidons (c’est toujours les mêmes trucs qui tournent). Détail tout aussi irritant, si on ne va pas jusqu’au bout des génériques (interminables) les films restent en « Poursuivre la lecture » (oui je suis névrosée mais ça m’énerve) !
Et en parlant de « lecture », là aussi les options sont décevantes. Les choix des langues sont restreints (alors que côté marketing, un module pour apprendre une nouvelle langue via un Disney ça aurait eu de la gueule) et la firme rate une occasion en or de toucher à l’iconique en proposant de choisir la version (année) du doublage.

L’onglet bonus proposé avec les oeuvres est lui aussi bien pauvre avec ses bandes-annonces. Où sont les scènes coupées, les makings-offs, les reportages qui auraient pu créer une valeur ajoutée ? Mieux encore, pourquoi ne pas proposer les versions longues de certains films, comme pour Avatar ? On se doute que l’idée est de ne pas trop empiéter sur le marché des DVD, mais pour des longs-métrages sortis il y a plus de dix ans, c’est dommage de ne pas avoir saisi l’opportunité d’offrir un contenu ne ciblant pas uniquement les familles avec enfants.

Alerte censure !

Bah tient, en parlant de DVD, certains se sont déjà amusés à comparer leurs versions avec celles on-line de Disney+… Il semblerait que Mickey ait pris certaines libertés avec son catalogue, retouchant et recadrant les scènes qu’il ne juge pas assez lisses pour son image de site tout public, quand il ne s’est pas simplement abstenu de mettre les oeuvres qui, compte tenu de leur époque de production, ne respectent pas le politiquement correct de la nôtre ! Internet en parle déjà en long en large et en travers et les exemples se multiplient à mesure qu’ils sont découverts : une scène du générique de Toy Story 2 pas assez me-too, des plans redécoupés dans Fantasia pour planquer les centaures noirs (référence effectivement bien raciste) mais aussi des trucs bien plus absurdes, comme la vilaine fourrure en pixel sur les fesses de Madison dans Splash (dans un film où, je précise, un mec passe son temps à regarder sous les jupes des femmes) ou encore le sèche-linge de Lilo & Stich transformé en… genre de meuble à pizza visiblement ! Bah oui, parce que faudrait pas que les gamins fassent comme Lilo et essayent de se cacher dans le lave-linge, des fois que parents et enfants soient dépourvus de tout bon sens, pour ne pas dire complément abrutis – perso, c’est pas parce que le tapis dans Aladdin vole que j’ai essayé de faire pareil en sautant du balcon, même gamine ! Surtout que dans la nouvelle version, la pizza pourrait faire penser à un four… Attendez, il y a peut-être une idée à creuser là !version-spizza_lilo_stich-1024x438.jpg
Bref, on peut lui trouver toutes les raisons du monde, la censure reste la censure ! Alors il est vrai que Disney cherche peut-être simplement à ne pas choquer et blesser par des propos et des images qui ne sont plus de notre temps (enfin si seulement). Mais loin de faire amende honorable, l’impression qui en ressort est que la firme cherche surtout à réécrire son passé pour rester du bon côté de la morale, même dans l’histoire. Et ça c’est vicieux ! C’est la ligne entre le mea culpa et la démagogie perverse qui tend à tout lisser, à tout cacher, jusqu’à nier l’existence non seulement des erreurs commises (et donc des responsabilités) mais aussi des injustices qu’elles soutenaient ! Qu’on se le dise, mentir pour enjoliver le passé ne sert pas les combats du présent, bien au contraire. Dans le cas de Fantasia, la mention « Ce programme vous est présenté tel qu’il a été réalisé. Il peut contenir des représentations culturelles obsolètes » déjà présente dans le descriptif de Dumbo par exemple, aurait été bien plus utile.
Mais cela ne vaut que pour des éléments dont le caractère reste effectivement choquant aujourd’hui, par contre, quand il s’agit de puritanisme moribond ou de démagogie abêtissante, faut pas déconner ! Virez-moi cette boite à pizza de chez Lilo et l’opossum mort des fesses de Daryl Hannah !

Les trucs à voir sur Disney+

Bon mais alors, y a-t-il quand même de bonnes choses sur Disney+ ? Tout à fait !
Il est vrai, pour l’instant la plateforme ne propose que peu de programmes originaux et recyclent principalement ses nombreuses licences. Cela dit, il n’y a pas de mal à rattraper son retard sur les franchises de la pop culture (minus Endgame, actuellement sur Canal #chronologiedesmédias) ou à se replonger dans les films de son enfance. D’aucuns auront profité de l’essai gratuit des deux premières semaines pour voir les quelques oeuvres qui les intéressaient, mais pour ma part, j’ai trouvé de quoi poursuivre l’expérience sur un mois.

Des grands classiques en HD
Outre les classiques d’animation que tout le monde connaît, la plateforme permet aussi de revoir les films mal-aimés ou oubliés, de Taram et le Chaudron Magique à La Planète au Trésor en passant par Merlin l’Enchanteur.
Mais c’est aussi le moment de découvrir de très bons longs-métrages qui pour certains, ont même marqué le cinéma de leur époque comme La mélodie du Bonheur mais aussi Qui veut la peau de Roger Rabbit, Willow, Tron, Croc-Blanc ou encore le déjà nommé Splash.

Les documentaires !
Ah ! Là on a du lourd ! En plus de très beaux films animaliers de National Geographic, Disney permet de redécouvrir son histoire avec de vraies perles comme la série des Imagineers qui revient sur la naissance et la construction de tous les parcs Disney du monde, menés par une team de créatifs choisie par Walt en personne au début des années 50 et qui permet de prendre la mesure de la… démesure de ces projets et du génie visionnaire de ceux qui ont su les réaliser.
Un peu plus complexe mais très riche, Waking Sleeping Beauty revient quant à lui sur la renaissance des studios d’animation de la firme au début des années 90, des prémices du nouvel âge d’or avec Basil, détective privé (à revoir au passage lui aussi) jusqu’à son apothéose avec Le Roi Lion. Fait assez rare pour être mentionné, Mickey est plutôt honnête quand il aborde les conflits d’égo des grands pontes de la société qui ont jalonné cette période.

Des courts-métrages
C’est l’un des autres bons points, Disney + regroupe en un seul endroit tous les courts-métrages de Pixar qui sont autant de bijoux d’émotion et d’animation. Ceux dérivés des films bien entendu, notamment des Indestructibles pour les amoureux de Jack-Jack, mais aussi les classiques Knick Knack qui rappelleront des souvenirs à tous ceux ayant possédés la VHS de Toy Story et des pépites : Bao, Piper, Lava, Le Parapluie Bleu ou encore l’improbable Destino de Salvador Dali, reprise d’un projet de scène non intégrée au premier Fantasia.

The Mandalorian
Principal argument de la firme pour le lancement de sa plateforme, je vais passer vite sur la série extraite de l’univers Star Wars : The Mandalorian est cool ! Bourrée de défauts et d’inégalités dans les épisodes, la série renoue néanmoins avec intelligence et crédibilité avec l’esprit des premiers films de la franchise, sans abuser des références, à l’endroit même où la postologie a échoué. Le casting tient à la route, mis à part quelques catastrophes à l’épisode 6, et réussit même à garder le visage de son héros caché, dont toute l’émotion passe par l’attitude et la voix. Et oui, Bébé Yoda est craquant, même quand il gobe des grenouilles spatiales entières.
Space western qui soigne son ambiance, les décors sont crasseux et bidouillés pour le plus grand plaisir des nostalgiques, la bande originale bien fichue et la structure à cheval sur une intrigue suivie et des one-shots d’aventure plutôt agréable. Économe en parole, on a enfin un peu de travail sur l’atmosphère avec même quelques fulgurances dans la mise en scène notamment quand l’image joue avec les ombres et les reflets pour montrer la menace ! D’ailleurs, on retrouve dans The Mandalorian un sens de la violence impitoyable (#HanShotFirst), presque cruel, qui sans verser une goutte d’hémoglobine permet une lecture à plusieurs niveaux pour être réellement tout public, mais sans concessions !the-manda.jpg

Des choses plus improbables…
Puis au détour des propositions du site, on se laisse parfois tenter par un film qui n’avait pas su nous attirer en salle ou qu’on n’avait pas eu le temps de voir… C’est pourquoi je vais conclure avec un focus sur À la poursuite de demain – Tomorrowland en VO – qui a surement dû souffrir à sa sortie en France d’un titre d’une mièvrerie digne d’un soap opéra. Réalisé par Brad Bird, le papa des Indestructibles, le long-métrage rend de nombreux hommages aux monuments de la science-fiction, de Terminator à Retour vers le futur mais aussi E.T. tout en dressant une ode à une vision de Walt Disney. Tomorrowland est en effet le nom d’une division des parcs (devenue Discoveryland à Paris) et la ville en question dans le scénario s’inspire pour beaucoup de l’EPCOT imaginé par Monsieur Disney comme étant plus qu’un parc mais une véritable ville futuriste habitable. C’est ce souffle profondément optimiste que le film cherche à retrouver, à une époque où le cynisme règne, tout en se permettant un humour culotté, assez peu conventionnel. Mais qu’on se le dise, À la poursuite de demain est très imparfait, complément déséquilibré car on ne sait ainsi jamais vraiment si l’intrigue a commencé ou s’il s’agit d’une très très longue introduction et souffrant de dialogues d’exposition désastreux et maladroits. Et pourtant, il vaut le coup d’être vu ne serait-ce que pour une tirade en fin de film ! Alors que la dystopie a plus que jamais la côte surtout en science-fiction, le film te retourne le cerveau avec une morale et un propos sur l’avenir non seulement pertinent mais très peu entendu et carrément courageux ! J’ai pris une énorme claque et je ne l’ai pas vue venir ! Comme quoi, malgré ses défauts, Disney sait aussi toujours comment taper juste, en rappelant que l’espoir n’a rien de naïf tant il exige bien plus de courage que l’abandon.

Pour conclure, il y a véritablement de quoi s’occuper sur Disney +, surtout en période de confinement, et le souci de la plateforme se révèle principalement marketing, car de fait, elle s’attarde beaucoup (trop) sur les enfants quand elle a bien plus de potentiel. Malheureusement, on en fait effectivement vite le tour et en l’absence de contenus orignaux pour fidéliser son public au-delà de l’essai, je mettrais sans doute mon abonnement en pause dès le mois de mai pour le réactiver en fonction de l’actualité. Mais nulle doute que l’histoire ne fait, ici aussi, que commencer…

par Eugénie

 

 

Watchmen / série HBO

Miroir mon beau miroir

Kezako ?

A Tulsa, Oklahoma, un groupe de suprématistes blancs arborant le masque de Rorschach font régner un vent de terreur sur la ville. La police est contrainte de se masquer pour protéger son identité, tandis que d’autres héros masqués se mêlent à l’Histoire…

Critique de Marcellin – 9,5/10 
♥ Coup de cœur

Ils sont de retour ! Mes bien-aimés héros tragiques. Très attendue, cette adaptation du roman graphique créé par Alan Moore et Dave Gibbons fut LA révélation sériephile de l’année. Bien que mon adoration devant les mythiques Gardiens soit de notoriété publique,  je me devais donc d’être d’autant plus critique sur une version portée au petit écran. La concentration de beauté de cette oeuvre risquant ainsi d’être diluée dans des épisodes interminables et dans une nécessité de combler les vides.

Que nenni ! Brillante, visionnaire, complexe, cette série est magistrale et le pari de Lindelof relevé. Il a su rendre aux Watchmen toute leur magnificence en neuf épisodes d’une incroyable intelligence. L’histoire de ces héros est d’une délectable profondeur, car elle place au premier plan des réflexions morales, politiques et sociales. Adapter un tel univers est une mission périlleuse. Lindelof a misé sur un parti pris intelligent : conserver le macrocosme des Watchmen, et y insérer des préoccupations contemporaines. Ainsi, Rorschach devient le symbole des suprémacistes blancs, l’avancement technologique est l’arme la plus redoutable, la société parfaite recherchée par une nouvelle gauche n’est qu’une mortelle illusion …

Le savant dosage opéré par les scénaristes empêche la série de tomber dans une adaptation moderne qui ne rendrait aucun hommage à la légende. Nous nous régalons donc en visionnant de l’intérieur même de la série, un récit des premiers Watchmen, appelés les Minutemen. Les réflexions sont également toujours les mêmes; celles liées à la quête de sens et d’identité, l’amour et la haine, la soif de pouvoir, la frontière entre le bien et le mal…

Additionné à ce scénario brillant, l’esthétique de la série est divine. Il y a une vraie recherche de créativité dans le traitement de la couleur, des plans ce qui donne un coup de fouet à l’ambiance comics (heureusement) bien présente.

Watchmen est une oeuvre de génie, ambitieuse et surprenante. Soyez en assurés, sur l’avenir des super héros portés à l’écran, les Gardiens veillent.

 

De  Damon Lindelof
Avec Regina King, Jean Smart, Don Johnson
USA – Drame, science fiction
Sortie : 20 octobre 2019
Durée : 9 épisodes d’une heure

The Witcher, un sorceleur sur Netflix

Game one

Kezako ?

Le sorceleur Geralt, un chasseur de monstres mutant, se bat pour trouver sa place dans un monde où les humains se révèlent souvent plus vicieux que les bêtes.

La critique d’Eugénie – 6/10

Netflix tente de s’engouffrer dans la brèche laissée par la fin de Game of Thrones et de couronner un nouveau roi des séries. S’emparant d’un succès de l’heroic fantasy, la saga polonaise du Sorceleur d’Andrzej Sapkowski, mondialement popularisée par la franchise des jeux vidéo The Witcher (dont l’excellent Wild Hunt), la série n’a pas l’envergure de ses modèles… pour l’heure.

De fait, toute comparaison avec le Trône de Fer serait superflue. Geralt de Riv, Sorceleur de son état, évolue certes dans un univers médiéval, remplit d’un bestiaire imaginaire dont des dragons, mais celui-ci est en un sens plus simple qu’à Westeros. Les intrigues politiques y sont moins denses et ne mènent pas le jeu. Dans un style propre à la dark fantasy, le maitre mot de The Witcher est avant tout le « destin », notion que la série retranscrit avec une certaine maladresse.

L’univers rend pourtant assez bien et la musique est plutôt réussie même si son côté anachronique peut perturber au début. Le problème de ce Witcher vient alors peut-être de ses ambitions. D’une part car les moyens ont du mal à suivre. Les FX sont très inégaux, sauf sur la Strige, mais le plus problématique est indéniablement sa construction qui cherche à compliquer les temporalités… N’est pas Westworld qui veut ! La chronologie n’apporte ici rien à la série, elle ne fait pas figure de révélation pour comprendre l’intrigue, au contraire, elle l’embrouille, car on ne voit pas d’évolution même sur les personnages censés vieillir. L’histoire s’articule néanmoins logiquement autour de la trame de Ciri, ce qui pose un gros problème car son axe est de loin le moins intéressant. Immobile, par trop cryptique, certains passages sont même carrément loupés (la forêt de Brokilone). D’autant plus dommage qu’il y avait du potentiel, surtout quand on voit ce que le show a su faire du passé de Yennefer.
Au final, ce qui coute le plus à The Witcher c’est peut être son pilote. L’impact de la relation avec Renfri y est inexistant et la chute de Cintra imposé dès l’ouverture entrave la storyline de Ciri. Dommage que la « vraie » première rencontre entre la jeune princesse et Geralt n’est pas été adapté des livres car elle aurait donné plus de sens à la révélation du « droit de surprise » ainsi qu’à la chute du pays, tout en renforçant la scène finale.

Cette première saison amène pourtant de bons arguments à commencer par son casting, non seulement efficace mais aussi fidèle aux personnages des romans (pas forcément physiquement), tant dans leurs subtilités que leurs traits les plus caricaturaux. Et oui, Henri Cavill fait un bon Geralt ! Grognon, sauvage, sensible, drôle, même ses grognements répétitifs participent à donner vie au caractère du White Wolf bien connu des lecteurs et des joueurs. Si la performance ne se hissera pas au niveau des Golden Globes (loin s’en faut), impossible de ne pas reconnaitre l’investissement de l’acteur dans le rôle, ne serait-ce que dans les scènes de combats, très bien chorégraphiées. Yennefer et Ciri, respectivement interprétées par Anya Chalotra et Freya Allan sont elles aussi tout à fait à la hauteur, tout comme Joey Batey qui joue Jasquier. On a même quelques fulgurances chez des personnages secondaires, notamment la Reine Calante et Tissaia.

Une fois n’est pas coutume, il faudra attendre la saison 2 pour voir si The Witcher a les capacités pour relever les défis à venir, car ce premier jet ressemble au final à une longue introduction. Peut mieux faire !


Créé par Lauren Schmidt Hissrich
Avec
Henry Cavill, Anya Chalotra, Freya Allan, Joey Batey…
USA, Pologne – Dark fantasy
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 20 décembre 2019
Durée par épisode : 47–67 minutes

L’effondrement – série Canal +

Kezako ? 

Huit épisodes décryptent les prémisses de l’effondrement de notre civilisation.  Huit destins de français cherchant à survivre…

La critique de Marcellin – 8/10

« L’effondrement » fait du bien à l’âme. Cette série nous rassure quant à la faculté des frenchies à réaliser des produits redoutables pour le petit écran. Le pitch est simple : l’effondrement très imminent de la France telle que nous la connaissons.

Avec une approche ultra réaliste, la série arrive par sa structure minimaliste à nous libérer un sentiment oppressant. Et pour sûr, cette dystopie se contente simplement d’imaginer quelles seraient nos réactions face à la catastrophe. L’éthique, la solidarité et la morale sont donc mises à mal par la nécessité propre à chacun de survivre au sein du chaos. Les relations humaines reviennent à l’âge de pierre, car tout ce qui construit notre civilisation depuis des siècles, s’évapore en quelques jours. Des dilemmes naissent en même temps que le monde s’effondre et que leurs vies basculent. La force de ces histoires réside dans le fait qu’elles sont liées, même si chacun dessine sa route dans un parcours semé de troubles, les destins se lient et se délient.
Cette palette d’expériences modélise un ensemble d’une tension incroyable, car se contentant de livrer au spectateur un plan séquence maîtrisé d’une vingtaine de minutes. Que s’est-il passé entre ce laps de temps ? Nous l’ignorons, nous ne pouvons que l’imaginer…

Le questionnement adressé au spectateur est très intéressant; quel comportement adopterez vous ? Serez vous l’égoïste, l’opportuniste, le bienveillant, le solidaire ?
Des comportements bestiaux vont se mêler à des bribes d’espoir, nous laissant sceptique après le visionnage de cette captivante série.

Canal+ maintient sa position de créateur original avec cette pépite survivaliste. Au plus proche de notre actualité, entre grèves, revendications, colère et soulèvement, nous nous approchons dangereusement de ces morceaux de vies portés à l’écran.

Quelle sera votre histoire ?

De  Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard, Bastien Ughetto
Avec Gabriel Mirété, Lubna Azabal, Catherine Salviat, Audrey Fleurot
France – Drame
Sortie : Novembre 2019
Durée : 8 épisodes de 20 minutes

Mrs. Maisel, toujours fabuleuse dans sa saison 3

Maiselicious !

Kezako ?

Midge et Susie découvrent les réalités de la vie en tournée avec Shy. Cette vie de stars est aussi glamour que pleine de désillusions et elles vont en apprendre beaucoup sur le monde du show-business lors de cette aventure. Joël lutte pour soutenir Midge tout en poursuivant ses propres rêves. Abe se lance dans une nouvelle mission et Rose se découvre de nouveaux talents.

La critique d’Eugénie – 8/10

Midge Maisel, la plus dégantée des housewives made in fifties, est de retour pour une saison 3 un brin plus artificielle que les précédentes, mais toujours aussi délicieusement rafraîchissante.

Lentement mais surement, la jeune humoriste se fraye un chemin dans le milieu du stand-up. Fini les petits bars miteux du tout New-York, la voilà en tournée à travers les États-Unis pour se faire la main sur de nouveaux publics. Les séquences de Midge sur scène demeurent d’ailleurs les plus drôles de la série, avec une petite évolution notable dans l’humour : un peu moins ancré dans son époque et donc plus accessible.

Quant aux dialogues, point fort du show depuis ses débuts, ils se révèlent toujours aussi décalés et désopilants.
Petit bémol cependant sur le côté burlesque (voire frappadingue) des familles Weissman/Maisel, qui cette année ont placé le curseur de la farce un peu trop haut, perdant de fait en subtilité. Ce qui relevait de légers traits d’absurdité dans les premières saisons devient ici un véritable let motiv et perd de sa saveur à force de répétition, quand il ne frôle pas par instants l’excès caricatural.

Petits déséquilibres également dans les traitements des personnages secondaires. Les parents Abe et Rose se voient ainsi consacrer beaucoup de temps d’écran malgré leur quasi-absence d’intrigue (en dehors du ressort comique) quand d’autres protagonistes, comme le chanteur Shy Baldwin et son manager ou encore Lenny Bruce, en auraient mérité davantage.

Mrs. Maisel est une surprise sériephile que personne n’avait vu venir et qui a transformé l’essai avec succès en saison 2. Il semblerait cependant, à l’aune des derniers épisodes de la troisième, que la série commence à piétiner. Soyons claires, la formule du « un pas en avant pour deux en arrière » ne pourra pas durer éternellement, le show devra commencer à aller vraiment de l’avant s’il ne veut pas se perdre (et nous aussi).

Avec un casting toujours excellent et un univers délicieusement rétro, des costumes aux décors en passant par l’excellente bande originale, The Marvelous Mrs. Maisel est une série doudou qui  se savoure comme une friandise… mais gare à l’excès de sucre quand même !


Créé par Amy Sherman-Palladino
Avec Rachel Brosnahan, Alex Borstein, Michael Zegen, Marin Hinkle, Tony Shalhoub

USA – Comédie
Saison 3 (8 épisodes) diffusée depuis le 6 décembre 2019
Durée par épisode : 48–76 minutes

The Crown, une saison 3 en demie-teinte

« Qu’il est difficiiile d’être le Roi de la France » (ou la Reine d’Angleterre en l’occurrence)

Kezako ?

Grande-Bretagne, de 1964 à 1972. La Reine Elisabeyh II fait face à des événements majeurs de l’histoire britannique comme l’affaire de Princesse Margaret avec Roddy Llewellyn. Elle voit l’ascension politique de Margaret Thatcher et l’introduction de Camilla Parker Bowles dans la vie de son fils, Charles.

La critique d’Eugénie – 7/10

La sérié événement multi primée de Netflix revient pour une saison 3 avec de nouvelles têtes. Plutôt que de dépenser des millions en maquillage et CGI pour faire vieillir ses acteurs, Netflix a opté pour la refonte complète de son casting, ajoutant au passage quelques beaux noms à sa déjà prestigieuse liste. L’actrice oscarisée pour La Favorite, Olivia Colman, a ainsi rejoint l’équipe en reprenant le rôle d’Elizabeth II, précédemment tenu par Claire Foy. Le temps a bien sûr fait perdre sa « fraîcheur » au personnage, mais la direction d’acteur a également endurci le rôle, peut-être un peu trop car la froideur manifeste de la reine diminue grandement l’empathie que l’on ressentait pour elle. Étrangement, la fenêtre ouverte sur la vie de la famille royale d’Angleterre dans les deux premières saisons avait permis d’humaniser ceux que les Anglais appellent « The Firm ». Cette suite vient y ajouter des barreaux ! Elle enferme à nouveau les protagonistes dans une prison dorée, d’apparence et de faux-semblant, et réinstaure le sentiment de rigidité que le public connaissait déjà.

Cette nouvelle saison s’accompagne également d’une écriture plus déliée, et si les épisodes peuvent presque se consulter dans le désordre, il en résulte un manque de suspens sur le long terme (à l’échelle d’une série) qui peut impacter l’envie même de voir la suite.
Un problème également intrinsèque à chaque épisode, puisque tous ne présentent pas le même niveau d’intérêt, notamment le premier qui ne constitue pas une très bonne entrée en matière de par son rythme excessivement lent. Heureusement, quelques-uns se démarquent du lot, notamment ceux accès autour de la Princesse Margaret, incarnée ici par Helena Bonham Carter.

Bien que toujours hautement qualitative tant au niveau des décors et des costumes que du jeu des acteurs, cette saison 3 ne remplit pas toutes ses promesses et il faudra attendre la quatrième, et l’arrivée tant attendue de Diana, pour redonner un peu de peps et, disons-le, de drama à la série.


Créé par Peter Morgan
Avec Olivia Colman, Tobias Menzies, Helena Bonham Carter, Jason Watkins, 

Erin Doherty, Josh O’Connor…
USA, UK – Drame, Biopic
Saison 3 (10 épisodes) diffusée depuis le 13 novembre 2019
Durée par épisode : 47–59 minutes

Carnival Row, que vaut la série fantastique d’Amazon ?

Steampunk fairy’s tale

Kezako ?

Dans un monde fantastique à l’époque victorienne, les créatures mythologiques doivent fuir leur pays ravagé par la guerre. Exilés dans la ville de The Burgue, la cohabitation avec les humains s’annonce difficile. Le détective Rycroft Philostrate et une fée réfugiée du nom de Vignette Stonemoss vivent une dangereuse relation alors même que Philo doit résoudre l’enquête la plus importante de sa vie : une série de meurtres à même de mettre en péril la paix déjà précaire.

La critique d’Eugénie – 6,5/10

Amazon Prime Vidéo tente de marcher dans les pas de Netflix et de profiter de la fin (controversée) de Game of Thrones pour lancer sa nouvelle série : Carnival Row !
Aux grands maux les grands remèdes, le géant d’internet annonce en tête d’affiche deux noms célèbres, Orlando Bloom et Cara Delevingne, de quoi susciter l’intérêt du public. Autre petite spécificité, la série n’est pas une adaptation d’un succès littéraire mais bien une création 100% originale.

Dans un univers empreint de l’esthétique steampunk, les humains entrent en guerre contre les créatures mythiques pour prendre possession de leurs terres. Seule la République de « The Burgue » se range un temps du côté des fées et autres satyres, avant de retirer leurs troupes. La ville devenue terre d’accueil pour de nombreux réfugiés surnaturels est désormais gangrenée par la xénophobie et les batailles politiques. L’intrigue est non seulement alléchante mais l’univers aux influences ouvertement lovecraftiennes, en opposition aux codes fantastiques traditionnellement associés aux fées est très prometteur.
La sauce prend sans trop de mal et l’histoire se suit sans déplaisir, sachant jouer de ses atouts, à commencer par une bonne bande originale, des personnages secondaires intéressants et une satire sociale en propos de fond.

Cependant, la série ne tient pas entièrement ses promesses, notamment du côté des personnages principaux. Si les acteurs livrent une prestation tout à fait correcte, l’inégalité de leur rôle est irritante. Violette la fée, n’a que peu d’impact sur l’intrigue tout comme le réseau de résistance qu’elle intègre, quant à Philo, le personnage est encore trop « parfait » pour qu’on s’y attache vraiment. Ajouter à cela quelques intrigues secondaires mal agencées (la secte religieuse des satyres) et l’apparition un brin tardif de quelques personnages-clés et le show dévoile de grosses lacunes.

Carnival Row est l’exemple type de la série qui n’a pas encore transformé l’essai. Pour trouver son public, elle devra se dépasser en saison 2, peut-être en renforçant son axe politique et révéler tout son potentiel.


Créé par René Echevarria, Travis Beacham
Avec Orlando Bloom, Cara Delevingne, Tamzin Merchant, David Gyasi…
USA – Fantastique
Saison 1 (8 épisodes) diffusée depuis le 30 août 2019
Durée par épisode : 50-67 minutes

The Handmaid’s Tale – saison 3

This Woman’s Work

Kezako ?

June n’a pas quitté Gilead afin de retrouver sa fillette, Hannah, mais aussi pour combattre le système depuis l’intérieur. Elle se voit mutée auprès de l’ancien maître d’Emily, le commandant Lawrence. Ne perdant pas de vue ses projets, elle ne sait plus sur quel pied danser avec celui-ci. Pendant ce temps, la remise en question de Serena continue…

La critique d’Eugénie – 7,5/10

La série dystopique vient de s’achever sur un épisode fort malgré une saison en demi-teinte.
Après une introduction pleine de promesse et de scènes marquantes (l’arrivée d’Emily au Canada), les épisodes suivants se sont malheureusement enlisés dans la lenteur caractéristique du show, abusant des gros plans au point d’en détourner le sens. Ainsi, l’esthétisme minutieux de la série, valorisant à la fois le jeu des acteurs et le symbolisme, s’est trop souvent réduit à du remplissage. Les longueurs sont d’autant plus pénibles qu’elles soulignent l’immobilisme scénaristique de certains arcs, quand d’autres sont clairement sous-exploités, comme la réinsertion d’Emily dans la société canadienne.

À Gilead les choses ne vont pas en s’améliorant et la série n‘épargne aucune souffrance à son héroïne, June, qui s’endurcit au point d’en devenir cruelle et par instants, inhumaine. Une inhumanité née de ses ultimes désillusions et du désespoir mais qui s’avère nécessaire au développement de l’intrigue. C’est en abandonnant ses rêves personnels que naît une ambition plus universelle : faire sortir le plus d’enfants de Gilead ! Dès lors, les derniers épisodes, tout en gardant leurs rythmes habituels, se chargent d’un suspense de chaque instant. Une fébrilité d’autant plus forte que la série nous permet pour une fois d’espérer !

C’est en cela qu’Handmaid’s Tale sait rester loin du « torture porn » souvent évoqué par ses détracteurs. Même si cette saison 3 a eu tendance à fleureter avec le genre, elle demeure avant tout pédagogique dans son approche de la violence. Brutale et choquante certes, mais plus par prévention que par sadisme. Très politisée, ses piques lancées en direction du gouvernement trumpiste sont acérés et la série se montre toujours aussi incisive quand il s’agit de parler de liberté. Ainsi, alors qu’on ne peut plus imaginer pire, même la parole peut devenir un privilège. 

Intrinsèquement féministe, The Handmaid’s Tale met plus que jamais en avant le concept de sororité face à l’adversité, et ce à différentes échelles : Moira et Emily, servantes et marthas – véritable mafia au sein de la résistance – et même un étrange trio de défis et de compassion entre June, Serena et Eleanor. Mais c’est surtout dans les rapports de force que se créaient les plus gros changements. Au sein du couple Waterford pour commencer, mais surtout entre June et le Commandant Lawrence, personnage énigmatique qui peu à peu se dessine et s’adoucit par l’amour qu’il porte à sa femme souffrant de troubles mentaux (aggravés sans aide médicale). Alors que June, la servante, gagne en force, l’homme fort de Gilead s’effrite sous le poids de la société qu’il a contribué à créer.

Annoncée comme la saison de la « révolte », la troisième est en fait plus celle des décisions et de leurs conséquences. Décisions et conséquences pour les Lawrence qui n’ont plus d’autres choix que d’échapper d’une manière ou d’une autre au régime en place. Décisions et conséquences pour les Waterford qui se trahissent tour à tour – qu’il est jouissif de voir ces deux-là en difficulté. Mais surtout décisions et conséquences pour June qui aura causé plus ou moins directement la mort de cinq personnages : la martha de sa fille Hannah, Ofmatthew, le commandant Winslow, Eleanor (dans une scène bouleversante) et l’Oeil du dernier épisode.
La série s’achève sur un nouveau cliffhanger et une lancée plus franche vers la résistance. Espérons que la saison 4 saura ne conserver que le meilleur de ce cru 2019 et, sans tomber dans l’optimisme, diluer un peu plus d’espoir et de contestation pour rester aussi fascinante que dans son dernier tronçon. En bref, fini les palabres, place aux actions !


Créé par Bruce Miller
Avec Elisabeth Moss, Yvonne Strahovski, Joseph Fiennes, Samira Wiley, Alexis Bledel…
USA – Drame, Science-fiction
Saison 3 (13 épisodes) diffusée depuis le 5 juin 2019
Durée par épisode : 43–62 minutes

Top 5 des meilleures séries selon Eugénie & Marcellin

Qu’on se le dise tout de suite, il ne s’agit pas d’établir objectivement le classement des meilleures séries de tous les temps, tout simplement parce que c’est impossible !
Les séries sont plus que jamais devenu un 8ème art en soi, tant par leur format, leur médium et leurs propos. Et comme tout élément de culture, elles sont susceptibles à un moment donné de nous influencer, d’entrer en résonance avec nos goûts, nos pensées, notre vision artistique et par là même, de les refaçonner !
Eugénie et Marcellin ont sélectionné les cinq séries qui ont réussi à marquer nos vies au point de devenir des piliers de notre culture audiovisuelle.

Les n°5 : Malcolm VS Strangers Things

Le choix de Marcellin : Malcom – Cette série n’est pas la plus visuelle, la plus poétique ou encore la plus complexe mais c’est sans aucun doute la plus efficace. Malcolm et sa famille nous aura fait rire aux larmes, nous entraînant dans leur vie trépidante à chaque nouveaux épisodes. Aussi affligeant que touchant, chaque membre de cette tribu a agit sur nous comme une madeleine de Proust, rappelant à chacun d’entre nous des souvenirs d’enfances plus ou moins glorieux ! La parcours atypique et délirant de cette middle class était une réjouissance télévisuelle, où il suffisait de profiter d’une bonne série et de son humour décalé. Dénuée de toute prétention, Malcom est un irrésistible moment à passer ; c’est d’ailleurs une des rares séries que je pourrais visionner ad vitam aeternam ! Chaque personnage est hilarant, créant un ensemble d’une délicieuse impertinence et une bonne dose d’antidépresseurs ! Cette série est juste dans  absolument tous ses aspects, et elle a su viser dans nos cœurs, en plein dans le mille 😉

La sélection d’Eugénie : Strangers Things – Beaucoup d’appelés mais peu d’élus…. Parmi l’excellent cru sériephile de ces dernières années, WestworldHandmaid’s Tale et Black Mirror auraient toutes pu prétendre à la cinquième place bien que pour des raisons différentes, mais c’est finalement Strangers Things qui s’est imposé (malgré une saison 3 très décevante) ! Là où j’attends encore des autres qu’elles passent l’épreuve du temps, la série des frères Duffer a réalisé un véritable hold-up en devenant culte dès sa première saison ! On pourrait chanter les louanges du casting, la qualité de l’image et des effets spéciaux, de la photographie, de la bande originale et du scénario, mais on ne va pas se mentir… si Strangers Things se classe aussi haut, c’est parce qu’elle joue la carte de la nostalgie ! Avec son univers délicieusement vintage, la série nous replonge dans les années 80, celle de E.T. et des Goonies, d’Alien et de The Thing avec une touche de mystère à la Stephen King qui lui donne tout son charme rétro, singulier et angoissant !

Le n°4 : American Horror Story VS Malcolm & Sex and the City

Le choix de Marcellin : American Horror Story – Il fallait bien assouvir mon côté sorcière dans ce classement ! Et je suis ravie de faire un double hommage à Ryan Murphy, que j’estime comme un très grand showrunner. Je dois l’avouer, AHS est une série assez inégale. La première saison fut un véritable coup de cœur, et cette passion a eu tendance à évoluer en dent de scie. Pourtant elle réussit à être constante sur un point : le traitement de la peur. Sorcières, fantômes, freaks, fin du monde… AHS parcourt avec curiosité et dévouement des sources de peur liées au genre humain. Je me dois donc de saluer sincèrement cette volonté de créer une série horrifique digne de ce nom. Pourtant, l’enchaînement des différents chapitres connaît des moments de flottement, de déjà vu, et même d’excès. Certaines saisons, qui pourtant s’avéraient très prometteuses par leur choix de thématiques, furent d’amères déceptions quant aux parti pris scénaristiques.
Malgré cela, AHS est un véritable bijou visuel, et s’intéresse à des sujets très peu exploités dans des séries télévisées (du moins avec brio !). L’ensemble regorge de multiples qualités : personne ne peut rester de marbre face à une telle oeuvre. Nous passons par toutes les émotions possibles : le rejet, la peur, le rire, le désir… AHS est une véritable expérience télévisuelle !
Et elle ne s’arrête pas en si bon chemin. Car au delà de nous jeter en pâture à une horreur pure et simple, la série s’abreuve d’une dimension politique et sociale. Un engagement qui se distille tout au long des saisons et que je vous laisse découvrir 🙂
Car comme disait Coluche : « l’horreur est humaine« 

La sélection d’Eugénie : Malcolm ex aequo Sex and the City – Bon, je sais que des ex aequo c’est un peu de la triche, mais je suis incapable de choisir entre ces deux séries qui n’ont en commun que l’humour et le fait que je ne m’en lasse toujours pas malgré les rediffusions. Entre histoire de famille déjantée et aventures décomplexées entre copines, toutes les deux ont marqué leur genre et leur époque. La famille de Malcolm venait trancher avec toutes celles des sitcoms bien proprettes par son irrévérence à la limite du parodique, et si Sex and the City a moins bien vieilli, elle reste pionnière dans sa représentation des femmes et de leur sexualité ! Si je ne devais adresser qu’un mot à ces séries, ce serait merci ! Merci pour Hal et Miranda, pour Dewey et Samantha et pour ces innombrables fous rires !

Le n°3 : Skins VS Game of Thrones

Le choix de Marcellin : Skins – « On est pas sérieux quand on a dix-sept ans« . C’est à cet âge plein de revendications que j’ai découvert LA série qui m’a fait réaliser qu’être un ado est un doux fléau. L’adolescence, cette période de transition d’une brutalité qu’on connaîtra qu’une seule fois dans sa vie. Cette époque moyen-âgeuse où l’on oscille entre ombre et lumière. Encore aujourd’hui, Skins reste à mes yeux la seule qui a su retranscrire ce sentiment étrange de vouloir faire comme les autres tout en se sentant seul au monde. La série construit à travers tous ses protagonistes une palette incroyable de personnalités que l’on a tous plus ou moins connus durant notre adolescence. Cette pluralité nous offre l’occasion de voir porter à l’écran des instants, des pensées, des actes qui faisaient de nous des êtres si mystérieux. Skins arrive à combiner fantasme et réalité, celle d’une liberté dont nous rêvions et celle de la condition à laquelle nous appartenions. Des thèmes tabous tels que la drogue, le sexe, le suicide mais aussi plus honorables tels que l’amour, l’amitié et la confiance participent à créer la grandeur de cette série. Ils s’entrechoquent, se lient et se délient pour tout simplement faire réaliser à son spectateur toute la complexité d’un âge que l’on pensait bête et inutile. Et pourtant, c’est de cette ère que nous avons tiré l’adulte que nous sommes.

La sélection d’Eugénie : Game of Thrones – Ne t’en déplaise Marcellin mon poussin, mais Skins aurait plus sa place dans le classement de mes plus grosses déceptions. Après trois saisons hypnotiques, la quatrième a laissé tomber toute volonté de crédibilité et m’a perdue par la même occasion… Nope, ma médaille de bronze va à une série qui a fait couler beaucoup d’encre, à juste titre, ces dernier mois. De fait, Game of Thrones aurait pu être mon numéro 1 sans deux dernières saisons très décevantes (voir catastrophiques). Mais malgré le nivellement de l’écriture, le fait est qu’aucune oeuvre de fiction ne m’a procuré autant d’excitation et d’impatience depuis mes émois adolescents lors de la trilogie du Seigneur des Anneaux ou la sortie des livres Harry Potter ! Je n’ai jamais fait grand mystère de ma passion pour l’heroic fantasy, mais l’adaptation du Trône de fer a satisfait bien plus que mes attentes en tant que lectrice. Elle a donné une nouvelle ampleur à la soif de magie et d’aventure et nourrit les cerveaux reptiliens avides d’intrigues et de complots politiques tout en cultivant l’imprévisibilité et la mise à mal du manichéisme. Dommage seulement que les saisons 7 et 8 n’aient pas su maintenir ce niveau d’exigence…

Le n°2 : Mindhunter VS Kaamelott

Le choix de Marcellin : Mindhunter – Une plongée radicale dans les tourments des êtres humains les plus infâmes, ça vous dit ? Bienvenue dans le délicieux monde de la série Mindhunter. Il s’agit d’une des dernières merveilles produite par le talentueux David Fincher, sur un sujet qu’il affectionne particulièrement : les serial killers !
Le réalisateur nous délivre une série d’une intensité dramatique exceptionnelle, teintée d’un réalisme époustouflant, tant par le contexte de l’époque (le début du profilage), que par l’interprétation des acteurs incarnant les tueurs les plus notables de ces dernières décennies. Avec le créateur Joe Penhall, Fincher s’intéresse ici aux débuts complexes de cette technique visant à pénétrer les esprits tourmentés au sein même des institutions carcérales. Et quelle tâche attend ces inspecteurs ! Tenter de faire comprendre au commun des mortels, comment un être humain peut commettre des actes si abjectes sur ses pairs. La série se transforme ainsi en quête, celle visant à rationaliser l’inconcevable, à comprendre l’inimaginable. Mindhunter nous présente ainsi un duo de flics, sillonnant les routes pour prêcher la bonne parole auprès de collègues locaux, mais également se confronter directement à ces criminels afin (tenter) de comprendre leurs actes. Deux aspects majeurs font de cette oeuvre une série incroyable : ces personnages aux antipodes les uns des autres qui se confrontent sans même se comprendre, mais qui vont chacun, à leur mesure, jouer un rôle majeur. Et surtout, ces criminels, froids, effrayants, fascinants, interprétés avec brio par des acteurs de choix. Mention spéciale à Cameron Britton, jouant un Ed Kemper troublant de justesse.
On reconnaît ici la griffe Fincher : mise en scène au millimètre, des dialogues ciselés, une photographie soignée…
Chaque épisode nous montre le potentiel gigantesque de cette série, et je trépigne d’impatience de découvrir la suite de cette épopée si singulière…

La sélection d’Eugénie : Kaamelott Direct en second place du classement on retrouve non seulement une série humoristique mais aussi à une série française (la seule du classement – COCORICO) ! Et pas n’importe quelle série s’il vous plait, celle de Môssieur Alexandre Astier, notre gourou à tous, digne héritier d’Alain Chabat ! Kaamelott est une pépite d’humour, d’écriture et d’absurde. Avec ses personnages incroyables et ses répliques cultes, la série a même réussi le pari de changer de ton en cours de route et d’évoluer de façon à ne jamais être redondante (contrairement au céleri). Kaamelott est sans conteste LA série que je peux regarder en boucle indéfiniment et qui me fera toujours rire. Allez, qui veut faire un cul de chouette avec moi ?

Le n°1 : Nip/Tuck VS Buffy contre les vampires

Le choix de Marcellin : Nip/Tuck – Rares sont les séries qui sont dotés d’un magnétisme si déroutant. La grandeur de Nip/Tuck réside dans sa capacité à associer les thèmes les plus opposés :  le fantasme et la désillusion, l’amour et la haine, l’attractivité et le rejet… Tout ceci dans une précision quasi chirurgicale.
Enfermé un cocon en papier glacé, au plus haut de leur tour d’ivoire, ces personnages riches, beaux et séduisants arrivent successivement à nous dégoûter comme à nous fasciner. A travers ses protagonistes, NIP/TUCK parle ainsi de quêtes : d’identité, d’immortalité, de plaisir, de gloire… Ryan Murphy les détruit progressivement, en confrontant ces élites à une réalité brutale qu’ils pensaient loin d’eux. On perçoit ainsi tout au long de la série la mince frontière qui sépare la beauté de la laideur la plus abjecte.
Nip/Tuck était à sa sortie un véritable OVNI, abordant à l’écran de façon explicite des sujets tabous tels que le sexe, l’homosexualité, le transexualisme, le sadomasochisme… La série était d’un cynisme magistral, tout en y apportant une dimension tragique bouleversante. Nous nous délections à chaque épisode des frasques du Dr. Troy, de la vie (presque) normale du Dr. Mcnamara et de tous ces patients plus incroyables les uns que les autres. Tout en soignant l’esthétique de sa série, Murphy arrive à nous plonger dans les abîmes de l’être humain ; sa peur, ses désirs, ses hontes. Immersion dans un enfer aux portes dorées, dont on ne revient pas indemne.

La sélection d’Eugénie : Buffy contre les vampires Josh Whedon, je vous aime ! Buffy m’a forgée plus que je ne saurais le dire. Déjà car ce fût une première vision du féminisme à un âge où prédominaient encore les princesses Disney, et aussi car c’est fut la première notion de ce qui peut faire une grande série ! Épique et psychologique, il n’y a rien que Buffy n’est pas réussi ! Des héros tous devenus cultes, des méchants iconiques (big love au couple Spike/Drusila), des antihéros (Faith et re-Spike), des scènes d’action, des envolées épiques, des séquences tragiques (Innocence, Orphelines, L’Apocalypse), de l’humour, des évolutions personnelles et des dynamiques de groupe, de l’amour, des défaites et des victoires… Bref, l’importance de Buffy à l’échelle des séries télévisuelles n’est plus à démonter ! Josh Whedon a littéralement inventé le concept des bad guys récurrents sur toute une saison mais c’est aussi livré à de nombreux exercices de style dont l’héritage se perpétue encore aujourd’hui. On notera entre autre l’épisode muet (Un silence de mort – saison 4), celui des rêves (Cauchemar – saison 4), de la folie (A la dérive – saison 6), en mode comédie musicale (Que le spectacle commence – saison 6), et le plus poignant de tous, The Body (maladroitement renommé Orphelines en VF – saison 5) qui reste la plus brutale interprétation de la mort et du deuil sur le petit écran, parce que la plus réelle !
Mais il n’est pas possible de parler de Buffy sans parler du féministe complètement assumé de la série ! Si les personnages féminins ont tous une place centrale, le thème principal même repose sur la mise à bas du patriarcat et des préjugés sexistes. Loin de les nier, la série préfère les intégrer, les nuancer, les interpréter et finalement, les démentir. Parce que oui, une femme peut être forte et sensible ! Oui une héroïne peut être généreuse et violente ! Oui une femme peut être amoureuse sans être définie par son love interest ! Oui une personne invincible peut être vulnérable !
Avec son lot de réflexion sur le pouvoir, l’héroïsme et la sexualité, la série présente en sus une excellente allégorie de l’adolescence et par la suite, du passage à l’âge adulte. Buffy a dissimulé derrière un pitch putassier et un brin ridicule, une pom pom girl qui démonte du monstre, la série la plus travaillée et symbolique des années 90 !

Black « Breached » Mirror, la saison 5 déçoit

Subversif submersible

Kezako ?

Chaque épisode de cette anthologie montre la dépendance des hommes vis-à-vis de tout ce qui a un écran. Tous ont un casting, un décor et une réalité différente, mais ils abordent la façon dont nous vivons maintenant et de la façon dont nous pourrions vivre dans dix minutes si nous commettions une erreur. 

La critique d’Eugénie – 6/10

Après une saison 4 qui n’avait pas fait l’unanimité, la cinquième semble confirmer le déclin de la célèbre série dystopique.
Créée par Charlie Brooker en 2011, Black Mirror a marqué une décennie télévisuelle en s’attaquant à toutes les déviances possibles – et même parfois actuelles – induites par la technologie. Une thématique classique de la SF qui a su trouver un nouveau souffle en plaçant le curseur non pas sur l’opposition entre l’homme et la machine, mais entre l’homme et sa moralité, car dans les mondes de Black Mirror, ce n’est pas la technologie qui est « mauvaise », seulement nos usages. Profondément incisifs, certains épisodes ont eu, de par une réalisation et un scénario brillant, le don de donner le vertige (voir la nausée) à bon nombre de spectateurs, comme 15 Million Merits (saison 2, épisode 2), la Chasse (2×03), l’incroyable White Christmas (2×04), ou encore Chute libre (3×01), pour ne citer que les meilleurs. 

Composée de trois épisodes à l’instar de la première, la saison 5 est pourtant très loin d’égaler le niveau de ses prédécesseurs.
C’est Striking Vipers qui ouvre le bal, en plaçant une référence très cool aux jeux Street Fighter. Et bien qu’une partie de l’épisode se passe dans un jeu vidéo en réalité augmentée, le propos technologique se fait étonnamment faible au profit d’une histoire d’identité sexuelle, de désir et de sentiments. Le problème, c’est que le fond s’avère très classique (difficulté d’un couple embourbé dans la routine) et n’exploite le jeu vidéo que comme décor. S’il fait le choix intelligent de ne pas proposer une quelconque analyse sur l’homosexualité, Striking Vipers entrave néanmoins l’empathie envers ses personnages et conclue d’une façon on ne peut plus convenue, loin des finals qui nous laissaient en PLS.
À sa décharge, l’épisode souffre de la comparaison avec l’excellent San Junipero (3×04), rare fin « heureuse » proposée par la série même si celle-ci soulevait en arrière-plan un discours troublant sur la mort, l’immortalité et le « paradis ».

L’épisode 2, Smithereensest peut-être le plus intéressant bien que son scénario soit très classique. Avec une référence directe à Facebook, c’est le rapport aux réseaux sociaux qui y est dénoncé, non pas la haine qu’on y déverse comme dans Hated in the Nation (3×06), mais la simple dépendance quotidienne. Très actuel dans son propos sur les bavures policières et la protection des données, l’épisode illustre très bien le pouvoir des réseaux sociaux tout en évitant un manichéisme primaire. Cela dit, le twist de fin, notamment le comportement de l’otage, reste assez peu crédible.

En parlant de manichéisme, il est temps de passer à Rachel, Jack et Ashley Too. Sans être vraiment mauvais, l’épisode est à ce jour le plus éloigné de l’essence de la série. Affublé d’une histoire et d’un happy end digne d’un teen movie, son seul intérêt réside dans le parallèle entre Ashley et Miley Cyrus. Difficile en effet de ne pas déceler une critique envers Disney et feu le personnage d’Hannah Montana… Dommage que le discours sur la pérennité des stars n’ait pas été plus creusé.

Black Mirror livre une saison correcte, par rapport au monde des séries, mais bien en deçà de son potentiel. Moins dystopique et plus superficielle, sa mise en avant du compromis se fait le reflet de son manque d’inspiration, ou de sujet. De fait, deux épisodes abordent des technologies existantes. Peut-être la série a-t-elle simplement besoin de faire une pause, le temps que le futur l’inspire, ou l’inquiète, à nouveau.


Créé par Charlie Brooker
Avec Anthony Mackie, Andrew Scott, Topher Grace, Miley Cyrus, Pom Klementieff…
UK – Drame, Science fiction, Thriller
Saison 3 (3 épisodes) diffusée le 5 juin 2019
Durée par épisode : 60–70 minutes