Les Enfants du Temps

Prions sous la pluie

Kezako ?

Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l’existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d’avis lorsqu’il croise la jeune Hina…

La critique d’Eugénie – 7/10

Si le réalisateur Makoto Shinkai a créé la surprise en 2016 avec le stupéfiant Your name, bénéficiant d’un impressionnant effet boule de neige issu du web, Tenki no ko (« Les enfants du temps » en VF) était lui très attendu et paye la rançon du succès de son ainée. La poésie y est toujours présente, elle imprègne chaque trait, chaque image du film, mais le souffle épique lui s’est fait la malle.

Le fait est que l’histoire d’Hodaka et d’Hina ne ressemble que trop à celle de Mitsuha et Taki, celle d’un amour d’adolescent porté par une intrigue surnaturelle. Certes on ne parle plus du Temps qui passe, mais du Temps qu’il fait, à savoir pluvieux, très très pluvieux, mais la trame reste sensiblement la même. Même la bande originale, pourtant très réussie, fait figure de pâle copie après celle de Your name. Cette absence de renouveau dans ses thématiques amoindrit de beaucoup l’intérêt du scénario, d’autant plus qu’elle se ressent également dans l’esthétisme des héros, copie conforme d’un film à l’autre. D’aucuns pourraient imputer l’effet au style même du manga, mais si on prend les Miyazaki en référence absolue (tout comme le réalisateur) il n’y a pas d’ambiguïté : San (Monoké), Chihiro et Sophie (Le Château ambulant) sont aussi dissemblables les unes des autres qu’Ashitaka, Aku et Hauru. Le manque de finition graphique de Shinkai dans ses protagonistes trahit encore peut-être une certaine immaturité, comme s’il ne mettait pas autant d’amour dans ses personnages que dans ses décors.

Car une fois encore, ce qui sidère dans l’animation ce sont les dessins incroyablement réalistes de la ville et la beauté onirique de la météo, support de chaque envolée lyrique et d’une angoisse écologique. On prend plaisir à visiter Tokyo via l’image, d’une façon aussi inédite que minutieuse car même dans ses « laideurs » on sent l’affection du réalisateur pour la capitale nippone, tout comme sa fascination pour le ciel et ses humeurs. Deux éléments qui font presque désormais figure de récurrence dans la filmographie de Shinkai, de même que les touches d’humour franches et bienvenues amenées ici par des personnages secondaires aussi savoureux que sous-exploités.

Les Enfants du Temps est assurément un beau film, mais quand le beau se compare au magnifique, il en ressort nécessairement diminué, comme délavé par la pluie… Il faudra que Makoto Shinkai apporte un peu plus de feu la prochaine fois pour mériter son surnom de « nouveau Miyazaki », nul doute qu’il en est plus que capable !


Réalisé par Makoto Shinkai
Avec Gabriel Bismuth-Bienaimé, Maryne Bertieaux, Jérôme Pauwels, Zina Khakhoulia etc.
Japon – Amination
Sortie en salle : 8 janvier 2020
Durée : 1h 54 min

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