Les Parfums

Note de cœur

Kezako ?

Anne Walberg est une célébrité dans le monde du parfum. Elle crée des fragrances et vend son incroyable talent à des sociétés en tout genre. Elle vit en diva, égoïste, au tempérament bien trempé. Guillaume est son nouveau chauffeur et le seul qui n’a pas peur de lui tenir tête. Sans doute la raison pour laquelle elle ne le renvoie pas.

La critique d’Eugénie – 6,5/10

L’immersion dans l’univers olfactif d’un grand nez de parfumerie et de ce qu’un tel don implique comme conséquences au quotidien dévie malheureusement sur une histoire de rencontre des classes sociales et de garde partagée des plus classiques.
Mais si l’intrigue ne réserve aucune surprise, le duo en tête d’affiche lui remplit sa mission. Les réussites des Parfums sont au final surtout celles d’Emmanuelle Devos et Grégory Montel dont l’alchimie, tout sauf romantique, fonctionne en écho de leurs très bonnes prestations individuelles, contrastant avec celles plus caricaturales des seconds rôles.

Les émanations les plus intéressantes du film sont celles qui touchent aux relations entre les personnages principaux, à la tendresse, à l’humour et à la psychologie atypique d’Anne Walberg dont le talent et le caractère l’isolent, vers une forme d’asociabilité qu’il aurait été intéressant de creuser davantage.

Malheureusement, pour un long-métrage qui se veut sensoriel, l’œil a bien peu de matière à se mettre sous la dent. La réalisation de Grégory Magne est tristement terne et linéaire hormis quelques tentatives de jeux avec un reflet dans des lunettes ou la fumée d’une cigarette électronique. Rien de bien sensationnel.

Les Parfums se révèle néanmoins très sympathique, séduisant en note de tête et convainquant par le cœur mais manque de caractère pour assurer en note de fond et transcender son objet. En sortant de la salle, ne subsiste déjà plus que de vagues effluves qui nous échappent aussi vite qu’une odeur portée par courant d’air.


Réalisé par Grégory Magne
Avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel etc.
France – Comédie
Sortie en salle : 1 juillet 2020
Durée : 1h 40 min 

Top 7 des films que Disney « pourrait » rebooter

Raconte-moi une histoire

Après avoir abordé les principes sur lesquels devraient reposer un remake dans la rétrospective des reboots Disney, voici le top 7 des classiques d’animation de Mickey qui pourraient, selon nous, faire l’objet d’une (bonne) nouvelle adaptation. À noter que pour certains, des projets sont déjà annoncés, auxquels cas on s’attardera davantage sur les attentes qu’on pourrait en avoir. Ce classement est bien évidemment purement subjectif, et du reste les règles sont simples : Pour qu’un film soit dans la sélection, il ne doit pas déjà avoir d’équivalent en prises de vues réelles qui aurait marqué le cinéma par son caractère culte ou ses qualités esthétiques. On exclura également ceux ayant une version live action à laquelle nous accordons une valeur sentimentale, dont par exemple les films Peter Pan et Robin des Bois pour Eugénie car, même si leurs univers offrent de nombreuses possibilités, elle a une affection particulière pour le Prince des voleurs (1991) avec Kevin Costner et le Peter Pan de 2003 (avec Jeremy Sumpter).

7. La Petite Sirène – par Eugénie
Si vous avez lu le précédent article, celui-là vous ne l’avez pas vu venir ! Parce que le dessin animé de 1989 est en tout point parfait ! La musique, les personnages, l’animation, rien à redire ! Et même si elle souffre avec le temps d’une mauvaise presse, l’Ariel de la version animée reste superbe et inspirante, n’en déplaise à ses détracteurs contemporains. Elle est de fait la première princesse « officielle » à s’émanciper par ses propres actions. Curieuse et courageuse, c’est un personnage qui, contrairement à ses ainées, ne rêve pas d’amour mais d’aventure et va trouver le premier par hasard en cherchant le second. Alors certes, pour ce qui est du deal avec Ursula, ce n’est pas forcément le meilleur exemple de bon sens, mais il ne faut pas oublier que dans le film, elle a 16 ans. Un âge auquel il convient de faire remarquer que les passions amoureuses sont rarement… pondérées. Puis imagine que ton père ait bousillé toutes les affaires auxquelles tu tenais simplement parce qu’il n’approuve pas ton crush, en vrai toi aussi t’aurais fugué ! La sorcière des mers c’est juste la version « conte de fée » du dealer du square chez qui tu vas acheter du shit pour te rebeller. Enfin je digresse…
Bref, Ariel est l’héroïne qui prend tous les risques par amour, ça n’est certes pas le plus rationnel mais c’est assurément le plus courageux. Et pourtant il manque à la version de Disney une dimension essentielle du conte : la tragédie ! S’il aurait été difficile de vendre aux enfants la fin originelle d’Andersen, un reboot en live-action pourrait lui se permettre de prendre le risque de la fidélité pour donner à sa sirène une profondeur nouvelle. Sans parler des progrès technologiques qui pourraient permettre d’aller chercher un esthétisme très intéressant pour les scènes sous-marines. Malheureusement, le casting du remake annoncé pour 2021 mentionnant déjà les voix de Polochon et d’Eureka, il est peu probable que celui-ci prenne des risques du côté de son scénario – il a déjà eu sa dose après la déplorable polémique faisant suite au choix d’Halle Bailey pour le rôle-titre.

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6. Hercule – par Eugénie
Là aussi le choix peut surprendre car quand on parle d’adaptation de l’histoire du demi-dieux, le film de Disney fait figure et de loin de référence ! Outre un personnage touchant, à la psychologie tout en contraste avec son image de super-héros bodybuildé, l’animation possède d’excellents atouts. Les méchants pour commencer, Hadès étant l’un des meilleurs antagonistes de la firme aux grandes oreilles, mais aussi ses hilarants acolytes Peine et Panique et surtout, Mégara, aka ZE best personnage féminin EVER créé par Mickey ! Du caractère, un design très reconnaissable, une backstory riche et des répliques cultes « je ne prends plus aucun homme je les jette », Megara je t’aime !
Et pourtant, l’histoire d’Hercule – qu’il conviendrait mieux d’appeler Héraclès puisqu’on parle du panthéon grec – est à l’instar de toute la mythologie, une tannée à adapter au cinéma. En témoigne la flopée de versions nanardesques qui mériteraient qu’on les efface par l’arrivée d’un bon film sur le demi dieu. Compte tenu de l’ampleur du matériel initial, le cinéma n’a clairement pas tout exploité et ça tombe bien, la rumeur d’un reboot en préparation commence tout juste à courir.

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5. Pinocchio – par Eugénie & Marcellin
N’ayant pas vu la version de Matteo Garrone, je n’ai pas d’autre choix que de mettre le petit pantin de bois dans cette liste. L’histoire de Pinocchio fait partie de celle qui gagnerait à être dépoussiérée car si le dessin animé reste culte, il peut sembler moins attrayant aux nouvelles générations. Et pourtant, ce n’est pas un potentiel reboot de Disney qui semble le plus prometteur mais bien la version de Guillermo del Toro produite par Netlix annoncé pour 2012. Voir l’univers du réalisateur du Labyrinthe de Pan s’allier au ton très sombre du contre original de Carlo Collodi a de quoi titiller la curiosité des cinéphiles. Car Pinocchio a tous les atouts pour créer un chef d’oeuvre gothique digne de ce nom. L’histoire complexe de la marionnette qui rêvait d’être un petit garçon est riche de vils personnages, de thématiques telles que la quête de soi, l’émancipation, la malhonnêteté, la solitude ou encore le sacrifice. Tous les ingrédients d’un conte qui fera mouche à l’écran !

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4. Les aventures de Bernard et Bianca – par Marcellin
Les péripéties de ces deux petites souris de SOS Société ont fait le bonheur de mon enfance. Mais pourquoi en faire un reboot ? Une bonne raison : Madame Médusa !
Ce personnage extravagant et malfaisant reste pour moi une véritable perle dans l’univers Disney. Affublée de ses deux crocodiles Néron et Brutus, Disney a rarement fait personnage plus cruel et avide, allant jusqu’à noyer une petite fille pour un diamant.
Et vous vous demandez encore pourquoi je veux la voir en action ? C’est mal me connaître 😉
Et quelle réjouissance de pouvoir suivre les aventures de ces minuscules sauveteurs à travers villes et bayou. On pourrait même espérer voir François Hollande le goéland ! Je rêve d’une Cynthia Nixon déchaînée dans la peau de l’incroyable Médusa, un Zach Galifianakis au meilleur de sa forme pour le rôle de Snoops et les traits poupins de la prometteuse Violet Mcgraw pour Penny.

Les Aventures de Bernard et Bianca ou Si Mickey avait des enfants ...

3. Merlin l’enchanteur – par Eugénie
Avec celui-ci on touche à nouveau aux histoires intemporelles, celles des légendes du cycle arthurien moult fois adaptées et qui pourtant, manque de monument marquant au cinéma. Nous autres français pouvons nous vanter d’avoir LA meilleure série tirée de l’univers du Roi Arthur, Kaamelott (déjà citée dans notre top 5 des meilleures séries) mais malgré sa connaissance du sujet, l’angle parodique en fait une oeuvre à part. Clairement, la richesse des légendes mérite qu’on y accorde plus d’importance dans une grande fresque épique et chevaleresque qui pourrait suivre tant l’histoire de l’Enchanteur que celui de l’épée.

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2. Pocahontas, une légende indienne – par Marcellin
C’est un peu un rêve d’enfant que de voir Pocahontas et son air du vent aux milles couleurs prendre vie à travers un écran. Au delà de la beauté des paysages que peut procurer une telle adaptation, il serait intéressant d’y développer la dimension philosophique qu’apporte un peu le dessin animé.  Là où Terrence Malick avait apporté à la légende de la poésie dans son Nouveau Monde, un reboot Disney pourrait donner un regain d’espoir, une réflexion, dans sa manière de traiter l’Histoire. Pocahontas est une véritable mine d’or et un(e) réalisateur(rice) peut y trouver toutes les ressources nécessaires pour faire un grand film. Difficile pour moi d’imaginer l’actrice qui pourrait interpréter la courageuse princesse, voulant à tout prix fuir tout remplacement identitaire, il serait plus que logique qu’une actrice amérindienne tienne le rôle titre. Cependant, j’imagine déjà le beau Charlie Hunnam s’emparer des traits de John Smith ou même Nikolaj Coster-Waldau, le plus célèbre des frères incestueux ! Pour Ratcliffe, on peut penser à David Schwimmer et Adam Beach dans le rôle de Kocoum. Mais j’attends avec impatience vos idées !

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1. Taram et le Chaudron magique – par Eugénie
Et le numéro, celui qui attend désespérément qu’on lui redonne une chance depuis son échec au cinéma en 1985, l’un des grands mal-aimés de l’écurie Disney : Taram ! Jugé trop sombre à l’époque de sa sortie, le film est de fait emprunt d’une atmosphère délicieusement sinistre qui gagnerait à s’affranchir de la cible enfantine pour pleinement s’y épanouir. D’autant plus que le dessin animé est lui-même adapté d’une saga littéraire d’héroic fantasy, Les Chroniques de Prydain de Lloyd Chudley Alexander, dont Disney possède toujours les droits. Entre la matière des livres et les bonnes bases du film, pourquoi ne pas tenter une relecture et en profiter pour donner un petit coup de frais à Taram et Eilonwy, sans parler du Seigneur des Ténèbres qui, sans être un méchant d’anthologie, est de loin le plus esthétiquement flippant de Disney ! À ce compte-là, osons rêver d’audace : mieux qu’un film, Taram, Tirelire, Eilonwy, Ritournelle, Gurki & Cie pourraient parfaitement trouver leur place dans une série sur Disney+. Une seule question demeure, qu’attendent les studios ? Car s’ils poursuivent leur politique de remake actuelle, nous avons malheureusement plus de chances de voir le live action de La Reine de Neiges avant celui de Taram…

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Disney et les reboots : Stop au carnage !

Vers le profit et au-delà !

Il y a eu l’âge d’or du Western et des films noirs, celui du cinéma expressionniste et underground, la Nouvelle Vague et le Nouvel Hollywood… Mais quel sera le genre qui définira les jeunes années des 2000 ?
Car si un courant marketing se distingue clairement depuis une décennie, les mouvements esthétiques se font eux bien plus discrets. Et pour cause, les studios semblent se préoccuper davantage de l’élaboration de leur propre « univers » que de la recherche artistique. Le succès des licences telles que Star Wars, Harry Potter et autres Seigneurs des Anneaux a démocratisé la tendance et le début du millénaire a été marqué par la course aux sagas brandées teenage movie où tous voulaient décrocher le bon filon qui leur assurerait un triomphe régulier au box-office.

Pourtant, c’est probablement au Marvel Cinematic Univers que nous devons le décuplement phénoménal de ce genre de procédé. Le succès de chacun des films a prouvé que le public était prêt à consommer du cinéma autrement, sur une base plus sérielle, en ne suivant plus quelques personnages principaux sur une même trame mais une multitude sur plusieurs segments tous reliés les uns aux autres. C’est pourquoi les studios ne travaillent plus tant à l’obtention des droits d’une saga qu’à l’extension de celles qu’ils possèdent déjà (Mad Max, Les Animaux Fantastiques, Le Hobbit, Star Wars, Terminator etc.), déclinées en autant de spin-off sur le grand que le petit écran, quand ils ne construisent pas simplement une nouvelle franchise (Monster Universe).Franchise cinématographique.pngAutre procédé du même acabit, le reformage des licences déjà exploitées (ou récemment rachetées) très fréquent dans le cinéma d’horreur et fantastique dont par exemple Vendredi 13, Ça, Jumanji, Godzilla, Tom Raider et tant d’autres. Mais si l’intérêt aurait dû être d’enrichir la matière initiale par la création ou d’en présenter une relecture, on retrouve souvent des œuvres exsangues de toute leur magie.
Dans un monde idéal, la naissance d’un reboot, d’une suite, d’un prequel ou de tout univers parallèle ne devrait être dictée que par l’intérêt artistique et non pas marketing… Mais dans notre société de consommation tout sauf idéale, le profit règne et les studios exploitent et dépouillent leurs franchises jusqu’à la moelle, tels des vautours s’acharnant sur les cadavres de leurs gloires passées ! Une mode qui n’épargne (malheureusement) pas les studios Disney !

Disney et les reboots

Après deux décennies (90-2000) à produire des suites très inégales à ses classiques d’animation en direct to DVD (ou VHS pour les plus anciens), Mickey a trouvé un autre moyen pour engranger des sousous sans trop se fatiguer, capitalisant toujours sur l’affection du public pour ses films mais via les reboots en live-action. Une méthode paresseuse (plus du point de vue de la démarche artistique que de l’exécution) et opportuniste qui porte néanmoins ses fruits et abreuve les écrans de remakes qui sont au mieux dispensables, au pire détestables !
Faisons un bref retour sur ces remakes produits par la firme aux grandes oreilles. À noter que « reboot » concerne ici uniquement les live-action des films originaux, j’exclue donc de fait toutes les suites et prequels, notamment les Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton ou encore le dernier Winnie L’Ourson.

Le premier vrai reboot d’un classique de l’animation ne date pas d’hier puisqu’il s’agit des 101 Dalmatiens de 1996, qui n’apportait qu’une unique valeur ajoutée en la présence de Glenn Close, fantastique en Cruella d’Enfer. Oubliable et vite oublié, le film reste pourtant moins iconique que sa version animée.

f0453630b3aa7f287b3246b2b8a36.jpgPourquoi tant de haine ?

Ellipse temporelle. Tim Burton ayant proposé une suite aux aventures d’Alice, il faut attendre Maléfique en 2014 pour avoir un nouveau remake. Le long-métrage avait pourtant sur le papier de bons arguments : la revisite de l’histoire du point de vue de la méchante, avec une partie prequel pour contextualiser et Angelina Jolie dans le rôle-titre. Les bandes-annonces venant accentuer le caractère inquiétant de Maléfique, qui reste l’une des (si ce n’est LA) meilleures antagonistes de tout le panthéon de crevards made in Disney, laissaient elles aussi espérer une revisite plus adulte et sombre. Quant au résultat…
SACRILÈGE ! BANDE DE BARBARES DÉGÉNÉRÉS ! QU’AVEZ-VOUS FAIT À LA MEILLEURE MÉCHANTE DE DISNEY ?! Ce reboot est simplement scandaleux, écœurant de bons sentiments et de mièvreries avec une conclusion terriblement prévisible surtout après le final de la première saison de Once Upon a Time (2011) et la glorification de l’amour fraternel (enfin, sororal) dans La Reine des Neiges (2013). Laissez les méchants être des méchants, bordel ! Le tout sur fond de gros CGI bien moches avec des personnages creux : un roi idiot, des fées qu’on veut dégommer et une princesse bonne à sourire comme une demeurée sans aucune relecture ni subtilité. Au moins celle de l’animation était excusée par son peu de temps d’écran…
Et si Angelina Jolie assure une très belle prestation, l’écriture du personnage a été simplement massacré au profit du marketing ! L’insulte atteignant son paroxysme lors du combat final où ce n’est même plus Maléfique elle-même qui se transforme en dragon (l’un des plus flippants du cinéma) mais son acolyte à plume ! Ou comment détruire une icône ! Pas d’accord Disney, pas d’accord du tout !

414888.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgVa manger tes grands morts !

Vient ensuite le Cendrillon de Kenneth Branagh (2015) avec un style résolument kitsch, qui évitait néanmoins de re-pomper plan par plan le dessin animé. Mais malgré ses bonnes intentions, le long-métrage flirte avec une mièvrerie souvent à la limite du supportable là où l’animé conserve malgré le temps qui passe une forme de poésie plus humble. En dépit de son ambition, le rendu n’a rien de grandiose même s’il se laisse regarder en s’armant d’une bonne dose de second degré, sans plus de qualité qu’un bon téléfilm (ce n’est déjà pas si mal).

269318.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgOk, je sais qu’il faut souffrir pour être belle, mais là entre le poids de la robe,
les talons de 10cm en Plexiglas et ce putain de corset, j’vous jure j’vais mourrir !

L’année 2016 est peut-être la plus intéressante côté reboot avec ceux du Le livre de la Jungle et de Peter et Elliott le dragon.
Ainsi, les nouvelles aventures de Mowgli apportent pour la première fois des éléments nouveaux et enrichissants même si davantage sur la forme que sur le fond. Plus qu’un film en soi, « Le livre de la Jungle 2.0 » est presque un manifeste technologique et esthétique tant le travail sur les décors et les animaux est bluffant. On note également quelques ajouts intéressants du côté des enjeux et des personnages intelligemment retravaillés, notamment le tigre Sher Khan qui dégage à chaque apparition une impression de puissance et de menace. Le long métrage trouve alors un bon équilibre entre l’hommage et la refonte, si ce n’est que les chansons font presque taches dans ce nouvel univers.
Mais c’est avec Peter et Elliott le dragon qu’on tient enfin un exemple de remake utile, le film de 1977 étant l’un des grands mal-aimés de l’écurie de l’ami Walt. À titre personnel, la version « animée » ne m’a jamais inspiré aucune affection de part son ton très enfantin, ses personnages extrêmement caricaturaux et ses chansons stupides et inutilement longues. Et contre toute attente, le remake est un bon film, qui réussit là où l’original échoue lamentablement : transmettre une émotion ! Alors oui, on rejoue une version de l’Enfant Loup croisée avec l’histoire même de Mowgli, mais le long métrage nous investit dès les premières minutes par de réels enjeux et allient la douceur et la magie d’un classique Disney à celles des films de Spielberg. Les décors sont magnifiques, la musique est sympa et ce nouveau Elliott cent fois plus attachant que le lourdaud de l’animation. Un film tendre, véritablement meilleur que sa première version et qui fait à date autant figure de bon exemple que d’exception qui confirme la règle dans le catalogue de reboots de la firme aux grandes oreilles.

405508.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgManger ?

Mais revenons à des expériences moins plaisantes. Le rythme s’accentue dès 2017 avec la sortie de La Belle et la Bête qui souffre, selon moi, d’un très gros problème de casting pour les deux personnages principaux. N’étant pas de base une de ses grandes fans, le jeu d’Emma Watson n’a pas su me convaincre. Fade, impersonnelle et dénuée de subtilité, cette Belle manque de chien et sa Bête de charisme, autant dans son rôle de monstre que d’homme. Seul Gaston trouve sa route en caricature assumée et Le Fou fait l’objet d’une relecture intéressante, même si terriblement clichée et timide (on passera côté révolution des mœurs). Pour le reste, le film se voit affublé d’ajouts inutiles les rares fois où il s’échappe d’un copier-coller plan par plan limite obséquieux. En fin de compte, rien ne fonctionne dans cette version car il lui manque l’essentiel : le charme. Une carence d’autant plus flagrante lors de la chanson « C’est la fête » où les effets spéciaux n’arrivent pas à capter le dixième de la magie de la scène d’animation. Beurk !

Puis vient le trio de 2019 qui nous a fait frôler l’overdose avec Dumbo, très décevant, Aladdin, complètement inutile et le Roi Lion, beau mais sans âme et perdant l’atout de la surprise esthétique puisque sorti après Le livre de la Jungle.

On finit avec le live-action de La Belle et le Clochard réalisé pour la plateforme Disney +, permettant à Mickey de gommer les références un brin raciste de l’orignal et… bah c’est tout. Peut-être est-ce une question de budget, le film n’ayant pas vocation à finir en salle, mais le rendu est on ne peut plus cheap, voir carrément gênant quand il s’agit de faire parler ces braves toutous. À ce compte là, autant se remater L’incroyable Voyage, c’est de la voix off (casting 5 étoiles) et pourtant ça n’a pas pris une ride en presque trente ans.

2698614.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg– Ah ouais, dur le relooking !
– C’est le confinement pôv truffe ! Toilettage maison…

Ouf, on a enfin finit avec les remakes et si on en juge par leur accueil critique très tiède, on ne devrait pas en revoir avant un petit moment non ? Ah, douce naïveté. Bien sûr que non, parce que la stratégie commerciale elle, fonctionne à plein régime, illustrée par le succès retentissant du Roi Lion 2.0 et ses 1 656 311 308 $ de recettes dans le monde (merci Wikipédia). Selon le calendrier de Disney, c’est presque la totalité de son catalogue qui va passer à la moulinette du live-action dans les prochaines années.

En panne d’inspiration ?

Entre les films d’animation se concentrant de plus en plus sur des suites et la pléthore de reboots, n’y aurait-il pas une crise d’inspiration dans la firme aux grandes oreilles, et par extension, dans le cinéma ? L’industrie du 7ème art semble avoir de plus en plus de mal à se renouveler si on n’en juge par ses efforts précipités pour renouer avec de plus ou moins anciens succès. Cette frénésie aurait presque quelque chose de désespéré, comme si le grand écran craignait à moyen terme de ne plus être capable de concurrencer Netflix et Cie et ne trouvait de solution qu’en capitalisant sur le communautarisme cinéphile, et donc clairement, le fan service pour remplir ses salles.

Cela dit, cela fait un moment que l’humanité recycle les mêmes thèmes. La plupart des monuments de notre temps sont des rééditions d’histoires millénaires à la différence qu’elles ont fait le fruit d’une adaptation. Par exemple en changeant de forme et de support, passant du conte de tradition orale au livre, au spectacle vivant puis aux écrans, ou parce qu’elles ont fait l’objet d’une relecture en adéquation avec les moeurs d’une nouvelle époque.
Ainsi une chanson du 13ème issue des mythologies allemande et scandinave a pu inspirer à Wagner son célèbre opéra, L’Anneau du Nibelung, qui lui même a servi de source aux Seigneur des Anneaux de Tolkien que beaucoup ont découvert dans la version cinéma de Peter Jackson. Un sacré parcours pour un chant du Moyen-Âge !
Lavoisier le disait pour la science, mais c’est un fait qui dépasse cet unique domaine  : rien ne se perd, rien ne créer, tout se transforme ! À vrai dire, plus que des histoires se sont surtout des motifs récurrents qui se renouvellent à l’infini, donnant lieu à une multitude d’itérations et d’interprétations. Le héros, le roi caché, le sauveur, le sage, les amants maudits sont autant de figures aux multiples visages. Ainsi, Pyrame et Thisbé, Roméo et Juliette et Jack et Rose (Titanic) sont dans leurs essences tous les mêmes, variantes d’un seul modèle. Quant à la figure messianique, elle se décline dans une foule de héros contemporain : Superman, Néo (Matrix), Paul Atreides (Dune) sont tous des versions « modernes » de Jésus.

Alors partant de ce principe pourquoi ne pas effectivement continuer de rebooter les oeuvres de notre enfance ? Justement parce que pour qu’une histoire continue à vivre dans le temps, sa renaissance doit avoir un sens !

L’intérêt du reboot

La portée du message
Comme mentionné précédemment, on peut par exemple proposer une nouvelle adaptation qui coïnciderait avec les attentes et les évolutions de la société. Les princesses Disney marquent bien cette évolution depuis leur début. Sorties toutes du même moule, leur archétype est toujours celui de la femme/fille cherchant à se faire une place dans le monde et devant pour ce faire s’appuyer sur les forces de la nature et/ou de ses représentants, mais leurs évolutions propres retracent l’histoire contemporaine de l’idéal féminin et il serait impensable aujourd’hui d’avoir une héroïne passive comme l’était Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore en leur temps. On peut également jouer la carte du premier degré et transposer purement une histoire dans une autre époque pour voir ce qu’elle y donnerait.

Changement de support et innovation technologique
Autre option, le changement de médium, faisant comme évoquer ci-dessus, passer une oeuvre d’un livre à un opéra, une pièce de théâtre à un film, un jeux vidéo à une série etc. Mais au sein d’un même art, le progrès technologique sert aussi le remake quand il permet la recherche d’un nouvel esthétisme. Ainsi les révolutions du cinéma, passant du film muet à la parole ou du noir et blanc à la couleur ont justifié un nombre incalculable de réadaptations, mais est-ce que le perfectionnement des CGI 
ou la présence d’acteurs en chair et en os légitime de dupliquer presque identiquement une oeuvre ? Le débat est ouvert. 

Le cycle du Phoenix, laisser l’oeuvre mourrir pour mieux renaitre
Il est en effet plus difficile de proposer une nouvelle version d’une histoire quand celle-ci possède déjà son chef d’œuvre au sein d’un même art. Prenons le cas de la Belle et la Bête qui possède non pas une, mais deux versions portées aux nues, le monumental film de Cocteau et la magique adaptation animée de Disney qui reprenait déjà certains éléments du premier. Que peut donc bien apporter la présence d’Emma Watson a un long-métrage qui était déjà parfait et intemporel, hormis l’adhésion des fans inconditionnels d’Hermione ? Et la vilaine version en CGI de la Bête veillera telle mieux que le maquillage de Jean Marrais de 1946 ?
Le fait est que des longs-métrages de Disney sont aujourd’hui presque plus cultes que les histoires dont ils sont l’adaptation (et de toutes les autres versions, films, téléfilms, séries et animations confondues). Alors pourquoi donc se focaliser sur les chefs-d’oeuvre quand une pléthore de films mal-aimés attendent qu’on leur donne une deuxième chance, tout comme certains longs métrages plus anciens (antérieurs à l’âge d’or des années 90) qui ont de fait moins bien vieilli et mériteraient une relecture plus moderne ? Il faut laisser à certaines histoires le temps de vieillir et leur caractère sacré s’évanouir pour mieux les voir renaitre et se réinventer.

Si on se fit à ses règles, il est tout à fait possible de produire de bons remakes, comme ce fut le cas pour Peter et Elliott. D’ailleurs faisons ça ! Voici notre TOP 7 des films que Disney pourrait rebooter où des projets en cours qui semblent prometteurs !

par Eugénie

What about Disney+ ?

En faut-il peu pour être heureux ?

Lancé en fanfare le 7 avril dernier en France, malgré un report lié au coronavirus, la plateforme de streaming made in Disney tombe à point nommé en cette période de confinement, surtout pour les parents débordés, mais pas que !

Seulement il y a un os, d’aucuns déplorent déjà un catalogue trop petit, à l’univers enfantin, de films que pour la plupart le public connaît déjà par coeur. Une offre qui manquerait de variété et de poids pour concurrencer les autres networks. De fait, côté budget ça commence à chiffrer ! Si l’abonnement en lui-même n’est pas cher (6,99€/mois), il vient s’ajouter à celui de Netflix, Prime Vidéo, OCS et pour certains, My Canal (ou simplement Canal +) ou le streaming musical, que vous soyez team Deezer ou Spotify, sans parler des éventuels abonnements de cloud gaming. L’air du streaming et de la dématérialisation ne faisant que commencer, plus l’offre se diversifiera et plus il faudra faire des choix dans les sites à prioriser, au-delà même des déjà existants partages de comptes entre les potes et les familles.
Pour ce qui est des plateformes de streaming vidéo, on reviendra sous peu pour vous proposer un petit comparatif des grands networks, avec quelques pépites annexes, mais pour l’instant, parlons de Disney+ et de ce que Mickey a à nous offrir ici !

Des limites fonctionnelles

Petit aparté technique pour commencer. On oublie souvent que sur une plateforme, l’ergonomie et l’expérience d’utilisation sont elles aussi importantes. Disney fait le choix du minimalisme, les couleurs et l’agencement étant plutôt agréables, bien que sa structure soit calquée sur celle de Netflix (comme beaucoup d’autres). Mais la fonctionnalité elle, ne suit pas ! Le site manque de finition à tous les égards : ajouter un film ou une série à sa liste de lecture est pénible puisque pas directement possible depuis le menu, la recherche par mots-clés est mauvaise, on n’en propose pas par décennies (permettant de dégoter plus facilement de vieux trésors) et les suggestions personnalisées sont bidons (c’est toujours les mêmes trucs qui tournent). Détail tout aussi irritant, si on ne va pas jusqu’au bout des génériques (interminables) les films restent en « Poursuivre la lecture » (oui je suis névrosée mais ça m’énerve) !
Et en parlant de « lecture », là aussi les options sont décevantes. Les choix des langues sont restreints (alors que côté marketing, un module pour apprendre une nouvelle langue via un Disney ça aurait eu de la gueule) et la firme rate une occasion en or de toucher à l’iconique en proposant de choisir la version (année) du doublage.

L’onglet bonus proposé avec les oeuvres est lui aussi bien pauvre avec ses bandes-annonces. Où sont les scènes coupées, les makings-offs, les reportages qui auraient pu créer une valeur ajoutée ? Mieux encore, pourquoi ne pas proposer les versions longues de certains films, comme pour Avatar ? On se doute que l’idée est de ne pas trop empiéter sur le marché des DVD, mais pour des longs-métrages sortis il y a plus de dix ans, c’est dommage de ne pas avoir saisi l’opportunité d’offrir un contenu ne ciblant pas uniquement les familles avec enfants.

Alerte censure !

Bah tient, en parlant de DVD, certains se sont déjà amusés à comparer leurs versions avec celles on-line de Disney+… Il semblerait que Mickey ait pris certaines libertés avec son catalogue, retouchant et recadrant les scènes qu’il ne juge pas assez lisses pour son image de site tout public, quand il ne s’est pas simplement abstenu de mettre les oeuvres qui, compte tenu de leur époque de production, ne respectent pas le politiquement correct de la nôtre ! Internet en parle déjà en long en large et en travers et les exemples se multiplient à mesure qu’ils sont découverts : une scène du générique de Toy Story 2 pas assez me-too, des plans redécoupés dans Fantasia pour planquer les centaures noirs (référence effectivement bien raciste) mais aussi des trucs bien plus absurdes, comme la vilaine fourrure en pixel sur les fesses de Madison dans Splash (dans un film où, je précise, un mec passe son temps à regarder sous les jupes des femmes) ou encore le sèche-linge de Lilo & Stich transformé en… genre de meuble à pizza visiblement ! Bah oui, parce que faudrait pas que les gamins fassent comme Lilo et essayent de se cacher dans le lave-linge, des fois que parents et enfants soient dépourvus de tout bon sens, pour ne pas dire complément abrutis – perso, c’est pas parce que le tapis dans Aladdin vole que j’ai essayé de faire pareil en sautant du balcon, même gamine ! Surtout que dans la nouvelle version, la pizza pourrait faire penser à un four… Attendez, il y a peut-être une idée à creuser là !version-spizza_lilo_stich-1024x438.jpg
Bref, on peut lui trouver toutes les raisons du monde, la censure reste la censure ! Alors il est vrai que Disney cherche peut-être simplement à ne pas choquer et blesser par des propos et des images qui ne sont plus de notre temps (enfin si seulement). Mais loin de faire amende honorable, l’impression qui en ressort est que la firme cherche surtout à réécrire son passé pour rester du bon côté de la morale, même dans l’histoire. Et ça c’est vicieux ! C’est la ligne entre le mea culpa et la démagogie perverse qui tend à tout lisser, à tout cacher, jusqu’à nier l’existence non seulement des erreurs commises (et donc des responsabilités) mais aussi des injustices qu’elles soutenaient ! Qu’on se le dise, mentir pour enjoliver le passé ne sert pas les combats du présent, bien au contraire. Dans le cas de Fantasia, la mention « Ce programme vous est présenté tel qu’il a été réalisé. Il peut contenir des représentations culturelles obsolètes » déjà présente dans le descriptif de Dumbo par exemple, aurait été bien plus utile.
Mais cela ne vaut que pour des éléments dont le caractère reste effectivement choquant aujourd’hui, par contre, quand il s’agit de puritanisme moribond ou de démagogie abêtissante, faut pas déconner ! Virez-moi cette boite à pizza de chez Lilo et l’opossum mort des fesses de Daryl Hannah !

Les trucs à voir sur Disney+

Bon mais alors, y a-t-il quand même de bonnes choses sur Disney+ ? Tout à fait !
Il est vrai, pour l’instant la plateforme ne propose que peu de programmes originaux et recyclent principalement ses nombreuses licences. Cela dit, il n’y a pas de mal à rattraper son retard sur les franchises de la pop culture (minus Endgame, actuellement sur Canal #chronologiedesmédias) ou à se replonger dans les films de son enfance. D’aucuns auront profité de l’essai gratuit des deux premières semaines pour voir les quelques oeuvres qui les intéressaient, mais pour ma part, j’ai trouvé de quoi poursuivre l’expérience sur un mois.

Des grands classiques en HD
Outre les classiques d’animation que tout le monde connaît, la plateforme permet aussi de revoir les films mal-aimés ou oubliés, de Taram et le Chaudron Magique à La Planète au Trésor en passant par Merlin l’Enchanteur.
Mais c’est aussi le moment de découvrir de très bons longs-métrages qui pour certains, ont même marqué le cinéma de leur époque comme La mélodie du Bonheur mais aussi Qui veut la peau de Roger Rabbit, Willow, Tron, Croc-Blanc ou encore le déjà nommé Splash.

Les documentaires !
Ah ! Là on a du lourd ! En plus de très beaux films animaliers de National Geographic, Disney permet de redécouvrir son histoire avec de vraies perles comme la série des Imagineers qui revient sur la naissance et la construction de tous les parcs Disney du monde, menés par une team de créatifs choisie par Walt en personne au début des années 50 et qui permet de prendre la mesure de la… démesure de ces projets et du génie visionnaire de ceux qui ont su les réaliser.
Un peu plus complexe mais très riche, Waking Sleeping Beauty revient quant à lui sur la renaissance des studios d’animation de la firme au début des années 90, des prémices du nouvel âge d’or avec Basil, détective privé (à revoir au passage lui aussi) jusqu’à son apothéose avec Le Roi Lion. Fait assez rare pour être mentionné, Mickey est plutôt honnête quand il aborde les conflits d’égo des grands pontes de la société qui ont jalonné cette période.

Des courts-métrages
C’est l’un des autres bons points, Disney + regroupe en un seul endroit tous les courts-métrages de Pixar qui sont autant de bijoux d’émotion et d’animation. Ceux dérivés des films bien entendu, notamment des Indestructibles pour les amoureux de Jack-Jack, mais aussi les classiques Knick Knack qui rappelleront des souvenirs à tous ceux ayant possédés la VHS de Toy Story et des pépites : Bao, Piper, Lava, Le Parapluie Bleu ou encore l’improbable Destino de Salvador Dali, reprise d’un projet de scène non intégrée au premier Fantasia.

The Mandalorian
Principal argument de la firme pour le lancement de sa plateforme, je vais passer vite sur la série extraite de l’univers Star Wars : The Mandalorian est cool ! Bourrée de défauts et d’inégalités dans les épisodes, la série renoue néanmoins avec intelligence et crédibilité avec l’esprit des premiers films de la franchise, sans abuser des références, à l’endroit même où la postologie a échoué. Le casting tient à la route, mis à part quelques catastrophes à l’épisode 6, et réussit même à garder le visage de son héros caché, dont toute l’émotion passe par l’attitude et la voix. Et oui, Bébé Yoda est craquant, même quand il gobe des grenouilles spatiales entières.
Space western qui soigne son ambiance, les décors sont crasseux et bidouillés pour le plus grand plaisir des nostalgiques, la bande originale bien fichue et la structure à cheval sur une intrigue suivie et des one-shots d’aventure plutôt agréable. Économe en parole, on a enfin un peu de travail sur l’atmosphère avec même quelques fulgurances dans la mise en scène notamment quand l’image joue avec les ombres et les reflets pour montrer la menace ! D’ailleurs, on retrouve dans The Mandalorian un sens de la violence impitoyable (#HanShotFirst), presque cruel, qui sans verser une goutte d’hémoglobine permet une lecture à plusieurs niveaux pour être réellement tout public, mais sans concessions !the-manda.jpg

Des choses plus improbables…
Puis au détour des propositions du site, on se laisse parfois tenter par un film qui n’avait pas su nous attirer en salle ou qu’on n’avait pas eu le temps de voir… C’est pourquoi je vais conclure avec un focus sur À la poursuite de demain – Tomorrowland en VO – qui a surement dû souffrir à sa sortie en France d’un titre d’une mièvrerie digne d’un soap opéra. Réalisé par Brad Bird, le papa des Indestructibles, le long-métrage rend de nombreux hommages aux monuments de la science-fiction, de Terminator à Retour vers le futur mais aussi E.T. tout en dressant une ode à une vision de Walt Disney. Tomorrowland est en effet le nom d’une division des parcs (devenue Discoveryland à Paris) et la ville en question dans le scénario s’inspire pour beaucoup de l’EPCOT imaginé par Monsieur Disney comme étant plus qu’un parc mais une véritable ville futuriste habitable. C’est ce souffle profondément optimiste que le film cherche à retrouver, à une époque où le cynisme règne, tout en se permettant un humour culotté, assez peu conventionnel. Mais qu’on se le dise, À la poursuite de demain est très imparfait, complément déséquilibré car on ne sait ainsi jamais vraiment si l’intrigue a commencé ou s’il s’agit d’une très très longue introduction et souffrant de dialogues d’exposition désastreux et maladroits. Et pourtant, il vaut le coup d’être vu ne serait-ce que pour une tirade en fin de film ! Alors que la dystopie a plus que jamais la côte surtout en science-fiction, le film te retourne le cerveau avec une morale et un propos sur l’avenir non seulement pertinent mais très peu entendu et carrément courageux ! J’ai pris une énorme claque et je ne l’ai pas vue venir ! Comme quoi, malgré ses défauts, Disney sait aussi toujours comment taper juste, en rappelant que l’espoir n’a rien de naïf tant il exige bien plus de courage que l’abandon.

Pour conclure, il y a véritablement de quoi s’occuper sur Disney +, surtout en période de confinement, et le souci de la plateforme se révèle principalement marketing, car de fait, elle s’attarde beaucoup (trop) sur les enfants quand elle a bien plus de potentiel. Malheureusement, on en fait effectivement vite le tour et en l’absence de contenus orignaux pour fidéliser son public au-delà de l’essai, je mettrais sans doute mon abonnement en pause dès le mois de mai pour le réactiver en fonction de l’actualité. Mais nulle doute que l’histoire ne fait, ici aussi, que commencer…

par Eugénie

 

 

La Plateforme

La grande bouffe

Kezako ?

Dans une prison aux cellules verticales, une plateforme riche des mets les plus fins parcoure les étages. Chaque prisonnier se nourrit sans demi-mesure, appauvrissant peu à peu ce festin. Chaque mois, les résidents changent de place, laissant libre cours à leur instincts les plus primaires.

La critique de Marcellin – 7,5/10

La Plateforme a de multiples facettes, reflet des multiples étages qui composent cette prison dantesque qui lui sert d’intrigue. On se laisse imaginer que le réalisateur souhaite nous emmener dans un récit contestataire, qui s’illustre à travers un climat horrifique et délicieusement gore. Mais le film va bien au delà, il ne se contente pas de critiquer un système capitaliste, de caste qui laisse mourir de faim « ceux d’en bas ». Certes, on le voit personnifié par « L’Administration », cette entité omnisciente qui a enfermé ces prisonniers et les laisse se battre pour cette plateforme. Mais ce sont ces mêmes personnes qui ont construit la cruauté de ces lieux. Chacun des personnages, magnifiquement construits, apporte à cette prison cette noirceur, cette peur et ce chaos.

Vous voyez donc ici cette critique sociale clairement établie par le réalisateur: le cannibalisme, le mépris, la bienveillance désespérée… Sans faux-semblant, le récit se fixe à des caractères humains typiques de la société dans laquelle nous vivons. Chacun mange avec excès, chacun vit pour soi, sans penser à une union qui pourrait tous les sauver. Le réalisateur n’a pas eu peur de pousser les curseurs au maximum pour mettre en lumière ce dont chacun est capable pour sa propre survie.

Mais là où l’oeuvre prenait un sens très intéressant dans la majorité du film, la quête de justice des derniers instants fait perdre au film tout son attrait. L’auteur a su nous captiver, mais délie le propos originel pour nous amener dans le purgatoire, le dernier étage, un sous sol dont on ne remonte plus. La réflexion tourne alors au mysticisme et ne laisse que peu d’option pour le spectateur. Certes, la critique sociétale menée tout au long du film est grossière mais si bien brodée qu’elle réussissait à construire en nous une véritable dialectique. Malheureusement, l’auteur se perd complètement sur cette fin de récit, en nous laissant donc clairement sur notre faim…

Réalisé  Galder Gaztelu-Urrutia
Avec Ivan Massagué, Zorion Eguileor, Antonia San Juan
Espagne – SF, Horreur
Sortie en salle : 20 mars 2020
Durée : 1h 34 min 

 

En avant

En surplace

Kezako ?

Ian et Barley ont perdu leur père très tôt. Ils habitent une ville de banlieue peuplée de créatures fantastiques mais dont la magie ancestrale a peu à peu disparu. Les deux jeunes frères partent à sa recherche dans l’espoir de passer un dernier jour avec leur père

La critique d’Eugénie – 7,5/10

Nouveau né de la lampe Luxo, En avant fait bien peu de bruit pour un film Pixar. Certes, l’épidémie de coronavirus semble faire son chemin en France et doucement mais surement vider les salles de cinéma, mais au-delà du contexte, il semble que le scénario en lui-même soit moins séduisant.

De fait, si Disney réinvente des classiques avec brio, la renommée de Pixar s’est davantage faite sur sa capacité à proposer des histoires originales, repoussant les frontières de l’imaginaire pour proposer des films qui, comme Toy Story, Monstres et cie, Wall-E ou encore Vice-Versa, ne ressemblent à aucun autre. Mais dès les bandes-annonces, le long métrage réalisé de Dan Scanlon souffre d’un air de déjà-vu décevant : l’histoire du voyage initiatique de deux frères (La Reine des Neiges), dans un monde fantaisiste un brin parodique (Shrek), cherchant à retrouver un parent absent (disparu ou ensorcelé) (Coco, Le Monde de Nemo/Dory, Rebelle etc.). Ajouter à cela un style graphique qui, bien que superbement exécuté, ne propose rien de vraiment nouveau, et la hype habituelle accompagnant la sortie d’un Pixar devient une vague curiosité tiédasse.

Dommage car En avant est un bon film ! Et s’il ne s’érige effectivement pas au niveau créatif de certains de ses illustres ainés, il n’en conserve pas moins de beaux arguments.
Ainsi, malgré une construction de scénario on ne peut plus classique, son exécution fourmille d’idées ingénieuses, souvent désopilantes quand il ne touche pas au génie par certaines fulgurances, la plupart concernant la présence et l’animation du « père ». Un élément vital à l’intrigue qui n’a pas été dévoilé dans la promotion et qui pourtant se révèle l’atout majeur du film, tant par sa capacité à créer des enjeux que par son concept complètement barge.

Du reste, En avant remplit plutôt bien le cahier des charges Pixar : quelques moments d’émotion, une bonne d’ose d’humour (#Guenièvre), de très bons personnages secondaires et surtout une excellente caractérisation des deux principaux. Les frères Ian et Barley sont en cela une vraie réussite qu’ils sont touchants de réalisme, aussi justes dans leur dynamique fraternelle que leurs individualités et bien plus complexe, par exemple, que les frangines Anna et Elsa qui recyclent des personnalités made in Disney bien éculées. Une fois n’est pas coutume quand elle s’agit d’animation, je conseillerais même de voir le long métrage en version originale car la création de personnages à partir des voix de Tom Holland et Chris Pratt est stupéfiante, comme si les réalisateurs avaient su retranscrire l’essence et les personnalités des acteurs.

Malheureusement, le film se plante dans sa gestion du rythme, notamment avec un début un laborieux et une conclusion expéditive, et se révèle maladroit avec dans ses niveaux de lecture, le message sur la famille sentant le réchauffé et celui sur la paresse induite par la technologie, le déjà-vu.
En avant ne se s’affranchit ainsi jamais vraiment de la comparaison avec les autres Pixar alors que par certains aspects il ressemblerait plus à un Disney classique, plus proche du sympathique Les Mondes de Ralph, que du bouleversant Là-haut !. Cela étant dit, il s’inscrit dans une moyenne tout ce qu’il y a d’honorable et mérite le déplacement en salle, on attendre simplement la sortie de Soul en novembre prochain pour voir si Pixar sait encore toucher au sublime.


Réalisé par Dan Scanlon
VO : Tom Holland, Chris Pratt, Julia Louis-Dreyfus, Octavia Spencer…
VF : Thomas Solivérès, Pio Marmaï, Juliette Degenne, Maïk Darah…

USA – Animation
Sortie en salle : 4 mars 2020
Durée : 1h 42min

Jojo Rabbit

Teen SS

Kezako ?

Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

La critique d’Eugénie – 8/10

Après Vampires en toute intimité et Thor : RagnarokTaika Waititi continue d’imposer sa patte burlesque dans le paysage cinématographique. Si l’appréciation de son humour est laissé à la préférence de chacun, le réalisateur néo-zélandais n’en maîtrise pas moins les codes et prouve avec Jojo Rabit qu’il sait les exprimer avec plus de finesse que par des blagues répétitives sur « l’anus de Satan » (n’en déplaise aux fans du « Lord du Tonnerre »).

C’est donc dans la veine des tragicomédies qu’il nous présente son Jojo Rabbit, un long métrage librement adapté du roman Le Ciel en cage de Christine Leunens mais qui emprunte autant au Dictateur de Chaplin. Loin de la farce promut dans les bandes-annonces, le film est tout ce qu’il y a de plus réfléchi dans son humour et ses constructions. Ainsi le détail apporté à certains objets, certains plans, de prime abord superficiel et un brin potache ne fait que poser les bases d’une dimension tragique en suspens. Les mécaniques de la satire y sont employées avec brio, sachant faire rire de l’horreur tout en cachant l’angoisse derrière chaque blague.
De fait, l’histoire du jeune Johannes « Jojo » Betzler tient plus du conte initiatique que du récit classique. Tout en manipulant le nôtre, le réalisateur dévoile une fable sur le regard, sur ce qui l’influence, le nuance et l’éclaire pour mettre à nue la réalité derrière le fantasme qui apparaît alors aussi absurde que tragique.

Supporté par un duo de jeunes acteurs excellents et des seconds rôles savoureux, mention spéciale pour Taika Waititi himself qui cabotine en Hitler, le réalisateur signe un film d’une grande pédagogie, peut-être son meilleur à ce jour et démontre une fois de plus qu’on peut aussi faire rire du fanatisme, pourvu qu’on y mette du coeur de l’esprit.


Réalisé Taika Waititi
Avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi etc.
USA – Comédie-dramatique
Sortie en salle : 29 janvier 2020
Durée : 1h 48 min 

Les Enfants du Temps

Prions sous la pluie

Kezako ?

Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l’existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d’avis lorsqu’il croise la jeune Hina…

La critique d’Eugénie – 7/10

Si le réalisateur Makoto Shinkai a créé la surprise en 2016 avec le stupéfiant Your name, bénéficiant d’un impressionnant effet boule de neige issu du web, Tenki no ko (« Les enfants du temps » en VF) était lui très attendu et paye la rançon du succès de son ainée. La poésie y est toujours présente, elle imprègne chaque trait, chaque image du film, mais le souffle épique lui s’est fait la malle.

Le fait est que l’histoire d’Hodaka et d’Hina ne ressemble que trop à celle de Mitsuha et Taki, celle d’un amour d’adolescent porté par une intrigue surnaturelle. Certes on ne parle plus du Temps qui passe, mais du Temps qu’il fait, à savoir pluvieux, très très pluvieux, mais la trame reste sensiblement la même. Même la bande originale, pourtant très réussie, fait figure de pâle copie après celle de Your name. Cette absence de renouveau dans ses thématiques amoindrit de beaucoup l’intérêt du scénario, d’autant plus qu’elle se ressent également dans l’esthétisme des héros, copie conforme d’un film à l’autre. D’aucuns pourraient imputer l’effet au style même du manga, mais si on prend les Miyazaki en référence absolue (tout comme le réalisateur) il n’y a pas d’ambiguïté : San (Monoké), Chihiro et Sophie (Le Château ambulant) sont aussi dissemblables les unes des autres qu’Ashitaka, Aku et Hauru. Le manque de finition graphique de Shinkai dans ses protagonistes trahit encore peut-être une certaine immaturité, comme s’il ne mettait pas autant d’amour dans ses personnages que dans ses décors.

Car une fois encore, ce qui sidère dans l’animation ce sont les dessins incroyablement réalistes de la ville et la beauté onirique de la météo, support de chaque envolée lyrique et d’une angoisse écologique. On prend plaisir à visiter Tokyo via l’image, d’une façon aussi inédite que minutieuse car même dans ses « laideurs » on sent l’affection du réalisateur pour la capitale nippone, tout comme sa fascination pour le ciel et ses humeurs. Deux éléments qui font presque désormais figure de récurrence dans la filmographie de Shinkai, de même que les touches d’humour franches et bienvenues amenées ici par des personnages secondaires aussi savoureux que sous-exploités.

Les Enfants du Temps est assurément un beau film, mais quand le beau se compare au magnifique, il en ressort nécessairement diminué, comme délavé par la pluie… Il faudra que Makoto Shinkai apporte un peu plus de feu la prochaine fois pour mériter son surnom de « nouveau Miyazaki », nul doute qu’il en est plus que capable !


Réalisé par Makoto Shinkai
Avec Gabriel Bismuth-Bienaimé, Maryne Bertieaux, Jérôme Pauwels, Zina Khakhoulia etc.
Japon – Amination
Sortie en salle : 8 janvier 2020
Durée : 1h 54 min

Les Filles du Docteur March

Une pour toutes…

Kezako ?

Dans la Nouvelle-Angleterre des années 1860, un père part comme aumônier pour la Guerre de Sécession, laissant ses quatre filles et sa femme derrière lui. Elles vont faire la connaissance du jeune Laurie.

La critique d’Eugénie – 4,4/10

Le roman culte de Louisa May Alcott, maintes fois transposé sur le grand et le petit écran, s’offre un lifting que d’aucuns pourraient trouver un brin opportuniste compte tenu de la mouvance féministe, ou au contraire, tout à fait à propos. Du point de vue de l’adaptation, il n’y a de fait pas grand-chose à redire, les ajouts pour moderniser le discours restant suffisamment juste et respectueux de l’oeuvre originale (bien qu’anachronique) pour ne pas la trahir. Malheureusement, si le long métrage est une bonne « adaptation », cela ne suffit pas à en faire un bon « film »… Il est au mieux tristement passable. Une opinion toutefois très contestée et contestable en fonction de l’historique de chacun.

Ayant été profondément marquée par l’adaptation de 1994 au casting monstre (avec entre autres Winona Ryder, Susan Sarandon, Claire Danes, Gabriel Byrne, Christian Bale et une toute jeune Kirsten Dunst), je n’ai pas su m’en détacher, malgré ma bonne volonté, et me suis retrouvée condamnée à comparer les deux versions tout le long de la séance. Pour une histoire dont l’atout majeur est la puissance émotionnelle, Les Filles du Docteur March (2020) n’atteignent pas le dixième de celle des Quatre Filles du docteur March (1994), souffrant entre autres, d’une structure narrative compliquée. La réalisatrice Greta Gerwig a fait le choix d’une chronologie non linéaire mais son exécution terriblement maladroite vient nuire à la lecture de l’histoire, évoquant davantage un effet volontaire un brin prétentieux qu’une véritable démarche artistique logique. Le film se dote cependant d’une assez belle photographie malgré un travail de la lumière peut-être un peu trop moderne pour retranscrire l’ambiance de l’époque (guerre de Sécession) et d’une bande originale composée par Alexandre Desplat, surprenamment oubliable.

Dommage car il semble évident que Greta Gerwig a mis du coeur à son ouvrage, parfois perceptible dans certaines scènes aux échos hautement symboliques. Sans grande envergure du côté de la réalisation, l’intention reste néanmoins lipide quand il s’agit de rendre vivante, au sens premier du terme, la dynamique entre les soeurs, tout en respectant leurs individualités. En résulte parfois des échanges cacophoniques presque pénibles, mais criants de cette volonté de montrer la vie, l’énergie, la personnalité qui bouillonnent et s’échappent sans retenue (ou si peu) de ces quatre filles. En résulte malheureusement une forme de frénésie fatigante, qui vient desservir certains personnages par manque de souffle, un comble quand à mi-parcours Les Filles du Docteur March s’enlise dans une lenteur interminable.

Il est cependant certaines qualités indiscutables, à commencer par le jeu de Saoirse Ronan qui crève l’écran (à nouveau) dans le rôle de la fougueuse Jo, bénéficiant d’une (ré)écriture du personnage semblable à une déclaration d’amour. Elle est également fidèlement secondée par un très bon Timothée Chalamet et une Meryl Streep en Tante March plus drôle que jamais, avec un je-ne-sais-quoi de Lady Violet Crawley (Maggie Smith dans Downton Abbey). Malheureusement, certains protagonistes peinent à trouver leur place, le plus gros point noir étant le jeu de Florence Pugh, très juste quand elle incarne une Amy adulte mais catastrophique dans sa version plus jeune. Les caprices de la benjamine des March s’expliquent notamment par son âge, ce qui participe à la rendre attachante et excusable car son évolution est bien plus visible que chez ses ainées. Mais toutes les tresses du monde ne suffiront pas à faire passer une actrice de 23 ans pour une enfant de 12 ans et celle-ci est tout simplement insupportable en caricature de préadolescente !

Les Filles du Docteur March n’en reste pas moins une jolie fable mais ne marquera pas le cinéma de son empreinte, son affiche accrocheuse ne suffisant pas à lui donner l’essentiel du roman : une âme.


Réalisé par Greta Gerwig
Avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scanlen, Laura Dern, Timothée Chalamet, Meryl Streep etc.
USA – Drame
Sortie en salle : 1 janvier 2020
Durée : 2h 14 min 

Star Wars IX – Ascension de Skywalker ou échec d’une postologie ?

Star Tours

Kezako ?

Environ un an après la mort de Luke Skywalker, la Résistance tente de survivre face au Premier Ordre, désormais mené par un nouveau Suprême Leader, Kylo Ren. Une rumeur agite cependant toute la galaxie : l’Empereur Palpatine serait de retour ! Tandis que Rey s’entraîne sous la houlette de la Générale Leia Organa, Kylo Ren cherche à défier Palpatine, qu’il considère comme une menace à son pouvoir.

La critique d’Eugénie – 3/10

L’épopée des Skywalker dans Star Wars s’achève avec un épilogue qui ne manquera pas une fois encore de diviser les fans. Le problème étant que, dans le cadre de la saga et notamment de cette dernière trilogie, il est impossible de juger cet épisode sans prendre en compte les numéros 7 et 8, car toutes les erreurs de cet ultime opus sont liées aux propositions déjà bancales (et contradictoires) de deux précédents. Alors que ceux qui n’ont pas encore vu le film, et qui souhaitent en conserver les surprises, passent leur chemin… parce que ça va méchamment spoiler !  

Cette conclusion est à l’image de toute la postologie : un projet dénué de direction artistique et scénaristique qui n’a eu de cesse d’être maltraité par les pontes capitalistes de chez Disney. La firme s’est empressée d’annoncer une nouvelle série de longs-métrages pour justifier son rachat de Lucasfilm, commentant dès lors sa première grosse erreur stratégique en jetant aux oubliettes tout l’univers étendu, très apprécié des fans, pour tenter d’imposer sa propre mythologie. Exit donc la fratrie des Solo (composé des jumeaux Jacen et Jaina et du petit Anakin) et le fils de Luke (Ben Skywalker), on efface tout et on recommence… mais pour aller où ?! Au crépuscule de la saga, il paraît plus évident que jamais qu’elle n’avait pas été réfléchie comme telle en amont ! Mickey est passé du côté obscur ! Sans anticipation ni cohérence d’ensemble, la postologie peut se résumer à une guéguerre de réalisateurs qui n’ont cessé de se faire des doigts d’honneur par écran interposé.

Ainsi, J.J. Abrams proposait avec Le Réveil de la Force un plagiat assez honteux de l’épisode 4, sous couvert d’hommage et d’ode à la nostalgie (à ce compte-là je veux bien écrire une saga de livre sur un sorcier du nom de Larry Hotter moi !) et qui prenait déjà des libertés problématiques avec l’univers, notamment en gavant la Force (et Rey) de stéroïdes.
L’épisode 8, Les Derniers Jedis, a violemment divisé les fans. Déséquilibré, d’une lenteur à la frontière de l’ennui par instants et maladroit dans certains choix scénaristiques (la mort prématurée de Snoke entre autres), il reste probablement le plus courageux de cette dernière trilogie. L’appréciation reste certes subjective mais il faut rendre à Ryan Johnson ses mérites : il a pris des risques ! En dehors de proposer le volet le plus abouti visuellement de toute la saga (paye ta photographie), il est le seul à avoir tenté de réinventer la franchise, tant dans son esthétisme que ses thématiques. Mais la tradition a eu raison de l’innovation et Mickey paniqué a préféré rappeler Abrams pour la conclusion.
Et c’est sur les cadavres encore fumants du Disney Star Wars Universe que notre yes man du jour a dû se pencher pour tenter de proposer une fin acceptable à cet échec artistique. Mais pas question de prendre la suite de Johnson, ah ça non alors ! J.J. pas aimer le scénario de Ryan, tout pourri l’épisode 8, J.J. veut faire sa fin à lui donc aux chiottes l’épisode 8, NA ! Bon je schématique, mais cette impression de rétropédalage forcé ne nous lâche pas de tout le film et ruine une bonne partie de l’expérience.

Alors, sans autre forme d’excuse, désavouons toutes les propositions de copain Ryan. Bon déjà, Rey n’est pas la fille de personne, c’est une Palpatine (petite-fille) parce que le côté « démocratisation de la Force » c’est franchement un truc de démago ! Bon, en même temps, ils n’avaient qu’à pas lui filer les codes de triche de la Force dès l’épisode 7 s’ils ne voulaient pas que le public doute de l’origine de sa puissance !
Puis au diable la nouveauté, on va reprendre une structure qui marche. Donc dans la trilogie originale on avait l’Étoile Noire à détruire dans le premier opus, un interlude dans le suivant et l’Étoile de la Mort dans le final. Bah dans la postologie on va faire tout pareil ! Ça sera Starkiller à détruire, un autre interlude, et on finit avec une MEGA FLOTTE DE CROISEURS INTERSTELLAIRES DE LA MORT QUI PEUVENT TOUS DÉTRUIRE DES PLANÈTES (qui a dit surenchère ?) ! Puis nota bene à l’intention de l’Empire/Premier Ordre : faut vraiment revoir vos protocoles de sécurité les gars ! Nan parce que le principe du mcguffin tout con à faire sauter pour gagner ça commence à se voir.

Le film ne cesse d’accumuler les errances et les incohérences scénaristiques, prisonnier des vestiges des numéros 7 et 8 et de contraintes plus techniques. Ainsi, l’intrigue articulée autour de Leia est maladroite, le réalisateur ayant choisi d’utiliser le peu de plans qu’avait déjà tourné la regrettée Carrie Fisher plutôt que d’en rajouter en CGI. L’hommage est certes beau, mais le film en souffre. Le long-métrage accuse ainsi une première moitié assez poussive, qui peine à instaurer une tension, à tel point qu’il se voit forcé de faire ce qui aurait dû être l’une de ses grandes révélations dans le prologue déroulant : Les morts parlent, Palpatine est de retour !
Bon déjà, quand une saga est obligée de ressusciter son grand méchant faute d’enjeux et d’antagonistes intéressants, bah ça pue des pieds… Bingo ! Les explications sont capillotractées et les inepties s’accumulent… Elles étaient où avant les groupies de l’Empereur qui le regardent crever pépouzes ? Et WTF avec la Force, c’est pas Harry Potter ici ! Une dyade ?! Mais d’où ça sort ça ? Puis tant qu’à faire, on rejoue une fois encore la carte du plagiat, cette fois-ci de l’épisode 6 : le héros en proie à la tentation du côté obscur assiste impuissant à la destruction de la flotte rebelle et à la mort héroïque d’un ancien ennemi !
Alors, n’ôtons pas toutes les qualités de ce final, le dernier arc du film (come back to Endor !) offre de très belles scènes d’action et donne la mesure du grand spectacle, mais il vient également amoindrir le message du Retour du Jedi et le sacrifice/rédemption de Vador/Anakin. La prophétie de l’élu était donc bel et bien incomplète puisque le premier des Skywalker aura au final « rétabli l’équilibre dans la Force mais genre pour un temps seulement hein, avant qu’un autre ne vienne VRAIMENT rétablir l’équilibre » (c’est moins classe tout de suite).
Malgré quelques pertes prévisibles, cette conclusion manque également de conséquences dramatiques puisque même la mémoire de C3PO y aura survécu. Le seul moment d’émotion du film aura donc été la réaction de Chewbacca à la mort de Leia… un peu light pour un épilogue.

Côté développements de personnages, on n’est pas vraiment mieux servi. Toujours soucieux de cracher sur le matériel de Ryan Johnson, J.J. Abrams occulte complétement le personnage de Rose pour mieux introduire quelques éléments secondaires franchement dispensables (sauf Babu Frik ), quand le personnage de Finn peine à trouver une place autre que le petit toutou obéissant de Rey. Un beau gâchis pour le déserteur stormtrooper. À la place, le réalisateur tente de ressortir le joker « nostalgie », parfois bien dosé quand il se retrouve dans les décors et les costumes des extraterrestres, délicieusement rétro, et parfois complètement à côté de la plaque quand il ramène un personnage sans raison et sans place narrative. Merci Lando Calrissian d’être passé faire coucou pour le fan service, mais si c’est juste pour faire la promo de ta série, ça n’était pas nécessaire.

Seul développement intéressant, la relation entre Kylo Ren et Rey reste la mieux construite de la postologie, le jeune Ben Solo s’offrant même une belle progression de personnage, passant du gamin tête à claques du septième opus à un antagoniste enfin plus profond. Bon par contre pour les Chevaliers de Ren, on reste dans le domaine de la blague – ou de l’arnaque, ça dépend des points de vue.

Star Wars: The Rise of Skywalker est de toute évidence un film qui convaincra moins par la construction de son scénario que par son ambition spectaculaire et il comporte en ce sens de bons arguments même si l’ensemble est moins soigné que l’épisode 8. Par instants, le film semble presque avoir été pensé pour mieux s’adapter à l’attraction Star Tours de Disneyland. À l’image du Faucon Millenium faisant des « ricochets » dans l’hyperespace, le long métrage passe d’une planète à l’autre avec une frénésie déconcertante. Plus aucun temps n’est consacré au voyage et si peu aux lieux quand ils ne sont pas les théâtres d’une bataille, à l’exception d’un détour par le festival Burning Man.

Mickey se l’est joué Picsou, il a vu une trop belle occasion de se faire une grosse masse de billets tout en renforçant un peu plus son emprise sur le domaine de l’Entertainment (ouais, en fait Palpatine est une souris) et a hâté les productions de projets ô combien houleux (Rogue One, Solo etc.) tout en se contentant de rafistolage d’un film à l’autre au gré des critiques des fans. Résultat ? Rarement saga aura eu un tel gout d’opportunisme !


Réalisé par J.J. Abrams
Avec Daisy Ridley, Adam Driver, Oscar Isaac, John Boyega etc.
USA – Science-fiction
Sortie en salle : 18 décembre 2019
Durée : 2h 22 min