Les Misérables

« L’âme ne se rend pas au désespoir sans avoir épuisé toutes les illusions »

Kezako ?

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

La critique d’Eugénie – 9/10
♥ Coup de cœur

Pour beaucoup, la fiction est la voie du merveilleux. Une échappatoire du réel aussi miraculeusement superficiel que substantiellement vital à l’esprit, à sa construction, sa forme, sa santé, son évolution. Et parfois, une oeuvre de « fiction » va aller chercher le réalisme, sans concessions ni enrobage, non pas pour inspirer mais pour réveiller… quitte à être brutale. C’est ainsi que Ladj Ly délivre plus qu’un grand film, mais une véritable bombe dans le cinéma français ; personne ne s’y attendait et peu pourront l’éviter.

Les Misérables est par ailleurs un film tout ce qu’il y a de plus recherché dans ses références. Si Victor Hugo est tragiquement présent, car toujours d’actualité, à chaque plan – on y voit certes Gavroche mais tout autant la Cour des Miracles – le point de vue de Stéphane, policier de Cherbourg qui débarque stupéfiait dans le quotidien de la BAC à Montfermeil, fait appel lui autant à Candide qu’à l’Ingénu. Et pourtant, le film de Ladj Ly n’a en un sens rien de « fictionnel », car même s’il prend la structure d’un récit, il est dépourvu de certains des éléments de lecture classique. À commencer par une forme de manichéisme primaire, pas nécessairement néfaste, mais qui permet souvent de donner une direction à l’histoire, soit pour en orienter la « morale », soit par simple empathie avec les personnages mais qui nous incite presque toujours à choisir un « camp ». Le réalisateur fait le choix conscient de se départir de toute binarité et le résultat n’en est que plus terrifiant. Car sans notion, même minime, du bien et du mal, quand tous les points de vues sont compréhensibles sans forcément être légitimes et que ni la loi ni la justice ne font plus sens, il n’y a simplement pas d’issu. Ces personnages tous imparfaits, tous isolés, tous insatisfaits sont dans l’impasse, et face au mur l’espoir meurt, ne survit que la rage… et le désespoir !
Peut être est-ce là que réside le thème du long métrage… Plus que des « Misérables », le film parle davantage des « Désespérés » et désespère par la réalité qu’il présente, d’autant plus qu’il ne juge pas, il ne fait que constater.

Ladj Ly signe une oeuvre qui soigne autant la forme que le fond. Suffisamment subtile pour induire le propos sans pédagogie obséquieuse et abêtissante, il accorde du temps à ses personnages pour en dresser un portrait complet, traduisant son attachement au sujet. Le dernier tiers s’emballe crescendo dans un déferlement de violence qui laisse le spectateur épuisé, autant physiquement qu’émotionnellement et qui offre un contrepoint dramatique à sa scène d’ouverture. Plus qu’un film puissant, un film important !


Réalisé par Ladj Ly
Avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga etc.
France – Policier, Drame
Sortie en salle : 20 novembre 2019
Durée : 1h 42 min 

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