Jérémy Ferrari – Anesthésie Générale

Salle de réveil

Kezako ?

Après les géniaux « Hallelujah Bordel ! » sur la religion et « Vends 2 pièces à Beyrouth » sur le terrorisme qui a attiré plus de 300.000 spectateurs en salles, Jérémy Ferrari a choisi de s’attaquer à la santé pour son nouveau one man show intitulé « Anesthésie Générale ».

La critique d’Eugénie – 8/10
♥ Coup de cœur

« Dans ma famille, le suicide c’est comme le BAC, on l’a tous tenté une fois et on s’est tous loupé ! »
Ces mots qui introduisent le nouveau spectacle de Jérémy Ferrari rassurent immédiatement son public, on est en terrain miné mais bien connu ! Après les religions et la guerre, le prince de l’humour noir est de retour avec un troisième show et s’attaque cette fois-ci au domaine de la santé pour un numéro qu’il revendique comme une « vengeance personnelle » à l’encontre du système. L’ouverture abordant frontalement la tentative de suicide du comédien (datant d’il y a trois ans, alors en pleine tournée de Vends 2 pièces à Beyrouth) est d’ailleurs très révélatrice de l’ambiance, si on reste dans un humour des plus cyniques, ce spectacle est assurément le plus intime des trois.

Pour autant rassurez-vous, avec un tel sujet la vindicte sociale et politique est bien évidemment au rendez-vous. Toujours en phase avec l’actualité (l’homéopathie en prend pour son grade), l’humoriste ne se départit pas de l’approche pédagogique qui a fait le succès de ses précédents spectacles. Après le conflit israélo-palestinien, il se propose de nous résumer l’histoire de la Sécurité Sociale en 6 minutes (plus ou moins), au détour desquelles les laboratoires Servier et Boiron en prennent pour leur grade tout comme bon nombre de responsables politiques, de Mitterrand à Agnès Buzyn en passant (une fois encore) par Nicolas Sarkozy.

Bien qu’essentiellement sous le format du stand-up, Ferrari conserve encore quelques sketchs disséminés dans le show, qui reviennent d’un spectacle sur l’autre comme un running gag hérité de ses débuts à la télé de Ruquier (On ne demande qu’à en rire) pour le plus grand plaisir de son public le plus assidu (Jawad le retour !). Après Dieu et le RH de Daech, c’est au tour d’un directeur d’hôpital en burn out d’évoquer les faits les plus absurdes (et réels) et son quotidien : femme dans le coma tombée enceinte, seniors perdus dans l’hôpital, record d’attente aux urgences en 2019 etc.

L’humour corrosif de Jeremy Ferrari porte un spectacle bien rythmé, qui évite les temps morts ressentis lors des précédents, et allie une composante plus intime à sa critique sociale dans un ensemble plus mature. Et pourtant, avec un pareil thème on ne peut pas s’empêcher de se demander s’il n’y avait pas matière à aller encore plus loin, l’humoriste n’étant jamais aussi drôle que quand il tape sur les doigts des responsables. Cela dit, le spectacle ne fait que commencer sa tournée, à peine sorti du rodage il aura bien le temps de se peaufiner d’ici au DVD !


Texte et mise en scène : Jérémy Ferrari
Collaboration artistique : Mickaël Dion
Durée : 1h30

Après un rodage à la Royale Factory de Versailles, Jérémy Ferrari présente son nouveau spectacle, « Anesthésie Générale » à la Maison de la Mutualité pour 6 représentations archi complètes. Après sa tournée, il sera de retour à Paris, en janvier 2021, aux Folies Bergère. 

 

Et tout le monde s’en fout (pas !) – le spectacle

Le meilleur des mondes ?

Kezako ?

Quand un Youtubeur décalé décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ça donne « Et tout le monde s’en fout : le spectacle » !

La critique d’Eugénie – 8/10

Le jeudi 10 octobre – Si vous ne connaissez pas la chaîne Et tout le monde s’en fout, déjà vous passez à côté d’un excellent divertissement made in Youtube. Grinçant, insolent et ironique à souhait, les épisodes abordent tout à tour des sujets de société ou de développement personnel, chiffres à l’appui, avec beaucoup d’humour et de recul. La condescendance assumée du personnage de Lexa (palindrome de celui du comédien qui se dissimule sous cette capuche) en fait un ressort comique délicieux qui permet de faire passer certaines pilules pour le moins amères sans en diminuer le sens. Et tout le monde s’en fout fait assurément rire, et surtout réfléchir ! Les vidéos plantent des graines de réflexion qui l’air de rien, viennent germer dans les esprits avec le temps.

Mais une question me taraudait à l’annonce du spectacle : quelle pourrait bien être la valeur ajoutée d’un live show quand la chaîne en dit déjà tellement ? C’est cette curiosité emprunte de scepticisme m’a poussée à me rendre le 10 octobre pour la première à la Comédie Des Boulevards (ça et le prix très abordable). Et si j’étais sûre de m’y retrouver tant dans l’humour que dans le propos de fond, je ne m’attendais vraiment pas ce niveau d’intelligence scénique et encore moins à rire autant !

Confiné dans l’intimité d’une petite salle, le comédien Axel Lattuada excelle dans l’interaction avec le public, à mille lieues de la présumée misanthropie de son personnage. Le postulat fataliste et critique de départ se révèle progressivement être un témoignage humaniste : notre monde actuel est pourri, alors repartons de zéro et prenons le temps d’un spectacle pour réapprendre les bases ! À commencer par nos relations : avec le monde, avec les autres et en premier lieu avec nous-même.
La représentation a beau se décrire comme un « séminaire », elle traduit les accents de la « thérapie » collective par son approche bienveillante et profondément humaine, à peine voilée par l’acidité de son humour.
Une seule question s’impose à la fin du spectacle : peut-on encore vraiment continuer à s’en foutre ?

Si vous souhaitez vous aussi moins vous en foutre, n’hésitez pas à découvrir la chaîne Youtube ICI ou à prendre vos places pour le spectacle ICI.

par Eugénie


Écrit par : Fabrice de Boni, Marc de Boni et Axel Lattuada
Mise en scène : Fabrice de Boni
Avec : Axel Lattuada
Durée du spectacle : 1h10

Quand L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout » décide de vous envoyer en séminaire pour la reconstruction du monde ; cela donne un spectacle pédago-déjanté, fun et philosophique.

À force de s’en foutre nous y voici : le fond du gouffre ! Et ça, L3X@, héros de la série « Et tout le monde s’en fout », ne s’en fout pas ! Parce que même si on ne peut pas empêcher le monde de partir en sucette, on peut au moins s’y préparer et envisager la suite. Et quoi de mieux pour ça, qu’un petit séminaire d’entraînement express ? Quand une civilisation s’effrite, comment apprendre de nos erreurs pour ne pas les répéter ?

Armé de son humour et de sa condescendance légendaire, L3X@ a décidé de VOUS former dès maintenant, histoire de construire autre chose qu’une société qui court très vite, les yeux bandés, dans une forêt !

Harry Potter Tour in London

Once more with magic – « London calling to the faraway towns… » et Eugénie et Marcellin répondent à cet appel !

Si la qualité des films Harry Potter est pour le moins inégale, il n’est reste pas moins que la visite des studios Warner de Leavesden est ce qui s’apparente le plus à un pèlerinage pour tous fans de la saga. Et bien qu’ayant une affection mille fois supérieure pour les romans, Eugénie est de ceux-là (GO Serdaigle !).
Revenir sur les qualités et les défauts de la franchise mériterait d’ailleurs un article complet, mais pour les besoins de cette chronique, je vais faire bref : grosse affection pour les numéros 1, 2, 7 et 8, coup de cœur pour le 3 (Le Prisonnier d’Azkaban), et amère déception (voir dégoût) pour les 4, 5 et 6.

20180331_132209.jpgIl n’empêche, la visite des décors reste un moment fort et féerique qui replonge dans la magie de l’univers de J. K. Rowling et d’un mastodonte du cinéma.
C’est au détour d’un séjour à Londres, entre Camden et Piccadilly, qu’Eugénie & Marcellin sont allés s’immerger dans le Potterverse.
Accessible directement en bus depuis le centre de la capitale, l’immersion est immédiate ! À noter que l’audioguide est IN-DI-SPEN-SA-BLE si vous êtes un fan de la saga. Des détails connus aux anecdotes de tournage en passant par les secrets de fabrication, le guide apporte son lot de compléments à la visite qui témoignent de l’envergure de la franchise.

20180331_141348.jpgTrès développée du point de vue du storytelling, la visite ne rentre définitivement pas dans la case des attrapes touristes ! La découverte des bâtiments, des décors, de leurs dimensions donne une excellente vision des espaces lors des tournages, sans compter les innombrables accessoires, costumes et autres objets cultes qui participent au réalisme de l’univers. Au détour des salles, on prend plaisir à se perdre dans la forêt Interdite, on s’émerveille devant les dimensions du Ministère de la Magie et on rêve d’évasion devant la rutilante locomotive du Poudlard Express. Les décors laissent peu à peu la place aux secrets de fabrication qui mettent en lumière le travail monstre des petites mains derrière l’illusion : maquillage, costumes, effets spéciaux et autres concept art. Dernière étape du tour, la monumentale maquette de Poudlard qui représente à elle seule une visite en soi. Difficile d’en dire plus sans spolier complètement l’exposition. Les studios de la Warner font vraiment partie des expériences qui se vivent plus qu’elles ne se racontent et qui séduiront autant les fans que les néophytes, les enfants comme les adultes.

La visite s’achève par un passage obligatoire dans la boutique, véritable Caverne aux Merveilles de Goodies et lieu de torture pour les petits budgets car tout y est alléchant. En ce qui me concerne, j’en suis quitte pour quelques souvenirs aux couleurs de ma maison (Serdaigle) mais aussi pour mes amis Poufsouffle et Serpentard (dont Marcellin – mon filou de petit serpent).

20180331_151741.jpgpar Eugénie

Toutânkhamon s’expose à la Villette

Présentée par le Ministère des Antiquités égyptiennes à la Grande Halle de la Villette, l’exposition Toutânkhamon, le Trésor du Pharaon dévoile plus de 150 pièces maîtresses, dont 50 voyagent pour la première fois hors d’Égypte – jusqu’au 22 septembre.

 

Le dimanche 21 juillet – Le Trésor du phare à On (les vrais savent)

En novembre 1922, l’archéologue Howard Carter a fait rentrer deux noms dans l’Histoire, le sien et celui de Toutânkhamon, pharaon de la XVIIIe dynastie égyptienne, au 14ème siècle avant JC. 

L’exposition qui se tient à la La Villette depuis le 23 mars célèbre le centenaire de la découverte du tombeau royal.  Prêtée par le musée du Louvre, la statue du dieu Amon a fait le déplacement pour veiller sur le trésor qui accompagna Toutânkhamon dans l’au-delà. Une collection spectaculaire tant par la beauté des objets exposés que par leur incroyable état de conservation, venant défier notre conception même du temps. On ne peut qu’être impressionné par les vestiges millénaires d’une civilisation aussi fascinante que mystique… et se demander ce qu’il restera dans la nôtre dans 3000 ans…

L’exposition est riche et bénéficie en outre d’une scénographie soignée, bien qu’assez classique, où les dieux de l’Égypte Antique guident les visiteurs dans le royaume des morts. Côté storytelling et pédagogie, la démarche aurait pu être plus poussée pour que l’immersion soit complète mais la collection se suffit en elle-même pour peu qu’on ait déjà quelques connaissances historiques. D’ailleurs, l’audioguide à 6€ n’est pas indispensable.

Bien sûr, l’exposition à elle aussi un coût, 24€, qui reste vraiment élevé surtout que son intérêt diminue si vous avez fait le Louvre, le British Museum ou le musée du Caire récemment. Fortes de leur succès, les séances sont bondées ce qui rend l’expérience moins agréable à cause de la foule, alors n’hésitez pas à profiter du relatif calme estival pour vous y rendre.

L’escale parisienne fait partie d’une ultime tournée avant que l’exposition ne s’installe définitivement au Grand Musée égyptien du Caire (actuellement en construction) sur le plateau de Gizeh, l’occasion est donc unique de découvrir le trésor d’un Pharaon qui, après avoir eu si peu d’impact de son vivant, aura trouvé le chemin de l’immortalité dans la tombe.

 

 

par Eugénie

OSS 117 se fait la toile des Champs !

Le dimanche 07 juillet – « Comment est votre blanquette ? »

Co-organisé par la ville de Paris et le Comité Champs-Élysées, l’événement Un Dimanche au Cinéma rempile pour une deuxième année consécutive.
Le concept est simple et pourtant terriblement réjouissant : le temps d’une soirée, les Champs-Elysées se transforment en cinéma de plein-air à grand renfort de transats et de glaces Häagen-Dazs, partenaire de l’événement (merci les gars).

Depuis juin, trois films étaient en compétition sur internet pour la projection, doublé d’un tirage au sort parmi les votants pour gagner les quelque 1700 places de la séance.
Après les Visiteurs en 2018, c’est OSS 117 de Michel Hazanavicius qui a été choisi par le public, contre Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1967) et L’Homme de Rio, de Philippe de Broca (1964). D’aucuns pourraient s’offusquer que le film le plus « populaire » l’ait emporté, en oubliant qu’OSS 117 n’est pas seulement l’une des meilleures comédies françaises, mais aussi un très bel objet de cinéma dans tous les aspects de sa réalisation, de la photographie à la bande originale.

Pour l’occasion, Jean Dujardin et Aure Atika ont même fait le déplacement et se sont volontiers prêtés aux jeux des selfies, quand Bérénice Bejo et Michel Hazanavicius ont envoyé une petite dédicace vidéo au public, le réalisateur saisissant l’occasion de rappeler que, même s’il se moque beaucoup des nazis dans son film, il ne s’agit que d’humour et n’a bien entendu rien de personnel contre les nazis.

Plus convivial qu’une séance classique, Un Dimanche au Cinéma fait partie de ces initiatives qu’on aimerait voir plus souvent renouveler à Paris. Au vu du succès de cette édition, il est plus que probable que l’événement soit reconduit l’année prochaine. Pour ceux qui auront la chance d’y assister, un petit conseil d’anticipation, pensez à la casquette (le temps que le soleil passe derrière l’Arc de Triomphe) et au sweat pour se protéger du petit vent frais.

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par Eugénie

 

Tutu, la danse dans tous ses états

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Kezako ?

Ils sont six, à la fois danseurs et comédiens, à nous entraîner dans un tourbillon visuel effréné, poétique et plein d’humour. En 20 tableaux, ils revisitent les codes de la danse, qu’elle soit classique, contemporaine, de salon, rythmique, académique ou acrobatique. Chaque scène est une surprise haute en couleur, une ode à la danse où la dérision côtoie l’exigence. Avec plus de 40 personnages, les hommes-tutu nous font rire, nous impressionnent et nous transportent dans leur univers survitaminé.

La critique d’Eugénie – 8/10

Le dimanche 19 mai – Peut-être avez-vous vu les affiches foisonnantes dans le métro parisien ? Cette image d’homme-tulle, de volatile bouffant et rose, gracieux et ridicule ? C’est celle du spectacle Tutu des Chicos Mambo, dont les extraits se répandent de plus en plus sur les réseaux sociaux. La promesse est de taille, la compagnie se targue d’illustrer « la danse dans tous ces états »… avec succès !

Burlesque et absurde, Tutu allie une folie complètement assumée à une intelligence de propos rare, portée par une mise en scène hautement pédagogique. La lecture de la danse a rarement été aussi limpide, même pour un public non initié ou très jeune.
Ces états de la danse dressent une critique parfois acerbe de l’élitisme dépassé des grandes oeuvres classiques qui ont du mal à se réinventer, au sérieux prétentieux de la danse conceptuelle et contemporaine. La dérision se veut parfois bien plus littérale, animale même quand elle illustre le Lac des Cygnes ou des flamands roses.
Mais le spectacle ne s’attaque pas qu’aux genres traditionnels, il s’autorise aussi des incursions dans d’autres itérations du 6ème art, la danse de salon, rythmique et acrobatique, supporté par une pléthore de références populaires : le dessin animé Anastasia, Petit Bambou, Danse avec les Stars, le Haka néo-zélandais, la Reine des Neiges et même Nadine Morano !
Le ressort burlesque quant à lui est vieux comme le monde, des hommes habillés en femmes, mais soulève d’autres questions plus actuelles.

Une vision de la danse certes mais aussi une vision de l’homme, celle du danseur souvent marquée par les clichés liés à sa profession mais aussi à son genre. L’homme-danseur, l’homme-enfant, l’homme viril, l’homme-bouffon… Tutu c’est aussi l’homme dans tous ses états !
On rit beaucoup, mais on s’émerveille aussi de la beauté de certains tableaux et les performances de la troupe. Les danseurs allient à la grace et au rythme un indéniable talent comique, brisant la barrière d’un genre peu enclin à l’interaction avec son public. La danse n’est plus ici contemplative, elle est vivante et participative, à la portée de tous sans une once de bêtification. Seul bémol du show, un tableau contemporain central manquant de nuance et trainant un peu en longueur.

Tutu s’est enfin un état d’esprit, une parenthèse de légèreté appréciable qui séduira tous les âges, en famille ou entre amis. Garanti, vous en sortirez tutufiés !


Conception / Chorégraphie : Philippe Lafeuille
Production et diffusion : Val Prod – François Duplat et Valéry Colin
Danseurs : David Guasgua M., Pierre-Emmanuel Langry, Julien Mercier, Benoit Peillon, Vincenzo Veneruzo, Stéphane Vitrano
Durée du spectacle : 1h20

A l’occasion des 20 ans des Chicos Mambo, Philippe Lafeuille – directeur artistique et chorégraphe de la compagnie – a imaginé TUTU, un spectacle original et drôle, présenté pour la première fois à Paris, en octobre 2014, sur la scène du Bobino.
Aujourd’hui, après avoir conquis plus de 200 000 spectateurs, réalisé plus de 400 représentations et décroché le prix du public « danse » au 50ème Festival OFF du Festival d’Avignon, les hommes-tutu continuent d’entraîner le public dans leur univers survitaminé en France comme à l’étranger.

Chicago jazz au Mogador

That Jazz !

Kezako ?

Au cœur des années 20, à Chicago, Roxie Hart, une artiste de cabaret, tue son amant. En prison, elle est confrontée à Velma Kelly, double meurtrière mais surtout, chanteuse de jazzet idole de Roxie. Grâce à un avocat roué – Billy Flynn – les deux femmes trouveront la voie de la liberté et celle du succès.

La critique d’Eugénie – 4/5
♥ Coup de cœur

Indissociables de l’histoire du cinéma, les comédies musicales ont sur scène comme à l’écran une saveur assez particulière qui ne plaît pas à tout le monde. Enfant des années 90, ce sont les grands classiques Disney qui m’ont mis le pied à l’étrier, m’offrant une base solide pour aborder les vrais musicals à l’âge adulte, même si mes goûts en la matière restent assez sélectifs (attention à la dégoulinade de bons sentiments quoi).

Plus que pour les chansons, c’est avant tout l’envergure du spectacle qui me fascine et de ce point de vue, le Mogador a accueilli certaines de mes plus expériences : de l’émerveillement enfantin sur « le Roi Lion » à la découverte d’un monument de Boadway avec « Cats » en passant par l’émotion à l’état pur de  » la Belle et la Bête ». Et si l’incendie de 2017 a entraîné l’annulation du « Fantôme de l’Opéra » – à mon grand désarroi – c’est avec plaisir que je retourne dans cette mythique salle pour découvrir son « Chicago » (probablement ma comédie musicale préférée).

Le rideau s’ouvre et dévoile un orchestre complet sur scène. Identique à celle de Broadway, cette mise en scène minimaliste et originale n’intègre pas seulement la musique comme un support mais comme un protagoniste à part entière, un narrateur omniscient autour duquel s’articule l’histoire. Cet échange constant entre les musiciens et les comédiens renforce l’atmosphère jazz du show, faisant de « Chicago » une comédie musicale très identifiable même au sein de son propre genre.
Un temps redoutée, la traduction en français des chansons joue son rôle sans trop d’accros. Faute de mieux on finit par s’y faire, se laissant même convaincre par certaines comme « Monsieur Cellophane », « Classe » et la version française de « We Both Reached For The Gun » (dont le titre m’échappe). Seuls les morceaux phares peuvent vraiment déranger les oreilles trop habituées aux originaux en anglais.

Traduction mise à part, le casting international et très talentueux livre une excellente prestation, portée par la très talentueuse Carien Keizer dans le rôle de Roxie Hart – malgré un accent pas toujours très compréhensible. Petite déception cependant pour Velma Kelly, un peu en dessous de sa partenaire (surtout dans les duos), étant interprétée ce soir-là par la doublure de Sophia Essaïdi, malheureusement absente (une histoire d’otite selon les ouvreuses).

En dépit de ce regret, le spectacle est au rendez-vous ! Des chorégraphies aux performances des comédiens, le Mogador signe une nouvelle grande production qui fait sien le sexy chic. Il ne lui manque qu’une pointe d’irrévérence pour tutoyer la perfection.

Petit aparté pratique concernant les places, je vous conseille de viser le premier rang du second balcon. C’est la bonne alliance prix/vue-plongeante-et-large/place-pour-les-jambes ! Cela dit, abstenez-vous si vous souffrez de vertige sévère…


Compositeur : John Kander
Livret : Fred Ebb 
Chorégraphe : Bob Fosse
Avec Carien Keizer, Sofia Essaïdi, Jean-Luc Guizonne, Sandrine Seubille, Pierre Samuel, V. Petersen etc.
USA – Comédie Musicale
En représentation depuis le septembre 2018 au Théâtre du Mogador (Paris)
Durée : 2h 30min (dont 20 minutes d’entracte)

Notre-Dame de Paris

Le Samedi 22 décembre 2018Notre-Dame de Paris a 20 ans ! À cette occasion, le Palais des Congrès accueille une nouvelle édition de la célèbre comédie musicale qui a non seulement inimitié l’âge d’or français du genre mais également la carrière de bon nombre des chanteurs de variété de l’hexagone (ou du Québec).

Seul petit problème, n’est pas Garou qui veut… Et mis à part Daniel Lavoie qui rempile pour le rôle de Frollo 20 ans après, le casting a entièrement changé. Les petits nouveaux font ce qu’ils peuvent sans réussir à supplanter dans nos esprits les voix trop bien connu du casting original. Seule exception, Hiba Tawaji, star au Liban et ancienne candidate de the Voice qui réussit non seulement à égaler Hélène Ségara mais à donner à son Esmeralda une autre âme, plus vivante et sensuelle.

On redécouvre avec plaisir et curiosité des chansons qu’on avait oubliées, portées par des chorégraphies de qualité et on éprouve même des frissons lors des titres phares. Mais tout ceci, on le connaît déjà pour peu qu’on ait vu le spectacle en 98 ou le DVD entre-temps.
Le problème de cette version de Notre-Dame de Paris c’est quand se voulant en hommage à l’originale, elle finit par ressembler à un simple copié-collé sans la surprise de la nouveauté. Avec 20 d’écart, les progrès technologiques et numériques auraient pu pourtant servir de prétexte à une réadaptation de la mise en scène et des chorégraphies. Sans changer les chansons, une petite actualisation des décors aurait suffi à lui donner l’argument de l’originalité et du spectaculaire pour surprendre son spectateur. Mais comme une occasion manquée, la carte de la fidélité s’accompagne de celle de la facilité…
Notre-Dame de Paris est en définitive une comédie musicale déjà-vu qui, bien que très bonne, ne vaut pas forcément le déplacement en salle car l’expérience live n’a rien à apporter… sauf peut-être pour les fans inconditionnelles.

 

par Eugénie

Big flow à Bercy pour Bigflo et Oli

Le dimanche 9 décembre 2018 – Le rendez-vous est pris depuis longtemps mais a vu un vent de panique soufflé sur les fans : le concert de Ber… de l’AccorHotels Arena (faudra un jour qu’on parle de ce nom tout pourri) a été reporté de 24 heures pour des raisons de sécurité liées aux manifestations des gilets jaunes. Et si les Franciliens ont pu s’arranger de ce contre-temps, on ne peut s’empêcher de penser, à la vue de quelques sièges vides et des messages sur les réseaux sociaux, aux personnes venues de province ou de l’étranger qui n’ont pas pu décaler leur billet de train ou d’avion… Puis on s’inquiète aussi pour les deux frangins. Ils l’ont déclaré eux-même, ils en ont rêvé de ce Bercy ! C’est l’aboutissement de deux de marathon médiatique et public ponctuant deux très bons albums. Et peu importe les goûts, une salle vide on ne le souhaite à aucun artiste – sauf peut-être à Lauryn Hill mais elle l’a cherché ;p
Heureusement, le stade se remplit peu à peu est fini presque plein à la fin de la première partie, peut-être à 85% pour un concert qui s’annonçait complet depuis des mois.

Bigflo est le premier à entrer en scène sur une introduction très bien fichu et drôle, puis c’est parti ! L’émotion des Toulousains est palpable, il touche du doigt la consécration de leur jeune carrière les inscrivant ad vitam dans le rap français. Après deux morceaux repris en chœur par le public, les deux frères brisent la glace et le fameux « malaise du début de concert ». Ils reviennent avec humour et sincérité sur leur parcours et ce report impromptu et réveillent un public un peu lent au démarrage.

Porté par une jolie mise en scène et l’engouement des fans, les tubes s’enchainent, dont deux tirés du nouvel album, avec une flopée de guests en trois actes. Le premier et non des moindres, le grand, le précurseur du rap conscient français : MC SOLLLLLAAAAAARRRR ! qui vient chanter Caroline sur scène et acter la passation de pourvoir entre le boss des années 90/2000 et les petits nouveaux de l’ère 2010 – puis réaliser un de mes rêves de gosse au passage. Puis c’est au tour de Vianey, planqué parmi les musiciens sous un sweat rose Visionnaire et une casquette de se lancer dans un petit solo de guitare. Enfin, Jamel Debouzze vient le temps d’un sketch lancer le dernier acte sur Personne dans une fosse déchainée. Amusant, Fary dont j’ai vu le spectacle il y a quelques semaines, était aussi de la fête en loge et prenait des photos avec les fans dans les couloirs de Bercy à la fin du show.

Le concert s’achève sur les larmes des frangins et une annonce de taille : un concert à l’U Arena de Nanterre le 26 octobre 2019 devant 40 000 personnes, le seul de l’année prochaine. Le rendez-vous est pris, espérons qu’il n’aura pas à subir les mêmes contretemps.

 

par Eugénie

L’Hexagone de Fary au Comedia

Le rire stylisé

Kezako ?

Fary est de retour sur scène avec HEXAGONE, son nouveau spectacle. Quel lien entre le pays et l’identité ? Est-ce la culture qui influence l’identité ou est-ce l’inverse ? Il n’a de réponse à aucune de ces questions, mais il se les pose. Vous avez une heure… avec Fary. En vrai, viens, c’est drôle quand même.

La critique d’Eugénie – 4/5

Le mercredi 28 novembre – Artiste révélé par le Jamel Comedy Club, Fary c’est rapidement fait un nom au sein des humoristes montant de la scène française. De la salle du Point Virgule au Festival de Cannes en passant par Netflix, il a su imposer un style, une gueule et un rire. Pourtant, son spectacle « Fary Is The New Black », disponible sur la plateforme, m’avait moins enthousiasmée pour son humour, encore un peu trop superficiel à mon goût, que pour la performance scénique (au centre de public).
Mais les affiches fleurissant dans le métro ont attisé ma curiosité. Une image digne d’un catalogue de mode masculine et un titre intrigant, référence discrète à une chanson de Renaud : « Hexagone ».

Me voilà donc au balcon du Comedia, passant d’une frisquette et humide soirée de novembre à une suffocante atmosphère saturée de sueur. On attend impatiemment le début du spectacle, espérant que le rire nous fasse oublier les vapeurs étouffantes de ce véritable hammam de velours rouge. On gémirait presque en s’entendant annoncer non pas une, mais deux premières parties ! À ce compte-ci, nous serons bouillis quand Fary arrivera sur scène. Et pourtant… Lenny Mbunga et Jason Brokerss se partagent une savoureuse mise en bouche. Fait assez rare pour le souligner, ils sont aussi bons que l’artiste principal lui-même et c’est presque à regret que nous les voyons quitter la scène. Le contrat est rempli, les sourires et les esprits chauffés et on occulte un peu plus facilement celle de la salle.

Enfin le show commence ! Fary entre en scène, toujours aussi looké, aussi flegmatique et à l’aise avec son public, mais avec une assurance nouvelle. L’expérience a payé, l’artiste s’assume davantage et il ose plus ! Moins politiquement correct et plus incisif, Fary partage avec nous son dialogue ouvert avec la France, plus comme un observateur amusé que comme un détracteur. Bien qu’immigration et identité soient au coeur du discours, l’humoriste ne tombe jamais dans le propos politique facile, même quand il tacle allègrement (et pour notre plus grand plaisir) des figures comme Eric Zemmour, Dieudonné ou Alain Sorel. Mais le spectacle s’autorise aussi des digressions plus légères et d’actualités, les meilleures restant sans doute celles autour de Lauryn Hill, à peine une semaine après le fameux concert.

Fary est un artiste patient, aussi généreux avec son public qu’hilarant quand il le recale ! Son charisme naturel et sa gestuelle faussement désinvolte complètent un humour travaillé et réfléchi qui sait prendre de temps de faire vivre ses blagues et les rires.  L’humoriste tient seul la scène dans la pure tradition du stand-up (mise en scène minimaliste) rendant encore plus superflu le décor inspiré du Grand Palais, qui n’apporte, au final, rien ni au fond ni à la forme.

Fary a entamé sa mue, passant d’artiste émergent à une figure plus permanente de la scène humoristique. Il ne lui manque plus qu’un brin de confiance pour transformer l’essai et effacer les derrières traces du doute se traduisant encore dans une petite phrase suivant les blagues trop politiquement incorrectes : « Je plaisante » ! Fary, ton boulot c’est de faire des blagues, alors ne t’en excuse pas…


Textes : Fary, Jason Brokerss, Kader Aoun
Mise en scène : Kader Aoun
Durée du spectacle : 1h20

Fary présente son nouveau spectacle au Comédia d’octobre à décembre, il sera en tournée nationale à partir de janvier et à l’AccorHotels Arena le 1er mars 2019.